“ Au temps de notre adolescence, Philippe Nattier, avec ses grands yeux noirs, son front intelligent, ses traits réguliers et purs, était un garçon silencieux, presque morose, qui s’enfermait en lui-même, ne parlait à personne de ses affaires intimes, s’intéressait aux idées abstraites, et professait un profond mépris pour tout ce qui touche à la vie pratique. ”
Antoine Caron de Nattier
Définition et enjeux
Citations sur “Antoine Caron de Nattier”
“ Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on a comparé la calomnie à l’hydre aux cent têtes : Jacques Nattier n’était point de taille à les couper, car il n’avait pas l’étoffe d’un héros, bien qu’il en eût un peu les apparences. L’administration le tira d’embarras : elle lui offrit une occasion de se déplacer dont il se hâta de profiter, sans songer que son départ augmenterait la vraisemblance des propos qui circulaient et s’envenimaient de jour en jour. ”
Gustave Macon,
Les arts dans la maison de Condé
(1903)
“ Même jour, « au sr Nattier la somme de 80 livres pour deux copies de portraits qu'il a faites par ordre de S. A. S., l'un de Mer le duc d'Anguien avec son chien, et l'autre de Mlle de Sens tenant une petite cage ». 21 janvier 1704, « au sr Nattier, la somme de 245 livres pour reste et parfait paiement de tous les portraits, dépenses de voyage et autres choses généralement quelconques qu'il a faits par ordre de S. A. S. tant pour Paris, Chantilly et Écouen depuis le 1er janvier 1700 jusqu'au 21 septembre 1703 ». Marc Nattier mourut en 1705 ”
Théodore Lejeune, Guide théorique et pratique de l'amateur de tableaux… (1863-1865)
“ Surnommé le peintre des Grâces, Nattier se fait remarquer par un coloris suave et brillant, une touche douce et légère. L'agrément qu'il savait répandre dans les attitudes lui attira un grand nombre de partisans. Son dessin est rond, sa composition gracieuse et spirituelle, ses carnations sont fraîches et rosées; en un mot, c'est un bon peintre dont les œuvres sont fort goûtées. Les tableaux de Nattier sont très-recherchés par les amateurs, ses portraits de femme surtout. ”
François-Anatole Gruyer,
La peinture au château de Chantilly…
(1896-1898)
“ Dans le domaine du portrait, Jean-Marc Nattier est le représentant par excellence d'un art qui semblait se plaire à dénaturer la nature, d'un art ou la gaucherie était méditée et l'ingénuité savante, d'un art où les intonations naturelles auraient sonné faux, mais, en fin de compte, d'un art qui avait parfaitement sa raison d'être, parce qu'il était fait à l'image d'un siècle où l'on exigeait du peintre qu'il ajoutât des grâces à la ressemblance. Nattier a eu le mérite de rendre avec un grand charme ce qu'il y avait de factice et de superficiel dans la haute société de son temps. ”
Gustave Macon,
Les arts dans la maison de Condé
(1903)
“ La peinture est moins vivante, moins chaude que le pastel de Itosalba, mais un grand charme s'en dégage ; si l'ensemble est un peu froid, l'attitude de la princesse est à la fois pleine de noblesse et d'abandon ; Nattier a déployé ici ses qualités d'exactitude, de correction et de régularité. Ce remarquable portrait, exécuté dans l'été de 1729 et payé 1 800 livres, a toujours occupé une place d'honneur à Chantilly ; au XVIIIe siècle, il ornait la « chambre de M. le Prince » dans le bel appartement du petit château ; on l'admire aujourd'hui dans la grande galerie de peinture. ”
Léandre Vaillat, La société du XVIIIe siècle et ses peintres (1912)
“ Il a quatre ans, que Nattier fait son portrait, un portrait pompeux qui vise à la magnificence, avec une colonnade, une draperie qui semble ensevelir le petit malheureux dans ses plis lourdement cassés ; il a quatre ans, qu'il porte en sautoir, par-dessus la robe de velours bleu, garnie de skungs, le cordon du Saint-Esprit, et que sa tête pouponne émerge d'un bonnet de fourrure à plumes « follettes ». ”
Louis Gillet,
La peinture au Musée du Louvre…
“ De tout temps l'habit religieux fut un thème piquant de mascarade ; et cela signifie moins d'irréligion qu'on ne suppose. La pénitente de Nattier, cette jolie rêveuse accoudée dans une grotte, les Psaumes sur les genoux, est un de ses plus charmants morceaux : on ne prend pas fort au sérieux ce rocher de carton ni cet ermitage d'opérette. Mais pour la virtuosité des étoffes, le moiré, le satiné des blancs, la grâce de l'attitude à demi abandonnée, l'artiste n'a rien fait de plus brillant. ”
“ Rien de plus. On ne sourit même pas : on se tait, on se regarde, et l’infamie est commise : — J’ai rencontré cet après-midi la comtesse Micheline, qui faisait des emplettes. — Moi aussi. Un instant après, j’ai rencontré M. Nattier... Pas le docteur, l’autre, son neveu. Cela est clair ; des naïfs n’y verraient pas malice. ”
François-Anatole Gruyer,
La peinture au château de Chantilly…
(1896-1898)
“ Son portrait par Rosalba la peint au vif, avec l'ardeur de sa nature et les vivacités de son esprit. Rien de tel ne se voit dans le portrait mythologique de Jean-Marc Nattier. Rien non plus, dans le pastel de la Vénitienne, ne fait pressentir l'irréprochable et insignifiante pureté de lignes -qu'aura la même princesse sous le pinceau du peintre français. ”
Eugène Piot,
État civil de quelques artistes français…
(1873)
“ « Dudit jour (lundy 26 octobre 1705) , Marc Nattier, peintre ordinaire du Roy, en son Académie Royale de peinture et sculpture, âgé de soixante et trois ans, décédé samedy dernier à huit heures du soir, rue Froid-Manteau, a été inhumé en présence de Jean-Marc Nattier, peintre, fils du deffunt, et de Pierre Chicault, marchand peaussier, neveu du deffunt, qui ont signez. » ”
Émile Campardon, J.-B. Massé, peintre de Louis XV, dessinateur graveur… (1880)
“ Jean-Marc Nattier, né en 1685, mort le 7 novembre 1766, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 29 octobre 1718. falloit que les estampes présentassent le même sens que les tableaux ; il étoit donc indispensable, en gravant, de regarder les dessins dans un miroir ; or ces deux glaces interposées, empêchoient le graveur de voir nettement l'original, ce qui nuisoit à l'exactitude que M. Massé demandoit. ”
La peinture française au musé du Prado (1925)
“ Malgré le charme de ce tableau, qui tient surtout à la jeunesse du modèle représenté, nous ne pensons pas que ce portrait soit par Nattier, à qui le donne encore le Catalogue de 1920. Tout au plus, pourrait-il s'agir ici d'une copie d'après ce maître. Canton (p. 17) pense « ce vigoureux morceau de peinture du style sinon de la main même de Rigaud ». Nous ne partageons pas cette opinion ; la manière ici ne rappelle en rien ce peintre et nous préférons encore, à titre d'indication générale de genre et d'époque, l'ancienne attribution à Nattier. ”
Armand Dayot,
Le musée du Louvre, tome 1 (of 2…
(1912)
“ Louis XV, ravi de cet art chatoyant et gracieux, lui fit peindre successivement la reine, ses maîtresses, ses filles et lui-même. Dans toutes ces œuvres, Nattier apporta le même souci d'embellir ses modèles et de les parer de tous les attributs capables de les flatter. Il excellait d'ailleurs à peindre les femmes ; la finesse de son dessin, la délicatesse de son coloris se prêtaient admirablement à traduire la grâce des belles épaules nues et la somptuosité des ajustements de cour. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Mon fils, répondit Chactas, c’est le Soleil : il est cher aux Natchez par le sacrifice qu’il a fait à sa patrie des prérogatives de ses aïeux. C’est un homme d’une douceur inaltérable, d’une patience que rien ne peut troubler, d’une force presque surnaturelle à supporter la douleur. Il a lassé le temps lui-même, car il est au moment d’accomplir sa centième année. J’ai eu le bonheur de contribuer avec lui et Adario à la révolution qui nous a rendu l’indépendance. Les Natchez veulent bien nous regarder comme leurs trois chefs, ou plutôt comme leurs pères. ”
Georges Durville, Catalogue du musée archéologique de Nantes (1927)
“ Il ne s'agit pas d'exhumer, pour les ramener à Nantes, les restes d'un Nantais mort autrefois sur les bords du Rhin. Que la terre du pays lui soit légère et qu'il y repose en paix ! Mais il serait très désirable que l'on pût avoir, pour le Musée de son pays d'origine, une reproduction de la pierre la plus ancienne où l'on puisse lire, gravé, le nom de « Nantais ». » Les plus anciens témoignages de l'antiquité d'une ville sont pour elle les plus précieux titres de noblesse. ”
J. Bertrand, Revue des Deux Mondes
“ A côté de Nattier, aucun autre peintre ne saurait mieux que La Tour [7] nous faire connaître l’âme de ses contemporaines et l’esprit de son temps. Entre la manière affectée de Nattier et le parti si franc de La Tour, la distance est considérable, la différence est profonde, aussi marquée qu’entre la vie des deux peintres, l’un, mari d’une femme belle, père de nombreux enfans, l’autre resté jusqu’à ses vieux jours sceptique et viveur. Ils n’eurent qu’un goût commun : l’argent ”
Jacques-Amédée Le Paire, La Baronnie de Montjay-La-Tour et l'ancien doyenné de Claye (1913)
“ Celui-ci lui répondit : « Si le pape n'est pas mort, il est certain qu'il mourra. » La légende rapporte encore qu'à une lieue un quart de Dammartin aboutit une galerie souterraine partant du château de Nantouillet. Antoine Du Prat, fils du cardinal, devint seigneur de Nantouillet après la mort de son père. François Ier était à Nantouillet le 5 septembre 1531, le 5 mars 1533, et le 22 juillet 1545 (1) . Le 15 février 1772, naquit à Nantouillet Étienne-Nicolas Rousseau, maréchal de camp, ex-commandeur du corps des ingénieurs géographes de la Grande Armée (2) . ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Je ne veux plus voir dormir les jeunes hommes, disait la fille des Natchez. Mon frère, quand tu dors sur ta natte, ton sommeil est un baume rafraîchissant pour moi : est-ce que les hommes blancs n’ont pas le même repos ? ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ « Natchez, comment avez-vous laissé ces Français si longtemps seuls ? Êtes-vous assurés que vous ne serez jamais voyageurs loin de votre terre natale ? Sachez que toutes les fois qu’il arrive parmi vous un étranger, vous devez, un pied nu dans le fleuve et une main étendue sur les eaux, faire un sacrifice au Meschacebé, car l’étranger est aimé du Grand-Esprit. » Près du lieu où parlait ainsi le vieillard se voyait un catalpa au tronc noueux, aux rameaux étendus et chargés de fleurs : le vieillard ordonne à sa fille de l’y conduire. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Le vénérable missionnaire, rempli de sagesse et d’expérience, ne peut avoir fait des objections tout à fait indignes d’être examinées. Il ne m’appartient point de juger les deux premiers sachems des Natchez, encore moins ce jeune voyageur qui ne devait guère s’attendre à trouver son nom mêlé à nos débats : il me semble téméraire de hasarder légèrement une opinion sur l’honneur d’un homme, surtout quand cet homme est Français. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Quant à l’impression générale qui résulte de la lecture des Natchez, c’est, si je ne me trompe, celle qu’on éprouve à la lecture de René et d’Atala : il est naturel que le tout ait de l’affinité avec la partie. On peut lire dans Charlevoix (Histoire de la Nouvelle-France, t. IV, p. 24) le fait historique qui sert de base à la composition des Natchez. C’est de l’action particulière racontée par l’historien que j’ai fait, en l’agrandissant, le sujet de mon ouvrage. Le lecteur verra ce que la fiction a ajouté à la vérité. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ René n’est pas sauvé ; un seul instant de retard le peut perdre. Revenus de leur première frayeur, les Illinois se sont aperçus du petit nombre des Natchez ; ils se rassemblent avec des cris et entourent la troupe libératrice. Les efforts de cette troupe lui ouvrent un chemin : mais que peuvent douze guerriers contre tant d’ennemis ? En vain les Natchez ont placé au milieu d’eux le frère d’Amélie : ses blessures le rendent boiteux et pesant ; sa main percée d’une flèche ne peut lever la hache, et presque à chaque pas il va mesurer la terre. ”
J. Bertrand, Revue des Deux Mondes
“ Quand on vient de voir les portraits de Nattier et ceux de La Tour, il semble que l’on comprenne mieux encore toutes les Anecdotes curieuses de la Cour de France sous le règne de Louis XV [8] , cet ouvrage qui avait paru en 1745 sous le titre de Mémoires secrets pour servir à l’Histoire de France. L’écrivain qui avait déguisé les noms des personnages et transporté en Asie la scène des événemens et gardé, pour cause, un anonymat prudent nous est aujourd’hui révélé. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Les Natchez sont des rebelles, qui refusent de céder leurs terres aux sujets du roi. Qu’on me charge de l’expédition, je réponds d’amener ici enchaînés, et cet insolent Adario, et ce vieux Chactas qui reçoit dans ce moment même un homme dont on ignore la famille et les desseins, un homme qui pourrait n’être que l’envoyé de quelque puissance ennemie. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Leurs cris, leurs chants, le bruit de leurs chichikoués et de leurs fifres, annoncent un autre Mars, mais un Mars non moins redoutable que celui des Français. Les cheveux rasés ou retroussés des Indiens, les plumes et les ornements qui les décorent, les couleurs qui peignent le visage du Natchez, les ceintures où brillent la hache, où pend le casse-tête et le couteau d’escalpe, contrastent avec la pompe guerrière européenne. Quelquefois les sauvages attaquent tous ensemble, remplissant l’espace qui les sépare des ennemis de gestes et de danses héroïques ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ J’ai déjà dit qu’il existait deux manuscrits des Natchez : l’un divisé en livres, et qui ne va guère qu’à la moitié de l’ouvrage ; l’autre qui contient le tout sans division, et avec tout le désordre de la matière. De là une singularité littéraire dans l’ouvrage tel que je le donne au public : le premier volume s’élève à la dignité de l’épopée, comme dans les Martyrs ; le second volume descend à la narration ordinaire, comme dans Atala et dans René. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Outougamiz ne sait point savourer le meurtre et le crime ; il n’est point un vieillard, il n’est point un oracle ; mais il vous annonce, par la voix de ce Manitou d’or qu’il porte sur son cœur, qu’un pareil forfait, s’il est exécuté, amènera l’extermination des Natchez et la ruine de la patrie. ”
Edmond de Goncourt,
La maison d'un artiste, Tome 2
“ Madame Marie-Henriette de France.—Peinte par Nattier sous l'allégorie du Feu en 1750, gravée par Tardieu.—La seconde fille de Louis XV, née jumelle, et morte fille à Versailles, le 10 février 1752, 141 dans la composition allégorique de Nattier, se montre accoudée à un autel allumé, sa sérieuse figure appuyée sur une main, pendant que l'autre est posée sur un grand volume fleurdelisé dont le titre porte: «Histoire des Vestales.» ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Animés par son exemple, les Natchez viennent mugissant comme des taureaux sauvages, bondissant comme des léopards. La terre se pèle et s’écorche sous les pas redoublés et furieux des guerriers ; des tourbillons de poussière répandent de nouveau la nuit sur le champ de bataille ; les visages sont noircis, les armes brisées, les vêtements déchirés, et la sueur coule en torrents du front des soldats. Alors le ciel envoya l’épouvante aux Français. Fébriano, qui combattait devant le sachem, fut le premier à prendre la fuite, et les soldats, abandonnés de leur chef, ouvrent leurs rangs. ”
Louis de Carné,
Revue des Deux Mondes
“ L’invasion du château de Nantes, sans être plus heureuse, eut un effet plus étrange. Les conjurés pénétrèrent sans rencontrer de résistance jusque dans l’appartement de François II, et, s’étant prosternés devant leur souverain, ils lui déclarèrent, avec les formes respectueuses de toutes les révoltes féodales, qu’ils venaient, pleins de dévouement pour sa maison et pour lui-même, arracher d’auprès de sa personne un traître, ennemi secret de sa famille, dont il se préparait à vendre les droits à la France, chargé d’ailleurs de crimes monstrueux et en horreur à Dieu comme aux hommes. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Natchez
“ Chépar fait un signe : le centre de l’armée se replie et démasque les foudres ; à chaque bronze se tient un guerrier avec une mèche enflammée. L’infanterie exécute un mouvement rapide : les grenadiers du premier rang tombent un genou en terre ; les deux autres rangs tournent obliquement et présentent, par les brisures de la ligne, le flanc et les armes aux Indiens. À ce mouvement, les Natchez s’arrêtent et retiennent toutes leurs voix ; un silence et une immobilité formidables règnent des deux côtés : on n’entend que le bruit des ailes de la Mort qui plane sur les bataillons. ”
