“ Ceux qui veulent aller d’Ogden à la ville du Lac Salé n’ont qu’à prendre un embranchement de chemin de fer de trente-cinq milles qui les y conduit en deux heures et qui les ramène le lendemain ; là ils verront un petit Eden de fleurs et de parterres, et peut-être aussi Brigham Young, dont il me faut dire un mot à mon tour. ⁂ Brigham Young, le plus heureux des hommes, a déjà soixante-treize ans passés et presqu’autant de femmes. ”
Brigham Young
Définition et enjeux
Brigham Young (1801-1877), président de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours de 1847 jusqu'à sa mort, est une figure centrale du mormonisme, connu pour avoir conduit l'exode des pionniers vers l'Utah et institué la polygamie.
Des auteurs tels que Guillaume Apollinaire ou Arthur Conan Doyle l'ont abordé dans des cadres variés, allant du récit poétique à l'analyse politique, soulignant ses doctrines controversées et son rôle dans la création de l'État du Deseret. Son héritage, marqué par l'établissement de Salt Lake City, résonne encore dans les débats sur la religion, la liberté et l'identité américaine.
Citations sur “Brigham Young”
Guillaume Apollinaire,
La Femme assise
“ Sur la place de l'Union, Brigham Young avait levé les mains et tous les hommes, Mormons et Gentils, s'étaient découverts. Alors le prophète se mit à parler. Il vanta la noblesse de la religion nouvelle, disant qu'elle était ouverte à toutes les vérités au fur et à mesure qu'elles apparaissaient. Il se réjouit que les Dieux eussent envoyé des Anges parmi la nation sacrée. Il ordonna aux riches de distribuer leur superflu aux pauvres. Il exalta la polygamie, faisant l'éloge de l'œuvre de chair. ”
Arthur Conan Doyle,
Une étude en rouge
(1887)
“ Par une belle matinée, où John Ferrier se préparait à faire sa tournée dans les champs, le loquet de sa grille se mit à grincer et, de la fenêtre, il aperçut un homme entre deux âges, aux cheveux dorés, à la stature imposante, qui s’avançait dans l’allée. Son cœur ne fit qu’un saut dans sa poitrine ; il venait de reconnaître l’illustre Brigham Young lui-même. Plein d’angoisse, car une pareille visite ne pouvait rien présager de bon, le vieillard courut à sa rencontre pour le saluer respectueusement ”
Guillaume Apollinaire,
La Femme assise
“ Le bark gagna le peuple tout entier et tous ceux qui n’étaient pas évanouis se jetèrent à quatre pattes et, levant la tête, regardant Brigham Young en face, ils aboyaient comme des chiens furieux. Le prêche continuait et la voix du Prophète dominait en paroles révélées les glapissements des hommes et des femmes. ”
M. le capitaine Richard Burton, Le Tour du monde
“ Tel est le président Brigham Young, autrefois peintre et vitrier, aujourd’hui prophète, révélateur et voyant ; un homme aussi révéré que le pape et l’empereur le furent jamais, qui, de même que le Vieux de la montagne, peut frapper de mort en étendant la main ; qui règne et gouverne, qui a longtemps combattu avec le glaive du Seigneur, et à la tête de ses quelques centaines de guérillas a lutté contre les États-Unis, alors puissants ”
Guillaume Apollinaire,
La Femme assise
“ Lubel Perciman l’attendait et lui fit fête. Toutefois on ne vit point paraître ce jour-là, ni durant la semaine qui suivit Brigham Young dont l’épouse préférée avait pris la fuite d’une façon définitive. ”
Armand Durantin, L'Héritage de la folie, par Armand Durantin (1873)
“ Nikel ne répondit rien ; seulement il jeta son révolver sur la table. – J'apporte à vous et aux vôtres la paix ou la guerre, reprit Georges. – Ce n'est pas avec moi qu'il faut traiter cette question, c'est avec Brigham Young. – Je le sais ; aussi je vous demande une escorte qui m'accompagne moi et les miens jusqu'à Utah. – Je ne puis vous la fournir. – Il me faut cette escorte, répéta Georges avec une grande énergie ; je vous la demande, je l'exige. La route n'est pas sûre, et je veux arriver jusqu'à votre prophète. ”
Jules Verne,
Le Tour du monde en quatre-vingts jours
(1873)
“ Et voilà, ajouta William Hitch, voilà pourquoi la jalousie du Congrès s’est exercée contre nous ! pourquoi les soldats de l’Union ont foulé le sol de l’Utah ! pourquoi notre chef, le prophète Brigham Young, a été emprisonné au mépris de toute justice ! Céderons-nous à la force ? Jamais ! Chassés du Vermont, chassés de l’Illinois, chassés de l’Ohio, chassés du Missouri, chassés de l’Utah, nous retrouverons encore quelque territoire indépendant où nous planterons notre tente... ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 janvier 1872
“ Peut-être après la mort de Brigham Young ses sectaires retourneront aux doctrines inoffensives de Joe Smith en renonçant à leurs pratiques immorales. De tous les côtés, une civilisation plus saine fait irruption dans leur vaste territoire, dans lequel on a déjà pu tailler l’état de Nevada et une partie du Colorado ; les mines d’or et d’argent qu’il renferme attirent sans cesse de nombreux immigrans. Englobés dans l’Union, les mormons disparaîtront par une sorte de résorption morale. C’est ainsi que fort heureusement toutes les folies humaines finissent par s’évanouir. ”
Frédéric Gaillardet,
L'aristocratie en Amérique
(1883)
“ L'une d'elles, mariée à un riche négociarit de Boston, devint éprise de Brigham Young en l'entendant prêcher dans le Massachusetts, et alla le rejoindre, avec sa fille unique, dans l'Utah. Brigham Young l'épousa, mais il devint un peu plus tard épris de la fille qui était d'une beauté rare, et voulut l'épouser aussi. C'était la punition de la mère. Le mariage est, en effet, permis presque à tous les degrés de parenté. On, voit des hommes qui ont épousé trois ou quatre sœurs à la fois. Un frère peut même épouser sa sœrur utérine ou demi-sceur. ”
Jules Verne,
Le testament d'un excentrique
“ Et celle à qui s’adressait Robert Inglis eut un petit sourire approbateur. « Quel âge a maintenant le célèbre Brigham Young ?... interrogea M. Titbury. — Il n’en a plus, puisqu’il est mort !... Mais, s’il vivait, il aurait cent deux ans. — Et vous, monsieur, demanda Mrs Titbury, avec un peu d’hésitation, êtes-vous marié ?... — Moi, chère dame !... À quoi bon se marier, depuis que la polygamie est défendue ?... Une seule femme est plus difficile à conduire que cinquante ! » Et M. Inglis de rire si gaîment de sa répartie, que le couple prit largement part à son hilarité. ”
M. le capitaine Richard Burton, Le Tour du monde
“ Un fait à noter, c’est que parmi les Gentils, dont pas un écrivain n’a épargné a M. Smith l’épithète de vil imposteur, il en est bien peu qui aient osé l’appliquer à Brigham Young. Enfin, j’ai été frappé de la vénération qu’ont pour lui tous les fidèles, vénération profondément affectueuse, qui n’a d’égale que la sérénité avec laquelle ils lui confient leurs intérêts les plus chers. Après ma visite, chacun me félicitait d’avoir vu celui qui pour eux est l’homme le plus remarquable qu’il y ait au monde. ”
Louis de Turenne, Revue des Deux Mondes
“ Les troupes fédérales, fortes de 2 500 hommes, dont on avait annoncé l’arrivée prochaine, étaient signalées et on racontait que le colonel Harney, qui les commandait, disait hautement que parmi les principaux Mormons, il y avait plus de trente individus qu’il ferait pendre, aussitôt pris, sans autre forme de procès. Incontinent, Brigham Young, en tant que gouverneur, lança une proclamation dans laquelle il traitait les soldats de l’armée américaine de gens sans aveu, leur interdisait l’entrée de l’Utah, et appelait tous les hommes valides à la défense du Territoire. ”
M. le capitaine Richard Burton, Le Tour du monde
“ Beaucoup d’Anglais traversent les Plaines sans se douter qu’ils sont aux États-Unis, et considèrent M. Brigham Young du même œil que les catholiques de la génération précédente envisageaient le pape. On a vu les Danois, les Suédois, les gens du pays de Galles, se débarrasser pendant le voyage de leurs couvertures et de leurs habits d’hiver, dans la conviction où ils étaient qu’un printemps perpétuel régnait dans la vallée sainte. La maladresse avec laquelle les émigrants inexpérimentés se dirigent est devenue le canevas d’une foule d’histoires plus ou moins plaisantes ”
Auguste Laugel,
Une Campagne des Américains contre les Mormons
“ Les charretiers et valets d’armée qui encombraient le camp, ramassis d’aventuriers qui avaient suivi les troupes dans l’espoir de gagner par Utah la Californie, furent organisés militairement pour que l’indiscipline ne pénétrât point dans l’armée. Le colonel Johnston déployait une grande énergie dans tous ses préparatifs, décidé à agir vigoureusement dès que le printemps le permettrait ; il fit dire à Brigham Young de ne plus envoyer de messagers à son camp et rompit avec lui toute communication. ”
Louis de Turenne, Revue des Deux Mondes
“ Mais dans ce document Lee laissait absolument dans l’ombre les preuves de la complicité des hautes personnalités de l’Église ; il n’accusait que les autorités militaires locales, John M. Higbee, lieutenant-colonel du régiment de milice, et Isaac C. Haight, major du même régiment, qui seuls, selon lui, avaient eu qualité pour donner les ordres, en raison de la loi martiale que Brigham Young avait proclamée à la nouvelle de l’approche de l’armée fédérale. La population, d’ailleurs, était sous l’influence d’une exaspération pouvant expliquer bien des choses. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ En 1848, Salt-Lake-City n’était même pas un village, c’était une enceinte entourée d’une muraille, mi-bois mi-boue, dans l’intérieur de laquelle se dressaient huttes, tentes, charriots et où campaient 1.800 habitants. Brigham Young était reparti dans le Missouri pour réunir les Mormons qui s’y trouvaient encore et les ramener vers la Terre promise. En mai et juin, il y eût une invasion de sauterelles menaçant de réduire à rien la récolte, alors que l’on attendait 25 immigrants. C’était un véritable fléau. Hommes, femmes, enfants se mirent sur la défensive ”
Armand Durantin, L'Héritage de la folie, par Armand Durantin (1873)
“ Stanislas, en écoutant cette doctrine que lui exposait un ancien, eut l'audace de lâcher un de ses lazzis approximatifs de rapin parisien, une vraie polissonnerie en pays sérieux ; il murmura cette phrase : – Oui, vos Mormons veulent imiter Abraham, même dans ses agaremens. Le plus haut dignitaire ne croit pas déroger en exerçant un métier. Tout le monde travaille. Brigham Young est meunier, fermier et planteur ”
M. le capitaine Richard Burton, Le Tour du monde
“ Deux ans après, ses disciples, sous la conduite de Brigham Young nommé président des douze apôtres, abandonnèrent Nauvoo en butte aux attaques des gentils, et qui bientôt tomba en ruine avec son temple inachevé (voir p. 400) . Se dirigeant peu à peu à l’ouest, ils vinrent former autour du grand lac Salé un établissement qui a pris un accroissement aussi rapide que surprenant. On n’a pas manqué, pas plus en Amérique qu’en Europe, d’attribuer uniquement aux doctrines et aux vertus des Saints les heureux changements opérés dans un désert stérile. ”
M. le capitaine Richard Burton, Le Tour du monde
“ On assure qu’en dépit de sa volonté puissante, de son énergie peu commune, de son courage moral, le prophète actuel n’a pas l’intrépidité physique de son prédécesseur ; les Mormons prétendent que c’est un bruit calomnieux ; mais il repose sur le témoignage des hommes les plus sincères et les plus justes ; les faits d’ailleurs paraissent le confirmer : il y a des gardes aux portes de M. Brigham Young, et jamais il ne se montre en public sans être accompagné d’amis et de disciples qui tous portent des armes. De pareilles contradictions morales se rencontrent souvent ”
Aurélien de Courson, Histoire contemporaine, comprenant les principaux événements qui se sont accomplis depuis la Révolution de 1830 jusqu'à nos jours et résumant… (1863-1874)
“ Les troupes envoyées contre eux faillirent périr de froid et de faim dans les vastes solitudes qu'elles eurent à franchir : pourtant elles parvinrent à atteindre la Nouvelle-Sion, et, au mois de juin i858, au moment où se terminait à Washington la session du congrès, on apprenait que Brigham Young faisait sa soumission, et que désormais un pouvoir régulier fonctionnerait dans la cité des Mormons comme dans les autres villes delà république. ”
Frédéric Gaillardet,
L'aristocratie en Amérique
(1883)
“ Quatre' mille agriculteurs mormons s'y rendirent d'avance, et ensemencèrent les terres de pommes de terre et autres légumes, de façon à ce que la colonie d'immigrants trouvât à vivre en arrivant. A peine Brigham Young et ses adeptes eurent-ils quitté Nauvoo, que leur temple, encore inachevé malgré le million de dollars qu'on y avait dépensé, fut incendié et démoli. ,Le voyage des émigrants, entrepris pendant l'hiver, fut dès plus pénibles. Ils tra- versèrent le Missouri sur la glace et endurèrent mille souffrances dans les plaines désertes qui les séparaient de l'Utah. ”
M. le capitaine Richard Burton, Le Tour du monde
“ Nous nous levâmes dès que la conversation parut languir, et donnant une poignée de main à tous ceux qui étaient là, suivant la coutume du pays, nous prîmes congé du prophète. L’impression que j’emportai de cette courte séance, et qui, loin de se dissiper, augmenta par la suite, fut que M. Brigham n’était pas un homme ordinaire, et qu’il n’avait aucune des faiblesses, aucune des vanités qui caractérisent le commun des grands hommes. Ce n’est pas dans une première visite, où l’on parle de tout sans rien approfondir, qu’un esprit supérieur peut donner toute sa mesure ”
James Fenimore Cooper,
Ravensnest
“ Mais le défi était trop violent pour la patience de Brigham bien assuré alors qu’il ne courait pas le danger d’être scalpé, il s’avança vers Sénèque et s’écria d’un ton de fureur : — Vous êtes un fameux ami du pauvre et du peuple n’est-ce pas ? Tous ceux du pays qui ont besoin d’argent savent bien ce que vous êtes, vil usurier. Ces mots étaient à peine prononcés, que le poing de Sénèque tombait sur le nez de Brigham, d’où le sang jaillit avec violence. Mon oncle Ro jugea qu’il était temps d’intervenir et réprimanda avec dignité l’avocat irrité. ”
Xavier Forneret,
Rien ; Quelque chose ; Le Diamant de l’herbe
“ Encore quelques mots moins gais que ceux que je viens de vous débiter, messieurs, et à vous la parole. Young et Byron pensaient qu’un homme qui avait fait tant de livres pouvait bien être un peu bavard, surtout lorsqu’il était mort ”
James Fenimore Cooper,
Ravensnest
“ Quant à mon oncle, il prit un air de parfaite simplicité, en disant : — Eh pien, ch’avais entendu que dans l’Amérique afoir pas de noples ou aristocrates, et qui n’y afoir pas un seul graaf dans tout le bays. — Oh ! il y a toute sorte de gens ici, comme ailleurs, dit Miller en s’asseyant froidement pour ouvrir et examiner une des montres. Mais ce Joseph Brigham que voilà appelle aristocrates tous ceux qui sont au-dessus de lui ; quoiqu’il n’appelle pas ses égaux ceux qui sont au-dessous. ”
Émile Montégut, Le Roman contemporain en Angleterre…
“ Sans force de résolution, mais capable de mouvemens subits, lent à l’action et cependant prompt à la colère, indécis et timide dans sa conduite et cependant rongé d’ambitions dévorantes, John Briggs était un de ces jeunes hommes qui réclament de ceux qui les approchent des ménagemens infinis, une sollicitude pleine de tendresse, une surveillance délicate et finement rusée. ”
Baron George Gordon Byron Byron, Œuvres complètes de lord Byron…
“ La biographie des gens de lettres n'offre que trop d'exemples de ce contraste déplorable entre leurs sentimens et leur conduite, que produit le passage du siége de la sensibilité du cœur à la tête. Alfieri, qui adressait à sa mère des sonnets pleins de tendresse, ne la vit qu'une seule fois, après en avoir été séparé dès l'enfance, quoiqu'il passât fréquemment à peu de milles de sa demeure. Malgré cette grande parade qu'il fit de ses chagrins domestiques, Young fut, à ce qu'il paraît, un époux négligent et un père très-dur. ”
James Fenimore Cooper,
Ravensnest
“ Je vous dis que les vrais aristocrates en Amérique sont les dimigogues. Voilà Joah Brigham qui est parti aux moutons ; il obtiendrait plus de votes pour un emploi quelconque dans le comté, que le jeune Littlepage. ”
Émile Montégut, Le Roman contemporain en Angleterre…
“ John Briggs appartenait à une honnête et pauvre famille anglaise qui l’avait placé en qualité d’employé chez M. Thurnall, l’apothicaire de la petite ville de Whitbury. Vous pouvez imaginer aisément les ennuis du jeune poète livré à des occupations qui répugnent à sa nature. Inquiet, rêveur, distrait, jamais son attention n’est dirigée vers l’accomplissement des petits devoirs pratiques que lui impose sa condition : il égare les adresses des cliens, brouille les médicamens, se trompe de formules, le tout le plus innocemment du monde, en poursuivant une image ou en caressant une chimère. ”
François Arago,
Œuvres complètes de François Arago
“ Il est rare, chez nos voisins d’outre-mer, qu’une personne riche, en confiant son fils à un précepteur particulier, ne lui cherche pas un camarade d’étude parmi les jeunes gens du même âge qui déjà se sont fait remarquer par leurs succès. C’est à ce titre que Young devint, en 1787, le condisciple du petit-fils de M. David Barclay, de Youngsbury, dans le comté de Hertford. ”
“ Young était un pauvre cordonnier ; mais il s’en fallait de beaucoup que ce cordonnier fût un homme commun. La nature l’avait fait poète, et sa figure lourde, aux traits massifs et comme mal ébauchés, couronnée de cheveux durs et noirs, que hérissait en touffes divergentes une pommade grossière, s’animait d’une inspiration toute particulière quand il débitait ses odes et ses satires. ”
