“ Vraiment il est permis d’écrire de pareille musique, mais non de la donner à de tels chanteurs. Le grand artiste et le moins applaudi ce soir-là, c’était Rubini ; jamais sa belle voix limpide ne s’était déployée avec autant d’ampleur et de magnificence ; jamais il n’avait eu de plus nobles inspirations. La puissance matérielle de son organe semble grandir avec le temps ; il saisit dans les Puritains, tout subitement et comme de volée, des notes que jusque-là il n’avait prises qu’à force de ménagemens antérieurs. ”
Francesco Maria Rubini
Définition et enjeux
Citations sur “Francesco Maria Rubini”
“ Nous savions, nous, que Rubini était aujourd’hui le plus grand tragédien de notre temps, comme il en est le plus divin chanteur ; à la représentation de Faliero, le public a confirmé notre jugement de la plus éclatante façon. L’expression de Rubini est toujours naturelle et profonde. Il ne fait aucun geste, lui ; ses yeux ne roulent pas dans leur orbite, ses mains ne se tordent point en de folles convulsions, et pourtant il fait ce que nul autre que lui ne sait faire : il émeut et ravit, et les applaudissemens éclatent en vous bien avant que vos mains ne les lui transmettent. ”
Francesco Maria Pompeo Colonna, Vade mecum philosophique, en forme de dialogue… (1719)
“ Qui peut douter que les végétaux ne soient en commerce avec les minéraux & les mineraux avec les végétaux, puisqu'ils font nourris d' alimens qui leur sont communs? un bon Artiste n'ignore pas le secret de les unir ensemble d'une union inseparable ce qui seroit absolument impossible s'ils étoient de nature aussi différente que certaines personnes se le font imaginées. ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ Bientôt le paladin y trouve la belle fée Morgane endormie sur le bord d'une fontaine; ses beaux et longs cheveux flottent sur son sein et sur ses épaules d'albâtre. Le paladin est peu touché de ses charmes; et, négligeant de consulter son livre, il laisse Morgane endormie, et marche vers les obstacles qui peuvent lui résister. ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ L'aimable Cilinx, me dit-elle, n'est pas plus heureux que vous, et depuis votre départ de Lousachan, il passe sa vie dans les pleurs : je vous conseille de retourner dans le palais du Roi votre père: il ne peut refuser de rompre des nœuds que la nature désavoue, et de réparer les maux qu'il vous a fait souffrir.— Ah, Madame , lui dis-je, que ce conseil me paraît dangereux! Quelque tendresse que Doliston ait pour moi, les Rois se gouvernentils comme les autres hommes? ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ Après avoir en effet erré vainement dans tout le château, dont je trouvai toutes les issues fermées par des murs impénétrables, je me sentis attirée dans le grand salon du palais, où je trouvai Fébosile tremblante, immobile et couverte de larmes. « Puisque par ton état de fée, lui dit Margafer d'une voix terrible, je ne peux pas te priver de la vie, la tienne du moins va devenir si malheureuse, qu'à chaque moment tu regretteras de ne pouvoir mourir. » En disant ces mots, il la toucha de sa baguette , et son beau visage et sa figure charmante devinrent celle d'un affreux dragon. ”
Francesco Maria Pompeo Colonna, Vade mecum philosophique, en forme de dialogue… (1719)
“ Cette Science sans la pratique est une Science morte; soyez persuadé qu'on ne peut être bon Philosophe sans être bon Artiste de bon Alchymiste , & que l'on ne peut être bon Alchymiste sans être bon Spagyriste, & bon Chymiste ; ce font des Sciences qui nous fervent d'échelons pour monter à la vraye connoissance de cet Arc. ”
Offices de Florence : les grands musées du monde illustrés en couleurs (1913)
“ La figure pétille d'intelligence, l'œil est vif, bien ouvert, plein de feu ; le front vaste s'abrite sous un ample chapeau qui donne à la physionomie une allure cavalière et désinvolte. Rubens avait donc bonne mine ; il le savait et n'en était pas médiocrement fier : petite faiblesse bien excusable dans un homme si remarquable par tant de côtés. Sur la foi de cette élégance, certains biographes et critiques ont voulu chercher dans la vie de l'homme le secret de l'œuvre du peintre, et, pour plus de commodité, se sont efforcés de lui trouver une noble ascendance. ”
Francesco Maria Pompeo Colonna, Vade mecum philosophique, en forme de dialogue… (1719)
“ Ceux-cy font les plus avancés dans notre Philosophie, qui pourvus d'un heureux genie. d'un cœur droit &: détaché du desir insatiable des richesses , mettent la main à l'œuvre dans la feule vue de s'instruire dans ..la connoissance de la nature, & ”
Alphonse Gratry,
Fragments sur l'art et la philosophie…
(1859)
“ Un homme qui se lève tout entier , pâle , plein d' espérance et de piété . Une tête de vieille femme pleine d' inquiétude et de sainte terreur . Dans l' ombre une jeune fille délicate et jolie se retourne , en montant , vers un beau jeune homme au-dessous d' elle , et l' attire du regard et de la main . A droite un diable qui prend une grosse femme de chaque main . Voilà Rubens tout entier , son incroyable vigueur de mouvement , et l' action de chacun de ses personnages si fortement exprimée . C' est bien le peintre de l' action . ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ Elle ne peut tenir à cet affreux spectacle, qui lui perce le cœur ; elle s'avance, elle arrête Roland : « Cher comte, lui dit-elle, l'objet de votre querelle ne subsiste plus; suspendez vos coups sur votre cousin. » Roland s'arrête; il reste immobile, en suspens entre la nécessité d'obéir aux ordres d'Angélique, et la double fureur qui l'anime contre Renaud. Mais, tel qu'un lion fougueux qui se sent retenu par une forte chaîne, il cède, il baisse la pointe de son épée, et ne peut répondre ni résister à celle qui le captive. ”
Francesco Maria Pompeo Colonna, Vade mecum philosophique, en forme de dialogue… (1719)
“ Ces vitriols ne peuvent subsister qu'aurant que dure le mé- lange de ces deux fujecs , dont l'agent n'a opéré sur le patient que par la contrariété , comme fait un acide sur un alcali : le mouvement & l'agitation de ces deux matieres,quand on les mêle ensemble , nous font bien con.. noître que la nature n'y a aucune part, c'est pourquoy ces vitriols font purement artificiels. Nôtre spagyrique, par ses ope. rations douces &: non forcées, travaillant conjointement avec la nature, ne fait que des vitriois ou cette même nature agit plus que l'Art qui ne fait que luy prê- ter la main. ”
Léonce Mesnard, Trois études sur l'art chrétien… (1875)
“ Ce n'est pas un équilibre de ce genre que Rubens songe à rendre. Ses arbres n'en sont pas moins vivants, mais d'une vie où le tempérament déborde, au préjudice de l'élégance et de l'harmonie. Depuis la racine d'où s'élance leur tronc moins robuste qu'engorgé, jusqu'à leur cime ondoyante plutôt que touffue, une sorte d'épanchement des éléments fluides et des sucs nourriciers se trahit (sauf de rares exceptions, telle que le Paysage du palais Pitti à Florence) , au travers de ramures mollement espacées, dont les bifurcations les plus anguleuses ont quelque chose d'énervé et d'obtus. ”
“ Aujourd’hui le nom d’un comédien, bien qu’écrit sur l’affiche en lettres gigantesques, n’émeut plus guère le public. Ce qu’avant tout on recherche au théâtre, c’est un ensemble harmonieux. Rubini lui-même, cette merveille, ne suffit pas pour remplir la salle des Italiens il en est de même de Tamburini, de Lablache et de la Grisi ; ils sentent bien que chacun d’eux pris à part, et seul, n’a que la quatrième partie de cette force qui attire la foule, et la pousse à l’enthousiasme ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ Fébosile se rendit à mes raisons, et nous convînmes que je resterais dans son palais, que Filatée retournerait à Lousachan, et qu'Oristal irait avertir Cilinx de la suite de mes aventures et de ma position présente. L'un et l'autre partirent ; nous restâmes seules la fée et moi : notre amitié devint plus vive chaque jour; je ne la quittais jamais ; je ne pouvais m'ennuyer auprès d'elle, car cette aimable fée me parlait sans cesse de mon amant. ”
Antonie Joseph Wiertz, Oeuvres littéraires (Édition réservée à la France… (1870)
“ Rubens semble être né avec une organisation telle qu'on ne peut en concevoir de plus propre aux conceptions de l'art. Son imagination vaste embrasse d'un trait tous les détails de l'œuvre la plus gigantesque et la plus compliquée. Nul artiste n'a montré tant de grandeur dans la pensée, tant de promptitude dans la conception, tant de verve dans l'exécution. ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ L'indifférent Renaud veut en vain retenir son cousin Astolphe. Cet aimable prince, entraîné par l'ardeur de sa passion naissante, n'est plus arrêté par ses cris ; il descend de cheval, il court à l'extrémité de ce cap, pour se jeter aux pieds de cette nymphe qui l'a déjà remarqué, qui lui sourit, et qui porte sur lui ses regards enchanteurs. ”
National Gallery : les grands musées du monde illustrés en couleurs… (1912)
“ Comme peintre d'histoire, Rubens est l'un des plus étranges artistes qu'on puisse concevoir. Dans un genre qui semble devoir être le plus objectif, le plus vrai, il s'abandonne à toutes les suggestions de la fantaisie, mêlant l'allégorie à la Vie de Catherine de Médicis, pour ne citer qu'un exemple. Il prend avec l'Histoire les plus grandes libertés, à l'imitation de Véronèse, son maître préféré; il est encore moins scrupuleux quand il s'agit de l'histoire antique. ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ Angélique conserve son empire absolu sur Roland ; il se croit bien payé par un seul regard de tout ce qu'il a fait pour elle : captivé, n'osant même exprimer ses désirs, il est aux pieds d'Angélitjue comme un lion apprivoisé qu'une jeune bergère conduit attaché par une chaîne, de fleurs ; et sans l'injuste prévention d'Angélique pour Renaud, il méritait bien un retour plus sincère et plus tendre. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ On ne voulait pas alors que le visage du chanteur exprimât autre chose que le sentiment dont il était pénétré, et l’on exigeait que les mystères de la vocalisation et du mécanisme restassent toujours cachés aux yeux du public : grande règle pour tous les arts, et qu’on a trop oubliée de notre temps. Aux qualités physiques qu’on peut considérer comme les instrumens de l’intelligence et de l’âme d’un chanteur, Rubini joignait une sensibilité profonde et une grande aptitude à s’assimiler le style des différens maîtres. ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ Il reconnaît ces mêmes gazons, cette même place où la belle princesse du Cathay l'a prévenu par les discours les plus tendres ; il se rappelle les coupables dédains dont il a payé tant d'amour; il se fait une peinture si vive du bonheur qu'il a perdu par sa faute, que, pénétré de désespoir, il verse un torrent de larmes ; il baise cent fois les gazons que le beau corps d'Angélique a foulés, et tout ce qu'il fait pour soulager sa peine, ne fait que redoubler la fureur de ses regrets et de ses désirs. ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Dans aucun théâtre de Paris, on n’a jamais vu régner la paix, l’obligeance et le dévouement comme parmi la troupe italienne. C’est qu’ils sont tous grands et laborieux ; ils n’ont ni le droit ni le temps d’être jaloux les uns des autres. Rubini, malade et fatigué d’une longue suite de représentations que divers accidens ont accumulées sur lui, prodigue sa puissance avec une vaillante ardeur. Le public qui entend cette voix si fraîche et ce sentiment si énergique, sans se douter que l’homme souffre, croit-il payer avec de l’or tant de dévouement et de conscience ? ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ Plus qu’aucun autre artiste, en tout cas, Rubens a contribué à fixer en nous l’idée que nous nous faisons encore aujourd’hui de la civilisation et de l’histoire romaines et, dans les évocations que nous en pouvons tenter, ce sont les images qu’il en a tracées qui s’offrent naturellement à nous, c’est à travers ses œuvres que nous les voyons. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Il serait plus aisé de fixer la lumière et de peser la chaleur. Pour donner une idée, même très imparfaite, du talent d’un Rubini, par exemple, il ne suffirait pas de dire quelles étaient l’étendue et la flexibilité de sa voix, la musique qu’il aimait à interpréter ; il faudrait encore tenir compte des qualités mystérieuses du timbre, du tissu plus ou moins serré de la vocalisation, du temps où l’artiste a vécu, de la révolution musicale qui l’a produit ou dont il a pu être le promoteur, car il y a eu des chanteurs de génie qui ont aidé à l’éclosion d’une nouvelle forme de l’art. ”
Francesco Colonna, Le songe de Poliphile ou Hypnérotomachie de frère Francesco Colonna… (1883)
“ Le poignard est, en leur main, une arme classique dirigée contre ces Nérons au petit pied, dont la férocité est constamment éveillée par l'inquiétude ; il les relègue parfois solitaires, comme Filippo-Maria Visconti dans ses jardins. La tyrannie de leurs capitaines de justice inflige la torture, extorque des amendes énormes au profit de leurs entreprises, de leur luxe, et sait grossir leur trésor en exploitant les inimitiés des familles. Leurs fantaisies les plus folles font loi ; rien ne résiste à leur arbitraire. Un Bernabò Visconti a cinq mille chiens de chasse que le peuple doit nourrir. ”
Catalogue du musée de la ville d'Ypres et des tableaux exposés à l'hôtel de ville (1883)
“ Rubens, plongé dans une profonde mélancolie par la perte qu'il venait de faire, se disposait à retourner en Italie, malgré l'accueil flatteur qu'il avait reçu de ses compatriotes, lorsque l'archiduc Albert et son épouse Isabelle, jaloux de conserver auprès d'eux un artiste de ce mérite et surtout un diplomate aussi distingué, rattachèrent à leur service au moyen d'une riche pension, qu'il accepta sous la condition de pouvoir résider à Anvers. ”
Francesco Berni, Roland l'amoureux , extrait de Matheo Maria Boyardo… (1822)
“ « Ramène tes compagnons, lui dit-elle, choisis dans cette île si riche tout ce qui pourra te plaire ; tu sortiras librement de ce palais; les eaux se durciront sous tes pieds pour te laisser un libre passage ; je ne te demande que de me laisser le beau Ziliant que j'adore.» Roland le lui promet, reçoit la clef, court délivrer tous les prisonniers, hors le jeune Ziliant, qui fond en larmes, qui lui dit qu'il est le fils du roi Monodant, et que tout sensible qu'il est à l'amour de la belle Morgane, il gémit de languir dans une honteuse oisiveté. ”
National Gallery : les grands musées du monde illustrés en couleurs… (1912)
“ Il semble superflu, parlant de Rubens, d'insister sur la richesse du coloris de cette toile. Rubens ne fut-il pas, en effet, l'un des plus étonnants coloristes que le monde ait connus ? Dans tous les genres car il les a abordés tous son exubérante nature s'abandonne à une véritable prodigalité de lumière ; il joue avec les tons les plus différents en virtuose qu'aucune difficulté n'arrête. Il est surtout le peintre convaincu et passionné de la chair grasse, blonde, splendidement vivante ; il se plaît à faire jouer la lumière sur la peau satinée des femmes. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Nous pourrions citer des exemples bien autrement remarquables de la puissance de l’intuition dans les arts du génie, comme les appelle Voltaire, et il nous serait facile de prouver que les plus grandes choses de ce monde sont le résultat d’un aperçu de l’instinct. Voilà pourquoi la poésie est l’essence de tout ce qui est beau et durable. Homme de mœurs simples et réservées, Rubini aimait à vivre dans l’intérieur de sa famille. En 1819, il avait épousé à Milan une cantatrice française, Mlle Chomel, qui avait été élevée au conservatoire de Paris, où elle avait reçu des leçons de Garat. ”
Francesco Maria Pompeo Colonna, Vade mecum philosophique, en forme de dialogue… (1719)
“ Je luy dis ma bonne mere Nature., vous voyez devant vous un de ceux qui mettent route leur attention à vous connoître & à vous servir ; je sçais que vostre connoissance après celle de nostre Créateur , est la voye de la sagesse qui a été suivie des anciens Philosophes, & que ceux qui vous négligent , n'ont que la folie & l'ignorance en partage ”
Francesco Maria Pompeo Colonna, Vade mecum philosophique, en forme de dialogue… (1719)
“ Cette eau est mercurielle & volatile , & est dite Mercure des Philosophes,non pas une eau qui mouille les mains , mais une fumée subtile, froide , cruë , quelqu'uns la nomment sel volatile mineral, qui se mêle com- me une vapeur avec la fumée sulfureuse & onctueuse, & qui en reçoit la forme. C'est ce que veut dire Marie , la sœur de Moïse , quand elle dit que la fumée sulfureuse prend la sumée mercurielle , ce qui est confirmé par Arnaud de Ville. neuve, qui dit, que comme la nature' produit les métaux du soufre & du mercure, l'art let produit de même. ”
F. Mercey, Revue des Deux Mondes
“ Rubens ne se trompait pas, ses crayons et ses pinceaux furent l’origine de sa grande fortune ; l’art pour lui n’était pourtant pas un moyen ; il cultiva toujours la peinture avec amour. Aussi l’art ne lui fut-il jamais infidèle. ”
