“ Un tourbillon de colère et de badauderie, qui depuis un mois grossit, vient d’enlever tout ce qui traînait de soupçons et de petits faits pour en composer une trombe formidable, que nulle intrigue pour l’instant ne rompra, mais que l’on peut jeter sur quelque victime expiatoire. Vers huit heures, quand du fiacre payé par M. Constans le baron de Reinach descendit chez son gendre et neveu Joseph Reinach, une pire atmosphère encore l’attendait autour de la table de famille. Il trouva dans son assiette le poulet envoyé vers deux heures à Joseph Reinach par le procureur général. ”
Citations sur “Joseph Reinach”
“ « J’ai connu le baron de Reinach par Joseph Reinach, a dit M. Rouvier ; il avait entretenu avec mes prédécesseurs au ministère des finances, et non des moins éminents, des rapports tout aussi fréquents qu’avec moi, et il s’occupait de toutes les affaires économiques. Je crois bien que c’est lui qui a conseillé la création du 3 % amortissable. » Ce conseiller occulte des finances françaises entrait dans toutes sortes d’affaires où il apportait comme contribution son influence parlementaire. ”
Joseph Reinach,
Napoléon III et la Paix
(1921)
“ « La Prusse agrandie, libre désormais de toute solidarité, assure l'indépendance en Allemagne. La France n'en doit prendre aucun ombrage. Le sentiment national de l'Allemagne satisfait, ses inquiétudes se dissipent, ses inimitiés s'éteignent. En imitant la France, elle fait un pas qui la rapproche et non qui l'éloigne de la France. » L'Empereur y insistait. Fallait-il « regretter qu'une puissance irrésistible poussât les peuples à se réunir en grandes agglomérations, en faisant disparaître les États secondaires »? ”
“ Mais bien que les faits, quelle qu’en soit la nature, soient la véritable richesse du philosophe, ce qu’on appelle la philosophie rationnelle s’est occupé beaucoup plus à rapprocher et à lire les faits qu’elle possède qu’à en recueillir de nouveaux. D’où cette conséquence qu’il suffit « d’un manœuvre poudreux, qui apporte tôt ou tard, des souterrains où il creuse en aveugle, le morceau fatal à cette architecture élevée à force de tête, pour que tout s’écroule et qu’il ne reste de l’édifice que des matériaux confondus pèle-mêle ». ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Il venait d’entendre Henry se parjurer vingt fois, jurer vingt fois sur l’honneur qu’il n’avait pas fabriqué le faux. Il croyait toujours (par une vieille habitude, qui subsista longtemps chez les dupes d’Henry) que le fourbe était une âme simple, un pauvre homme. Henry, encore terrassé par la subite catastrophe, ignorait toujours comment son crime avait été découvert. Cavaignac ni Roget ne lui en ayant rien dit, il ne saura jamais rien de la lampe merveilleuse de Cuignet. Il dut imaginer qu’Esterhazy, pour se venger, l’avait méchamment dénoncé, par une dernière trahison. ”
Georges Sorel,
La révolution dreyfusienne
(1909)
“ Joseph Reinach croit que les ouvriers sont allés au syndicalisme révolutionnaire par la faute des socialistes parlementaires. Ceux-ci « ont pensé contenter le peuple en lui jetant tous les matins, comme les Césars d'autrefois le pain et les jeux du cirque, des moines et des prêtres loin de le satisfaire, ils l'ont déçu à la fois dans son besoin de bien-être et dans sa soif d'idéal » (p. 429) . A qui sait lire, cette phrase paraîtra singulièrement cruelle pour les amis de l'idéaliste Jaurès, qui fut le plus ardent de tous les excitateurs de l'anticléricalisme. ”
“ La vraie philosophie était au berceau ; la géométrie de l’infini n’était pas encore ; la physique expérimentale se montrait à peine ; il n’y avait point de dialectique ; les lois de la saine critique étaient entièrement ignorées. L’esprit de recherche et d’émulation n’animait pas les savants : un autre esprit, moins fécond peut-être, mais plus rare, celui de justesse et de méthode, ne s’était point soumis les différentes parties de la littérature ”
“ Pour qu’on ne fasse pas la lumière, M. Joseph Reinach interdira au curateur légal, M. Imbert, de poursuivre Herz pour chantage au nom de la succession Reinach : il renoncera à la succession. D’ailleurs, déclare Joseph Reinach, que d’exagération ! « Mon oncle et beau-père avait seulement accepté trop à la légère de cautionner la Compagnie de Panama dans les dix millions qu’elle s’engageait à donner à Herz pour qu’il achetât du Parlement l’autorisation d’émettre des valeurs à lots. » ”
Joseph Reinach,
Raphaël Lévy, une erreur judiciaire sous Louis XIV
“ Les Juifs n’ont pas été seulement accusés d’infanticide et de crucifiement ; mais lorsqu’il est quelque fléau du Ciel pour punir les hommes de leur méchanceté, on a rejeté aussitôt la cause de tous ces maux sur cette misérable nation. Une grande peste affligea presque tout l’Occident en 1348, et après plusieurs prières des Chrétiens faites pour détourner la colère de Dieu, l’on accusa les Juifs comme auteurs de cette misère publique. ”
Joseph Reinach,
Napoléon III et la Paix
(1921)
“ « La France a perdu sa force en Allemagne. En juin, nous aurions été avec vous, si vous nous aviez secourus. Nous désirions franchement votre secours. Maintenant, l'Allemagne est conquise; elle est une vis-à-vis de vous. Nous sommes enrégimentés. Le jour où vous ferez un pas, nous aimerons encore mieux tirer sur vous que de périr chez nous par les soins de la Prusse 3. » Bismarck, d'autre part, est convenu que l'intervention, même en juillet, l'eût mis dans une situation très difficile ; « elle aurait obligé l'armée prussienne à couvrir Berlin et à abandonner ses succès eh Autriche 4 ». ”
Maurice Barrès,
Leurs figures
(1902)
“ M. Vlasto fort gracieusement s'inclina : — Que vous avez raison en principe, monsieur le juge ! Mais les usages sont si forts ! Et soumettant au magistrat la photographie d'une lettre, il prouva qu'il venait de rendre, peu auparavant, un service identique à M. Ribot. L'intelligence de M. Franqueville s'élargit. Comme, dans un bocal, une grenouille qui remonte à la surface annonce le retour du beau temps, la réapparition de M. Joseph Reinach au Palais-Bourbon indiqua que le soleil luirait bientôt pour les chéquards. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Un pauvre homme, un père de famille, qui tremble pour lui et pour les siens. D’une logique simple, il croit que l’État-Major lui saura gré de signaler la piste d’un traître. S’il ne nomme pas alors Esterhazy, c’est, sans doute (il l’affirme du moins) , qu’il n’en savait pas alors plus long. Il n’eût pas eu, ce semble, plus de scrupule à le nommer que ce paysan de la Meuse. S’il refuse à Henry et à Lauth d’entrer au service français, comme il l’a refusé jadis à Sandherr, c’est qu’il n’a jamais eu l’âme d’un traître, qu’il est las de son métier et qu’il veut faire peau neuve. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ La couleur n’est pas dans l’objet, mais en eux ; leur vision est ce que la fait la teinte de leurs lunettes ; leur optique n’est pas matérielle, comme elle devrait l’être, mais morale [31] . Le plus éclairé d’entre eux, Jouaust, qui veut sauver Dreyfus, veut aussi sauver Mercier. Conciliation impossible ? Il y a neuf chances sur dix qu’elle le soit, que Mercier seul échappe. La seule chance qui reste à Dreyfus exigerait la complicité tacite de ses deux défenseurs avec Jouaust, et Jouaust ne se sent compris que de Demange. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Il partit de là pour la caserne des Célestins, où habitait Lebrun-Renaud, et l’emmena en voiture au ministère de la Guerre [77] . Ce n’est jamais une petite affaire pour un officier, même supérieur, que d’être reçu par le ministre de la Guerre. Être convoqué, au petit réveil, chez le chef de l’armée, et non par un planton, mais par le sous-chef de l’État-Major général, c’était, pour un simple capitaine, une grosse histoire, et faite pour l’abasourdir. Arrivé au ministère, il fut introduit tout de suite chez Mercier [78] . ”
Georges Sorel,
La révolution dreyfusienne
(1909)
“ « Après avoir soulevé tout un peuple pour la Justice, il est impossible de l'inviter à retourner chez lui avec la grâce d'un individu. (1) Joseph Reinach eût voulu que la grâce fût prononcée de manière à affecter la forme d'un « acte sans précédent d'un ministre de la guerre déchirant un jugement militaire à peine rendu » (tome V, p. 545) . (2) Ce pourvoi ne pouvait servir à rien parce que le Conseil de revision n'aurait probablement pas admis l'existence des vices de forme qu'on croyait trouver dans la procédure de Rennes (loc. cit., p. 539) . ”
Joseph Reinach,
Napoléon III et la Paix
(1921)
“ Il flottait néanmoins autour de notre politique italienne comme une poésie qui faisait totalement défaut à la politique allemande. La politique du sentiment est périlleuse; elle a sa logique. Dans la guerre des Duchés, le sentiment s'était prononcé pour le petit et héroïque Danemark. Dans la guerre de 1866, beaucoup de sympathies étaient allées à l'Autriche, dépouillée par la Prusse des territoires qu'elles avaient conquis ensemble. Comme Bismarck était resté étroitement cuirassé dans sa diplomatie réaliste, il ne parlait pas aux imaginations. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Henry le bouscule, lui fait honte de ses derniers scrupules comme d’une lâcheté. Du Paty, d’apparence insolente et rogue, est le plus crédule des hommes, très inflammable. Henry ne propose pas à Lauth, correct et gourmé, les mêmes besognes qu’à Gribelin. S’il ne cherche pas à approcher Billot [14] , — car ces deux paysans madrés eussent vite fait de se reconnaître, — il sait que Boisdeffre répond du ministre, et pourquoi. Au surplus, à toute cette affaire qui redevient menaçante, il s’intéresse seulement pour le bien du service, car il ne connaît pas Esterhazy — ou si peu [15] . ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Chez ces pauvres êtres que brise le destin, tout est respectable ; et touchant, surtout le mensonge. Henry raconta brièvement quelque chose, mit dans une valise un peu de linge, une trousse, prit un air calme pour embrasser sa femme qui pleurait et son fils qu’il appelait le petit zouave : « Tout cela s’arrangera. Ma conscience est tranquille. Le ministre m’envoie au Mont-Valérien. Il faut que j’y aille. Tu sais que je suis un honnête homme et que je n’ai rien à me reprocher. » Puis, à l’officier : « Descendons vite, mon colonel, j’en ai assez. » ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Il n’a jamais douté de la France ; il croit en elle, obstinément, jusqu’à la mort. Cette patrie qui lui a tout ôté, il l’aime comme aux jours où elle souriait le plus doucement à ses belles ambitions de soldat ; « au-dessus de tout, il y a la Patrie » ; à travers les iniquités et les tortures, son amour pour elle n’a point fléchi ; « mais il ne doit pas rester un seul Français qui puisse douter de lui ». Crucifié dans son corps, il ne sent qu’une torture : l’inique condamnation, son nom sali, la haine de tout un peuple, le mépris de ses anciens camarades, la flétrissure de l’Histoire. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Et s’il ne trouve pas l’équivalent du cri fameux, si puissant par la conviction, longtemps comprimée, qui éclate, et par le contraste avec le reste du discours : « En mon âme et conscience, le bordereau est d’Esterhazy ! » — c’est qu’un pareil cri ne se pousse qu’une fois, ne retentit qu’une fois ; les échos fatigués ne le répétaient plus. Regret commun à beaucoup de tard venus dans l’Affaire que ceux qui les y ont précédés aient dit avant eux ce qu’ils aimeraient à dire, qu’ils aient eu, avant eux, leurs colères et leurs pitiés. ”
Georges Sorel,
La révolution dreyfusienne
(1909)
“ Picquart sort fort maltraité des dernières études de Joseph Reinach « Ce soldat, qui s'est élevé si haut par la vérité, en a perdu peu à peu la claire et saine notion. Le grand charme qui lui venait de sa modestie n'a pas résisté aux coteries où on l'adule et à la solitude où il revit incessamment sa dramatique aventure. Il est dominé, comme il le serait par une femme, [par Clemenceau] , par ce dur jongleur d'idées (1) . » « Il sembla parfois qu'il gâtait [au cours de sa déposition devant la Cour de cassation] comme à plaisir la belle image que les événements avaient faite de lui (2) . » ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Réfléchissez bien, car si vous n’avez pas la foi, vous êtes un traître, un vendu ! » Saint-Genest refuse de courber sous le joug. Il ne sait rien de l’affaire Dreyfus et il lui importe peu que l’accusé soit juif ou non. Il n’est occupé que de l’armée ; il sait par des camarades l’incapacité du ministre ; il voit Mercier cherchant à s’imposer par les mêmes procédés dont a usé Boulanger ; il dénonce cette piperie. Quoi ! Mercier intangible, parce qu’il a été attaqué par la presse allemande ! « Idée triomphante qui ne pouvait germer que dans un cerveau français ! » ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ De fait, le doute était dans chacun d’eux, comme leur préoccupation du témoignage de Mercier eût suffi à le prouver, surtout chez le vieux Jouaust, qui n’avait plus rien à attendre de la fortune, à la veille de prendre sa retraite à Rennes même, où il était né et s’était marié, belle tête un peu dure, la figure balafrée d’une épaisse moustache blanche, le front haut, « sans transparence », le regard fermé, mais brave homme autant que bon soldat, tendu et timide, et dont la rudesse n’était qu’un masque [10] . ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Galliffet, « au sabre rougi de sang républicain jusqu’à la garde » et « le client de l’homme qui a été le plus néfaste au pays, Joseph Reinach » ; Waldeck-Rousseau, avocat ou patron « de tous les crapuleux officiants des saturnales financières » ; tous, « des fripons ou des meurtriers ». On pouvait remonter au plus loin dans les annales des Chambres sans y trouver un exemple de ministres qui eussent été reçus ainsi. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ « La réponse, elle est dans les noms même de ceux que j’appelais et que j’appelle encore vos amis et qui ont commencé la campagne ; elle est dans le nom de celui qui, ici, mène cette campagne, alors que, au lieu d’essayer de réhabiliter un nouveau Calas, il aurait, peut-être, dans sa famille, d’autres réhabilitations à poursuivre [89] . » Pendant que la gauche et l’extrême gauche éclataient en applaudissements, je répliquai : « Je fais ce que ma conscience m’ordonne de faire. » Puis j’envoyai à Millerand mes témoins. Il restait à Méline, ce jour-là, une lâcheté à commettre : il n’hésita pas. ”
Joseph Reinach,
Napoléon III et la Paix
(1921)
“ Je ne puis le garantir; il n'est pas moins prussien que son souverain et vous remarquerez que le roi nous croirait aisément capables de lui tendre un piège. Quel degré de confiance pouvons-nous, de notre côté, accorder à des interlocuteurs accessibles à de pareils calculs? » Ainsi se méfiaient-ils les uns des autres. Bismarck et Benedetti revirent, une dernière fois, la rédaction du projet, « avec les observations dont elle avait été l'objet à Paris ». La conversation, encore cordiale, porta sur des questions de détail. Mais le roi n'avait pas encore vu Goltz. Rien n'était fait. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Puis, de nouveau, Du Paty le laisse à la solitude, en proie au sphinx. Sa raison, cette fois, faillit chavirer, et si elle n’a pas sombré, si cette épave humaine n’a pas succombé, c’est que l’infortuné, se roidissant contre tant d’abominations et de douleur, se cramponnait, comme le naufragé à la planche, à cette idée : « Si tu meurs, si tu deviens fou, on te croira coupable ; quoi qu’il arrive, il faut que tu vives pour crier ton innocence à la face du monde. » ”
“ Rien ne fausse plus la réalité que d’y vouloir trouver des types absolus et complets. Frivole et grossier, ce jouisseur cynique, ce porc du boulevard, ce Jacques de Reinach a tout de même des entrailles humaines, familiales. De longs siècles de ghetto le formèrent. Et puisque Joseph, sous sa redingote de la Conférence Molé, cache les obstinations d’un prophète d’Israël, j’admets que ce baron se sacrifia comme un patriarche pour sa tribu. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Quesnay était si certain de tenir enfin la preuve écrasante qu’il l’annonça dans son journal : « On est venu à moi spontanément ; je n’ai été qu’un confident... Chaque jour qui s’écoule m’apporte une preuve nouvelle... J’ai la foi, je suis sûr du triomphe final... Si le gouvernement, inspiré par Reinach et par Picquart, me fait arrêter pour étouffer mon enquête, ce sera en vain ; mes secrets sont à l’abri et Dieu fera le reste [68] ! » ”
