“ Rien n’est plus simple. Il s’est fait un échange entre les marmots. Quand ils étaient au berceau, alors qu’ils avaient la peau tendre et le crâne de peu d’épaisseur, Sidoine a pris le corps de Médéric, et Médéric, l’esprit de Sidoine ; de sorte que l’un a crû en jambes et en bras, tandis que l’autre croissait en intelligence. ”
Sidoine Poce
Définition et enjeux
Citations sur “Sidoine Poce”
Émile Zola,
Contes à Ninon
(1877)
“ Au bout d'une dizaine de pas, Sidoine sentit une légère résistance à la jambe gauche. Il crut que sa culotte venait de rencontrer quelque ronce. Mais s'étant baissé, il demeura fort surpris : c'était un homme, d'air avide et cruel, qui gênait ainsi sa marche. Cet homme demandait tout simplement la bourse aux voyageurs. Sidoine ne voyait plus que mendiants affamés sur les routes ; sa charité de fraîche date avait hâle de s'exercer. Il n'entendit pas bien la demande de l'homme, il le prit par la peau du cou, l'élevant à la hauteur de son visage, pour converser plus librement. ”
Amédée Thierry,
Histoire d'Attila et de ses successeurs…
“ Le récit de cette courte mais curieuse guerre ne nous vient pas d'un historien; nous la tenons d'un poëte et d'un poëte gaulois, le célèbre Sidoine Apollinaire, auteur d'un panégyrique d'Anthémius devenu empereur d'Occident. Suivant l'usage des poëtes, Sidoine ayant à mettre en scène la nation des Huns n'a point manqué l'occasion d'en tracer le portrait, et il l'a fait avec toutes les recherches, toute l'exagération de ce faux bel esprit qui flattait le goût de ses contemporains, et qui fut, il faut bien le dire, pour une grande part dans sa renommée. ”
“ De plus, je crois te l'avoir dit, Sidoine péchait par une grande coquetterie; dès qu'il eut un budget sous la main, il échangea vite ses peaux de loup contre de splendides vêtements de soie et de velours, trouvant à se regarder quelques dédommagements aux ennuis de sa nouvelle profession. On le blâmait de cet innocent plaisir; bien qu'il ne fît autre dépense, on lui reprochait d'user trop de satin, de déchirer trop de dentelle. La rosée, il est vrai, tache les étoffes fines, et rien ne les coupe comme la paille. Or Sidoine couchait tout habillé. ”
Émile Zola,
Contes à Ninon
(1864)
“ Médéric le regarda faire sans s'étonner. — Mon mignon, dit-il à Sidoine, je te prie de regarder cet homme. Il est le type le plus pur de l'humanité. Il souffre, il obéit ; il est fier de souffrir et d'obéir. Je le crois un grand sage. Sidoine fit quelques enjambées, le cœur triste d'abandonner ainsi un pauvre diable mourant de faim. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ SIDOINE APOLLINAIRE. [1] Sidoine Apollinaire naquit à Lyon en 430 ; sa famille, de laquelle on a fait descendre les Polignac, était une des plus considérables de la Gaule méridionale, et son existence fut tout ensemble celle d’un grand seigneur et celle d’un bel esprit. Sidoine fut gendre de l’empereur Avitus, et par là se trouva l’allié des Avitus, nom considérable de l’Auvergne, illustré déjà dans l’église par saint Avit, évêque de Vienne. ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Le plus souvent Avitacum donnait l'hospitalité à quelques grands personnages ; alors c'étaient de véritables fêtes, auxquelles rien ne manquait, pas mêmes les régates sur le lac; le soir on jouait à la toupie. Outre ces distractions, Sidoine, pour consoler ses ennuis, avait encore ses correspondances avec ses amis de Lyon, de Vienne, d'Arles et ses livres qu'il aimait passionnément. Au milieu des variétés de son existence, l'amour des belles-lettres le captivait toujours. Quand il songeait à la Gaule, il la rêvait docte et polie, comme l'Italie et la Grèce. ”
J.-B. Giroud, Sidoine Apollinaire (1871)
“ Sous sa phrase un peu tourmentée et chargée d'afféterie , respire un sentiment vrai, une sagesse simple et sans efforts. Il est déjà plus chrétien qu'il ne le paraît; on ne saurait assez louer cette pureté d'affections de famille, cette douceur qui rendait la vie de Sidoine si commode et si agréable à ses amis, à ses serviteurs et à tous ceux qui l'entouraient. En 467, Athénius, étant parvenu à l'empire, ordonna à Sidoine, qui était alors à Lyon, de se rendre à Rome. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Sidoine hésite entre la réalité des faits et les fictions de la rhétorique. On ne peut croire Jupiter, quand il représente les Barbares, dès qu’ils apprennent qu’Avitus vient vers eux, disposés à tout accorder et craignant qu’il ne leur refuse la paix. Sidoine est un peu ridicule quand il met dans la bouche de Théoderic de grandes protestations de respect pour le génie de Rome et pour ses enfans, race de Mars, et le vœu invraisemblable d’expier le crime d’Alaric qui a eu l’indignité de prendre d’assaut la ville éternelle, « seule tache, dit-il, à la mémoire de notre aïeul. » ”
Em. Moitron, Saint Pourçain et son temps, coup d'oeil historique sur le Ve siècle (1908)
“ Les peines intimes ne manquèrent point à saint Sidoine sur ses vieux jours. Ces longues vies où le bonheur a paru se fixer, ont, sur le soir, des scènes déchirantes. Mais le soir ne tombe pas tous les jours aux mêmes heures, la vieillesse est chose relative : et Sidoine-Apollinaire la rencontra avant l'accablement des années. Sa jeunesse et son âge viril avaient été tellement mouvementés qu'il était déja vieux à quarante ans, lors de sa promotion, et très vieux, quand il mourut dix-huit ans après. Cette fin d'un épiscopat en somme assez court fut l'époque la plus pénible de sa vie. ”
Émile Zola,
Contes à Ninon
(1864)
“ Durant ce long discours, Sidoine, pour complaire à son compagnon, avait pris l'air le plus bête du monde, et note que c'était précisément là l'air qu'il fallait. Mais, à la vérité, il s'ennuyait de toute la largeur de ses mâchoires, regardant d'un œil désespéré le Nil, les sphinx, Memphis, les pyramides, et s'efforçant de penser aux momies, sans grands résultats. Il cherchait furtivement à l'horizon s'il ne trouverait pas un sujet qui lui permît d'interrompre l'orateur d'une façon polie. ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Béranger disait qu'une idée sans style est une jolie fille sans dot; Sidoine Apollinaire n'eut pas beaucoup de filles, mais, en bon père, il les dota pompeusement. Ces défauts plurent aux contemporains de Sidoine, lequel, déjà connu par sa naissance, devint vite célèbre par ses écrits. Les belles-lettres étaient, à cette époque, comme presque toujours, une voie sûre pour arriver aux honneurs; et Sidoine les désirait. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Dans vingt endroits, on voit combien Sidoine était peu théologien, combien il était peu au courant des discussions, particulièrement de cette discussion du pélagianisme, qui passionnait si vivement tous les esprits véritablement sérieux et distingués. Mamert Claudien lui avait dédié sa réfutation du traité de Faustus sur la matérialité de l’ame : Sidoine ne manque pas de répondre à cette dédicace par une épître pleine de louanges hyperboliques, mais prouvant à merveille qu’il ne sait pas de quoi il est question dans le livre qu’on lui a dédié. ”
Jean-Jacques Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ On ne trouve rien de pareil chez un de ses contemporains, le Lyonnais Sidoine Apollinaire, qui vint à Rome pour affaires vers la fin du ve siècle. Celui-ci était un bel esprit gaulois, un grand propriétaire ambitieux et intrigant, qui, après avoir eu pour gendre un empereur romain, fut à la fin évêque par hasard et saint par circonstance. Sidoine, dans une lettre écrite de ce style précieux qu’il affectait, raconte à son ami un voyage à travers l’Italie ; il fait sur la route, étalage d’érudition classique, à peu près comme un scholar anglais de nos jours. ”
Émile Zola,
Contes à Ninon
(1864)
“ Bien qu'ils eussent grand'peine à converser librement, le grand Sidoine et le petit Médéric n'en étaient pas moins les meilleurs amis du monde. Ils avaient seize ans tous deux, étant nés le même jour, à la même minute, et se connaissaient depuis lors; car leurs mères, qui se trouvaient voisines, se plaisaient à les coucher ensemble dans un berceau d'osier, aux jours où le grand Sidoine se contentait encore d'une couche de trois pieds de long. Sans doute, c'est chose rare que deux enfants, nourris d'une même bouillie, aient des croissances si singulièrement différentes. ”
Amédée Thierry,
Derniers Temps de l’Empire d’Occident…
“ Sidoine comptait à Rome plus d’un ami; il avait connu, lors de son premier voyage, sous le règne de l’empereur Avitus, plus d’un haut personnage qui lui aurait ouvert son palais de marbre et se serait fait un honneur de l’avoir pour hôte; mais il n’en vit aucun. Il loua dans une auberge modeste un logement où il acheva sa convalescence. Rome semblait sens dessus dessous ; toutes les affaires étaient suspendues, les administrations vaquaient, et le palais impérial était inabordable : l’empereur Anthémius mariait sa fille au patrice Ricimer, et les fêtes avaient déjà commencé. ”
Amédée Thierry,
Derniers Temps de l’Empire d’Occident…
“ Pendant une partie du jour, Eutropius menait la vie d’un vrai paysan, labourant, semant, fauchant de ses mains, et pendant l’autre celle d’un sophiste, ce qui ne l’empêchait pas d’étaler dans sa demeure rustique une galerie d’images représentant ses aïeux, tous gens titrés et honorés à leur époque des plus hautes dignités de l’empire. Sidoine blâmait cette vie, qu’il traitait de lâche; il écrivit de Rome à Eutropius pour le gourmander, le tirer de sa torpeur et l’appeler vers lui. ”
Amédée Thierry,
Derniers Temps de l’Empire d’Occident…
“ Les aiguillons du poète tirèrent le philosophe de sa solitude : il vint à Rome, oublia Plotin, s’enrôla, comme disait son ami, dans la milice palatine, devint fonctionnaire, et donna un bon et sage préfet au prétoire des Gaules. Quant à Sidoine, sorti de charge à l’expiration de l’année 468, il reçut d’Anthémius le titre de patrice, titre simplement honorifique dans ce cas, mais qui était pour un Romain de ce temps le couronnement de toutes les dignités. ”
A. Thierry, Les Derniers Temps de l’empire d’Occident…
“ Le jour de l’élection approchant, Sidoine vint s’installer à Bourges. La ville était remplie d’agitation ; on eût pu se croire à la veille d’une émeute. Dans les rues, sur les places, principalement autour de l’église, stationnaient des groupes inquiets, ardens à la dispute, préconisant leur candidat et déchirant les autres. C’était un échange de panégyriques et d’attaques, un débordement de propos diffamatoires qui n’épargnaient pas le juge et ses conseillers ecclésiastiques : Sidoine en fut indigné. Il vit aussi offrir et distribuer de l’argent. ”
Émile Zola,
Contes à Ninon
(1864)
“ « Là travaillait jadis le roi Sidoine. » Je l'avais prédit, mon mignon, tes poings devaient être des poings de roi; seulement ce seront des poings de roi travailleur, les plus beaux et les plus rares qui existent. A ces mots, Sidoine ne se sentit pas d'aise. Sa mission, dans la vie commune, lui parut de beaucoup la plus agréable, comme étant celle qui demandait le plus de force. — Parbleu ! frère, cria-t-il, raisonner est une belle chose, quand on conclut sagement. Me voici tout con- solé. Je suis roi et je règne sur mon champ. On ne saurait mieux trouver. ”
Louis-Antoine Chaix, Un mot sur saint Sidoine Apollinaire (1870)
“ Tel fut Sidoine Apollinaire dans l'épiscopat : on le vit constamment à son devoir. Il devint une des lumières de l'Eglise gallo-romaine, et fut un des pontifes les plus illustres qui siégèrent sur la chaire des Austrcmoine et des Allyre. ”
Fustel de Coulanges,
Revue des Deux Mondes
“ Sidoine reproche à son jeune ami Eutrope de se dérober aux honneurs ; n’est-ce pas pour lui un devoir de situation et de famille de prendre du service ? Qu’il entre donc « dans la milice du palais, » au moins pour quelques années. Aime-t-il mieux vivre caché au milieu de ses bouviers et de ses laboureurs ? ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Les envahisseurs que Sidoine redoute le plus pour son pays, les Visigoths, sont moitié barbares, moitié polis par la civilisation romaine. Ils ont une cour de poëtes et d'orateurs ; à voir Théodoric dans son palais de Bordeaux ou de Toulouse, on croirait voir Majorien dans sa résidence d'Arles ou de Narbonne. On y lit Virgile et Cicéron; on y délibère dans l'assemblée des vieillards, comme on faisait autrefois à Rome dans le sénat, sous les Antonins ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Un jour, à Lyon, il jouait à la paume avec un vieux poëte appelé Philimace. Sidoine aimait beaucoup le jeu.de paume; du reste à cette époque et antérieurement il était fort en honneur dans les écoles. On sait que le jeune Augustin en avait passionnément recherché les innocents triomphes, avant la gloire des lettres et de l'éloquence. Le vieillard est naturellement battu; il cherche à se venger en demandant à Sidoine d'improviser un quatrain sur le linge qui essuyait son front; il croyait mettre le jeune poëte en défaut. ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Il faut ménager les barbares ; « nous les méprisons, dit-il, et nous les » craignons (2) . » Cependant une fois devenu évêque, Sidoine n'ayant plus rien à obtenir des Visigoths, ayant au contraire tout à redouter de leur ambition, change de langage. Théodoric est mort assassiné par son frère Euric, et celui-ci convoite l'Auvergne; de plus il se proclame le défenseur de l'arianisme et ne laisse ni paix ni trêve aux évêques orthodoxes dans ses États. « Je crains moins ses coups » pour les murs des Romains, disait Sidoine, que pour les lois » chrétiennes. ”
Émile Zola,
Contes à Ninon
(1864)
“ Les pauvres gens mouraient, n'ayant seulement pas la consolation de savoir quelle rude main les secouait ainsi. Car, au premier abord, quand Sidoine se reposait tranquillement sur la pyramide, rien ne le distinguait nettement des blocs de granit. ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Le gendre d'Avitus, celui qui se montrait naguère si jaloux des libertés gauloises, prodigua dans un panégyrique prononcé à Lyon, l'adulation au César qui venait de ruiner son pays et qui avait remplacé son beau-père. On a tout dit pour justifier la versatilité inexcusable de Sidoine : que Majorien pouvait être loué sans flatterie, à cause de ses vertus publiques et privées; que, par sa conversion, Sidoine cherchait moins à se grandir lui-même qu'à soustraire Lyon à la vengeance de l'empereur. ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Malgré ce premier mécompte, Sidoine ne désespéra point de la fortune. Persuadé qu'il devait à la mémoire de son beau-père plus que des larmes, il s'allia avec tous les Gallo-Romains résolus à venger Avitus. C'étaient des généraux connus, des hommes d'État illustres, qui tous se disaient patriotes et parlaient de rendre la Gaule indépendante; ils n'étaient en réalité que des ambitieux qui voulaient travailler avant tout pour eux-mêmes. On le vit bien lorsque le nouvel empereur, Majorien, en 456, accourut dans les Gaules avec une armée. Les uns se retirèrent ”
“ ÉMILE ZOLA CONTES Á NINON TABLE DES MATIÈRES A NINON SIMPLICE LE CARNET DE DANSE CELLE QUI M'AIME LA FÉE AMOUREUSE LE SANG LES VOLEURS ET L'ÂNE SOEUR-DES-PAUVRES AVENTURES DU GRAND SIDOINE ET DU PETIT MÉDÉRIC I. Mes héros II. Ils se mettent en campagne III. Léger aperçu sur les momies IV. Les poings de Sidoine V. Le discours de Médéric VI. Médéric mange des mûres VII. Où Sidoine devient bavard. ”
J.-M. Lagier, Sidoine Apollinaire, un praticien romain… (1868)
“ Mais pour être évêque, on n'en a pas moins le drôit d'être de bonne humeur, d'avoir de l'esprit même, quand on le peut. Loin de faire un reproche à Sidoine de ces heureuses qualités, je crois qu'on doit l'en féliciter. Voici quelques-unes de ces lettres qui ont servi de prétexte à M. Ampère pour accuser Sidoine de frivolité. Il adresse son propre portrait à l'un de ses amis, Philagrius : « Tu aimes, je le sais, les hommes paisibles; moi j'aime même » les poltrons. Tu évites les barbares quand ils passent pour mé» chants; je les évite lors même qu'ils sont bons. Tu t'appliques » à la lecture ”
J.-B. Giroud, Sidoine Apollinaire (1871)
“ La louange produsit l'effet qu'en attendait le poète; l'empereur Majorien retira la garnison qu'il avait établie à Lyon, affranchit la ville des contributions de, guerre, lui rendit ses anciens priviléges et la fit mettre en l'état où elle était avant les différentes invasions des barbares. Sidoine, lui, fut élevé à la dignité de comte et exerça quelque temps des emplois à la cour de Majorien et accompagna ce prince dans un voyage qu'il fit à Arles, en 459. ”
