“ Il saisit le soleil et le rythme des rayons. Toutes les eaux lui parlent, et la pluie même, qui rafraîchit les pleurs du matin, au sortir de l’insomnie et de la noire chambre, où le malade a compté dans l’angoisse les heures lentes de la nuit. Tout objet lui est sentiment et sa musique est une peinture de l’émotion par l’émotion : la subtile magie des accords en est l’instrument ; et la nuance, le moyen dont il possède tous les secrets en tout-puissant alchimiste. La nuance est la fée de Debussy. La nuance est la variation dans la profondeur et dans le sentiment. ”
Nuance (musique)
Définition et enjeux
Citations sur “nuance (musique)”
Pierre Lasserre,
Philosophie du goût musical (Nouv…
(1931)
“ Des nuances d'expression tirées du développement d'une idée qui n'exprime elle-même qu'une nuance, des détails engendrés par l'exploitation d'une idéè qui n'a elle- même qu'une valeur de détail, n'auront de séduction que pour ceux qui aiment l'amorphe, et même, chose plus terrible, l'amorphe prolongé. Pour tous les autres, elles seront ennuyeuses, elles seront chargées de cet ennui spécial qui se dégage de tant d'oeuvres de musique moderne, regorgeant (hélas!) ”
Oscar Comettant,
Musique et musiciens
(1862)
“ Quatre -vingt-dix -neuf fois sur cent, les nuances indiquées par le professeur empêcheront les élèves de fausser le style de la composition, soit qu'ils s'abstiennent de toute nuance dans les endroits dépourvus de signes de nuances, et qui, cependant, en exigent, soit qu'ils leur communiquent une expression vicieuse, ce qui est pis encore que de jouer platement, sans expression aucune. ”
Adolphe Danhauser,
Théorie de la musique
(1872)
“ Les nuances sont à la musique ce que sont à la peinture les gradations et les oppositions d’ombre et de lumière. Non seulement elles doivent être observées avec le plus grand soin, mais encore, si elles ne sont pas indiquées, c’est au sentiment de l’artiste à suppléer à leur absence. ”
Paul Verlaine,
Jadis et naguère
(1884)
“ ART POÉTIQUEÀ Charles Morice De la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l’Impair Plus vague et plus soluble dans l’air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. Il faut aussi que tu n’ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise : Rien de plus cher que la chanson grise Où l’Indécis au Précis se joint. C’est des beaux yeux derrière des voiles, C’est le grand jour tremblant de midi, C’est, par un ciel d’automne attiédi, Le bleu fouillis des claires étoiles ! Car nous voulons la Nuance encor, Pas la Couleur, rien que la nuance ! Oh ! la nuance seule fiance Le rêve au rêve et la flûte au cor ! ”
Laurence Sterne,
Œuvres complètes de Laurence Sterne
“ Quand le riant aspect des choses a ainsi commencé par éloigner du cœur de l’homme les pensées qui en gardoient l’entrée ; quand les regards doux et caressans de chaque objet qui l’environne, ont, en flattant ses sens, conspiré avec l’ennemi du dedans pour le trahir et lui ôter ses défenses ; quand la musique a prêté son aide, et essayé son pouvoir sur les passions ; quand la voix des hommes, quand celle des femmes mêlées au doux son de la flûte et du luth ont amolli son cœur ”
George Sand,
Adriani
(1854)
“ On sent que cette âme n’a jamais admis la pensée du mal. C’est une musique que sa voix, et toute la douceur, toute l’égalité de son âme, sont dans sa moindre inflexion, dans sa plus insignifiante parole. ”
A. Gérard, Revue des Deux Mondes
“ Si la poésie est, dans le Nô, le mode d’expression et le truchement de la pensée religieuse, si la musique est l’interprète du sentiment et de l’âme, c’est par la danse que se traduit, s’incarne et vit l’action même. La danse est, comme on l’a vu dans les précédentes analyses des différens Nô, le moment le plus vif, la crise même du drame, l’acte et le geste par lequel cette crise se résout. Par le rythme et la mimique, elle prête au drame tout ensemble le mouvement et cette sorte de représentation stable et concrète que donne la fixité d’une attitude. ”
Hector Berlioz,
À travers chants
“ Ce qui se débite alors de non-sens, d’absurdités et même de mensonges, est vraiment prodigieux, et prouve avec évidence que, chez nous au moins, lorsqu’il s’agit d’apprécier une musique différente de celle qui court les rues, la passion, le parti pris, prennent seuls la parole, et empêchent le bon sens et le goût de parler. ”
André Suarès,
Danse et Musique
“ Le cri est le contraire du chant, et jusqu’à un certain point le dialogue même. Dès qu’elle parle au sentiment, toute musique est lente. Au contraire, elle invite au rêve ; elle en ouvre les avenues, à l’infini. Je dirai tout d’abord par où je veux conclure : le drame des idées non rationnelles est le drame musical entre tous. Il ne peut plus y avoir de métaphysique persuasive ou pénétrante qu’en musique. Et cette musique doit être un poème de danse, ou ne s’en mêler pas. ”
Friedrich Nietzsche,
Considérations inactuelles
“ «Les galériens seuls se connaissent, dit le Tasse; quant à nous, nous méconnaissons les autres par politesse, afin qu'ils nous méconnaissent à leur tour.»Et voilà que dans ce monde, où règnent les formes et le désir de se voir méconnu, apparaissent les âmes animées par la musique. Dans quel but? Ces âmes se meuvent en harmonie avec le rythme souverain et libre, animées d'une noble loyauté, vivifiées par la passion supérieure à toute personnalité, elles brûlent de l'ardeur à la fois puissante et paisible de la musique, de cette ardeur qui des profondeurs inépuisables jaillit à la lumière. ”
Félix-Titus Courtat, La musique : poème d'humoriste (1863)
“ Si, demeurant modeste, L'infirme musical acceptait sans conteste L'impuissance à sentir dont l'affligea le ciel, Loin d'avoir contre lui de la haine ou du fiel, On pleurerait en chœur sa misère infinie ; A sa vue on tairait mélodie, harmonie. Mais contre Dieu le monstre enflammé, révolté, Se venge contre nous de son infirmité ; D'une admiration qu'il n'a pas, qu'il simule, Qu'il donne à faux, d'aplomb, il poursuit, il jugule, Artiste exécutant, professeur, amateur, Et ne s'arrête pas même au compositeur. ”
Friedrich Nietzsche,
La Naissance de la tragédie
(1872)
“ En effet, pour exprimer son apparence par des images, le poète lyrique met à contribution tous les mouvements de la passion, depuis le balbutiement de l’inclination naissante jusqu’à l’emportement du délire ; sous l’influence de l’irrésistible impulsion qui le porte à traduire la musique en symboles apolliniens, il ne conçoit toute la nature, et soi-même en elle, que comme l’éternel vouloir, l’éternelle appétence, l’insatiable désir. ”
Angélique Arnaud, François Del Sarte : ses découvertes en esthétique… (1882)
“ La nuance, ce moyen exquis de l'art, qui se sent plus qu'il ne s'exprime, est le signe caractéristique de la perfection du talent ; elle fait partie de la personnalité de l'artiste. Vous avez entendu vingt fois une pièce de théâtre avec indifférence, une mélodie avec ennui ; un beau jour, un grand acteur relève la production dramatique de sa froideur, de son apparente nullité ; la mélodie terre-à-terre prend des ailes sous la magie d'une voix bien conduite, expressive et sympathique; del Sarte possédait ce moyen artistique au suprême degré ”
Charles Batteux, Les Beaux Arts réduits à un même principe (1746)
“ Car les dissonances, étant dans la nature, aussi-bien que les autres tons, ont le même droit qu'eux, d'entrer dans la Musique. Elles y servent non-seulement d'assaisonnement & de sel ; mais elles contribuent d'une façon particuliere à caractériser l'expression musicale. Rien n'est si irrégulier que la marche des passions, de l'amour, de la colere, de la discorde : souvent, pour les exprimer, la voix s'aigrit & détonne tout-à-coup : & pour peu que l'art adoucisse ces désagrémens de la nature, la vérité de l'expression console de sa dureté. ”
Jacques Rivière,
Études: Baudelaire, Paul Claudel…
“ Tant de nuance, tant de variété dans son étendue, qu'elle ne saurait se contracter pour l'action. Ses voix sont trop diverses; à mesure qu'elles l'inspirent, elles la détournent; par elles attirée en des sens opposés, elle demeure immobile. ”
H. Blaze de Bury, Revue des Deux Mondes
“ N’y a-t-il pas comme un écho vague et lointain de cette plainte dans les regrets d’une ame qui voit s’éloigner la mélodieuse interprète de ces airs qui, lorsqu’ils vous savent charmer, produisent un effet auquel nulle autre musique ne se peut comparer ? ”
“ En cela la musique ditfère profondément du langage parlé et s’oppose directement au langage des passions. C’est le propre des discours passionnés de changer par leur propre force ; car l’imagination s’échauffe, la gorge se contracte, la colère monte. À quoi s’oppose déjà le sage discours de celui qui cherche, et qui tourne autour du même objet, corrigeant l’expression, retouchant, expliquant, mais surtout la poésie, par son rythme fermement maintenu, et même par ses refrains périodiques, d’autant plus nécessaires que les passions sont plus près de vaincre. ”
Scènes de la vie privée et publique des animaux… (1842)
“ J'ai connu, parmi les Hommes, un musicien fanatique, auquel la nature avait refusé la voix et l'oreille, qui chantait faux, qui dansait à contre-mesure, qui avait enfin pour cette musique, de lui si chérie, ce qu'on appelle une passion malheureuse. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ C’est une concession à l’humaine faiblesse Ils reprennent donc les versets dans le ton, d’une voix émue qui semble implorer grâce pour le martyre de leur oreille. Vous ressentez un double plaisir quand, des hauteurs vertigineuses de la musique sacrée, vous vous sentez glisser dans le suave des accens profanes, pareils à de tendres soupirs. ”
Antonin Artaud,
Le théâtre et son double
“ Mais que la musique sur laquelle danse le couple de l’homme traqué et de la belle femme soit une musique de nostalgie et d’évasion, une musique de délivrance, indique assez le côté dangereux de toutes ces blagues humoristiques, et que l’esprit poétique quand il s’exerce tend toujours à une espèce d’anarchie bouillante, à une désagrégation intégrale du réel par la poésie. ”
Friedrich Nietzsche,
L’Origine de la Tragédie
“ Oui, lorsque, grâce à ce médium, il s’aperçoit lui-même, sa propre image se montre ainsi à lui dans un état d’aspiration inassouvie : son propre vouloir, ses désirs, ses plaintes, son allégresse, sont pour lui des symboles à l’aide desquels il s’interprète la musique. Tel est le phénomène du poète lyrique : en tant que génie apollinien, il interprète la musique par l’image de la Volonté, tandis que lui-même, entièrement affranchi de l’appétence de la Volonté, est un pur regard qui contemple, imperturbable et radieux comme l’œil du soleil. ”
Félix-Titus Courtat, La musique : poème d'humoriste (1863)
“ Chaque artiste en renom, Ou plutôt, chaque artiste en dehors du théâtrê, Soulève les transports d'un public idolâtre,. Idolâtre de quoi? Parbleu, de l'art menteur Remplaçant la musique, où ce triomphateur, Heureux dans un grotesque élevé jusqu'au crime, Se précipiterait lui-même dans l'abîme. Au virtuose illustre apportant son tribut, La foule à ceux voisins encor de leur début, Ou marqués faiblement, plus ou moins le refuse ; Mais je n'en connais pas qui, par force ou par ruse, N'ait des admirateurs. ”
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais,
Œuvres complètes
(1809)
“ Mais si j'ai obtenu de mon compositeur que , par une variété constante , il partageât notre oeuvre en deux , que la musique reposât du poème, et le poème de la musique ; l'orchestre et le chanteur, sous peine d'ennuyer , doivent signer entr'eux la même capitulation. Si l'âme du musicien est entrée dans l'âme du poète, l'a en quelque sorte épousée , toutes les parties exécutantes doivent s'entendre et s'attendre de même , sans se croiser, sans s'étouffer. De leur union sortira le plaisir : l'ennui vient de leur prétention. ”
Friedrich Nietzsche,
L’Origine de la Tragédie
“ L’antithèse populaire et totalement fausse de l’âme et du corps ne saurait certes éclaircir en rien le problème complexe des rapports de la musique et du drame, et est, au contraire, propre à tout embrouiller ”
Friedrich Nietzsche,
Richard Wagner à Bayreuth
“ Une action dramatique intime — et toute passion suit un cours dramatique — s’efforçait de revêtir une nouvelle forme, mais le plan traditionnel de la musique de sentiment s’y opposait et prenait presque l’air et le ton de la moralité offensée contre une innovation immorale. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Qu’une note également soit plus longue, ou plus brève ; qu’un accent porte à faux ; qu’un mouvement se hâte ou se ralentisse, et l’ordre de la musique est changé ; l’autre face du monde se révèle et le pas du sublime au ridicule est franchi. ”
Richard Wagner,
Dix Écrits de Richard Wagner
“ Or, dans une telle disposition d’esprit, rien ne me révolte plus que de voir un fat à l’oreille dédaigneuse qui s’indigne contre ces petits accidents, et qui s’en ira demain admirer au théâtre les roulades discordantes de quelque cantatrice en renom, qui blessent tout à la fois les nerfs et l’âme. C’est que chez les connaisseurs au goût si subtil et si superbe, la musique n’est qu’une affaire d’oreilles, souvent même ils n’en jugent que par les yeux. ”
Albert Letellier, Bossuet, notre plus grand écrivain (1920)
“ Nous assistons de même à la naissance de la poésie, des odes, des cantiques, ces symphonies magiques qui contrebalancent les tendances grossières et malfaisantes de la vie et infiltrent, jusqu'au cœur de l'homme, la joie de vivre, la douceur, la bonté. Il y a trop de gens qui n'ont pas de musique dans l'âme : Shakespeare les a, d'un coup, flétris : a The man who has no music in himself. ”
Adèle Hommaire de Hell,
A travers le monde : la vie orientale…
(1870)
“ Leur passion pour la musique et la danse est portée jusqu'à la folie, et l'improvisation leur est si facile qu'à la moindre occasion une chanson court aussitôt les rues, à laquelle chacun ajoute son couplet. ”
Jean-Baptiste Dubos,
Réflexions critiques sur la poésie et la peinture
“ Ce que l’art du musicien ajoûte à l’art du poëte p476 supplée en quelque façon à la vrai-semblance, laquelle manque dans ce spectacle. Il est contre la vrai-semblance, me dira-t-on, que des acteurs parlent toûjours en vers alexandrins, comme ils le font dans nos tragédies ordinaires. J’en tombe d’accord, mais la vrai-semblance est encore bien plus choquée par des acteurs qui traitent leurs passions, leurs querelles et leurs interêts en chantant. Le plaisir que nous fait la musique répare néanmoins ce défaut. ”
“ Toujours, lorsque vous applaudissez et jubilez, vous avez, entre les mains, la conscience de l’artiste — et malheur à eux, s’ils s’aperçoivent que vous ne savez pas discerner la musique innocente de la musique coupable ! ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ Il vous entraîne tous, haletants, jusqu'à ce que lançant par un suprême effort, les derniers feux de son âme, sa voix fléchit, succombe et expire en jetant le frisson dans l'auditoire. Voilà l'accent pathétique t et le mouvement passionnel. Ils résultent des efforts faits par l'artiste pour mettre en relief certaines notes irrégulières, c'est-à-dire étrangères à la gamme ou au mode dans lesquels la phrase se trouve ou qui brisent la régularité des accents métriques, rompent la symétrie des rhythmes, et, par conséquent, choquent, heurtent le sentiment. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ Il n'en est rien. Les nuances sont en si intime rapport avec la contexture de la phrase qu'il est impossible de les en séparer : à chaque phrase convient telle intensité de son et non telle autre. Ici, comme partout, il y a des règles que l'homme de goût observe instinctivement et dont l'artiste ne doit pas se départir. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que de toutes les manifestations de l'expression c'est à cellelà qu'on apporte généralement le plus de soin. Les anciens compositeurs ne donnaient que les indications se rapportant aux nuances ”
Oscar Comettant,
Musique et musiciens
(1862)
“ C'est le seul moyen qu'on ne vous trouve pas. Si au lieu d'une histoire authentique je m'étais proposé d'écrire une œuvre de fantaisie, une nouvelle, je me serais ingénié à trouver pour ma fable, un dénoûment quelconque, sentimental ou plaisant, mais aussi original que possible, à la place du dénoûment assez vulgaire qu'on va lire. Par exemple j'eusse posé M. Brunet, dès le commencement de mon récit, comme un mélomane extravagant de la famille assez nombreuse des grotesques en musique. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 mars 1875
“ En quoi consiste donc l’espèce de plaisir que les plus grossiers éprouvent en face d’un mélodrame vulgaire, au bruit d’une musique tapageuse, à la vue d’un assemblage de vives couleurs sur la toile, sinon précisément de la diversion passagère qu’ils y trouvent au dégoût de l’existence et au dur labeur de la vie ? ”
