“ Nous nous allongeons sur les tapis de laine épaisse, et parfois, dans les réveils subits, nous apercevons partout, sur la terre nue qui nous environne, des êtres blancs étendus et dormant, comme des cadavres dans des linceuls. Un jour, après une marche de dix heures dans la poussière brûlante, comme nous venions d’arriver au campement, auprès d’un puits d’eau bourbeuse et saumâtre qui nous parut cependant exquise, le lieutenant me secoua soudain au moment où j’allais me reposer sous la tente, et me dit, en me montrant l’extrême horizon vers le sud : « Ne voyez-vous rien là-bas ? » ”
Guy de Maupassant
Résumé
Au soleil, récit de voyage de Guy de Maupassant, publié en 1884, raconte son séjour en Algérie en 1881. À travers des descriptions détaillées des paysages, des mœurs arabes et des réalités coloniales, l’auteur met en lumière le contraste entre la monotonie de la vie quotidienne et la recherche d’aventure.
Avec une vision critique de la colonisation, il allie remarques percutantes et méditations existentielles, comme le rappelle la citation : « La vie si courte, si longue, devient parfois insupportable ». Ce texte, inclus dans un recueil élargi, témoigne de sa sensibilité face à la diversité des mondes qu’il traverse.
Citations de Au soleil (Guy de Maupassant)
“ Cette muraille de roches hautes de deux mille mètres, d’où glissent cent torrents pareils à des filets d’argent ; ce bruit éternel de l’eau qui roule ; ce village enseveli dans les Alpes d’où l’on voit, comme du fond d’un puits, le soleil lointain traverser le ciel ; le glacier voisin, tout blanc dans l’échancrure de la montagne, et ce vallon plein de ruisseaux, plein d’arbres, plein de fraicheur et de vie, qui descend vers le Rhône et laisse voir à l’horizon les cimes neigeuses du Piémont : tout cela me séduit et m’enchante. Peut-être que... si Berthe n’était pas là ?... ”
Guy de Maupassant,
Au soleil
(1884)
“ Midi, roi des étés, épandu sur la plaine, Tombe, en nappes d'argent, des hauteurs du ciel bleu. Tout se tait. L'air flambloie et brûle sans haleine ; La terre est assoupie en sa robe de feu. C'est le midi du désert, le midi épandu sur la mer de sable immobile et illimitée, qui m'a fait quitter les bords fleuris de la Seine chantés par madame Deshoulières, et les bains frais du matin, et l'ombre verte des bois pour traverser les solitudes ardentes. Une autre cause donnait en ce moment à l'Algérie un attrait particulier. ”
