“ C'est bien, en effet, de l'Ibérie que souffle le zéphyr et du côté de l'Ibérie pareillement qu'Homère a placé le « Champ Élyséen, où les dieux, nous dit-il, doivent conduire Ménélas [4] » : « Quant à vous, Ménélas, les immortels vous conduiront vers le Champ Élyséen, aux bornes mêmes de la terre: c'est là que siège le blond Rhadamanthe, là aussi que les humains goûtent à la vie la plus facile, à l'abri de la neige, des frimas et de la pluie, et que du sein de l'Océan s'élève sans cesse le souffle harmonieux du zéphyr.» ”
Résumé
Strabon, géographe grec du Ier siècle, rédige dans son Géographie un ouvrage encyclopédique en 17 livres, décrivant le monde connu de son époque, de l’Ibérie à l’Égypte. Ce texte, écrit entre 20 av. J.-C. et 23 apr. J.-C., combine géographie physique et politique, analysant les régions, les cours d’eau, les isthmes et les mythes associés, tout en critiquant les travaux de ses prédécesseurs comme Ératosthène.
Publié tardivement, il connaît un nouvel élan d’intérêt à l’époque byzantine et devient une référence pour les explorations médiévales. Son influence persiste jusqu’à nos jours, illustrée par ses éditions critiques et ses traductions modernes.
Citations de Géographie (Strabon)
“ Comment supposer maintenant que le poète qui a le talent de mettre les autres en scène, les faisant parler avec éloquence, commander les armées avec habileté, déployer en un mot tous les genres de mérite, ne soit lui-même qu'un de ces bavards, un de ces charlatans experts uniquement à duper le peuple par leurs jongleries et à flatter leur auditoire, mais incapables de lui rien apprendre d'utile? Le vrai mérite du poète, nous le demandons, ne consiste-t-il pas à faire de ses vers l'imitation même de la vie humaine? ”
“ Est-il vrai, comme le prétend Ératosthène, que le poète vise uniquement à récréer l'esprit et nullement à l'instruire? Les Anciens définissaient, au contraire, la poésie une sorte de philosophie primitive, qui nous introduit dès l'enfance dans la science de la vie et nous instruit par la voie du plaisir de tout ce qui est relatif aux mœurs, aux passions et aux actions de l'homme; notre école aujourd'hui va même plus loin : elle proclame que le sage seul est poète. ”
“ Assurément « il y a mêlé le mensonge » ; mais, tandis que la vérité est le fond sur lequel il bâtit, le mensonge n'est pour lui qu'un moyen de séduire et d'entraîner les masses. « Et de même que la main de l'artiste ajoute à l'argent l'éclat d'une bordure d'or [48] , » de même aux scènes vraies de l'histoire Homère allie la fable, comme un attrait, comme une parure de plus ajoutée à sa parole, sans cesser pour cela de viser au même but que l'historien ou que tout autre narrateur d'événements réels. ”
“ Ce n'est pas, en effet, chez nous un parti pris à l'avance de contredire tous les géographes sans exception qui nous ont précédé; il en est beaucoup au contraire que nous comptons négliger absolument comme nous ayant paru des guides trop peu sûrs, et nous réservons nos critiques pour ceux que nous savons être habituellement exacts. Disputer en règle contre toute espèce d'adversaires, ce serait en vérité perdre sa peine; mais contre un Ératosthène, un Posidonius, un Hipparque, un Polybe et autres noms pareils, il y a quoique chose de glorieux à le faire. ”
“ Où s'exerce, en effet, l'activité humaine, si ce n'est sur cette terre, sur cette mer, que nous habitons et qui offrent à le fois de petits théâtres aux petites actions, de grands théâtres aux grandes, le théâtre des plus grandes se confondant ainsi avec les limites mêmes de la terre entière ou de que ce nous appelons proprement la terre habitée , et les plus grands capitaines étant ceux qui parviennent à dominer sur la plus grande étendue de terre et de mer, et à réunir cités et nations en un seul et même empire, en un seul et même corps politique? ”
“ Et voici qui le prouve. C'est d'abord un passage du Prométhée déchaîné d'Eschyle [74] : « [Là tu verras] l'Érythrée rouler ses flots sacrés sur un sable rougi, et s'étendre non loin de l'Océan, ce lac aux reflets d'airain, ce lac, source de richesses pour l'Éthiopien, où le soleil, qui voit toute chose, vient plonger sans cesse son corps immortel et par les chaudes ablutions d'une eau doucement pénétrante retremper l'ardeur de ses coursiers fatigués. » ”
“ Sur ce point-là donc, ô Ératosthène, tu as peut-être raison; mais à coup sûr tu te trompes quand, non content de refuser à Homère autant d'érudition, tu prétends réduire la poésie à n'être qu'une vieille conteuse de fables, qu'on laisse libre d'imaginer tout ce qui peut lui sembler bon à divertir les esprits. N'y a-t-il donc rien, en effet, dans l'audition des poètes qui puisse nous porter à la vertu? Toutes ces notions, par exemple, de géographie, d'art militaire, d'agriculture et de rhétorique, que cette audition tout au moins nous procure, ne peuvent-elles rien pour ce but suprême? ”
“ Ajustons maintenant les paroles du poète, aux explications qui précèdent : comme le nom d'Océan éveille en nous l'idée correspondante d'horizon, d'horizon terrestre, et que le cercle arctique (qu'il désigne par le nom d'Arctos ou d'Ourse) n'est autre que le cercle qui, au jugement de nos sens, passe par le point le plus septentrional de la terre habitée, il demeure établi que, dans la pensée d'Homère, ce côté-là de la terre devait être aussi baigné par l'Océan. Il n'est pas jusqu'aux populations arctiques qu'Homère ne connût parfaitement ”
“ Prétendre donc enlever au poète jusqu'à la rhétorique, autrement dit l'art oratoire, en vérité c'est se rire de nous. Y a-t-il, en effet, de plus grand mérite pour l'orateur que celui du style? Et pour le poète également? Or, qui a jamais surpassé Homère pour la beauté du style? - Sans doute, dira-t-on; mais le style qui convient au poète diffère du style qui convient à l'orateur. - Diffère, oui, mais comme une espèce diffère d'une autre espèce du même genre, comme dans la poésie même la forme tragique diffère de la forme comique, et dans la prose la forme historique de la forme judiciaire. ”
“ « Et jamais Jason n'eût rapporte d'Aea la précieuse toison après un si pénible voyage et tant de périlleux combats soutenus, tous pour l'honneur de l'impérieux Pélias ; jamais les Argonautes n'eussent atteint le beau fleuve Océan. » Et plus loin : « La ville d'Aeétès, où reposent étendus sur leur lit d'or, et près des bords de l'Océan que visita naguère le divin Jason, les rayons du soleil à la course rapide. » ”
“ Car le nombre des fictions lointaines, dans Homère, n'est quasi rien au prix du grand nombre de fictions dont la Grèce et les pays voisins sont le théâtre et qui se rapportent, soit aux travaux d'Hercule et de Thésée, soit aux traditions de la Crète, de la Sicile et des autres îles, du Cithéron, de l'Hélicon, du Parnasse, du Pélion, de l'Attique tout entière et du Péloponnèse. Jamais personne non plus ne s'est avisé de préjuger, d'après les mythes employés par les poètes, l'ignorance des poètes eux-mêmes. ”
“ Car si, pour une étendue de pays restreinte, la situation au nord et la situation au midi n'impliquent qu'une légère différence, rapportés à la circonférence totale de la terre habitée, le nord comprendra jusqu'aux derniers confins de la Scythie et de la Celtique, et le midi jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'Éthiopie, ce qui implique des différences énormes. De même il ne saurait être indifférent d'habiter chez les Indiens ou parmi les Ibères, peuples que nous savons être, à l'extrême orient et à l'extrême occident, en quelque sorte les antipodes l'un de l’autre. ”
“ Mais ici encore Ératosthène s'est trompé ; car ce qui est vrai mathématiquement parlant et de la zone tempérée tout entière, de cette zone qui est la nôtre, et dont notre terre habitée n'est qu'une partie, peut ne pas l'être de la terre habitée prise isolément. Qu'appelons-nous en effet terre habitée? Uniquement cette portion de la terre que nous habitons et qu'à ce titre nous connaissons. Or il se peut faire que dans la même zone tempérée il y ait deux terres habitées, plus même, surtout à proximité de ce parallèle, qui, passant par Athènes, coupe toute la mer Atlantique. ”
“ La mer, en effet, ressemble aux créatures animées, et, comme celles-ci ne vivent qu'en aspirant et en expirant sans cesse l'air atmosphérique, de même la mer, par un mouvement alternatif, semble sans cesse arrachée, puis rendue à elle-même. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à se tenir sur le rivage à l'heure du flot: dans le même moment, vous voyez la mer vous baigner les pieds, les laisser à sec, puis les baigner encore et ainsi de suite sans interruption. ”
“ Or le double phénomène des crues du Nil et de ses atterrissements est précisément dans ce cas. Et de même que le voyageur, qui aborde en Égypte, apprend avant tout à connaître la nature du Nil, les indigènes n'ayant rien à dire qui puisse étonner davantage un étranger et lui donner une plus haute idée de leur pays (car il suffit d'être instruit du régime de ce fleuve pour concevoir aussitôt ce que peut être la contrée tout entière qu'il arrose) , de même, loin de l'Égypte et dans les récits qui nous viennent de ce pays, le nom du Nil est encore le premier qui frappe notre oreille. ”
“ Il commence par nous représenter la terre telle qu'elle est, en effet, enveloppée de tous côtés et baignée par l'Océan ; puis, des diverses contrées qu'elle renferme, il désigne les unes par leurs vrais noms et nous laisse reconnaître les autres à certaines indications détournées : ainsi, tandis qu'il nomme expressément la Libye, l'Éthiopie, les Sidoniens et les Érembes (les mêmes apparemment que les Arabes Troglodytes) , il se contente de désigner indirectement les pays de l'Orient et de l'Occident par cette circonstance que l'Océan les baigne. ”
“ Seulement, ce qui peut faire croire à leur ignorance, c'est qu'en général, et pour trouver plus aisément créance, ils ont choisi de préférence comme théâtre de leurs fictions les parties de la terre les plus mystérieuses et les plus ignorées. Au moins Théopompe a-t-il la bonne foi d'avouer ce qui en est : il déclare hautement qu'il mêlera plus d'une fais la fable à l'histoire, mieux seulement que n'ont su le faire Hérodote, Ctésias, Hellanicus et les différents historiens qui ont écrit sur l’Inde. ”
“ Plus tard, il est vrai, parurent l'histoire et la philosophie dans sa forme actuelle ; mais la philosophie et l'histoire ne s'adressent qu'au petit nombre, tandis que la poésie, d'une utilité plus générale, attire encore la foule dans les théâtres, et la poésie d'Homère infiniment plus qu'aucune autre. D'ailleurs, les premiers historiens et les premiers philosophes, ceux qu'on nomme les philosophes-physiciens, avaient été eux-mêmes des mythographes. ”
“ « On peut supposer, dit-il, que le poète a voulu faire de la région de l'Occident le théâtre des erreurs d'Ulysse; si maintenant il s'est écarté de la réalité, c'est que, d'une part, il manquait de renseignements précis, et que, d'autre part, il n'entrait pas dans son plan de représenter les choses purement et simplement comme elles sont, mais de tout exagérer dans le sens de la terreur et du merveilleux. » Oui, c'est cela qu'a fait Homère et Ératosthène l'a bien compris ”
“ Car ce n'est pas en Grèce seulement qu'on voit ainsi les grues émigrer vers le Midi ; les choses ne se passent pas autrement en Italie, en Ibérie, aux environs de la mer Caspienne et dans la Bactriane. Mais, comme il est constant que l'Océan règne tout le long du littoral méridional, et que les grues se portent sur tous les points de l'Océan indifféremment pour y chercher un abri contre les frimas, il faut admettre en même temps que, dans la pensée d'Homère, les Pygmées étaient répandus sur toute la longueur de ses rivages. ”
“ Les mieux avisés d'entre ceux qui prétendent séparer rigoureusement l'Asie de la Libye ont bien reconnu cet avantage, et, dans leurs essais de délimitation, ils ont préféré le golfe au Nil, comme offrant une ligne de démarcation plus convenable à établir entre les deux continents, puisque le golfe s'étend presque d'une mer à l'autre, tandis que le Nil, à la grande distance où il est encore de l'Océan, ne saurait séparer qu'imparfaitement l'Asie de la Libye. ”
“ Quel intérêt, en effet, pourrait avoir le géographe indien à décrire la Béotie comme le fait Homère, qui nomme « Et les peuples d'Hyria et ceux de la pierreuse Aulis , ceux de Schoene et de Scôle [27] . » Pour nous autres, à la bonne heure, la chose a de l'importance En revanche, une description si détaillée de l'Inde n'aurait plus d'intérêt pour nous : l'utilité n'y serait point, l'utilité, qui est proprement la juste et vraie mesure dans ce genre d’études. ”
“ Même observation pour ce qui est des Sirénusses, du détroit de Sicile, de Charybde, de Scylla et d'Éole, mythes poétiques qu'il ne faut assurément pas examiner dans la grande rigueur, mais qu'il ne faudrait pas non plus laisser tout à fait de côté, comme on ferait de pures fictions, n'ayant ni racines ni fondements, et dénuées absolument de vérité et de ce genre d'utilité propre à l’histoire. ”
“ L'esprit des mythes poétiques étant ce que nous venons de dire et pouvant en somme exercer une heureuse influence sur les conditions de la vie sociale et politique, et profiter même à la connaissance de la réalité historique, on conçoit que les Anciens aient conservé, pour l'appliquer aux générations adultes, l'enseignement de l'enfance, et vu dans la poésie une école de sagesse propre à tous les âges. ”
“ Pour plus de détails sur l'Océan et sur le phénomène des marées, nous renverrons, nous, à Posidonius et à Athénodore, qui nous paraissent avoir convenablement approfondi la question, nous bornant à dire présentement que le système que nous défendons répond mieux à l'uniformité constatée des phénomènes océaniques, et que, plus la masse d'eau répandue autour de la terre sera considérable, plus il sera aisé de concevoir comment les vapeurs qui s'en dégagent suffisent à alimenter les corps célestes. ”
“ Car, si le torrent déjà a plus de droit que les autres cours d'eau à cette qualification d'enfant du ciel, le Nil y a plus de droit encore que tous les torrents, quels qu'ils soient, les surpassant tous tellement par le volume et la durée de ses crues. Et, comme nous avons d'ailleurs victorieusement démontré qu'Homère n'ignorait aucune des particularités du régime de ce fleuve, s'il lui a appliqué l'épithète en question, ce ne peut être que dans le sens que nous venons de dire. ”
“ Non ; et puisque tout le monde convient que la première partie de l'expédition des Argonautes, leur départ pour le Phase, sur l'ordre de Pélias, leur retour, leur prise de possession chemin faisant de telle et telle île, sont des faits dont on peut admettre l'authenticité, nous ne voyons pas, en vérité, pourquoi la seconde partie de leur voyage, devenu pour eux comme pour Ulysse et pour Ménélas une suite d'erreurs sans fin, serait accueillie avec plus d'incrédulité, quand ces erreurs sont attestées de même et par des monuments encore debout aujourd'hui, et par la mention formelle d'Homère. ”
“ Tandis que les uns, en effet, regardent les Sidoniens de notre mer intérieure comme une colonie des Sidoniens de l'Océan, ajoutant, qui plus est, que le nom de Phéniciens leur est venu de la couleur rouge des eaux de la mer extérieure, les autres affirment précisément l'inverse. Il en est aussi qui transportent l'Éthiopie dans notre Phénicie et font de Jopé le théâtre des aventures d'Andromède, non qu'ils ignorent la véritable situation des lieux en question, mais ils prétendent user des licences du genre mythique, comme ont fait Hésiode et tant d'autres que cite Apollodore. ”
“ Actuellement, tout fait insolite le trouble et met en évidence l'ignorance profonde où il est encore des phénomènes naturels et des conditions générales de la vie; il se troublera par exemple au récit du phénomène observé naguère dans les parages des îles Théra et Thérasia, situées toutes deux dans ce bras de mer qui sépare la Crète de la Cyrénaïque, dont le chef-lieu, Cyrène, a même l'une d'elles, Théra, pour métropole, ou de tel autre phénomène observé dans des conditions toutes pareilles soit en Égypte, soit dans mainte localité de la Grèce. ”
“ C'est là du reste l'effet que le poète a décrit dans le passage suivant, « Le flot se recourbe, et, couronnant l'extrémité du rivage, rejette au loin l'écume salée [119] , » ainsi. que dans cet autre vers, « Les rivages retentissent des efforts de la mer vomissant son écume [120] . » 9. Le flot, dans son mouvement progressif, acquiert donc la force suffisante pour expulser hors de son sein tout corps étranger, et l'on appelle proprement épuration de la mer cet effort par lequel elle jette à la côte les cadavres et les débris, quels qu'ils soient, des navires naufragés. ”
“ Quant à ceux qui ont imaginé de faire des Érembes soit une tribu particulière de la nation éthiopienne, soit une tribu de Céphènes, voire en troisième lieu une tribu de Pygmées, sans parler de mille autres fictions du même genre, s'ils nous paraissent mériter moins de confiance, c'est qu'indépendamment du peu de vraisemblance qu'offre la chose en soi ils font là une sorte de confusion de l'histoire et de la fable. ”
“ Voici en effet ce qu'on lit dans sa Description de l'Europe. « Supposons le ciel et la terre divisés en quatre régions : les Indiens occuperont celle d'où souffle l'apéliote ; les Éthiopiens, celle d'où souffle le notus ; les Celtes, la région du couchant ; et les Scythes, la région boréale. » A quoi il ajoute que l'Éthiopie et la Scythie sont plus étendues que les deux autres régions, l'Éthiopie se prolongeant depuis le levant d'hiver jusqu'à l'extrême occident, et la Scythie se trouvant située juste à l'opposite. ”
“ Or, que la mer ait anciennement et pendant des périodes plus ou moins longues couvert, puis laissé à sec en se retirant une bonne partie des continents, le fait en soi n'a rien d'inadmissible. On peut admettre également que toute la partie de la surface terrestre aujourd'hui encore cachée sous les mers présente des inégalités de relief ou de niveau ni plus ni moins, en vérité, que la partie aujourd'hui découverte et que nous habitons, et qu'elle se trouve, comme celle-ci, sujette à tous les changements, à toutes les révolutions signalées par Ératosthène. ”
“ Mais quelle autorité avons-nous qui nous atteste qu'avant l'expédition des Grecs contre Ilion l'ouverture du détroit n'avait pas encore eu lieu ? — Dira-t-on par hasard que, si Homère, pour faire entrer Ulysse dans l'Océan du côté de l'occident, a supposé le détroit déjà ouvert, en faisant d'autre part naviguer Ménélas d'Égypte en Éthiopie, il avait dû le supposer fermé encore? — On oublie qu'in fait dire aussi par Protée à Ménélas, à Ménélas lui-même « Les dieux te conduiront vers les Champs Élyséens à l'extrémité de la terre [88] . » ”
“ L'épithète « au courant paisible [15] , » semble aussi une image exacte de la marée montante, qui, de fait, a l'allure plutôt douce qu'impétueuse. Posidonius, de son côté, croit voir dans ce que dit Homère de rochers alternativement couverts et découverts et dans le nom de fleuve qu'il prête à l'Océan [16] une double allusion aux phénomènes des marées : passe pour la première raison, mais la seconde n'a pas de sens, car jamais le mouvement de la marée montante n'a ressemblé au courant d'un fleuve, et celui du reflux bien moins encore. ”
“ La chose en effet peut s'entendre de deux laçons, bien ou mal : bien, si l'on conçoit qu'Homère, sérieusement convaincu de la réalité des courses d’Ulysse dans ces parages, a accepté cette donnée comme vraie historiquement, mais l'a traitée avec la libre imagination d'un poète (et l'on est d'autant plus autorisé à croire que c'est là ce qu'a fait Homère qu'aujourd'hui encore on retrouve, non seulement en Italie, mais jusqu'aux derniers confins de l'Ibérie, les traces du passage d'Ulysse et de celui de maint autre héros) ”
Termes fréquents
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