“ Pardonnez-moi, ma mère, dit Roland Græme ; mais en vérité, je ne mérite pas votre blâme. J’ai été traité par vous-même, par vous, ma vénérable mère, aussi bien que par les autres... comme un être privé de toute force de volonté et qui n’a pas l’ombre de raison humaine, ou que tout au moins on juge incapable de s’en servir. On m’a conduit dans une terre enchantée, on m’a entouré de maléfices... chacun est venu se montrer à moi sous un déguisement... ”
Citations sur “Roland Græme”
Alfred Assollant,
La mort de Roland
(1881)
“ Roland seul veillait. Malheur à qui peut dormir près de sa bien-aimée ! Le brave chevalier ne pouvait se résoudre à regarder autre chose que sa belle princesse. Forets, ruisseaux, prairies, terre et ciel, tout avait disparu. Corisande seule survivait à toute la nature. Les yeux de Roland ne pouvaient se lasser de suivre les contours de ce corps adorable qu'animait une âme toute divine. ”
Alfred Assollant,
La mort de Roland
(1881)
“ Roland regarda quelques instants cette foule attentive, et d'une voix plus puissante que le gros bourdon de Notre-Dame de Paris, et plus claire que la trompette de l'archange qui appellera les morts dans la vallée de Josaphat: il dit : — Écoute-moi, roi Marsile, et vous tous, chevaliers, bourgeois, manants et mécréants de la noble ville de Saragosse, écoutez ! Jamais je n'ai menacé en vain, ni manqué à ma parole. Or, voici ce que je vous annonce, moi Roland, comte d'Angers, neveu de Charlemagne, pair de France et chevalier de l'illustre princesse de Grenade. ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ Il avait tellement versé de larmes à bord du navire, qu’il aurait dû en avoir les yeux et les paupières brûlés. Traitant le ciel de cruel, les étoiles d’infâmes, il rugissait comme un lion qui a la fièvre. De ses mains impitoyables,il s’arrachait les cheveux, et déchirait sa poitrine rugueuse. Au retour du paladin, les cris et les plaintes redoublent. Roland, s’étant approché du corps de Brandimart, reste un moment à le contempler sans prononcer une parole. Pâle comme le troène ou comme la molle acanthe cueillie au matin, il pousse un profond soupir. ”
Alfred Assollant,
La mort de Roland
(1881)
“ La belle Corisande avait passé la nuit sans dormir. Pensive, accoudée à sa fenêtre, le regard perdu dans les horizons lointains, les cheveux dénoués, elle pensait à Roland, à son amour trahi, à son cœur désolé. Un héros si généreux pouvait-il être si cruel et si perfide pour elle ? ”
Eugène Grelé, Jules Barbey d'Aurevilly : sa vie et son oeuvre d'après sa correspondance inédite et autres… (1902-1904)
“ Nous teignons l'ivoire de notre cor inutile de la pourpre du sang de notre coeur déchiré. Ce sang dont nous comptons les gouttes, ils ignorent que ce sont eux qui le font couler. Comme Roland, nous ne sonnons plus bientôt à ces vides échos qui nous raillent, nous nous préparons à mourir seuls ; comme Roland, la rage d'être abandonnés ne nous fait pas fendre les rocs de nos épées, mais nous devenons rocs nous-mêmes en attendant que la mort nous ait broyés, sans nous rendre ni plus insensibles ni plus froids ! ”
Alfred Assollant,
La mort de Roland
(1860)
“ « Ah ! dit-elle, votre courage et votre générosité auraient dû vous faire reconnaître. Quoi ! vous êtes ce fameux Roland !... — Je suis Roland, répéta-t-il avec simplicité. » Le bon chevalier n'était pas de force à résister à celle douce flatterie. Est-il rien de plus doux que d'être admiré de ce qu'on aime? « Mon voyage est fini, reprit la princesse. J'allais vous chercher à la cour de Charlemagne. — Vous me cherchiez? dit Roland étonné. Ah! madame, mon bras, mon coeur, ma vie, tout est à Vous. » ”
Alexandre Dumas,
Les compagnons de Jéhu
“ Roland! Roland! fit-elle, ne dirait-on point qu'elle y est déjà?Roland lui fit signe de le laisser seul; madame de Montrevel s'éloigna avec le petit Édouard.Roland rentra, referma la porte, et, avec une indicible émotion, revint au chevet du lit d'Amélie.Tout le corps était déjà en proie à ce qu'on appelle la roideur cadavérique, le souffle eût à peine terni une glace, tant il était faible; les yeux seuls, démesurément ouverts, étaient fixes et brillants, comme si tout ce qui restait d'existence dans ce corps condamné avant l'âge s'était concentré en eux. ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ Roland, dont l’esprit était perdu je ne sais où, et qui se servait uniquement de sa force, de cette force prodigieuse dont personne au monde, à quelques rares exceptions près, n’aurait pu se défendre, se laissa tomber à la renverse, du haut du pont, avec le païen qu’il tenait embrassé ; tous deux tombèrent dans le fleuve et allèrent jusqu’au fond. L’onde rejaillit en l’air et le rivage en gémit. L’eau les fit sur-le-champ se séparer. Roland est nu, et nage comme un poisson. Des bras et des pieds il fait si bien qu’il regagne le rivage. ”
Alphonse de Lamartine,
Histoire des Girondins
“ Ce fut le 20 février 1791 que madame Roland rentra dans ce Paris d’où elle était sortie cinq ans auparavant jeune fille inaperçue et sans nom, et où elle revenait comme une flamme pour animer tout un parti, fonder la République, régner un moment et mourir. Elle avait dans l’âme un confus pressentiment de cette destinée. Le génie et la volonté connaissent leurs forces, ils sentent avant les autres et ils prophétisent leur mission. Madame Roland semblait d’avance emportée par la sienne au centre de l’action. ”
Ernest Renan,
Essais de morale et de critique
(1859)
“ Les mobiles qui font agir l'homme y sont les mêmes que dans l' épopée grecque. Les éléments romantiques par excellence, la vie des forêts et l'aventure mystérieuse, le senliment de la nature et cet entraînement d'imagination qui fait courir sans cesse le guerrier breton après l'inconnu, rien de tout cela ne se fait jour encore. Roland ne diffère des héros d'Homère que par son armure : par le coeur, il est frère d'Ajax ou d'Achille. ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ Mais le saint vieillard, qui sait retenir sa langue, ne dit pas tout ce qu’il connaît ; il ne raconte à Roger que ce qu’il doit lui raconter, et retient ce qu’il doit garder pour lui. Cependant Roland, Brandimart et le marquis Olivier, la lance basse, se précipitent à la rencontre du Mars sarrasin. C’est ainsi qu’on peut nommer Gradasse. Du côté opposé, leurs deux autres adversaires ont mis leurs bons destriers au galop, je veux parler du roi Agramant et du roi Sobrin. Le bruit de leur course fait retentir le rivage et la mer prochaine. ”
La Chanson de Roland : traduction nouvelle à l'usage des écoles… (1885)
“ « Ami Roland, votre olifant sonnez ! S'il l'entend, Charles, il amène les siens Et ses barons viendront nous délivrer. » Roland répond : — « Ne plaise au Seigneur Dieu Que mes parents pour moi soient blâmés ! La douce France ne doit pas succomber ! De Durendal je veux bien fort frapper, De mon épée que je porte au côté Vous verrez bien le fer ensanglanté. Les vils païens ont tort de s'assembler : Je vous le jure, ils sont à mort livrés ! » ”
Léon Gautier, La Chanson de Roland/Léon Gautier…
“ Dans un manuscrit du poëme allemand, qui remonte à la seconde moitié du xiie siècle, on trouve un certain nombre de miniatures grossières que W. Grimm a fait reproduire au trait et dont il a enrichi son édition. Nous avons nous-même fait graver deux de ces miniatures, et notamment celle qui se rapporte aux deux strophes clxxii et clxxiii. Roland y est représenté au moment où il frappe le païen de son « olifant ». Rien n’est moins artistique. ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ Par ces suppositions si éloignées de la vérité, et cherchant à se tromper lui-même, le malheureux Roland conserve quelque espérance qu’il ne tarde pas à chasser lui-même de son cœur. Mais plus il cherche à étouffer ce soupçon mauvais, plus il le rallume et plus il le renouvelle, tel que l’imprudent oiseau qui est venu donner dans un filet ou qui s’est posé sur des gluaux, et qui s’embarrasse ou s’englue de plus en plus à mesure qu’il bat des ailes pour se délivrer. Roland arrive à un endroit où la montagne surplombe en forme de grotte au-dessus de la claire fontaine. ”
L' Arioste, Roland furieux : poème héroïque (1879)
“ Que cela se fasse, dit Gradasse, à ma façon, mais d'une manière nouvelle qui me vient à la pensée : chargeons-nous de livrer à nous deux ce combat à Roland et à un autre qui serait avec lui. 53. « – Pourvu que je ne reste pas exclu, dit Agramant, je ne m'inquiète pas d'être le premier ou le second. Je sais bien qu'il ne se peut trouver dans tout l'univers un meilleur compagnon d'armes que vous. – Et moi, dit Sobrin, resterai-je à l'écart ? Si je vous parais vieux, je vous répondrai que je dois avoir plus d'expérience, et dans le péril, à côté de la force il est bon d'avoir le conseil. » ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ Mais Dieu, qui, la plupart du temps, vient en aide aux innocents et n’abandonne jamais celui qui se fie en sa bonté, lui a déjà trouvé un défenseur tel qu’il n’y a plus à craindre de le voir mourir en ce jour. Roland arrive, conduit sur ce chemin par la Providence, afin de sauver Zerbin. Roland aperçoit dans la plaine cette foule qui traîne à la mort le dolent chevalier. Avec lui est la jeune fille qu’il a trouvée dans une grotte sauvage, Isabelle, la fille du roi de Galice, tombée au pouvoir des malandrins après avoir échappé à la tempête et aux fureurs de la mer qui ont brisé son navire. ”
L' Arioste, Roland furieux : poème héroïque (1879)
“ C'est donc à bon droit qu'une colère subite s'empara du coeur de Roland, quand il vit l'ami qui lui était si cher étendu mort à terre de l'horrible coup que lui avait porté le roi Gradasse. 7. Tel le pasteur nomade, voyant fuir en rampant l'affreux serpent dont la dent venimeuse a fait mourir son fils qui jouait sur le sable, empoigne un bâton, plein de rage et de colère ; tel le chevalier d'Anglante saisit son épée, cette épée plus tranchante qu'aucune autre. Le premier qu'il trouve est le roi Agramant. ”
Alfred Assollant,
La mort de Roland
(1881)
“ Comment l'invincible Roland voulut fendre le crâne du bouillant Ferragus, et comment un philosophe sans pudeur rêva d'embrasser une grande reine. Il était neuf heures du matin, et le soleil dardait depuis longtemps ses rayons sur Grenade, lorsque Roland parut à l'entrée de la ville. Son casque était surmonté du coq gaulois, si cher à tous les enfants de la vieille France, et si connu dans le monde entier. Tous les Grenadins, frappés de sa haute mine et de sa fière apparence, se demandaient avec curiosité qui pouvait être ce guerrier redoutable ”
Pierre Legrand, Société royale des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille… (1847)
“ Roland avait commencé par une imitation naïve et religieuse de la nature. Négligeant trop le véritable but de l'art qui est de communiquer aux objets, par l'expression accentuée des formes, une vie plastique, celle qui doit traverser les siècles. Ce but n'est pas la sèche réalité du calque ou du daguerréotype par qui l'art n'est plus qu'un mécanisme grossier; c'est une impression morale que peut seul sentir et rendre le coeur de l'artiste. ”
L' Arioste, Roland furieux : vingt chants (1865)
“ Agramant est touché de cette offre opportune, Et son cœur, moins ému, rend grâce à la fortune; Du poids de ses malheurs il est comme allégé : Le sort moins rigoureux sans doute a dirigé Gradasse sur les bords de cette île déserte ; Mais lui, quand ik devrait renoncer à Biserte, Il ne peut pas souffrir qu'en un combat sanglant, Ce roi prenne sa place et provoque Roland. xxxvi r SPïï Mit le défier, c'est à moi de le faire, Répond-il ; avec toi sur ce point je diffère ; Je suis d'ailleurs tout prêt ; et, comme il lui pknra, Soit en bien, soit en mal, le ciel disposera. ”
Alfred Assollant,
La mort de Roland
(1881)
“ L'hidalgo devient furieux. Il perd son sang-froid, il frappe au hasard. Mauvais ! mauvais ! il perd la tête. Ah !. il a touché Roland. — Au cœur ? demanda Raimbaud. — Non, à la cuisse. Le sang coule, je crois. Roland est furieux. Il le presse, il le frappe, il veut l'exterminer. Ah! enfin!. dom Bernard de Carpio est à terre. Roland délace son casque et lui parle. Sans doute il lui offre la vie. L'entêté refuse et essaye de le poignarder. Oh ! ce n'est pas loyal. Roland a paré le coup. Ah ! ma foi, c'est fini. Le Carpio va rejoindre le Gayferos dans la patrie des grenouilles. ”
L' Arioste, Roland furieux. Tome 2 (1838)
“ Et chaque fois les flots, portant de nouveaux coups, Attaquent le rivage avec plus de courroux : Telle, de plus en plus, s'accroît la troupe immense, Qui, de tous, les côtés, avec fureur s'avance. Aux vingt premiers sans ordre, arrivés sous sa main, Roland donne un trépas non moins prompt qu'inhumain; Et chacun reconnaît, à cette preuve claire, Que trop s'en approcher est plus que téméraire. Sur lui l'on jette en vain des pierres et du fer, Rien ne peut réussir à pénétrer sa chair ; Le ciel a fait ce don à cet homme héroïque, Afin qu'il soit l'appui de la foi catholique. ”
L' Arioste, Roland furieux : vingt chants (1865)
“ L'autre, pour se sauver, de ses deux bras s'accroche Au tronc d'un arbre mort qui sortait d'une roche, Et grimpe tout le long, dans l'espoir qu'il se met A l'abri du péril, s'il arrive au sommet; Il monte avec ardeur, étant des plus ingambes : Mais Roland veut qu'il meure; il le prend par les jambes, Des deux mains les écarte, et, spectacle hideux! ”
Alfred Assollant,
La mort de Roland
(1860)
“ Patatras! voilà le héros à bas!... Ah! le brigand! il a vu le coup et il a saisi le créneau des deux mains. Il a du sang-froid , le gaillard ! Oui, mais Gayferos lève sur lui sa hache et don Bernard de Carpio sa masse d'armes. Que va-t-il faire? Il a les deux mains embarrassées. Par le saint nom de la Caaba! son crâne va faire une dure expérience. Allons ! boum ! Ils ont frappé tous deux en même temps. Roland est à bas. Il a roulé dans le fossé. Quel coup! Il doit être en miettes ! — Pauvre Roland ! dit Raimbaud attendri. C'était le plus brave chevalier de l'univers. ”
L' Arioste, Roland furieux : vingt chants (1865)
“ Le paladin Roland, qui l'écoute et l'admire, Envoie un écuyer, pour tirer du navire, Le fromage et le vin, le pain et le jambon; Mais pour le saint la chair n'avait plus rien de bon : Des fruits, voilà ses mets ; il n'aime plus les nôtres. Pourtant par bonté d'âme il fait comme les autres, Et prend aussi sa part de mets plus savoureux ”
L' Arioste, Roland furieux : poème héroïque (1879)
“ L'intrépide guerrier surveille tellement ses mouvements, qu'il trouve moyen de l'atteindre avec son épée. Il brise son écu, le blesse au bras gauche et le touche un peu à la main droite. Mais on peut dire que c'est un jeu, un passe-temps, auprès du combat qui se livre entre Roland et Gradasse. 94. Gradasse a désarmé à moitié Roland. Il a rompu son casque de deux côtés, il en a brisé le cimier, il a fait tomber à terre son bouclier, ouvert sa cuirasse et sa cotte de mailles ; toutefois il ne l'a pas encore blessé : il est invulnérable. Mais le paladin l'a plus maltraité. ”
Camille Appert, Le concours des trouvères de la reine Marguerite… (1896)
“ Ainsi les Français ont salué Roland. Chacun avant sa vie, avant son père, l'aime; Les autres sont de France; Il est la France même. Nayme avait pris trois fois et quitté ses pliants. « Le bon Dieu soit loué : les vieux sont patients. Est bien foù qui reçoit jeunes gens en conduite. D'abord, se faire attendre; et puis, marcher trop vite. Ils n'en font qu'à leur tète et vont à travers tout, Et sont là justement pour recevoir le coup. S'ils savaient que, trop tard d'un moment, tout avorte, Et que l'occasion... Mais chacun d'eux la porte Dans sa lance. » Il murmure. Or Roland arriva. ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ En haut, en bas, le comte Roland va et vient, sans que ses yeux aient la joie de revoir Angélique, ou le voleur qui a ravi le beau visage aimé. Et pendant qu’il portait en vain ses pas d’un côté et d’autre, plein de fatigue et de soucis, il rencontre Ferragus, Brandimart, le roi Gradasse, le roi Sacripant, et d’autres chevaliers qui s’en allaient en bas, en haut, faisant, comme lui, de vains détours, et maudissant l’invisible seigneur de ce palais. Ils s’en vont tous cherchant, se plaignant tous de quelque larcin qu’on leur a fait. Celui-ci est en quête du destrier qu’on lui a enlevé ”
L' Arioste, Roland furieux : poème héroïque (1879)
“ Il lâcha la bride et aurait laissé aller son épée, mais elle était attachée à son bras. 97. Le coursier qui portait Roland fut si épouvanté du bruit de ce coup, qu'il se mit à courir çà et là sur le sable du rivage, montrant combien il était bon à la course. Le comte, près de s'évanouir de la commotion, n'a pas la force de lui serrer le mors. Gradasse le suit et l'aurait bientôt rejoint, s'il avait piqué un peu plus Bayard. 98. Mais, en tournant les yeux, il voit le roi Agramant engagé dans un péril extrême. Le fils de Monodant a saisi son casque du bras gauche ”
