“ Comment la révolution de 1789 est devenue la révolution de 1792 et de 1793 pour tomber dans la dissolution du directoire, comment les fortes et glorieuses institutions du consulat ont abouti à l’empire et à la subversion de l’Europe ; comment la restauration s’est usée dans la lutte entre des tendances impossibles et le mouvement invincible de la société moderne ; comment enfin la bourgeoisie, arrivée au pouvoir, a vu la victoire échapper de ses mains, lorsqu’elle croyait avoir trouvé le dernier mot de la révolution française : telle est la trame substantielle de ces Etudes. ”
Révolution française de 1792
Définition et enjeux
Citations sur “Révolution française de 1792”
Jean Jaurès,
Histoire socialiste de la France contemporaine
(1901-1908)
“ Et dans quelle mesure les hommes étaient-ils préparés ou à seconder ou à recevoir la Révolution ? Trop souvent, dans les histoires de la Révolution, c’est la France presque seule qui occupe la scène. Les autres peuples sont dans une sorte de lointain. Les révolutionnaires de 1792 n’avaient du reste du monde qu’une idée superficielle et vague. On dirait, à la façon dont la conscience française a simplifié ce grand drame, qu’il n’y eut à ce moment que deux forces actives : la force de la France révolutionnaire et la force des tyrans coalisés ”
François-Alphonse Aulard,
Histoire politique de la Révolution française
“ C’est seulement le 22 septembre 1792 qu’après avoir aboli la monarchie ils se formèrent en république. On peut dire que la forme républicaine dura jusqu’en 1804, c’est-à-dire jusqu’à l’époque où le gouvernement de la république fut confié à un empereur. Mais la démocratie fut supprimée en 1795, par la constitution de l’an III, ou du moins altérée profondément par une combinaison du suffrage universel et du suffrage censitaire. On demanda d’abord à tout le peuple d’abdiquer ses droits en faveur d’une classe, la classe bourgeoise, et ce régime bourgeois, c’est la période du Directoire. ”
Alexandre Quentin Bauchart, République française. Liberté, égalité… (1848)
“ La guerre n'est donc pas le principe de la République française, comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité, en 1792. Entre 1792 et l848 , il y a un demi-siècle. Revenir, après un demi-siècle, au principe de 1792 ou au principe de conquête de l'Empire , ce ne serait pas avancer, ce serait rétrograder dans le temps. La révolution d'hier est un pas en avant, non en arrière. Le monde et nous, nous voulons marcher à la fraternité et à la paix. ”
Alfred Nettement,
Exposition royaliste, 1789-1842…
(1842)
“ Ce qui achève précisément d'expliquer la conduite de la noblesse, c'est l'état de la France et le caractère de la révolution. Même avant 1792, elle se présentait non avec les symptômes d'une réforme, mais avec ceux d'un cataclysme universel ; non comme la destruction de l'ancienne société française, mais comme l'abolition de tous les principes sur lesquels repose la société humaine. ”
Jean Jaurès,
Histoire socialiste de la France contemporaine
(1901-1908)
“ Lui qui, au commencement de 1792, avait si courageusement lutté contre la politique de guerre, et dénoncé les illusions, lui qui avait rappelé que la Révolution française n’avait pu se produire que parce que, à l’origine, les classes possédantes et éclairées y participèrent, lui qui avait dit que le peuple seul était impuissant ”
Le Livre de guerre. (Mars.) (1874)
“ Mais le mouvement de 1792 ne se rencontrera qu'une seule fois dans l'histoire des peuples, et il vaut bien mieux préparer, aguerrir, enthousiasmer, d'avance, l'armée permanente, les volontaires, les recrues, la nation valide, en un mot, plutôt que de compter sur les miracles de patriotisme dont l'histoire militaire de la Révolution française nous offre le vertigineux spectacle. ”
P. Challemel-Lacour, Les Historiens allemands de la révolution française…
“ Que serait-il advenu de celle-ci et pour combien de temps aurait-elle été retardée, si la France s’était laissé vaincre, si les souverains coalisés y étaient entrés triomphans pour y restaurer, dès 1792, ce que la révolution venait à peine d’abattre, et quels droits élémentaires serions-nous obligés de revendiquer encore à l’heure qu’il est ? Sans doute la vérité l’emporte à la longue et n’est jamais refoulée que pour un temps ”
Jacques-Charles Bailleul, Dictionnaire critique du langage politique… (1842)
“ Voyez, dans ce grand intervalle qui s'est écoulé entre le renversement d'un trône, le 10 août 1792, jusqu'au rétablissement du principe monarchique héréditaire par Napoléon, seul principe qui renferme en soi tous les vrais élémens de gouvernement, de liberté, de civilisation, la France a subi bien des catastrophes. Toutes celles où l'aggression l'a emporté n'ont amené que des calamités ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ Sous Louis XVI, la France se venge de l'Angleterre en favorisant les efforts des colonies anglo-américaines, qui se déclarent indépendantes (1775-1783) , mais elle la laisse s'étendre et la supplanter dans les Indes orientales. En 1789 éclate la Révolution : l'Assemblée nationale ne veut d'abord que détruire les abus et donner une constitution à la France; mais bientôt elle renverse à la fois l'antique constitution française et la dynastie. En 1792, la France s'érige en république; et pendant plusieurs années elle lutte glorieusement contre l'Europe coalisée ”
Louis de Viel-Castel,
Revue des Deux Mondes
“ Bien des hommes qui, mécontens du régime de la restauration, eussent pourtant reculé devant la pensée de renouveler, pour la renverser, les catastrophes terribles de 1792, accueillirent avec complaisance l’idée que sa chute pourrait être le résultat d’une révolution pareille à celle de 1688, d’où sortirait, sans bouleversement, sans effusion de sang, un nouvel ordre de choses fondé sur la légalité et sur la liberté. ”
Paris, triomphe de la République. Fête d'inauguration de ce monument… (1900)
“ Aussi la France, mûrie par des étapes douloureuses dans lesquelles avait été brisé ce flambeau de la liberté, dont l'étincelante lumière doit rayonner sur la marche des gouvernements qu'elle éclaire, s'est-elle résolument et définitivement placée sous l'égide de la République qu'en 1792 proclamaient nos pères de la Révolution. ”
Victor Hugo,
Les Misérables
(1862)
“ La France est faite pour réveiller l’âme des peuples, non pour l’étouffer. Depuis 1792, toutes les révolutions de l’Europe sont la révolution française ; ”
Jean Jaurès,
Histoire socialiste de la France contemporaine
“ La Révolution est condamnée à un effort infini. Mais, dès maintenant, elle a démontré au monde que ses premières victoires de 1792 ne furent pas le sourire éphémère de la fortune un moment charmée, et une heureuse surprise. ”
Georges Darney, Saint-Cloud (1903)
“ PRÉLIMINAIRES Le 21 septembre 1792, jour de l'abolition de la royauté en France, de la proclamation de la République et de l'ouverture de la Convention Nationale, il y avait- trois ans, à peine, que la Révolution était commencée et, déjà, la royauté, le clergé, la noblesse, les parlements, l'armée, l'administration, tout enfin était renversé ou bien près de l'être. De tout ce qui avait fait la force ou la faiblesse, la gloire ou l'humiliation, l'orgueil ou la honte d'une monarchie de quatorze siècles, il ne restait rien ou presque rien. ”
Louis Blanc,
Questions d'aujourd'hui et de demain…
(1873-1884)
“ Mais on ne tarda pas à voir combien peu le salut des Français dépendait des mouvements du coeur d'un roi! Du 14 juillet 1789 au 10 août 1792, pas un jour ne s'écoula sans mettre en lumière l'impossibilité d'un compromis entre la Révolution et la royauté. Arbitraire, bon plaisir, lettres de cachet, tout cela tenait au LE 21 SEPTEMBRE 1792 439 trône comme l'écorce tient à l'arbre. Pour que la Révolution pût vivre, il fallait que le principe de la royauté mourût. ”
La maison de France , par Amédée de Césena… (1884)
“ C'est à pas précipités que la France allait marcher dans les voies sanglantes de la Révolution vers la Terreur. Le 10 août 1792, violemment arraché du palais des Tuileries, successivement enfermé au Luxembourg et au Temple, décrété d'accusation par la Convention, qui avait aboli la Royauté et proclamé la République. jugé pour la forme, condamné à mort par 387 voix sur 721 votants, le 21 janvier 1793, Louis XVI fut exécuté par le bourreau Samson, qui était masqué, sur la place Louis XV, devenue momentanément la place de la Révolution. ”
De La Chapelle, Déclarations des Napoléon : la situation démocratique (1878)
“ PROGRAMME POLITIQUE DE NAPOLÉON III Lorsqu'en 1792 (dit l'Empereur) , la France renversa Louis XVI, la Révolution en suivant son cours naturel, amena une série d'événements extraordinaires, et la sanction populaire de ces grands faits historiques mit à découvert le principe absolu de la démocratie en Empire ou en République. ”
Guillaume Desjardins, De l'Organisation de la fraternité… (1848)
“ Quand enfin, disons-nous avec une conviction profonde, quand la France révolutionnaire entre deux sociétés, une société ancienne qui achève de tomber et une société nouvelle qui commence de surgir, la nation française marche aujourd'hui visiblement, comme elle a marché de 1789 à 1792, de 92 à 1800, à un acte de table-rase. Appelant ou prête à appeler le législateur sur ce terrain inconnu en beaucoup de parties, mais bientôt débarrassé d'obstacles, comme elle y appela la Convention, comme elle y appela l'Empire. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
(1882)
“ Revenant donc sur ce que j'ai voulu prouver, je répète que la lutte qui, commencée en 1815, devait aboutir à la révolution de 1830, n'était que la continuation, au profit de la bourgeoisie, de la lutte que les États-Généraux, avant 1789, avaient soutenue, quoique sans éclat, sans vigueur, sans continuité, contre le principe monarchique. La société peut-elle avoir deux têtes? la souveraineté est-elle invisible ? ”
Jean Jaurès,
Histoire socialiste de la France contemporaine
(1901-1908)
“ Partout, en cette fin de 1792, le monde organisait sourdement ses forces de résistance contre la Révolution. Il en était ébranlé, mais il luttait pour étouffer par la force les pensées et les élans admirables qu’elle éveillait en lui. La conscience universelle, un moment séduite et entraînée, se resserrait, se repliait, s’armait de défiance, de jalousie, d’orgueil et de crainte ; les peuples subissaient une crise profonde à l’heure où s’ouvrait, en France, le tragique procès du roi. ”
Politique de Napoléon ou Tableau des projets formés par ce guerrier législateur… (1833)
“ Ne peut-il pas avoir cru, par exemple, que les peuples incorporés au grand Empire, que ceux auxquels étaient imposés pour rois des membres de la famille impériale, que ces peuples ainsi placés, s'identifieraient bien plus sûrement avec les principes et avec les intérêts de la révolution française, qu'en restant soumis à l'influence féodale ? Ne dût-il pas envisager aussi que leur union, à quel titre que ce fût, avec la France les séparait de la coalition, et donnait des garanties de plus pour arriver, un jour, à l'heureuse terminaison des mouvemens régénérateurs qu'il combinait. ”
Adolphe Guéroult,
Revue des Deux Mondes T.90, 1870
“ La révolution française a fait table rase ; elle a enterré d’autorité beaucoup de choses qui n’étaient pas mortes ou tout à fait mortes. La monarchie, le catholicisme, la noblesse, la division provinciale de la France, ont reparu ou reparaissent, et il s’est trouvé que plusieurs de ces institutions qu’on croyait mortes en 92 ne le sont point encore, faute peut-être d’avoir été remplacées. ”
Alexis Brialmont, Napoléon Ier : manuscrits inédits et lettre du général Brialmont (1898)
“ Quelquefois, l'idée ne fait qu'une pression momentanée. Le peuple ne la digère point; alors, il y a rechute, retour de la race à ses instincts. En 1789, la nation française resplendissait sur l'Europe prête à la suivre. L'éblouissement révolutionnaire a fait tous les triomphes de la France. Puis, cette lumière s'est affaiblie. La nation française ne s'était pas elle-même comprise ; ce sont les alliés qui, en 1814 et 1815, durent lui dessiller les yeux. Demandez au peuple français, aujourd'hui, ce que c'était que l'idée de 1789 ; ce qu'il a voulu en faisant la Révolution !. ”
P. Christian, Études historiques sur les révolutions de Paris… (1840)
“ La révolution de 1789 fut l'écueil où vint se briser la vieille civilisation française. Après cet immense naufrage de la royauté moderne, les flots de cette mer rouge de sang s'ouvrirent pour laisser passer Napoléon, qui portait l'arche de l'avenir, et qui vint dompter par le despotisme du sabre les orgies de l'échafaud. ”
Henri Martin,
Histoire de la Révolution française de 1789 à 1799…
(1882)
“ Le côté droit, les Feuillants, n'était point contre-révolutionnaire, et le côté gauche, les Girondins, quelles que fussent ses aspirations républicaines, n'avait pas de parti pris de renversement. L'Assemblée envoya prévenir le roi, par une députation, de la résolution qu'elle avait prise. Louis XVI vint déclarer à l'Assemblée que la nation et le roi ne faisaient qu'un. « Leur réunion, dit-il, sauvera la France. La constitution doit être le point de ralliement de tous les Français. Le roi leur donnera toujours l'exemple de la défendre. » ”
Guillaume Véran, La Question du XIXe siècle, par G. Véran… (1866)
“ Si le mouvement de 89 se fût accompli selon les sages réformes demandées parles cahiers de la nation et consenties par Louis XVI, il eût étouffé à jamais ces semences de divisions ; mais la Révolution, se plaçant entre la royauté et le peuple rendit impossible la restauration de la société française ; confondant les abus avec les principes nécessaires , elle jeta, pêle-mêle, sur le sol couvert de ruines , les pièces de l'édifice social; chaque courant d'opinion s'empara d'un principe , et les partis furent créés. ”
duc d'Otrante Joseph Fouché, Mémoires de Joseph Fouché, Duc d'Otrante…
“ Le progrès des lumières n'avait point encore amené la découverte de la combinaison européenne, de l'occupation militaire avec subsides. En préservant la France, les patriotes de 1792 l'ont arrachée non seulement aux griffes de l'étranger, mais encore ils ont travaillé, quoique sans intention, pour l'avenir de la monarchie. Voilà qui est incontestable.On se récrie contre les écarts de cette révolution arrosée de sang. Pouvait-elle, entourée d'ennemis, exposée à l'invasion, rester calme et modérée? Beaucoup se sont trompés, il y a peu de coupables. ”
Charles Constant, Histoire d'un club jacobin en province pendant la Révolution (1875)
“ En résumé, toujours actives, toujours surveillantes, les sociétés populaires de 1792 devinrent, avec des apparences de patriotisme et sous les dehors d'une sainte vertu, les véritables tyrans de notre pauvre France. Ne sachant que détruire, jeter le désordre et fomenter la guerre civile, incapables de combler les gouffres qu'elles creusaient et de rétablir le calme et la prospérité du pays, on ne saura jamais tout lè mal qu'elles ont causé à notre pays. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ Au fond le maintien du régime établi n’intéressait guère que le clergé. Des nobles embarrassés de leurs priviléges, un peuple misérable et mécontent, pas de bourgeoisie, les ambitions tournées exclusivement vers le maniement des affaires publiques, peu d’industrie, point de commerce, et, par conséquent, aucun des vices qu’enfante la passion du gain, aucun des obstacles qu’il oppose aux révolutions, même les plus légitimes ; que de chances pour le triomphe du parti démocratique si la France eut juge à propos de le seconder ! ”
Frédéric Le Play,
La réforme en Europe et le salut en France…
(1876)
“ LES FAUX DOGMES DE 1789 , SOURCE DE NOS RÉVOLUTIONS Depuis 1789, la constitution sociale de la France a subi onze transformations, opérées par des procédés plus ou moins violents. C'est en moyenne une révolution tous les huit ans ; ou, pour mieux dire, c'est la révolution en permanence. Quelques succès, dus aux forces accumulées sous les régimes antérieurs, ont pu masquer d'abord les inévitables conséquences d'une telle instabilité. Mais à ces prospérités éphémères ont définitivement succédé des catastrophes inouïes. ”
Procès devant la cour d'assises contre M. Cabet… (1833)
“ Que dira ce peuple décimé par un épouvantable fléau que, " dans sa haine et sa défiance, il regarde comme un crime du " gouvernement de Louis-Philippe , de même qu'il regarda la " famine de 1792 comme un crime de Louis XVI? Que dira le " peuple? Ne craint-on pas une lutte entre l'aristocratie et la dé" mocratie ? " La révolution de 1789 produisit le triomphe de la bourgeoisie, " et celle de 1792 amena le triomphe de la masse populaire, dont le courage et le dévouement étaient devenus nécessaires pour repousser l'étranger. ”
Le 21 septembre à Saint-Mandé… (1876)
“ Es-ce que le mot République ne signifie pas chose de tous ? Est-ce que la République, comme la patrie, n'embrasse pas l'universalité des intérêts du peuple ? Aussi, voyez avec quelle confiance, on pourrait dire instinctive, la France s'est ralliée autour de la République toutes les fois qu'elle s'est vue au fond d'un abîme. C'est ce qu'elle avait fait en septembre 1792, au moment où elle était menacée par tous les rois ligués contre elle, et c'est ce qu'elle fit, après le désastre de Sedan, lorsqu'à ce grand cri : «La patrie est en danger!» ”
