“ Ils n’ont pas encore commis de crime, ils sont trop jeunes, mais le crime les habite. Leur folie est d’aimer faire le mal. Cette petite fille que l’on me présente, a neuf ans. Son intelligence est brillante. Elle l’employait à mettre le feu chez elle, à semer d’aiguilles le lit de sa mère. Chaque jour, elle coupait un petit bout de la queue du chat. À l’asile, elle guette pendant des heures le passage des sœurs et, quand une sœur se présente bien, elle la pince férocement au mollet. L’enfant-monstre me tend la main. ”
Asile des fous
Définition et enjeux
Citations sur “asile des fous”
“ Un fou vous enfonce les ongles dans la chair, vous le repoussez sans douceur. Cela va ! Un grand mystique inoffensif tombe à genoux contre son lit, et, dans l’attitude des plus célèbres saints du calendrier, les bras en croix, ouvre son âme au Seigneur, cela est son droit de fou, qu’en entrant à l’asile il a honnêtement acquis. La folie est justement de le forcer à se relever sous la botte. Priver cet autre de nourriture, parce qu’il ne fait que hurler, est une économie qui ne devrait pas se pratiquer. ”
“ Comment savoir qu’un fou n’est plus fou puisqu’on ne le soigne pas ? Dans un asile, un malchanceux est resté quatorze années en cellule ! Oubli ? Entêtement ? Erreur ? Le docteur qui l’en a fait sortir ne le sait pas. L’homme demande justice. Il est toujours enfermé, mais libre, dans le jardin. Je lui ai expliqué que ce qu’on lui avait fait était légal. ⁂ Les fous mangent une nourriture de baquets. ”
“ Les fous parlent en dehors des règles établies. Il n’y a pas un peuple de fous : chaque fou forme à lui seul un propre peuple. Il a sa langue. Ainsi, quand ce jeune homme, qu’un veston de bonne coupe pince à la taille, vient à vous du fond d’un quartier d’asile et vous envoie : « Au petit matin, les chapeaux haut de forme sont venus me travailler, tout devint Soviet, Yokohama, mais j’ai escamoté grand-père, fils et petit-fils Deibler », il ne faut pas conclure que cet homme ne sait pas ce qu’il dit. ”
“ Serre saisit sa femme et lui tranche la gorge. Il passe aux enfants et les poignarde. Après, il sort une corde de sa poche, va à la cuisine, lave ses mains sanglantes et se pend ! — sans refermer le robinet. Ce n’était pas de chance pour les guéris de l’asile dont la valise était prête. Il ne suffit pas d’être innocent, il faut encore que le voisin ne fasse penser que vous pouvez devenir criminel. Dans le doute, tous redevinrent douteux. Les hommes souffriront encore longtemps de l’ignorance des hommes. ⁂ Guéris, demi-fous sont maintenus dans les asiles. ”
“ Lorsque la guérison s’affirme, on laisse le convalescent avec les fous. C’est à peu près sauver un noyé de l’asphyxie, mais le maintenir le corps dans l’eau jusqu’à ce qu’il soit complètement sec ! Le régime des asiles est condamné. ⁂ Un fou ne doit pas être brimé, mais soigné. De plus, l’asile doit être l’étape dernière. Aujourd’hui, c’est l’étape première. Il ne faut interner que les incurables. Les autres relèvent de l’hôpital. Sur 80 000 internés, 50 000 pourraient être libres sans danger pour eux ni pour la société. ”
Karl Des Monts, martyre dans une maison de fous…
“ Asile des aliénés de Pau, 20 juillet 186... Ma chère adorée, Me voici encore une fois sous les verrous!... Encore une fois terrassé dans ma lutte contre le pouvoir! Quand donc, grand Dieu ! les misérables qui le détiennent combattront-ils a armes plus loyales? Quand cesseront-ils de frapper en lâches et par derrière ceux que leur intrépidité pousse à accepter quand même une lutte dont leur perfidie leur assure toujours l'issue? Devine ce qui m'a conduit dans cette maison de fous?... Je te le donne en cent, je te le donne en mille. — Tu ne trouves pas? Je le crois, parbleu, bien. Cest... ”
“ L’homme, toutefois, ne présente pas d’autres symptômes de folie. « Écoutez, dit le docteur, reconnaissez que vous n’êtes pas persécuté par votre femme et je vous relâche. » Le client devrait reconnaître. Il est têtu. Il tient à la vérité. « Ma femme me persécute, dit-il, et je ne sors pas de là. » Il ne sortira pas de l’asile non plus. ”
“ Il y a un géant qui est Danois. Les langages d’Europe, d’Orient et d’ailleurs s’entrecroisent. On dirait la fête au pied de la tour de Babel. On ne les a pas tous ramassés sur place. D’aucuns ont traversé la mer en état de folie officielle. L’Algérie n’a pas d’asile, ni la Corse. On expédie ces fous dans le Sud de la France. Mais la Corse abuse. Ses fous ne sont pas tous authentiques. Un vieillard va-t-il déclinant, on lui dit : « Écoute, tu n’es pas riche, on va t’envoyer sur le continent ; tu seras nourri et logé dans une grande maison, belle comme la caserne de Bastia ! » ”
“ Ce matin-là, je louvoyais dans un quartier d’asile, en compagnie d’un interne. — Les fous, me disait-il, ne sont pas ce que l’on suppose. Le public les voit mal... Ce ne sont pas toujours des forces déchaînées. Tenez, regardez ceux-ci, réunis dans cette salle. Ils étaient une dizaine. Ils parlaient un peu haut, mais cela arrive aux personnages les plus sensés. — Vous pouvez entrer, me dit l’interne. J’entre. Les têtes étonnées se tournent de mon côté. Je reconnais le médecin-chef au milieu du groupe. L’interne me saisit par le bras. — Quoi ? — Erreur ! ”
Victor Du Bled, Revue des Deux Mondes
“ Comment oserait-on affirmer la rareté de la folie humaine avant 1789, lorsque la justice de l’ancien régime n’établissait aucune distinction entre les fous criminels et les criminels ordinaires, que les asiles inspiraient une si légitime horreur aux familles, que tant d’aliénés subissaient la peine capitale sous prétexte de sorcellerie? Alors, en effet, la plupart raisonnaient comme ce magistrat condamnant à mort, pour crime de meurtre, un fou avéré, parce que, disait-il, il doutait qu’il ne fût pas beaucoup plus nécessaire de pendre un fou qu’un homme de bon sens. ”
“ Il n’existait donc que les spécialistes. En province, les spécialistes sont dans les asiles. Amener un psychopathe à l’hôpital eût été aussi peu indiqué que d’y conduire une vache atteinte de fièvre aphteuse. Allez voir le vétérinaire, se fût écrié le médecin. On porte le malade à l’asile. La trappe se referme ! ⁂ La loi de 1838, en déclarant le psychiatre infaillible et tout-puissant, permet les internements arbitraires et en facilite les tentatives. ”
“ Saint-Charles n’est pas une ville, c’est un asile. Philippe qui peint sur soie est un fou, et sa maison de commerce est sise dans son cabanon. Ce cabanon n’en est pas un, c’est une chambre qui communique avec une autre chambre : le succès étant venu, la maison Philippe dut s’agrandir... ”
“ On conduit la victime à l’asile. Le docteur de l’asile s’aperçoit le lendemain de la combinaison. Il relâche le faux malade. Coffre-t-on le parent et son complice ? Pas du tout ! Ils ont la loi avec eux. Sous la loi de 1838, on voit la chose suivante : des médecins d’asile proposent la sortie d’un malade. C’est donc que le malade n’est plus fou. On doit le libérer. Or, le malade ne sortira pas. Qui s’y oppose ? La Préfecture ! Sous la loi de 1838, les deux tiers des internés ne sont pas de véritables aliénés. D’êtres inoffensifs on fait des prisonniers à la peine illimitée. ⁂ Bref ! ”
“ Ce qu’il y a de poignant, c’est le fou persécuté. Sa folie ne lui laisse pas de répit. Elle le tenaille, le poursuit, le torture. La nuit on le guette, on l’espionne, on l’insulte. « On » ou « ils » sont ses ennemis ! Ils sont dans le plafond, dans le mur, dans le plancher. — Dans le réduit à charbon vous le voyez tout noir, qui m’envoie des ondes ? On ne cesse de s’occuper de lui, on le frappe, on le pince, on le martyrise par l’électricité, le fer, le feu, la nappe d’eau, les gaz. Il se bouche les yeux, les oreilles, le nez ; en vain ! Il voit toujours ses persécuteurs. ”
“ Au point de vue mental il est calme et docile, mais insouciant, indifférent, inoccupé, peu conscient de son intérêt réel, sans souci de son avenir. Sa place reste à l’asile, car il ne pourrait plus s’adapter à la vie sociale. ”
“ Tout ce que l’on sait c’est que, pour le moment, je suis guéri. Alors, que fais-je chez les fous ? Il y attend que plus de lumière tombe sur l’humanité. ⁂ Regardons un document. Il est beau. Des parents apprennent qu’un de leurs cousins goûte l’hospitalité d’un asile depuis 1919. Ils font le voyage. Ils le voient « si lucide », sa conversation étant « on ne peut pas meilleure ». Les cousins passent sur les droits de la femme de l’aliéné. Ils demandent au docteur les raisons de ce maintien à l’asile. ”
Aimé Linas, Les Événements de mai 1871, racontés et jugés par un docteur en médecine… (1871)
“ Il y a une catégorie de fous qu'on nomme lucides et qui n'ont d'autre occupation et d'autre souci que de médire, de calomnier, de dénoncer, de faire du mal. Quelques-uns ne se plaisent que dans le vol, le pillage, la dévastation, le massacre, le sang et l'incendie, et quand ils commettent ces actions abominables, ils le font avec une fureur aveugle et une férocité sauvage. ”
“ Elle n’a plus d’argent. On la refuse au bateau. Premier désespoir. L’Arménienne tombe alors sur des flibustiers qui désirent la consoler, elle les suit à Paris. Les flibustiers lui volent l’honneur. Elle a tout perdu. Dans son malheur elle veut se rapprocher de son Arménie et part pour la côte. Elle arrive, elle loue une chambre au deuxième étage et se jette par la fenêtre. Elle ne s’est pas tuée. Elle arrache ses vêtements, elle court par la ville : l’étrangère est folle. En arrivant à l’asile, elle répétait, s’il faut en croire l’interprète : « Qu’ai-je fait à mon mari, à mon mari ? » ”
Auguste Forel,
La Question sexuelle exposée aux adultes cultivés…
(1911)
“ Ce n'est guère que depuis la Révolution française, qu'on a reconnu que la folie était une maladie du cerveau. Au dix-neuvième siècle encore, un aliéniste allemand, Heinroth, châtiait les fous comme pécheurs. C'est du temps des procès de sorcellerie que datent les atroces préjugés du peuple contre l'aliénation mentale. ”
Maxime Du Camp,
Les Aliénés a Paris. — II. — Les Asiles…
“ Si par hasard un retour inespéré de vigueur s’opère momentanément en eux, s’ils ressaisissent quelque chose de leurs forces éteintes, c’est pour essayer de mettre le feu à leur paillasse ou d’étrangler leur gardien. Même dans cet état, un fou est dangereux. C’est un spectacle pénible ; l’âme meurt-elle donc avant la mort définitive ? Il y a quelques années, je visitais un asile et je m’arrêtai à regarder quelque chose qui avait été une femme. ”
Karl Des Monts, martyre dans une maison de fous…
“ Ce sera déjà bien assez, ma chérie, si je puis échapper aux dangers sans nombre dont me menace la juxtaposition incessante des forcenés que je coudoie! Il passe tant d'idées bizarres à travers tous ces cerveaux incendiés par la folie qu'on n'est jamais sûr de ne pas être assommé au moment même où on y songe le moins... ”
Ludovic Carrau, Revue des Deux Mondes
“ Les criminels à qui manquent ces trois sortes de sentimens sont donc des fous d’une espèce particulière, car la folie n’est elle-même dans son essence que l’effet d’une tendance absurde ou immorale, devenue toute-puissante dans l’âme parce que rien ne la combat plus. Mais l’analogie, ou plutôt l’identité entre le crime et la folie devient, semble-t-il, plus évidente encore, si l’on considère que l’aliénation pathologique se manifeste chez les criminels dans une proportion beaucoup plus considérable que chez les autres individus. ”
William Shakespeare,
Comme il vous plaira
“ En outre, je veux avoir une liberté aussi étendue que le vent, et je veux souffler sur qui il me plaira, car les fous ont ce privilége ; et ceux qui essuieront le plus de traits de ma folie, seront obligés de rire plus que les autres : et pourquoi cela, monsieur ? Le pourquoi est aussi simple que le chemin qui conduit à l’église de la paroisse. Celui qu’un fou pique à propos agit sottement (fût-il piqué au vif) , s’il se montre sensible au lardon ; autrement la folie de l’homme sage s’expose à être anatomisée par les flèches lancées à tort et à travers par le fou. ”
Élisée Reclus,
La Peine de mort (1879)
“ Physiologiquement le type du criminel pourra se présenter de nouveau. Que ferons-nous alors ? Tuerons-nous le criminel ? Non certes. Celui chez lequel le crime provient de la folie, nous le soignerons, comme nous soignons les fous ou les autres malades, en nous garant de leurs violences. Quant aux hommes devenus criminels par la fougue du tempérament ou l’ardeur du sang, il serait dès maintenant possible de leur proposer la réhabilitation par l’héroïsme. ”
Karl Des Monts, martyre dans une maison de fous…
“ J'éprouve une sensation intime, poignante, aiguë, dont je ne puis me rendre compte... Mes nerfs, tenus dans une Irritabilité morbide, continue, par le spectacle de toutes ces horreurs d'hôpital, vibrent au moindre bruit et agitent tout mon être de ces douloureux tressaillements qui devaient torturer Prométhée sur son rocher, le Christ sur sa croix... Plus je vais, plus j'observe, plus j'étudie ce qui se passe autour de moi, plus j'arrive à cette conclusion que l'esprit tracassier des petites localités est, par excellence, une des causes génératrices de la folie. ”
Arthur Desjardins,
Revue des Deux Mondes
“ L’anthropologie criminelle n’a pas inventé que les véritables fous devaient être placés dans les maisons de fous : on le savait bien avant sa naissance ! Elle a découvert un état mental particulier, la « folie morale, » qui n’a rien de commun avec la folie ordinaire. ”
Maxime Du Camp,
Les Aliénés a Paris. — II. — Les Asiles…
“ Il est une variété de fous très étrange qu’on ne saurait examiner de trop près avant de se décider à les envoyer en cour d’assises, ce sont les mélancoliques irrésolus ; ils ne rêvent que la mort, et n’osent point se la donner ; pour arriver au but vers lequel ils aspirent avec une intensité qu’il est impossible de comprendre lorsqu’on ne l’a pas constatée soi-même, ils prennent un chemin détourné qui les conduit invariablement au meurtre ; ils tuent dans l’espoir d’être arrêtés, jugés, condamnés, exécutés. Ils parviennent au suicide par l’homicide. ”
Alexandre Dumas,
Le Capitaine Aréna (1842)
“ On a déjà aboli dans la maison des fous l’usage cruel et abominable des chaînes et des coups de bâton, qui, au lieu de rendre plus calmes et plus dociles les malheureux aliénés, ne font que redoubler leur fureur et leur inspirer des sentimens de vengeance. ”
Émile Garçon,
Éléments de médecine mentale appliqués à l'étude du droit…
(1906)
“ Sans doute, tout le monde s'accorde pour reconnaître qu'on doit placer dans un asile, où ils seront soignés, guéris s'il est possible, en tout cas mis dans l'impossibilité de nuire, ceux dont la folie est telle qu'ils présentent pour les autres et pour eux-mêmes un danger présent et certain. ”
Karl Des Monts, martyre dans une maison de fous…
“ Reste à savoir, monseigneur, si mes ennemis n'ont pas manqué leur but en poussant si loin la violence de leurs persécutions; si, en s'efforçant d'incruster sur mon front le fer rouge de la folie, ils n'ont pas bien plutôt fait rejaillir sur eux la fange même dont ils ont essayé de me ternir. Pour ma part je pense que oui. La haine et la calomnie sont dangereuses sans doute, mais elles ne le sont qu'autant qu'elles savent rester prudentes et traîtreusement dissimulées; c'est à cette seule condition qu'elles peuvent se flatter d'égarer l'opinion publique et de lui livrer des victimes. ”
Armand Laurent, Étude médico-légale sur la simulation de la folie… (1866)
“ L'irresponsabilité résultant de la preuve de la folie peut tout au plus conduire à la séquestration dans un asile d'aliénés, d'où il a l'espoir de s'évader plus facilement que de la prison ou du bagne. La ténacité s'explique très-bien avec la gravité plus ou moins grande du méfait. ”
Victor Parant, La raison dans la folie : étude pratique et médico-légale sur la persistance partielle de la raison… (1888)
“ Un bon nombre de malades y prennent un vif plaisir ; ceux même qui sont habituellement le plus absorbés clans leur délire, y font trêve un moment pour participer à la joie commune. Aussi, en fin de compte, comme le dit avec vérité M. le Dr Dagron, « les asiles d'aliénés ne sont plus des 150 LA RAISON DANS LA FOLIE. prisons faites pour inspirer une horreur invincible. Ce qui le prouve, ce qui prouve surtout le jugement que les fous eux-mêmes portent à cet égard, c'est que, chaque année, bon nombre d'aliénés guéris cherchent à rentrer dans les asiles, en simulant la folie 1. » ”
