“ On les trouve laids! Mais rien n'est joli comme une orfraie au clair de lune! Nous en avons quelques-unes ici. Elles sortent de mes arbres, en arrière de la maison, ou du bois de Laurette. Aucun bruit ne dénonce leur vol. Leurs plumes sont fines comme des poils, blanches sur le ventre, jaunes sur les ailes. Et le vent coule au travers. Moi je reconnais les orfraies au passage de leur ombre, qui fait rentrer les mulots... Et que de drames, alors, dont nous sommes témoins!—Monsieur Maldonne, disait Claude, vous êtes plus jeune que moi! ”
Orfraie
Définition et enjeux
Citations sur “orfraie”
Élie Berthet,
Paris avant l'histoire
(1876)
“ Chêne- Noueux, après avoir tué mon père et brûlé notre cité, est mort à son tour et on l'a porté au dolmen avec les présents de ses amis, avec des provisions de toutes sortes ; à ses côtés sont les armes de bronze d'Orfraie. Son âme est réjouie; elle arrivera, fière et heureuse, au pays du monde inconnu. Pendant ce temps, les corps d'Orfraie et de ses amis ont été déchirés, dispersés par les bêtes féroces; ils ne forment plus que de repoussants lambeaux; nous ne pouvons les ensevelir, selon les rites de nos pères, en leur apportant des mets délicats et des offrandes. ”
Lucrèce,
De la nature des choses
“ Soit ce frémissement dont le coursier tressaille Quand ses larges naseaux aspirent la bataille, Soit le timbre expressif des sentiments divers. Observe les oiseaux, les cent tribus des airs. L’orfraie et l’épervier, le plongeon amphibie Qui sous les flots poursuit sa pâture et sa vie : Pour ravir ou garder l’enjeu de leurs combats, Que d’accents, que de tons leur cri ne prend-il pas ? ”
Honoré de Balzac,
Le lys dans la vallée : scènes de la vie de province
“ Il est dans la nature des effets dont les signifiances sont sans bornes, et qui s'élèvent à la hauteur des plus grandes conceptions morales. Soit une bruyère fleurie, couverte des diamants de la rosée qui la trempe, et dans laquelle se joue le soleil, immensité parée pour un seul regard qui s'y jette à propos. Soit un coin de forêt environné de roches ruineuses, coupé de sables, vêtu de mousses, garni de genévriers, qui vous saisit par je ne sais quoi de sauvage, de heurté, d'effrayant, et d'où sort le cri de l'orfraie. ”
Charles Baudelaire,
Œuvres complètes de Charles Baudelaire
“ Le lendemain il la trouva, la tête inclinée par une mélancolie gracieuse et presque étudiée, vers les fleurs de la plate-bande, et il lui offrit son volume des Orfraies, recueil de sonnets, comme nous en avons tous fait et tous lu, dans le temps où nous avions le jugement si court et les cheveux si longs. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ En ce premier Orphée, la mythologie enveloppe encore l’humanité. Le personnel du drame n’est composé que de bergers et de nymphes, de déesses et de dieux. L’amour et le deuil, tout y est amorti et comme éteint. Plutôt que le relief du marbre ou l’éclat de la peinture, l’œuvre primitive a pour nous la douceur d’une tapisserie aux tons passés. Auprès du commencement d’Orphée, par exemple, le début de l’une ou l’autre Euridice pâlit. Rappelez-vous Gluck, et comme il entre d’emblée dans l’humanité et dans la douleur, dans la vie, ou plutôt dans la mort. Souvenez-vous du cri : Eurydice ! ”
Pierre Daru,
L’astronomie, poème en six chants
“ Dans le même temps, le divin Orphée prit en main sa lyre, et, mêlant à ses accords les doux accents de sa voix, il chanta comment la terre, le ciel et la mer, autrefois confondus ensemble, avaient été tirés de cet état funeste de chaos et de discorde ; la route constante que suivent dans les airs le soleil, la lune et les autres astres ; la formation des montagnes, celle des fleuves, des nymphes et des animaux. Il chantait encore comment Ophion et Eurynome, fille de l’Océan, régnèrent sur l’Olympe, etc. Orphée avait fini de chanter, et chacun restait immobile. ”
Léon Pamphile LeMay, Le Pèlerin de Sainte Anne/Tome I
“ L’orphelin part avec les autres. L’un deux, le petit Ferron, un gibier de potence en herbe, lui donne un croc-en-jambe et une poussée. L’orphelin tombe sur la face dans une mare d’eau, car il a plu la veille, et l’eau gît par flaques grisâtres, dans les ornières du chemin mal entretenu. Son livre s’ouvre en touchant le sol, et les feuilles en restent souillées de vase ; son chapeau vole au vent et tourne comme une roulette jusques au loin. ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Les miens
(1926)
“ « Si j’ai bonne mémoire, ce soir-là, on jouait Orphée. » Je demandais aussitôt ce que signifiait ce vocable inconnu.« Orphée... eh bien, tu vas comprendre : c’est le nom d’un grand poète qui chantait ses vers en s’accompagnant sur la lyre. Il aimait beaucoup une dame qui s’appelait Eurydice... »S’ensuivait une biographie sommaire mais pittoresque d’Orphée. Ainsi, les fragments d’histoire, de mythologie, les contes de bonne femme, les descriptions de fêtes à Pétersbourg ou aux Tuileries et les petits faits de la vie courante formaient une même tapisserie à personnages, tendue devant mes yeux. ”
Charles-Marie Leconte de Lisle, Poëmes antiques (Édition nouvelle revue & considérablement augmentée… (1874)
“ Les Satyres guetteurs des Nymphes au sein nu ; Tous se sentent poussés par un souffle inconnu, Et vers l'antre, où la lyre en chantant les rassemble, Des plaines & des monts ils accourent ensemble ! Ainsi, divin Orphée, ô chanteur inspiré, Tu déroules ton coeur sur un mode sacré. Comme un écroulement de foudres rugissantes, La colère descend de tes lèvres puissantes, Puis, le calme succède à l'orage du ciel. Un chant majestueux, qu'on dirait éternel, Enveloppe la lyre entre tes bras vibrante ”
Pseudo-Lucien de Samosate, De l’Astrologie
“ En effet, les Grecs, pour lui faire honneur, lui assignèrent une place dans le ciel, et la réunion de plusieurs étoiles prit le nom de Lyre d’Orphée. Aussi, quand parfois vous voyez Orphée représenté en pierre ou en peinture, assis au milieu de ses auditeurs dans l’attitude d’un homme qui chante, une lyre à la main et entouré d’une foule d’animaux, hommes, taureaux, lions et autres encore, à cette vue rappelez-vous quel est ce chant, quelle est cette lyre, quel taureau et quel lion prêtent l’oreille à Orphée ”
Hector Crémieux,
Orphée aux Enfers
“ L’Opinion, bas à Orphée Voici le moment solennel ! Tu vas, d’une voix attendrie, Implorer du grand Jupiter Le droit de reprendre à l’enfer Ton épouse tendre et chérie !Orphée, bas à l’opinion Mais non ! Mais non ! cela m’ennuie.L’Opinion Allons ! Allons ! obéis-moi !Orphée, avec passion O roi des cieux et de la terre, Vois ma douleur et ma misère, Ma tristesse et mon abandon ! Je viens te demander justice.Diane, sur le motif de Gluck « On lui ravit son Eurydice.Orphée » Et le ravisseur, c’est Pluton ! »Jupiter prend une attitude recueillie. Jupiter. Faites silence ! ”
Joseph Héliodore Garcin de Tassy,
L'islamisme, d'après le Coran…
(1874)
“ Les premiers sages furent des musiciens; leurs chants harmonieux annoncèrent aux hommes le culte de Dieu. La belle allégorie qui nous représente Orphée commandant à la nature par les sons de sa lyre nous montre ce que les anciens pensaient de la musique. On attribue à Orphée cette formule de prière ; « Marchez dans la voie de la justice ; adorez le seul maître de l'univers ; il est un, il est seul par lui-même ; tous les êtres lui doivent leur existence ; il agit dans eux et par eux; il voit tout, et jamais il n'a été vu des gens mortels. » ”
Noël Vesper, Figures de la voie sacrée (1931)
“ Ah ! de ces tristes bords où le jour est en fuite, Ces rives où tu vois des noirs cyprès la suite Gémissante, et les fûts d'un temple — cet enclos Garde, vide et jaloux, ce qui n'est pas éclos —, j'appelle Orphée.. Orphée! 0 rives plus parfaites, Mes bras veulent étreindre et mon cœur peut brûler, J'ai frémissant en moi tout l'être à t'immoler. J'arrache mon corps vierge à sa gangue éternelle, Je rassemble mes sens, et mon âme rebelle Je la fixe, la règle, et prépare en secret Le délire ! Demain tout montera d'un jet ! ”
Eugène Orrit, Les soirs d'orage (1841)
“ Dois-je, obscur et sans nom, roulant avec la foule, Comme un flot dans les flots se confond et s'écoule, Me perdre dans la mort ? Alors dans mes ennuis l'Ange qui me console Fit vibrer jusqu'à moi sa magique parole : Ranimé, je pleurai; Mon esprit consolé se soumit à ses chaînes ; Ne doutant plus de moi je pus bénir mes peines, Et longtemps j'adorai. Poésie ! oh ! ce nom, c'est l'éternel murmure Qui me parle au milieu des voix de la nature A toute heure, en tout lieu ; C'est le rayon du ciel dont un front se colore, C-'est la voix dont l'accent prophétique et sonore Seul me révèle Dieu ! ”
Notice sur S. Nizier, évêque de Lyon au VIe siècle… (1830)
“ Cet envoyé, en traversant les Alpes, reçut l'hospitalité d'un orfèvre , qu'il instruisit naïvement, sous le sceau du secret , de l'objet de sa mission. « Si vous voulez m'en croire , lui dit Forfévrc , j'entrevois un moyen de nous enrichir tous deux. » Alors le diable s'en mêlant , et les larrons , selon le proverbe , s'entendant bientôt entre eux , le messager accepta la proposition. L'orfèvre mit aussitôt la main à l'oeuvre , et il exécuta en vermeil un calice et, une patène tellement semblables aux autres , qu'il n'y avait de différence que dans la matière. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Maximes et Réflexions
(1833)
“ Qu’on se représente Orphée bâtissant une ville aux accords de sa lyre. Un vaste emplacement est préparé ; le chantre divin, après avoir choisi l’endroit le plus convenable, prend sa lyre. Soudain les rochers, obéissant au charme irrésistible de l’harmonie, se détachent des montagnes régulièrement découpés et taillés. ”
René Fernandat, Voyage au purgatoire : poèmes (1934)
“ « Orphée! Ami Orphée! » Les syllabes de feu Délicieusement meurtrissaient sa tendresse Qu'un étonnant destin vouait à la détresse Et à l'appel sans fin des suprêmes adieux ! Dans sa fuite, soudain, elle vit un oiseau Qui, sur un arbre mort, brodait sa mélodie Et berçait le sommeil de sa mélancolie; Alors elle songea que les mêmes sanglots Pouvaient ébranler l'homme, un rossignol et Dieu ! Elle vit la clarté des paroles de l'Ange, Et même se souvint du mal et de la fange Qui devaient profaner la chair du Roi des Cieux! ”
Savinien de Cyrano de Bergerac, Oeuvres comiques, galantes et littéraires de Cyrano de Bergerac… (1900)
“ Plus puissant que jadis Orphée, Qui de chez les peuples sans yeux Ne put ramener que la fée, Tu ramènes en terre les Dieux, Malgré cette défense expresse D'en avoir plus d'un parmi nous ; Mais, de peur qu'on les reconnaisse, Tu les as déguisés en fous. ”
Victor Hugo,
William Shakespeare
“ Orphée apprivoise les bêtes fauves ; Amphion bâtit des villes. Le poëte dompteur et architecte, Linus aidant Hercule, Musée assistant Dédale, le vers force civilisante, telle est l’origine. La tradition est d’accord avec la raison. Le bon sens des peuples ne s’y trompe pas. Il invente toujours des fables dans le sens de la vérité. Tout est grand dans ces lointains grossissants. Eh bien, le poëte belluaire, que vous admirez dans Orphée, reconnaissez-le dans Juvénal. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Tout respire en cette œuvre le sentiment de l’antiquité. Il y passe de temps en temps comme un souffle bucolique, un parfum de Virgile que, même dans l’Orphée de Gluck, nous ne retrouverons plus. Sous la poésie et parfois sous la musique, on sent la nature présente. Orphée est le fils errant et rêveur des montagnes, des cavernes et des forêts. ”
Alexandre Dumas,
Œuvres d’Alexandre Dumas
“ ORSINI, seul, appuyé contre la fenêtre. (On entend le tonnerre et l’on voit les éclairs.) La belle nuit pour une orgie à la tour ! Le ciel est noir, la pluie tombe, la ville dort, le fleuve grossit comme pour aller au-devant des cadavres... C’est un beau temps pour aimer ; au dehors le bruit de la foudre, au dedans le choc des verres et les baisers et les propos d’amour... Étrange concert où Dieu et Satan font chacun leur partie. ”
Jean-Baptiste-Claude Delisle de Sales, Préface d’Orphée.
“ Ainsi, quelques textes épars dans les écrivains de l’antiquité et du moyen âge, une faible notice de Fabricius, six pages des mémoires d’une Académie, l’Épigène d’Eschenbach et l’Orpheos Apanta de Gesner, voilà, en dernière analyse, tous les matériaux vraiment élémentaires sur Orphée ; voilà, si j’ose le dire, l’unique foyer où vont aboutir tant de rayons de gloire, disséminés dans trente siècles et parmi cent nations diverses de l’Asie et de l’Europe, sur l’instituteur d’une des religions sociales dont la raison humaine s’honore davantage. ”
Barthélemy Imbert, Narcisse dans l'isle de Vénus… (1797)
“ Orphée un jour vit fleuve , arbre, cité , Tout s'animer aux accords de sa lyre : Sans ses accords tout s'anime et respire, Tout semble voir et sentir la beauté. Quand la forêt, par un charme invincible, S'émeut au loin , seul muet en ces lieux Pour trop sentir, Pâris est insensible; Toute son ame a passé dans ses yeux. Prêt à juger, il se trouble , il balance ; Ce que son œil ne voyait point assez, Il le voit trop, et s'égare en silence Sur tant d'appas l'un par l'autre effacés. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Le drame s’appelait à l’origine Orphée et Eurydice. Orphée tout court est préférable, car Orphée seul existe ; il rassemble et condense tout en lui. L’Amour, Eurydice même, se perdent en son rayonnement, et la plus faible page de l’œuvre est sans doute le duo des deux époux. Il y a plus, et dans Orphée toute puissance, toute force musicale est en quelque sorte autonome et singulière. Un air. une mélodie, une phrase de Gluck vit en soi, agit par soi. ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal/6e éd., 1863
“ Les anciens voyaient dans Orphée un musicien habile à qui rien ne pouvait résister. Les compilateurs du moyen âge l’ont regardé comme un magicien insigne, et ont attribué aux charmes de la magie les merveilles que la mythologie attribue au charme de sa voix. ”
“ Les jeunes ormes ont un feuillage qui jaillit dans tous les sens, comme une pièce d’artifice qui éclate. Depuis la Ferté jusqu’à l’endroit où l’on trouve ces seize ormes, la route n’est bordée que de peupliers, de trembles ou de noyers çà et là, ce qui me donnait quelque humeur. ”
Ary Renan,
Gustave Moreau : 1826-1898
(1900)
“ Et nous crions miséricorde ; car, la tête d'Orphée, disposée sur la lyre magnifique, découpe entre les bras de l'étrangère ses traits délicats, apaisés, détendus, sa bouche d'Art et d'Amour pâlie, fermée sur le dernier soupir d'une agonie divine. Pour le peintre, pour nous comme pour la tradition, Orphée est la première et la grande victime poétique, l'apôtre inspiré qui mua la face du monde. Ce qui meurt avec lui, c'est l'art civilisateur, la miraculeuse musique. ”
Paul Valéry,
Œuvres de Paul Valery
(1920)
“ Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée L’Admirable !... le feu, des cirques purs descend ; Il change le mont chauve en auguste trophée D’où s’exhale d’un dieu l’acte retentissant. Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant ; Le soleil voit l’horreur du mouvement des pierres ; Une plainte inouïe appelle éblouissants Les hauts murs d’or harmonieux d’un sanctuaire. Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée ! Le roc marche, et trébuche ; et chaque pierre fée Se sent un poids nouveau qui vers l’azur délire ! D’un Temple à demi nu le soir baigne l’essor, Et soi-même il s’assemble et s’ordonne dans l’or ”
Amand Dubois, Autour d'une volière : oiseaux de France & oiseaux exotiques (1896)
“ Impatient de revoir sa douce compagne, et cédant à un désir irrésistible, Orphée oublia la défense et jeta les yeux derrière lui, au moment même où il allait franchir le seuil du ténébreux empire. Hélas! Eurydice, cette fois, lui fut enlevée pour toujours. Dans son inconsolable douleur, Orphée fuit la société des hommes et se retire dans les solitudes les plus profondes, attendrissant par le son de sa lyre les forêts, les montagnes, les animaux les plus féroces : la nature entière se montre sensible aux charmes de son harmonie. ”
“ Orphelins, balancés dans votre nacelle, ne riez pas trop fort, d’une surprise qui vous rappelle les étourdissantes petites barques dont la flottille ne va pas sur l’eau, mais saute de la terre au ciel. ”
Gaston Cougny, L'art antique : choix de lectures sur l'histoire de l'art… (1892-1893)
“ La grande ressource de l'orfèvre, les thèmes qui lui fournissent les motifs les plus heureux et les variations les plus agréables, ce seront donc ces figures de l'animal et de l'homme que la nature même a nettement circonscrites et dont chacune se distingue par des traits spéciaux et par une expression qui lui est propre ; à ce titre, l'orfèvre est l'élève du sculpteur ; il reproduit, à plus petite échelle, les types qu'a créés la statuaire, et il en multiplie les épreuves avec cette liberté facile qu'imposent les exigences d'une production très abondante. ”
