“ Les bourgeois avaient reconnu Pépin comme seigneur et lui envoyaient annuellement un tribut ; épouvantés, ils prennent la résolution d’offrir les clés de la « tour » à Doon ; l’archevêque et son clergé se présentent devant le duc, et lui livrent la ville. Doon épouse Olive une seconde fois à l’église Saint-Pierre ; on célèbre des noces magnifiques, et Pépin vient y assister. Il embrasse Olive ; quant à Landri, il lui adresse des paroles élogieuses, et il lui promet la Bretagne, l’Anjou, la Normandie et la « seneschauciée de France ». ”
Doon
Définition et enjeux
Citations sur “Doon”
“ Doon coupe immédiatement la tête au misérable, sans le mettre d’abord à la torture. Il veut de même couper la tête à sa femme, qui s’est éveillée et ne comprend rien à ce qui se passe ; mais ceux qui l’accompagnent le retiennent et lui donnent le conseil de faire venir le roi Pépin. Olive, de son côté, offre de se justifier par l’épreuve du feu ou de l’eau ; Doon est sur le point d’accepter, mais, Tomile excitant sa jalousie, il se met en colère, et frappe même d’un coup de pied le petit Landri [82] . ”
“ Pépin a donné en mariage sa sœur Olive à Doon de la Roche. Injustement accusée, la malheureuse épouse est chassée par son mari, et le poëme est le récit des exploits à la suite desquels le jeune Landri, fils d’Olive et de Doon, réussit à se venger des traîtres qui ont calomnié sa mère. Ce thème, d’ailleurs connu, est traité avec originalité. Le récit est bien conduit, on peut même dire bien écrit, et abonde en traits intéressants. La chanson de Doon est ancienne : tout entière en assonances, on ne peut guère la faire descendre plus bas que la fin du xiie siècle. ”
Paulin Paris,
Chansons de geste. [Signé : P. Paris…
“ LES ENFANCES DOON DE MAIENCE. 187 raconter à Herchembaut comment Doon a tué les gardiens de la tour. Le sénéchal furieux veut que, sans perdre de temps, on batte la tour en brèche et que Doon soit pendu. — ce Mais, lui dit-on, les choses n'iront pas aussi vite : « vos bourgeois ont reconnu Doon pour leur droit seigneur : ce ce que vous avez de mieux à faire, c'est de vous faire poser ce sur un cheval et de vous laisser conduire en lieu sûr. » ”
Paulin Paris,
Chansons de geste. [Signé : P. Paris…
“ Nous doutons fort que les Enfances Doolin appartiennent au même auteur que Doon de Maience. Rien, dans l'un ou dans l'autre ouvrage, ne conduit à penser qu'ils soient de la même plume. Le Doon montre plus de rudesse et de force : la tradition n'y est pas adoucie au profit des sentiments et des habitudes du temps auquel appartenait l'auteur. Le Doolin atteste plus de recherche, et même plus de talent de composition. Le style, qui pourtant n'est pas à mépriser dans le Doon, est plus travaillé, plus châtié dans le Doolin. ”
“ Doon déclare qu’il accepte cette proposition, si le roi donne son consentement. Doon et Tomile vont à Paris, où le roi consent, en effet, au mariage, après que Tomile lui a livré vingt mulets chargés d’or [84] ; seulement, il exige que sa sœur Olive soit traitée et vêtue conformément à son rang. Après Pâques, à Cologne, a lieu le mariage de Doon et d’Audegour. Au moment où le mariage se célèbre, Olive se rend à l’église, son petit Landri dans ses bras : l’enfant élève la voix, s’adressant à son père et à l’archevêque, et proteste contre le mariage [85] ; il menace Tomile d’un châtiment futur. ”
“ Dans ce poème, comme dans N — nous avons vu plus haut que, des trois versions essentielles de Doon, N est la seule qui présente un récit consistant de la machination — le traître, Macaire, est amoureux de la reine et lui fait des propositions déshonnêtes, qu’elle repousse ; il les fait renouveler par un nain ; la reine manifeste son indignation et frappe même le nain violemment ”
“ Doon refuse d’abord, mais, par la volonté du roi, le mariage se fait : Landri est engendré. Doon s’établit à Cologne [avec sa femme] et sept cents chevaliers (v. 115) . Dans cette ville, il y avait un traître, Tomile, oncle de Ganelon, cousin germain de Hardré et de.. (nom altéré) . Il dit à Doon que sa femme ne l’aime pas, qu’il l’a surprise, couchée avec un « garçon » [80] . Doon menace de le faire pendre, s’il tient encore de tels propos. Le traître appelle un « garçon » et le pousse à se glisser dans le lit d’Olive, qui a bu trop de « piment » ; elle n’entend rien, ne voit rien [81] . ”
Hippolyte Durand, Le livre des enfants et des mères (1888)
“ Dans Doon de Mayence, le petit Girard, à cinq ans, « est mince, grand , des yeux vert-clair et riants comme gentil faucon. » — Son frère aîné Doolin, qui sera Doon de Mayence, et deviendra le héros du poème, apparaît à quinze ans, aux yeux de son père qui ne l'a pas revu depuis huit ans : « grand, fort, membru, richement armé, et son visage clair, frais, riant, et ses cheveux semblables à de l'or fin. Onc si bel enfant ne vit en son vivant. » Le trouvère aborde volontiers le tableau de famille. ”
Paulin Paris,
Chansons de geste. [Signé : P. Paris…
“ C'est à ce titre de père de Gaufroi de Danemarc, d'Aimon de Dordonne (ou Dourdan) et de Griffon d'Hautefeuille, qu'un trouvère, contemporain présumé de saint Louis, a composé la chanson de Doon de Maience. On y raconte d'abord la grande querelle de Doon avec le jeune roi Charlemagne, puis sa chevauchée en Saxe, la conquête de cette contrée dont Charles lui accorde l'investiture avec la main de la belle Flandrine, fille chrétienne du roi païen dépossédé. ”
“ Doon et ses compagnons, armés par Olive [105] , reviennent à Sobrie. Devant la ville, ils trouvent Landri, à qui ils apprennent que sa mère a pris La Roche ; mais il refuse d’aller la voir avant le châtiment de Tomile. On envoie des messages à Sobrie pour faire savoir aux bourgeois que leur seigneur Doon est devant la ville ; ils sont très joyeux et font sonner les cloches. Les personnages les plus nobles de la ville s’avancent à cheval pour saluer Doon ; le maire lui adresse la parole et lui offre des vivres pour ses troupes, en vue du siège de Mayence. Doon refuse ”
Hippolyte Durand, Le livre des enfants et des mères (1888)
“ Le début est consacré à peindre l'enfance du petit Doon, ou Doolin. Tout ce que peuvent dans un cœur d'enfant l'énergie physique et morale, la persévérance, le dévouement à de graves devoirs, le poète l'a accumulé dans ces pages. Ce n'est plus Paul et Virginie dont il faut nous souvenir; c'est du héros de Daniel de Foé, c'est de Robinson en personne, comme l'a remarqué le premier M. Léon Gautier.Mais Doolin est un Robinson aussi chevaleresque, aussi poétique, que l'autre est positif et terre à terre. L'un n'a que lui-même à sauver ”
Paulin Paris,
Chansons de geste. [Signé : P. Paris…
“ Il n'i ot que trois gestes u réaume de Franche, Si fu la premeraine de Pepin et de l'Ange, L'autre après, de Garin de Monglane la franche, Et la tierche si fu de Doon de Maience. La geste de Doon de Maience ne nous semble pas être du nombre de celles qui furent renouvelées dans leur ensemble. Tout au plus y pourra-t-on soupçonner le retentissement d'une courte cantilène, dans laquelle un rimeur du XIIIe siècle aura trouvé la première donnée de sa composition. Le nom du héros Do, Odo, Doon ou Doolin, n'est pas en effet de son invention. ”
“ Asson, cas suj. Asses de Maience, 1021, partisan d’Olive et de Landri, 661, 1020, etc. ; donné par erreur comme compagnon de prison de Doon, 2802. Asson, 2328, partisan de Tomile. Auberi (Aubri 2990, 2999, 3738) , évêque, oncle d’Olive, 2163, 2168, etc. ; sa biographie, 2926 et suiv. Audegour, fille de Tomile, seconde femme de Doon, 654, 2114, 3026. Aufricant (cas suj. plur.) , 2778, Africains. ”
Honoré de Balzac,
Contes bruns
“ Le miroir et la chandelle étaient là par terre sans que l’on pensât à les mettre en usage. La Doon frémissait dans les roseaux ; une longue traînée d’argent, qui tremblait sur ses vagues lointaines, était aux yeux des villageois la trace étincelante des skelpies ou esprits des eaux ; la jument de Muirland, sa petite jument des Highlands, à la queue noire et au blanc poitrail, hennissait de toute sa force, ce qui est toujours signe qu’un mauvais esprit est voisin. Le vent fraîchissait ; les tiges des joncs balancés rendaient un triste et long murmure. ”
“ « Car alons a Doon, si li crion merci, « Por l’amor Dieu de gloire, lui et son fil Landri ». Et dist li fel Tomiles : « Ja n’i meteron fin ; « Dame diex me confonde s’anquenuit ne m’en is, « Quant l’oz ert endormie et la gent en seri... 3910« Qu’en bois ne en forest [errant] ne soie pris. « Tant m’en irai par nuit qu’avrai passé le Rin ; « El reigne de Saissoigne voldrai Deu relenquir, « Puis esteront paien mi per et mi ami, « Par ex ferai encor ceste terre fremir. » 3915Et cil le otri [er] ent, qui muer [en] t a envis ”
“ Pépin n’a rien mandé à Malingre. On pourrait corriger nos a mandé, en se rappelant le v. 635, où Pépin dit à Doon en parlant d’Olive : Et qui mal lui fera, si soit chier comparée. V. 2215 Que l’avoient juré a Tomile et Malingre. C’est la leçon du manuscrit, mais on obtiendrait un vers plus conforme aux habitudes du style et de la versification de l’auteur en biffant a et en lisant Que l’avoient juré Tomile et Malingre. Comp. v. 1937 Tomile et Malingre fera les chiés coper. V. 2347-2348. Li cembels s’en torna ; s’ont la bare guerpie Et dus Do les enchauce com chevaliers nobile. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Devant ce reliquaire, Denon pouvait, du fond de sa vieillesse souriante, revoir toute sa vie et se féliciter de l’emploi riche, divers, heureux, qu’il avait su donner à tous ses jours. Petit gentilhomme de forte sève bourguignonne, né sur cette terre légère du vin où les cœurs sont naturellement joyeux, il avait sept ans, quand une bohémienne qu’il rencontra sur un chemin lui dit sa bonne aventure ; « Tu seras aimé des femmes ; tu iras à la cour ; une belle étoile luira sur toi. » Cette destinée s’accomplit de point en point ; Denon alla tout jeune chercher fortune à Paris. ”
Ulric Richard Desaix, La relique de Molière du Cabinet du baron Vivant Denon (1880)
“ Denon avait en lui, pour réussir, ce goùt inné, ce flair artistique en toutes choses qu'apportent avec eux, l'aptitude de l'intelligence, la variété des connaissances et le talent — un talent de dessinateur et de graveur de premier ordre. Il avait la grâce de l'esprit, l'exquise séduction des manières, et possédait, jeune, avec cette volonté qui appelle et retient le succès, cette clef, indispensable, qui donne accès partout : une belle fortune et une haute situation dans le monde. ”
Jules Girard, Dodone et ses ruines
“ De même ils prient les dieux de Dodone de leur faire connaître à quel autel ils doivent porter leurs sacrifices et leurs vœux. Le philosophe grec, tout en blâmant d’abord la foi craintive aux songes, semblait donc taxer aussi de superstition la croyance à l’intervention d’une divinité déterminée pour chaque cas, prenant soin des petits intérêts ou des faiblesses de chacun. Que pensait-il des naïvetés dans le genre de celles dont les lames de plomb de Dodone nous donnent la preuve écrite ? Un berger promet au dieu sa reconnaissance s’il réussit dans l’élève de ses moutons. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ Et Diadème comprit et continua son chemin vers le dehors, cependant que la princesse Donia le suivait encore du regard et disait à sa nourrice : « Sens-tu, ô Doudou, le changement qui se fait en moi ? Est-ce possible que moi, Donia, je puisse éprouver un tel trouble à la vue d’un homme ! Ô nourrice, je sens moi-même que je suis prise et que, maintenant, je vais à mon tour te demander tes bons offices. » La vieille dit : « Qu’Allah confonde le Tentateur maudit ! Te voilà, ô maîtresse, prise dans les filets ! Mais aussi, qu’il est beau, le mâle qui va te délivrer ! » ”
Lope de Vega,
Étude sur la vie et les oeuvres de Lope de Vega
(1857)
“ SCÈNE X. (Un salon dans la maison de don Alvar, à Tolède.) DONA SOLI SON ÉCUYER. ET LUCINBE. DONA SOL, rentrant. Prends ce manteau, Lucinde, et toi (s'adressant à l'écuyer) , allume promptement un flambeau. LUCINDE. Est-ce que le roi vient? DONA SOL. Il viendra. L'ÉCUYER. Il n'y a rien d'invincible au monde. DONA SOL. Que dis-tu? L'ÉCUYER. Que je suis presque épouvanté de voir que vous vous soyez rendue. (Il sort.) DONA SOL. Le salut de mon mari me contraint et m'oblige. LUCINDE. Est-il possible que le roi exige un si grand témoignage. DONA SOL. Où peut s'arrêter la ruse du démon ? ”
“ Tel Dion, se réveillant comme d’un rêve affreux où il sentait trois cents billes lui courir dans la tête, saisit à deux mains sa queue de champion, et vise. Chaque coup porte ; on sent la victoire chanceler ; la fortune toujours perfide lui sourit. ”
“ Je ne vous en conseille pas moins, à vous ses amis, d’imiter Dion, son amour de la patrie et la sagesse de sa vie, d’essayer aussi, sous de meilleurs auspices, de réaliser ses desseins (vous avez clairement appris de moi quels ils étaient) . Celui de vous qui ne peut vivre à la dorienne, à la manière des ancêtres, et veut suivre le genre d’existence des meurtriers de Dion et les mœurs siciliennes, c ne l’appelez pas à votre aide, ne croyez pas qu’on puisse compter sur lui et qu’il agisse jamais sainement. ”
Carlo Goldoni, Les chefs d’œuvres dramatiques…
“ Don Ambroise. Je la connais mieux que personne, la pauvre Donna ! elle a la plus belle âme du monde. Il lui faudrait un homme fortement épris d’elle, et qui lui voulût sincèrement du bien. Aujourd’hui, il n’y a plus que deux sortes de partis, des libertins, ou des intéressés ; et les uns, comme les autres, s’informent d’abord de la dot. Quel affront pour une jeune femme qui a du mérite, de se voir rechercher pour sa dot ! ”
Cornélius Népos,
Vies des grands capitaines
“ Il maria la première à Denys, son fils, auquel il laissa son trône, et la seconde, Arété, à Dion. Indépendamment de cette illustre alliance et de l’excellente réputation de ses ancêtres, Dion tenait encore de la nature beaucoup d’autres avantages : un esprit docile, honnête, propre aux meilleures études, cette dignité d’extérieur qui impose aux hommes, et en outre, de grandes richesses que son père lui avait laissées, et qu’il avait lui-même augmentées des présents du tyran. ”
E. Caro, Un Moraliste inédit, M. Doudan
“ La vocation de M. Doudan, l’emploi spontané de toutes ses facultés était là, dans la conversation écrite ou parlée. Il y est incomparable ; tout sujet, toute occasion lui est propice pour penser tout haut et jeter, au hasard de la plume, les réflexions les plus fines, les traits de mœurs, les anecdotes qui peignent, des jugemens d’une justesse saisissante ou d’un surprenant relief. Ici ses défauts mêmes lui deviennent des qualités : son horreur pour l’effort prolongé donne à ses pensées une rapidité qui les emporte à leur but, sans fatiguer ni ralentir l’entretien ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ Et elle prit l’étoffe et se mit à la caresser et à la draper sur sa taille en se tournant vers sa nourrice qui lui dit : « Maîtresse, tu es belle ainsi, mais comme un couple de beauté est préférable à l’unité ! Ô Diadème... ! » Mais Sett-Donia s’écria : « Ah ! possédée Doudou, perfide Doudou ! ne dis plus rien. Mais va chez ce marchand et demande-lui s’il a un souhait à formuler ou un service à demander ; et aussitôt le roi mon père lui donnera satisfaction ! » La vieille se mit à rire et dit, en clignant de l’œil : « Un souhait ? par Allah ! je crois bien ! Qui n’a pas de souhait ? » ”
Philibert Simond, Discours prononcés dans la séance extraordinaire de la Société des amis de la Constitution… (1792)
“ Les terreurs du donjon, dans lequel il fut enfermé par les ordres d'un père barbare , les persécutions de la cour, les cabales de la prétraille , et toutes les vexations préparées par le despotisme, l'intrigue, et la superstition , furent pour lui autant de moyens pour développer les forces de son esprit, et pour murir ses vastes plans. Les obstacles ne servoient qu'à ranimer son courage, et augmenter ses efforts. ”
René Du Mesnil Maricourt, Donatien (1865)
“ Donatien, Donatien ! dit-elle avec cet accent si doux que les mères savent trouver pour rassurer leurs enfants, soyez donc sage et écoutez-moi un instant. Je vais vous parler comme je le ferais à mon frère. On dit que les hommes ont plus de volonté que nous autres : veuillez m'oublier, et vous m'oublierez. Je suis presque une vieille femme. ”
