“ Je savais que Bâle est pour les Holbein ce que Francfort est pour les Albert Durer. À la bibliothèque, en effet, c’est un nid, un tas, un encombrement ; de quelque côté qu’on se tourne, tout est Holbein. Il y a Luther, il y a Erasme, il y a Mélanchthon, il y a Catherine De Bora, il y a Holbein lui-même, il y a la femme de Holbein, belle femme d’une quarantaine d’années, encore charmante, qui a pleuré et qui rêve entre ses deux enfants pensifs, qui vous regarde comme une femme qui a souffert, et qui pourtant vous donne envie de baiser son beau cou. ”
Hugo Holbein
Définition et enjeux
Citations sur “Hugo Holbein”
“ Il y a aussi Thomas Morus avec toute sa famille, avec son père et ses enfants, avec son singe, car le grave chancelier aimait les singes. Et puis il y a deux Passions, l’une peinte, l’autre dessinée à la plume ; deux Christ morts, admirables cadavres qui font tressaillir. Tout cela est de Holbein ; tout cela est divin de réalité, de poésie et d’invention. J’ai toujours aimé Holbein ; je trouve dans sa peinture les deux choses qui me touchent, la tristesse et la douceur. Outre les tableaux, la bibliothèque a des meubles ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Celle dont la chair est contente, c’est son âme qui souffre ; et si l’âme est satisfaite, c’est la chair qui ne l’est pas. L’homme et la femme ne sont pas faits pour se comprendre, ni même pour vivre ensemble. Dans le fond, la nature ne leur demande que de s’unir un moment. Il ne s’agit pas d’eux, mais d’une tierce créature, qui est encore à venir et qui leur est inconnue. Holbein allait et venait, dit-on, entre Bâle et Londres. Passant cinq ans en Angleterre, il a fort bien laissé sa femme veuve, en Suisse, pendant cinq ans. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Il ne cache rien. Il ne flatte rien. Il n’aime peut-être rien. Il se trahit, il s’accuse lui-même, s’il faut. On ne le connaît que par ses propres images. Le portrait de sa femme est la sanglante confession du malheur en ménage ; tout le drame quotidien du mariage y est conté. Un jour, cet homme dur s’est laissé gagner par l’émotion de la nature : comme un grand poète se livre entièrement aux passions de ses héros, Holbein s’est abandonné à son modèle ; et il a osé peindre ce portrait de sa femme, qui est le trésor de Bâle. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ On ne sait s’il aime la nature : il la regarde de près, en tout cas ; il est pour elle un témoin sagace, un silencieux confident. Il a l’instinct de l’apparence, et il nourrit le sentiment de la destruction. Holbein, homme qu’on ne trompe pas. Il analyse avec sûreté, avec force, avec beaucoup d’esprit. Après avoir admiré les portraits du bourgmestre Meyer et de sa femme, si l’on s’arrête à celui de la fille, on a lu tout un roman. La femme du bourgmestre est d’une exquise élégance, en ses atours de simple bourgeoise. Jeune fille, elle respire le charme le plus sévère et le plus délicat. ”
Hippolyte Durand, Le Danube allemand et l'Allemagne du Sud… (1863)
“ Sous ce nom impur, par une fantaisie commune aux hommes de la renaissance, Holbein a peint une des plus gracieuses jeunes filles de son temps, Mlle Offenbourg, célèbre à Bâle par sa beauté. Autour du plus gracieux visage, une chevelure blonde comme l'or est enfermée dans une résille d'or. L'enfant est debout; elle promène sans le poser son virginal regard, et, rêveuse, semble écouter dans l'air les chansons qu'elle entend dans son coeur. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Il est d’argent fin sur de beaux papiers qui font ombre. Un peu de charbon, une touche légère de couleur, et la feuille s’anime, vivante et d’une rare élégance en sa teinte indécise. Holbein n’invente point, et il n’a pas de fantaisie. Le portrait de Dorothée Kanengiesser montre ce qu’il peut faire en quelques coups de crayon : la coiffe rabattue jusqu’aux pâles sourcils ; le col de linge serrant tout le bas du visage, jusqu’à la lèvre, qu’il couvre en partie : rien ne se voit plus que le haut de la bouche virginale, les joues pures et l’œil triste. ”
Encyclopédie générale. Tome 2 (1869-1871)
“ Holbein, ennuyé de Bâle et surtout de sa femme, était venu à Londres, muni d'une lettre d'Érasme pour Thomas Morus. Accueilli par l'illustre chancelier, logé dans sa maison, il y travaillait solitairement depuis deux ans et plus, quand, un jour, Morus invita le roi à venir visiter chez lui les surprenantes peintures qu'était en train d'exécuter un jeune peintre arrivé du fond de l'Allemagne. L'effet fut foudroyant : « L'artiste vit-il encore, demanda le visiteur, et peut-on l'avoir pour de l'argent? » Passé au service d'Henri VIII, Holbein fit à la cour l'œuvre immense que nous connaissons. ”
Émile Montégut, Les Pays-Bas : impressions de voyage et d'art…
“ Pour faire un portrait dont le souvenir reste dans la mémoire des contemplateurs, Holbein n’a jamais eu besoin de beauté, il lui a suffi de la vérité. Cette bourgeoise, par exemple, qui fait en ce moment l’objet de notre admiration, posant devant un artiste ordinaire, aurait fourni certainement un des plus laids modèles qu’on pût voir. Le contour du visage est rond et sans grâce, les traits sont petits, courts, ramassés; la chair, visiblement malsaine, parle de rhumatismes, de sang apte à la décomposition. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 décembre 1878
“ « Les têtes de Holbein sont aux autres portraits ce que les archives sont à l’histoire. » Holbein, en effet, est le peintre de la vérité vraie ; Il a la touche incisive, l’intimité de l’accent, l’expression saisissante, l’impression profonde et durable. Quand on a vu une tête d’Holbein, on ne l’oublie pas. Devant le modèle, il était, selon le mot heureux de M. Paul Mantz, « d’une intraitable sincérité. » Pour Holbein, la physionomie humaine n’a pas de secrets. Il surprend le moral de celui qu’il peint, et sur sa face, il marque ses instincts, ses pensées, ses passions. ”
Charles Du Bos,
Extraits d'un journal, 1908-1928
(1928)
“ L'art de Holbein, c'est l'extase de l'esprit en tant que faculté ; — l'art des linéaments ne saurait être poussé plus loin. Combien il est satisfaisant qu'Holbein ait vécu pendant la maturité de son génie en Angleterre ! Où eût-il trouvé ailleurs ces visages si beaux et si vacants, — si disponibles pour l'artiste, — ces visages dans lesquels l'expression transitoire, subjective, ne vient jamais contredire, déchirer, fausser l'ovale au repos ? De tels visages deviennent, grâce à Holbein, les lieux où se manifeste l'esprit. L'expression, jamais errante, se fixe toujours sur une ligne ”
André Theuriet,
La Chanson du jardinier, souvenirs de l’Argonne
“ Quand vous l’aurez trouvée et rendue, peu importe que vos personnages aient des traits irréguliers, l’allure gauche et les mains calleuses; ils seront beaux, parce qu’ils seront vivans et pensans. La plupart des têtes de Holbein ne sont pas belles dans le sens plastique du mot, mais elles sont singulièrement intéressantes; sous leur laideur ou leur vulgarité, il y a la pensée et le sentiment qui illuminent tout. ”
“ Il habitait alors une vaste maison ouverte à tous, et qui fut ouverte sur-le-champ au jeune artiste. Thomas Morus reçut avec empressement le portrait et la lettre. Il s’arrêta longtemps à regarder le portrait, qui nous est resté comme un des chefs-d’œuvre d’Holbein. À la fin il ouvrit la lettre, il la lût en souriant, car c’était un homme qui aimait à lire Érasme ; puis, prenant la main d’Holbein : — Hens Holbein, lui dit-il, soyez le bienvenu en Angleterre ; vous êtes ici dans la maison d’un ami. Tout ce que je possède est à vous, jeune homme ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ Un seul homme, à cette époque, eût été à même d’exercer sur l’art allemand une influence vraiment féconde, en le ramenant, par son propre exemple, à la simplicité. Mais au moment même où son talent aurait pu lui assurer cette influence, Holbein quittait l’Allemagne pour n’y plus revenir. Sans prétendre au rôle de novateur, sans avoir même des aspirations aussi variées, ni peut-être aussi hautes que le maître de Nuremberg, Holbein, du moins, ne visa jamais qu’un but qu’il pouvait atteindre. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Tout en admirant Holbein, nous nous refusons à l’aimer. Notre appréciation de l’extraordinaire richesse artistique de son art ne se change jamais en cette affection respectueuse et tendre, indulgente même au besoin, que rencontrent auprès de nous un Dürer ou un Rembrandt, les maîtres qui, savans ou ignorans, se sont livrés à nous tout entiers. Par les qualités qu’il apporte à son œuvre, Holbein est assurément l’égal des plus grands : mais il y a des artistes beaucoup moindres qui nous sont infiniment plus proches que le portraitiste merveilleux d’Anne de Clèves et de l’Astronome Kratzer. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Car il faut bien le reconnaître : la ville de Bâle a amplement payé à Holbein sa dette séculaire d’admiration et de gratitude. Jamais, peut-être, la renommée d’aucun peintre n’a autant profité de la conservation de l’œuvre de ce peintre dans le petit recoin du monde où il a vécu. C’est en bonne partie le musée de Bâle qui a valu au fils cadet du vieil Holbein d’Augsbourg la situation, toute privilégiée, qu’il occupe aujourd’hui dans l’estime à la fois du public et des connaisseurs. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Ce réquisitoire, en vérité, tel que le déroule à nouveau devant nous le recueil des photographies des peintures d’Holbein, ne repose que sur deux témoignages apportés du dehors : car on sait combien étrangement rares et discrets sont les renseignemens biographiques que nous ont laissés, sur Holbein, les contemporains de ce puissant artiste. D’un homme qui a connu, au long de sa vie, tant de personnages divers, princes et bourgeois, poètes, savans, chroniqueurs professionnels, personne n’a jugé à propos de nous dire quoi que ce fût. ”
Th. de Wyzewa, Les Peintres primitifs de l’Allemagne
“ Les compositions de Holbein ne sont que des groupes de portraits ; comme dans ses autres portraits de Bâle, de Paris, de Londres, de Berlin, Holbein y montre une maîtrise incomparable, une étonnante justesse de vision, toutes les qualités qui font île lui le premier des portraitistes. Il n’a été surpassé que par les Velasquez, les Hals, les Raphaël, par ceux qui joignaient au génie de la peinture le sens de la vie et de la beauté. Mais il suffit de comparer les chefs-d’œuvre de Holbein avec les portraits de Dürer pour voir combien le maître de Bâle doit peu à son pays d’origine. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Elle a le gros nez de son père, sans en avoir la bonhomie. Comme toutes ces femmes, dont Holbein a dessiné les costumes, elle étouffe de pesants appétits sous ses lourdes cottes. Leurs modes ne sont pas si loin des nôtres. Seules diffèrent les jupes trop amples. Elles font bastions et redans : c’est là derrière que la volupté se retranche, elle aussi sournoise et circonspecte : elle a besoin de ces remparts d’étoffe pour ne pas se livrer. ”
“ Le jeune lord insiste alors, disant que cette heure-là est la sienne, et qu’il ne pourra pas venir un autre jour, et qu’enfin il veut entrer absolument. Là-dessus la dispute s’échauffe ; le jeune homme se met tout à fait en colère et il veut entrer de vive force. Alors Holbein, hors de lui, saisit le jeune homme à travers corps, et le jette en bas de l’escalier si violemment que celui-ci tomba aux pieds de ses gens en poussant un cri de douleur. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Il y a plus : ce gros homme a l’âme poétique, et c’est de l’amour, un fol amour de Juliette pour son Roméo, qu’il réclame du cœur de chacune des jeunes filles appelées à l’honneur de partager son trône. Or, il ne faut pas moins qu’une analyse prolongée du portrait d’Holbein pour reconnaître que le modèle de ce portrait, avec toute sa douceur juvénile et toute la docilité de son cœur de fraulein, restera toujours incapable d’éprouver ou de feindre un sentiment tel que celui-là. Henri VIII, cependant, a pardonné à Holbein ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ La figure d’Holbein est d’une brutalité redoutable. Il tient aussi du changeur, et de l’usurier de village. Son obstination devait être sourde à tout sentiment. Il a la mâchoire qui convient à une humeur de dogue. La rage d’être libre et de vivre sans dépendre d’aucun lien est un appétit qu’on lui devine. ”
Rodolphe Marggraff, Catalogue des tableaux de l'ancienne Pinacothèque royale à Munich… (1866)
“ Holbein, le jeune. — Figure de grandeur naturelle debout du Patricien Conrad Rehlingen, Seigneur de Hainhofen près d'Augsbourg, à la robe de chambre noire doublée et gallonnée de fourrure. Dans le paysage, à côté du tapis rouge foncé du fond, on voit un ange avec le ruban de devises dans une gloire de nuages. ”
Julius Hübner, Catalogue de la galerie royale de Dresde… (18..)
“ Les amateurs de toutes nouvelles relatives à l'histoire des beaux-arts, aussi bien que les admirateurs de ce précieux tableau, liront avec intérêt les détails de cette affaire, que nous avons tirés des lettres et des notes autographes d'Algarotti. On sait aujourd'hui que ce chef-d'oeuvre de Hans Holbein, le jeune (né à Augsbourg, selon d'autres à Baie, 1489, m. à Londres 1554) , fut originairement peint pour le bourgmestre Jacob Meyer, de Bâle*) , dont il représente la famille sous la protection de la Mère de Dieu. ”
A. Gruyer, Revue des Deux Mondes
“ La nature est tout et suffit à tout pour eux. Elle est là sans cesse, qui les enseigne, les soutient, les retient. Ils s’attachent à ne s’en point distraire. Leur main en est esclave et leur œil en est plein. Les crayons de Holbein, cependant, ont de plus grandes allures que ceux de Janet, et, si on peut les comparer, on ne peut les confondre. Malgré les similitudes qui les rapprochent, il y a des différences notables qui les distinguent. L’accent n’est pas le même. Holbein est Allemand dans ses dessins, et François Clouet, dans les siens, par-dessus tout est Français. ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ L’œuvre a conservé un grand air ; elle met en relief les traits caractéristiques de ce calme visage; elle unit à une réalité extrême une intensité de vie intérieure telle que cette fois on songe à Léonard. C’est là d’ailleurs une rareté pour un artiste qui le plus souvent manque d’ampleur dans sa manière de peindre, et chez lequel on sent les habitudes d’un autre procédé de travail. Même quand il a le pinceau à la main. Dürer est un graveur; Holbein, lui, est un peintre. Le musée de Munich nous fournit des indications utiles sur la famille d’Holbein et sur son éducation. ”
Émile Souvestre,
Revue des Deux Mondes
“ À voir le soin religieux avec lequel tous les détails de cette étude déchirante ont été rendus, on se demande avec terreur si Holbein n’a pas trouvé un plaisir féroce à la faire, et si l’enthousiasme de l’artiste n’a pas réjoui le mari des pleurs de sa femme, le père de la faim de ses enfans ! Oui, Holbein ! si cette page poignante n’est pas l’expression d’un remords, c’est l’action la plus lâche de votre vie ! Plus on y trouve de beauté, plus on sent que l’on vous méprise et que l’on vous hait, car votre chef-d’œuvre est un crime. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Or, on n’a vu qu’un certain nombre (fût-ce un grand nombre) des aspects que présente la réalité. Un tel impressionniste procédera un peu comme La Tour en ses « préparations : » il notera, dans une série d’études, plusieurs physionomies ; mais il aura choisi les plus significatives. Sa manière est l’analyse, bien qu’à vrai dire chacune de ses notations soit déjà une synthèse. Il n’est pas un portraitiste selon le grand Holbein, qui assemble toute une âme et toute une destinée dans l’unité composée d’un portrait. Il réunit ses « préparations, » mais il ne fait pas le tableau. ”
Eugène Fromentin,
Les Maîtres d’autrefois
“ C’est un vieillard. Il est chauve; de petits poils follets jouent sur ses tempes, dont l’os est visible et dur sous la peau mince. Le masque est épais, les yeux sont bridés, les muscles réduits, durcis, couturés, crevassés par l’âge. Ce gros visage flasque et rugueux est une merveille de dessin physionomique et de peinture. Tout l’art d’Holbein est là-dedans. ”
Émile Montégut, Les Pays-Bas : impressions de voyage et d'art…
“ Il est évident que le graveur, enthousiaste de son œuvre, avait fait inconsciemment devant le tableau ce qu’Holbein n’a pas fait en face du modèle vivant lui-même. La Laïs du peintre est ce qu’elle fut dans sa réalité la plus franche, une beauté lourde et sans caractère sympathique. Notez cependant qu’Holbein avait d’autant plus ici le droit de corriger la nature qu’il avait choisi le modèle dans l’intention d’en faire un portrait qui fût en même temps une sorte d’allégorie. ”
