“ Je savais que Bâle est pour les Holbein ce que Francfort est pour les Albert Durer. À la bibliothèque, en effet, c’est un nid, un tas, un encombrement ; de quelque côté qu’on se tourne, tout est Holbein. Il y a Luther, il y a Erasme, il y a Mélanchthon, il y a Catherine De Bora, il y a Holbein lui-même, il y a la femme de Holbein, belle femme d’une quarantaine d’années, encore charmante, qui a pleuré et qui rêve entre ses deux enfants pensifs, qui vous regarde comme une femme qui a souffert, et qui pourtant vous donne envie de baiser son beau cou. ”
Holtzmann Holbein
Définition et enjeux
Citations sur “Holtzmann Holbein”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Tout en admirant Holbein, nous nous refusons à l’aimer. Notre appréciation de l’extraordinaire richesse artistique de son art ne se change jamais en cette affection respectueuse et tendre, indulgente même au besoin, que rencontrent auprès de nous un Dürer ou un Rembrandt, les maîtres qui, savans ou ignorans, se sont livrés à nous tout entiers. Par les qualités qu’il apporte à son œuvre, Holbein est assurément l’égal des plus grands : mais il y a des artistes beaucoup moindres qui nous sont infiniment plus proches que le portraitiste merveilleux d’Anne de Clèves et de l’Astronome Kratzer. ”
Hippolyte Durand, Le Danube allemand et l'Allemagne du Sud… (1863)
“ Sous ce nom impur, par une fantaisie commune aux hommes de la renaissance, Holbein a peint une des plus gracieuses jeunes filles de son temps, Mlle Offenbourg, célèbre à Bâle par sa beauté. Autour du plus gracieux visage, une chevelure blonde comme l'or est enfermée dans une résille d'or. L'enfant est debout; elle promène sans le poser son virginal regard, et, rêveuse, semble écouter dans l'air les chansons qu'elle entend dans son coeur. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 décembre 1878
“ « Les têtes de Holbein sont aux autres portraits ce que les archives sont à l’histoire. » Holbein, en effet, est le peintre de la vérité vraie ; Il a la touche incisive, l’intimité de l’accent, l’expression saisissante, l’impression profonde et durable. Quand on a vu une tête d’Holbein, on ne l’oublie pas. Devant le modèle, il était, selon le mot heureux de M. Paul Mantz, « d’une intraitable sincérité. » Pour Holbein, la physionomie humaine n’a pas de secrets. Il surprend le moral de celui qu’il peint, et sur sa face, il marque ses instincts, ses pensées, ses passions. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Car il faut bien le reconnaître : la ville de Bâle a amplement payé à Holbein sa dette séculaire d’admiration et de gratitude. Jamais, peut-être, la renommée d’aucun peintre n’a autant profité de la conservation de l’œuvre de ce peintre dans le petit recoin du monde où il a vécu. C’est en bonne partie le musée de Bâle qui a valu au fils cadet du vieil Holbein d’Augsbourg la situation, toute privilégiée, qu’il occupe aujourd’hui dans l’estime à la fois du public et des connaisseurs. ”
Rodolphe Marggraff, Catalogue des tableaux de l'ancienne Pinacothèque royale à Munich… (1866)
“ Holbein, le jeune. — Figure de grandeur naturelle debout du Patricien Conrad Rehlingen, Seigneur de Hainhofen près d'Augsbourg, à la robe de chambre noire doublée et gallonnée de fourrure. Dans le paysage, à côté du tapis rouge foncé du fond, on voit un ange avec le ruban de devises dans une gloire de nuages. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Il est d’argent fin sur de beaux papiers qui font ombre. Un peu de charbon, une touche légère de couleur, et la feuille s’anime, vivante et d’une rare élégance en sa teinte indécise. Holbein n’invente point, et il n’a pas de fantaisie. Le portrait de Dorothée Kanengiesser montre ce qu’il peut faire en quelques coups de crayon : la coiffe rabattue jusqu’aux pâles sourcils ; le col de linge serrant tout le bas du visage, jusqu’à la lèvre, qu’il couvre en partie : rien ne se voit plus que le haut de la bouche virginale, les joues pures et l’œil triste. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ On ne sait s’il aime la nature : il la regarde de près, en tout cas ; il est pour elle un témoin sagace, un silencieux confident. Il a l’instinct de l’apparence, et il nourrit le sentiment de la destruction. Holbein, homme qu’on ne trompe pas. Il analyse avec sûreté, avec force, avec beaucoup d’esprit. Après avoir admiré les portraits du bourgmestre Meyer et de sa femme, si l’on s’arrête à celui de la fille, on a lu tout un roman. La femme du bourgmestre est d’une exquise élégance, en ses atours de simple bourgeoise. Jeune fille, elle respire le charme le plus sévère et le plus délicat. ”
André Theuriet,
La Chanson du jardinier, souvenirs de l’Argonne
“ Quand vous l’aurez trouvée et rendue, peu importe que vos personnages aient des traits irréguliers, l’allure gauche et les mains calleuses; ils seront beaux, parce qu’ils seront vivans et pensans. La plupart des têtes de Holbein ne sont pas belles dans le sens plastique du mot, mais elles sont singulièrement intéressantes; sous leur laideur ou leur vulgarité, il y a la pensée et le sentiment qui illuminent tout. ”
“ Holbein, entendant du bruit dans son vestibule, sort de son atelier et explique au jeune seigneur qu’il lui est impossible de le recevoir. Le jeune lord insiste alors, disant que cette heure-là est la sienne, et qu’il ne pourra pas venir un autre jour, et qu’enfin il veut entrer absolument. Là-dessus la dispute s’échauffe ; le jeune homme se met tout à fait en colère et il veut entrer de vive force. Alors Holbein, hors de lui, saisit le jeune homme à travers corps, et le jette en bas de l’escalier si violemment que celui-ci tomba aux pieds de ses gens en poussant un cri de douleur. ”
Th. de Wyzewa, Les Peintres primitifs de l’Allemagne
“ Les compositions de Holbein ne sont que des groupes de portraits ; comme dans ses autres portraits de Bâle, de Paris, de Londres, de Berlin, Holbein y montre une maîtrise incomparable, une étonnante justesse de vision, toutes les qualités qui font île lui le premier des portraitistes. Il n’a été surpassé que par les Velasquez, les Hals, les Raphaël, par ceux qui joignaient au génie de la peinture le sens de la vie et de la beauté. Mais il suffit de comparer les chefs-d’œuvre de Holbein avec les portraits de Dürer pour voir combien le maître de Bâle doit peu à son pays d’origine. ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ Un seul homme, à cette époque, eût été à même d’exercer sur l’art allemand une influence vraiment féconde, en le ramenant, par son propre exemple, à la simplicité. Mais au moment même où son talent aurait pu lui assurer cette influence, Holbein quittait l’Allemagne pour n’y plus revenir. Sans prétendre au rôle de novateur, sans avoir même des aspirations aussi variées, ni peut-être aussi hautes que le maître de Nuremberg, Holbein, du moins, ne visa jamais qu’un but qu’il pouvait atteindre. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Ce réquisitoire, en vérité, tel que le déroule à nouveau devant nous le recueil des photographies des peintures d’Holbein, ne repose que sur deux témoignages apportés du dehors : car on sait combien étrangement rares et discrets sont les renseignemens biographiques que nous ont laissés, sur Holbein, les contemporains de ce puissant artiste. D’un homme qui a connu, au long de sa vie, tant de personnages divers, princes et bourgeois, poètes, savans, chroniqueurs professionnels, personne n’a jugé à propos de nous dire quoi que ce fût. ”
Charles Du Bos,
Extraits d'un journal, 1908-1928
(1928)
“ L'art de Holbein, c'est l'extase de l'esprit en tant que faculté ; — l'art des linéaments ne saurait être poussé plus loin. Combien il est satisfaisant qu'Holbein ait vécu pendant la maturité de son génie en Angleterre ! Où eût-il trouvé ailleurs ces visages si beaux et si vacants, — si disponibles pour l'artiste, — ces visages dans lesquels l'expression transitoire, subjective, ne vient jamais contredire, déchirer, fausser l'ovale au repos ? De tels visages deviennent, grâce à Holbein, les lieux où se manifeste l'esprit. L'expression, jamais errante, se fixe toujours sur une ligne ”
Fortuné d' Andigné, Les musées de Paris (1931)
“ Hans Holbein est représenté, lui, par de nombreuses et belles œuvres. Son Portrait d'Erasme est justement célèbre. Il fut peint à Bâle, où Holbein et Erasme se lièrent d'amitié. Dans cette merveilleuse effigie, où l'on ne sait qui l'emporte, du modèle ou de l'artiste, les mains ont une importance au moins égale au visage: ce sont bien, comme disait Henri Heine, des mains d' « intellectuel », douillettes et recueillies, faites uniquement pour traduire la pensée acérée qu'expriment si vivement la lueur veloutée de l'œil sous la paupière, la lèvre mince et caustique ”
Erckmann-Chatrian, Contes et romans populaires
“ La pie s’envola sur l’épaule de la vieille, et Holbein, me regardant, dit à sa femme : « Hé ! hé ! hé ! ce bon M. Vanderbach ! Comment diable est-il ici ? Il m’a l’air d’avoir fait le réveillon. — Oui, dit la femme, conduis-le chez lui. — Allons, monsieur, dit le tisserand, il est tard... Prenez mon bras. — Oh ! je retournerai bien tout seul, lui répondis-je. — C’est égal... c’est égal... faites-moi le plaisir de vous appuyer un peu. » ”
Eugène Fromentin,
Les Maîtres d’autrefois. — Belgique-Hollande…
“ Voilà de ces indications physionomiques qu’un Holbein nous donnerait avant de songer au reste, et qui ne s’expriment point par une étincelle dans un œil ou par une touche sanguine à la narine. Notre art, je veux dire l’art de peindre, est peut-être plus indiscret qu’aucun autre. C’est le témoignage indubitable de l’état moral du peintre au moment où il tenait la brosse. Ce qu’il a voulu faire, il l’a fait ; ce qu’il n’a voulu que faiblement, on le voit à ses indécisions ; ce qu’il n’a pas voulu, à plus forte raison est absent de son œuvre, quoi qu’il en dise et quoi qu’on en dise. ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ Nous comprenons que le catalogue de Munich hésite à attribuer à Holbein les portraits de Conrad Rehlingen et de ses enfans groupés avec une gaucherie dont la naïveté semble excessive à la date de 1517. Malgré les affirmations de M. Woltmann, nous ferons également nos réserves pour les portraits de sir Bryan Tuke et du jeune Derich Bort; mais n’est-ce pas à Holbein qu’il convient de restituer le capital portrait dit l’Homme à la belle main? La peinture, il est vrai, semble plus large que celle d’Holbein ne l’est d’ordinaire, la couleur est plus abondante et le faire plus libre ”
“ Rien n’est beau comme la Passion d’Holbein : c’est une suite de dessins d’une perfection achevée ; ils forment eux seuls une galerie que l’on quitte toujours avec regret, et dans laquelle, après de longues réflexions, on découvre toujours des beautés nouvelles. Ici s’arrête la nomenclature des chefs-d’œuvre de notre Holbein avant son départ de la Suisse ; ici commence sa vie véritable, sa vie de roman et d’aventures, quand il devint grand seigneur à Londres, sous Henri VIII, comme les peintres ses égaux devenaient grands seigneurs en Italie sous les Médicis. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Or, on n’a vu qu’un certain nombre (fût-ce un grand nombre) des aspects que présente la réalité. Un tel impressionniste procédera un peu comme La Tour en ses « préparations : » il notera, dans une série d’études, plusieurs physionomies ; mais il aura choisi les plus significatives. Sa manière est l’analyse, bien qu’à vrai dire chacune de ses notations soit déjà une synthèse. Il n’est pas un portraitiste selon le grand Holbein, qui assemble toute une âme et toute une destinée dans l’unité composée d’un portrait. Il réunit ses « préparations, » mais il ne fait pas le tableau. ”
Paul de Saint-Victor,
Les dieux et les demi-dieux de la peinture
(1864)
“ Rubens, qui jugeait en maître, disait de Holbein : « C'est le peintre de la vérité qui parle et qui pense. » En effet, Holbein prenait la nature face à face et ne déposait son pinceau qu'après l'avoir vaincue; car ce n'était pas seulement la nature visible qu'il jetait vaillamment sur la toile ou le pan- neau, c'était l'âme de la nature. ”
Paul de Saint-Victor,
Les dieux et les demi-dieux de la peinture
(1864)
“ Rubens avait raison; chaque maître est une école; chaque maître répand un rayon sur les routes nocturnes où s'égarent les esprits médiocres, où, seules, les intelligences douées se retrouvent. Le génie de Holbein fut reconnu par les Italiens comme par les Flamands. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Il ne cache rien. Il ne flatte rien. Il n’aime peut-être rien. Il se trahit, il s’accuse lui-même, s’il faut. On ne le connaît que par ses propres images. Le portrait de sa femme est la sanglante confession du malheur en ménage ; tout le drame quotidien du mariage y est conté. Un jour, cet homme dur s’est laissé gagner par l’émotion de la nature : comme un grand poète se livre entièrement aux passions de ses héros, Holbein s’est abandonné à son modèle ; et il a osé peindre ce portrait de sa femme, qui est le trésor de Bâle. ”
Victor Hugo,
En voyage, tome I
“ Il y a aussi Thomas Morus avec toute sa famille, avec son père et ses enfants, avec son singe, car le grave chancelier aimait les singes. Et puis il y a deux Paßions, l’une peinte, l’autre dessinée à la plume ; deux Christ mort, admirables cadavres qui font tressaillir. Tout cela est de Holbein ; tout cela est divin de réalité, de poésie et d’invention. J’ai toujours aimé Holbein ; je trouve dans sa peinture les deux choses qui me touchent, la tristesse et la douceur. Outre les tableaux, la bibliothèque a des meubles ”
Théophile Gautier,
Loin de Paris
“ Quelques fragments de l’œuvre détruite sont conservés au musée de la ville : une tête de femme, entre autres, d’un caractère doux et triste. Ce musée renferme plusieurs Holbein, un portrait de la femme du peintre et de ses deux enfants, d’une expression pénétrante et pleine de charme malgré la sévérité du faire ; un Érasme, un Luther, une Catherine de Bora, des études pour le fameux tableau qui est à Dresde. — Holbein était de Bâle, et sa ville natale lui a voué un culte particulier : — c’est le genius loci. ”
Eugène Fromentin,
Les Maîtres d’autrefois
“ C’est un vieillard. Il est chauve; de petits poils follets jouent sur ses tempes, dont l’os est visible et dur sous la peau mince. Le masque est épais, les yeux sont bridés, les muscles réduits, durcis, couturés, crevassés par l’âge. Ce gros visage flasque et rugueux est une merveille de dessin physionomique et de peinture. Tout l’art d’Holbein est là-dedans. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Celle dont la chair est contente, c’est son âme qui souffre ; et si l’âme est satisfaite, c’est la chair qui ne l’est pas. L’homme et la femme ne sont pas faits pour se comprendre, ni même pour vivre ensemble. Dans le fond, la nature ne leur demande que de s’unir un moment. Il ne s’agit pas d’eux, mais d’une tierce créature, qui est encore à venir et qui leur est inconnue. Holbein allait et venait, dit-on, entre Bâle et Londres. Passant cinq ans en Angleterre, il a fort bien laissé sa femme veuve, en Suisse, pendant cinq ans. ”
Émile Souvestre,
Revue des Deux Mondes
“ Il ne faut point quitter la bibliothèque de Bâle sans voir ce fameux exemplaire de l’Éloge de la Folie, couvert, à la marge, de notes écrites par Érasme lui-même, et de charmans dessins à la plume par Holbein. Parmi ces derniers, on en remarque un qui est un vrai document historique sur le peintre. Il représente un homme assis, une bouteille au poing, et tenant sur ses genoux une prostituée. Au bas de ce portrait d’ivrogne libertin, Érasme a tracé, de son écriture minutée, spirituelle et nette comme celle d’une femme, le mot : Holbein ! ”
“ Il habitait alors une vaste maison ouverte à tous, et qui fut ouverte sur-le-champ au jeune artiste. Thomas Morus reçut avec empressement le portrait et la lettre. Il s’arrêta longtemps à regarder le portrait, qui nous est resté comme un des chefs-d’œuvre d’Holbein. À la fin il ouvrit la lettre, il la lût en souriant, car c’était un homme qui aimait à lire Érasme ; puis, prenant la main d’Holbein : — Hens Holbein, lui dit-il, soyez le bienvenu en Angleterre ; vous êtes ici dans la maison d’un ami. Tout ce que je possède est à vous, jeune homme ”
Armand Fourreau, Les Clouet (1929)
“ Par là son vivant modelé, toujours délicat et caressant, se différencie généralement du modelé moins enveloppé, plus défini, plus insistant, de son illustre émule Holbein, maître par excellence des contours. La plupart des crayons d'hommes et d'enfants qui viennent d'être passés en revue appartiennent à la manière du maître où domine le trait et qui est sa manière la plus expéditive, la plus directe ”
