“ Oui, ces tombeaux, d’une impériale ostentation, rejoignaient ceux de la voie Appienne. C’était Rome sûrement, la terre de Rome, cette terre où l’orgueil et la domination poussaient comme l’herbe des champs, qui avait fait de l’humble christianisme primitif le catholicisme victorieux, allié aux puissants et aux riches, machine géante de gouvernement, dressée pour la conquête des peuples. Les papes s’étaient réveillés Césars. Et la lointaine hérédité agissait, le sang d’Auguste avait de nouveau jailli, coulant dans leurs veines, leur brûlant le crâne d’ambitions surhumaines. ”
Rome impériale
Définition et enjeux
Citations sur “Rome impériale”
J.-J. Ampère,
L’histoire romaine à Rome (RDDM)…
“ Si je voulais prouver ce qui ressort pour moi de chaque ligne de l’histoire de la Rome impériale, combien le pouvoir illimité des empereurs était une chose mauvaise pour l’état et pour eux-mêmes, je me garderais de citer Caligula, Néron, Domitien : je citerais Antonin le Pieux et Marc-Aurèle. Quoi ! le monde a eu l’incroyable fortune d’être gouverné pendant près d’un demi-siècle par deux hommes incomparables, et immédiatement après, sans transition, il s’est trouvé aux mains d’un exécrable scélérat ! ”
Guglielmo Ferrero,
Revue des Deux Mondes
“ Au XVIIe et au XVIIIe siècle, Rome est l’exemple qu’ont sous les yeux toutes les grandes monarchies qui se fondent en Europe ; au XVIIIe et au XIXe siècle, Rome, par l’histoire de la République, par le culte fervent de Brutus, par le roman scandaleux des Julii Claudii, roman que nous ont transmis Suétone et Tacite, fomente l’opposition contre la monarchie absolue ; après la Révolution française, Rome encore fournit à la monarchie, comme argument et comme moyen de persuasion, les apologies césariennes de Drumann, de Duruy, de Mommsen, et les éloges prodigués à l’administration impériale. ”
Rafaël Pelez, Louis-Napoléon traité comme il le mérite… (1848)
“ Quelle contrée fut jamais plus favorisée des dieux et des hommes que l'Italie? Quel empire fut plus florissant que l'empire romain? Et pourtant, c'est quand Rome a traversé une longue et glorieuse série de siècles ; c'est quand elle a triomphé de ses ennemis, qu'elle a cloué de sa grande épée la tête de la barbarie sur la roche Tarpéïenne et qu'elle a mérité le titre de maîtresse de l'Univers, que Rome est tout-à-coup prise d'un incroyable vertige, et, qu'oublieuse et folle, elle va noyer dans les sanglantes saturnales du Bas-Empire, dix siècles de triomphes et de progrès ! ”
Amédée Thierry,
La Littérature profane en Gaule au IVe siècle…
“ Quand l’Italie est épuisée, les races vaincues apportent à l’empire leur contingent d’orateurs, de jurisconsultes et de poètes, de généraux et d’empereurs : Rome prélève sur elles du génie, de même que des tributs et des soldats. ”
Amédée Thierry,
Derniers Temps de l’Empire d’Occident…
“ Enfin Rome y reçoit, pour sa dureté et son orgueil, des leçons d’une juste sévérité. « Consulte les temps, lui dit le poète, laisse là ton faste hors de saison; retiens les lambeaux de ton empire qui s’en va; retiens les deux moitiés du monde romain qui se séparent; sache te faire aimer! » C’était le cri de tout l’Occident. Le dieu du Tibre va donc trouver le génie de la ville éternelle; la déesse Rome, dea Roma, reposait au milieu de ses vieux symboles, Mars, les jumeaux Romulus et Rémus, la louve Ilia; elle entend de la bouche du fleuve, son vassal, les conseils que lui adresse l’Italie. ”
Voltaire,
Essai sur les mœurs et l'esprit des nations
“ Si les empereurs eussent pu demeurer à Rome, on voit par la faiblesse des Romains, par les divisions de l’Italie, et par la puissance de l’Allemagne, qu’ils eussent été toujours les souverains des papes, et qu’en effet il y aurait eu un empire romain. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ On verra dans ces Annales ce que fut en effet cet empire, comment les pontifes romains acquirent leur puissance temporelle, qu’on leur a tant reprochée, pendant que tant d’évêques occidentaux, et surtout ceux d’Allemagne, se faisaient souverains ; et comment le peuple romain voulut longtemps conserver sa liberté entre les empereurs et les papes qui se sont disputé la domination de Rome. Tout l’Occident, depuis le ve siècle, était ou désolé ou barbare. Tant de nations, subjuguées autrefois par les anciens Romains, avaient du moins vécu, jusqu’à ce ve siècle, dans une sujétion heureuse. ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ Cette Italie romaine peut à peine s’appeler une moyenne antiquité; notre civilisation moderne y plonge par toutes ses racines. Cet héritage de Rome, qui fit jadis notre force, fait aujourd’hui en partie notre faiblesse. Notre conception de l’état, notre idée de l’administration, notre façon d’entendre la liberté, nos formules naïves d’égalité, la creuse rhétorique à qui nous décernons les premiers honneurs de l’esprit français, tout, jusqu’à nos codes et à nos méthodes d’enseignement, est un legs de l’antique génie romain. ”
François Favre, Bonnes paroles d'un proscrit français à ses concitoyens… (1852)
“ De la liberté, de la puissance, de la dignité, le peuple romain par une pente insensible d'abord, puis tout à coup rapide, vient s'abîmer dans le despotisme, la faiblesse, la dégradation ; vertueux, il devient immoral; libre, esclave; fier, abject; fort, il s'énerve. Dans les derniers temps de l'Empire, les Romains, dispersés sur la surface du monde connu, ont disparu de Rome; bientôt après on les cherche en vain sur la terre; on ne rencontre que des Barbares bizarrement revêtus de leurs dépouilles, qualifiés de leurs litres et de leur nom. ”
Hérodien,
Histoire des empereurs romains de Marc-Aurèle à Gordien III
“ Rome est là où est l’empereur. Abandonner une guerre sans l’achever, c’est à la fois une honte et un danger. Nous remplirions d’une nouvelle audace ces barbares, qui verraient une fuite dans notre retraite, et ne l’attribueraient pas à l’amour de la patrie, mais à la crainte. Quelle gloire pour vous, au contraire, si, après avoir vaincu tous ces peuples et reculé nos frontières jusqu’à l’Océan, vous rentrez dans Rome triomphant, traînant captifs et enchaînés à votre suite ces rois barbares avec leurs satrapes ! ”
J.-J. Ampère,
L’histoire romaine à Rome (RDDM)…
“ Dans un empire où la centralisation politique était ce qu’elle fut toujours dans l’empire romain, ce qu’elle était devenue, surtout depuis Dioclétien et sous Constantin lui-même, la présence de l’empereur pouvait seule défendre la capitale contre les Barbares, et on peut croire qu’elle l’eût défendue. Il tint à peu de chose que Rome ne les empêchât d’entrer dans ses murs. ”
Pierre Corneille,
Oeuvres choisies de P. Corneille
(1883)
“ Assez et trop longtemps l'arrogance de Rome A cru qu'être Romain c'étoit être plus qu'homme. Abattons sa superbe avec sa liberté; Dans le sang de Pompée éteignons sa fierté; Tranchons l'unique espoir où tant d'orgueil se fonde, Et donnons un tyran à ces tyrans du monde : Secondons le destin qui les veut mettre aux fers, Et prêtons-lui la main pour venger l'univers. Rome, tu serviras; et ces rois que tu braves, Et que ton insolence ose traiter d'esclaves, Adoreront César avec moins de douleur, Puisqu'il sera ton maître aussi bien que le leur. ”
Paul Geslin de Kersolon, Le bâton perdu (1876)
“ Il y a dix-huit siècles et plus, Rome était dans l'éclat de sa force et de son humaine beauté. Deux millions d'hommes vivaient dans sa vaste enceinte, à l'ombre de temples de marbre et de splendides palais. Du haut du Capitole, sur le pinacle doré du temple de Jupiter, l'empereur, qui régnait alors sur la ville et sur le monde, pouvait laisser errer avec orgueil ses regards sur cet océan de richesses amoncelées, qui augmentaient chaque jour, affluaient de tous les coins du monde et s'entassaient dans ses murs. ”
James Bryce, Le Saint Empire romain germanique et l'empire actuel d'Allemagne (1890)
“ L'empire romain est légitimement universel, puisque le pieux Énée, ancêtre du divin Jules, a hérité de l'Asie par Assaracus et Creuse, de l'Afrique par Electre, fille d'Atlas, et par Didon; de l'Europe par Dardanus et Livie. L'empire a été, dès l'origine, protégé par Dieu : la chute des boucliers au temps de Numa, le cri des oies qui ont sauvé le Capitole, les vertus de Cincinnatus et la tempête après la bataille de Cannes sont des miracles de Dieu en faveur de Rome. Miraculeuse est la prédiction virgilienne : « Toi, Romain, souviens-toi de régir le monde par ton commandement. » ”
Horace de Viel-Castel,
La noblesse de province. Volume 2…
(1839-1842)
“ Rome, si fière de ses citoyens, eut des barbares pour maîtres. Et ces temps néfastes, ces temps honteux , où Rome dégradait en sa personne tout ce que la majesté humaine a de plus grand, furent les temps des rhéteurs, des discordes intestines, des prétendants à l'empire et des élections impériales remises à la puissance des légions. ”
Pierre Corneille,
Théâtre choisi. Nouvelle édition…
(1881)
“ Rome est à vous, seigneur, l'empire est votre bien, Chacun en liberté peut disposer du sien ; Il le peut à son choix garder, ou s'en défaire : Vous seul ne pourriez pas ce que peut le vulgaire Et seriez devenu, pour avoir tout dompté, Esclave des grandeurs où vous êtes monté ! ”
Madame Charrier-Boblet, Cours complet de langue française… (1855)
“ Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant! Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore! Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore ! Puissent tous ses voisins, ensemble conjurés, Saper ses fondements encor mal assurés ! Et, si ce n'est assez de toute l'Italie, Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie ; Que cent peuples unis, des bouts de l'univers, Passent pour la détruire et les monts et les mers; Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles. ”
Amable Tastu,
Lectures pour les jeunes filles…
(1840)
“ Sans leur aide il ne peut entrer dans les esprits, Que tout mal et toute injustice : Faute d'y recourir on viole leurs lois ; Témoin nous que punit la romaine avarice. Rome est, par nos forfaits, plus que par ses exploits, L'instrument de notre supplice. Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour Ne transporte chez vous les pleurs et la misère, Et, mettant en nos mains, par un juste retour, Les armes dont se sert sa vengeance sévère, Il ne vous fasse, en sa colère, Nos esclaves à votre tour. ”
Edmond About,
Rome contemporaine
“ Est-ce à dire que les Français soient plus braves que les Romains ? Non certes. La race italienne qui a conquis le monde autrefois, est encore aujourd’hui une des plus mâles et des plus énergiques de l’Europe. Les Romains sont des Italiens aussi bien nés que les autres, mais élevés différemment. Le prince qui règne à Rome ne devrait pas avoir besoin de soldats. Au spirituel, il gouverne pacifiquement les esprits de 139 millions d’hommes, ce qui est fort joli. Au temporel, il administre un domaine qui suffit amplement à tous ses besoins. ”
Amédée Thierry,
Derniers Temps de l’Empire d’Occident…
“ N’as-tu pas honte de n’avoir aperçu qu’une fois dans ta jeunesse Rome, le domicile des lois, le gymnase des lettres, le centre des dignités, la tête du monde, la patrie de la liberté, — Rome, notre ville à tous, et la seule dans l’univers qui ne tienne pour étrangers que les Barbares et les esclaves? ”
“ Pendant ces victorieuses années de luttes sociales et guerrières, Rome agrandie avait peuplé les sept collines, le Palatin n’était demeuré que le berceau vénérable, avec ses temples légendaires, peu à peu envahi lui-même par des maisons privées. Mais César, incarnant la toute-puissance de la race, venait, après les Gaules et après Pharsale, de triompher au nom du peuple romain entier, dictateur, empereur, ayant achevé la colossale besogne, dont les cinq nouveaux siècles d’Empire allaient profiter fastueusement, au galop lâché de tous les appétits. ”
Em. Moitron, Saint Pourçain et son temps, coup d'oeil historique sur le Ve siècle (1908)
“ Ils se trompaient, Rome ne renaissait pas, elle était bien morte et ne pouvait renaître. Il n'y a que les patries à qui il est donné quelquefois de renaître : pour aucun peuple au-delà du Latium, Rome n'était une patrie. ”
Brada,
Terres de soleil et de brouillard
(1903)
“ Rome a été le noyau du monde, et précisément à cause de cela je ne suis pas sûr qu’elle puisse être jamais tout à fait le cœur de l’Italie. Aujourd’hui encore, les mères nourrices du monde antique, les louves romaines, de leur cage, sous les lauriers, au pied du Capitole, regardent la ville nouvelle avec leurs yeux de feu.L’entité morale, païenne et chrétienne, a dominé l’individu, a fait la race, l’a conservée, et règne toujours. ”
“ Rome en votre faveur facile à s'apaiser...XIPHARÈS Rome, mon frère, ô ciel! Qu'osez-vous proposer? Vous voulez que le Roi s'abaisse et s'humilie? Qu'il démente en un jour tout le cours de sa vie? Qu'il se fie aux Romains, et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois? Continuez, Seigneur. Tout vaincu que vous êtes, La guerre, les périls sont vos seules retraites. Rome poursuit en vous un ennemi fatal, Plus conjuré contre elle et plus craint qu'Annibal. ”
Guglielmo Ferrero,
Revue des Deux Mondes
“ Tout le monde pensait maintenant que Rome était arrivée à une telle grandeur, parce qu’avant de devenir la taverne et le lupanar du monde, elle avait été une ville sainte, où, invisibles et présens partout, d’innombrables dieux avaient pendant des siècles veillé sur la santé des corps et sur la droiture des intentions, sur la chasteté des familles et sur la discipline des armées, sur la probité des individus et sur la justice publique, sur la concorde civique et le succès des guerres. ”
“ « Ils viennent, au nom de la patrie, vous demander, Sire, votre nom et votre épée; et vous offrir en échange, la couronne du renaissant Empire Romain» « Les conditions doivent être dignes d'un grand peuple : c'est assez dire qu'elle doivent l'être également du héros que ce peuple appelle à l'honneur de le gouverner. « Que César soit grand, mais que Rome soit libre. » ”
Eugène Forcade, Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 septembre 1862
“ La solution de la question romaine dans son double caractère doit avoir les conséquences les plus graves. Voici comment elle se pose au point de vue de la politique extérieure. La capitale que l’Italie s’est moralement donnée par les traditions de son histoire, par l’initiative de son gouvernement et de son parlement, par le sentiment instinctif de ses peuples, par les fougueuses impatiences de ses partis révolutionnaires, par les délibérations réfléchies de ses hommes d’état conservateurs, cette capitale, Rome, est militairement détenue et en quelque sorte dérobée à l’Italie par la France. ”
“ Ensuite, quand le soleil aura bu les pestilences du vieux sol, nous la rebâtirons dix fois plus belle, dix fois plus grande qu’elle n’a jamais été. Et quelle ville enfin de vérité et de justice, la Rome annoncée, attendue depuis trois mille ans, toute en or, toute en marbre, emplissant la Campagne, de la mer aux monts de la Sabine et aux monts Albains, si prospère et si sage, que ses vingt millions d’habitants vivront dans l’unique joie d’être, après avoir réglementé la loi du travail. Oui ! oui ! Rome, la Mère, la Reine, seule sur la face de la terre, et pour l’éternité ! ”
Joseph Louis Théodore Moyne, Italie : guide du jeune voyageur… (1878)
“ Rome est notre patrie classique. Avec quel empressement, dès le jour de son arrivée, tout voyageur vient-il saluer le Forum ! avec quelle avide curiosité il en contemple les débris! Hélas! tout est bien plus petit qu'on ne l'avait imaginé. Ce Capitole s'est amoindri avec la puissance romaine; ces monuments des Césars ne leur ont guère survécu : ruines mutilées, restes sans prestige que l'admiration de notre âge dispute en vain à l'action du temps et à la poussière qui les ensevelit, ils présentent un spectacle de désolation et de mort qui est rempli d'épouvante. ”
F. de Champagny, Revue des Deux Mondes
“ La vieille Rome, la Rome aristocratique était vaincue, battue à Pharsale et à Philippes, où son parti était mort les armes à la main ; battue dans la cité où ses mœurs, sa foi, ses lois étaient mises en oubli ; battue dans les temples où l’on n’adorait plus que des dieux étrangers, battue dans le sénat qui était avili et mêlé de barbares. Et par cette raison même, ce fut la vieille Rome, la Rome aristocratique qu’Auguste chercha à relever. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Arons vient voir ici Rome encore chancelante, Découvrir les ressorts de sa grandeur naissante. Épier son génie, observer son pouvoir : Romains, c’est pour cela qu’il le faut recevoir. L’ennemi du sénat connaîtra qui nous sommes, Et l’esclave d’un roi va voir enfin des hommes. Que dans Rome à loisir il porte ses regards : Il la verra dans vous : vous êtes ses remparts. ”
