“ Wuthering Heights est le nom de la demeure de M. Heathcliff : Wuthering étant un adjectif provincial très significatif pour décrire le tumulte atmosphérique auquel est exposé cet endroit dans les temps d’orage. Un vent pur et réconfortant, ils doivent l’avoir là-haut en toute saison ; on peut juger de la puissance du vent du nord soufflant par dessus la haie, par la pente excessive des quelques sapins rabougris contigus à la maison et par une rangée d’épines décharnées qui tendent leurs membres toutes dans un même sens, comme si elles mendiaient l’aumône du soleil. ”
Wuthering Heights
Définition et enjeux
Citations sur “Wuthering Heights”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Ses paysages sont toutefois ceux où Emily a vécu. A tort ou à raison, on a identifié la maison qu'elle appelle Wuthering Heights ainsi que Thrushcross Grange. D'autre part Emily avait recueilli dans les récits de son père, dans ceux de Tabby, bien des anecdotes dramatiques. Elle avait entendu parler de personnages d'autrefois (Wuthering Heights se passe au début du siècle) aux singularités excitées par la solitude, la monotonie des jours. ”
“ Mais lorsque le train qui m’amenait s’arrêta dans la gare de Haworth, je cherchai vainement le soleil parmi les gros nuages que le vent remplaçait à tout instant l’un par l’autre. Ce vent, un sombre vent froid et sonore, c’est le souvenir le plus vif que j’ai conservé de Haworth ; c’est le même vent qui souffle en permanence sur les Wuthering Heights, les collines orageuses où habitent les héros du roman d’Emily ; c’est le même qui souffle dans les âmes de ces héros, secouant comme des nuages les terribles passions de leurs cœurs. ”
“ La distance de cette porte à la Grange est de deux milles, mais je crois bien que je me suis arrangé pour la faire de quatre, tantôt me perdant parmi les arbres, tantôt m’enfonçant jusqu’au cou dans la neige : divertissement que ne peuvent apprécier que ceux qui en ont fait l’expérience. En tout cas et quoi qu’il en soit de mes errements, l’horloge sonnait midi lorsque je rentrai chez moi ; et cela donnait, exactement une moyenne d’une heure par mille pour le chemin ordinaire de Wuthering Heights. ”
Émile Montégut, Miss Brontë, sa Vie et ses Œuvres…
“ Tout autre est le caractère du roman d’Emilie Brontë, Wuthering Heights. D’un bout à l’autre, la terreur domine, et nous assistons à une succession de scènes toutes éclairées par un reflet pareil à celui de la houille qui brûle, et dont quelques-unes ont l’intensité d’horreur du Majorat d’Hoffmann. La sombre imagination d’Emilie fait défiler devant nous, avec un calme parfait et sans se troubler un instant, des personnages et des scènes d’autant plus effroyables que la terreur qu’ils inspirent est surtout morale. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Comme elle les aime, les oiseaux, leurs plumages, leurs vols longtemps observés ! Catherine ou Emily, elle a tout connu des choses vivantes de la lande, tout flairé, tout ressenti et partagé, et c'est à cet amour profond de la nature qu'on doit les rares et furtifs rayons de soleil glissés dans les épaisseurs sombres de Wuthering Heights. ”
“ Le roman d’Émily Brontë porte en anglais le titre de Wuthering Heights : c’est le nom d’une ferme où se passe l’action principale. Ce nom signifie littéralement la Colline battue du vent. On aurait pu trouver, pour le traduire en beau français, vingt expressions ingénieuses ”
“ Wuthering Heights s’élevait au-dessus de cette vapeur d’argent, mais notre vieille maison était invisible, se trouvant plutôt un peu sur l’autre penchant. Tout, la chambre et ses occupants et la scène qu’ils contemplaient, tout semblait merveilleusement paisible. J’eus de nouveau une répugnance à m’acquitter de ma commission ; et je me préparais à sortir après avoir simplement parlé de la lumière, lorsqu’un sentiment de ma folie me força à revenir et à murmurer : — Madame, quelqu’un de Gimmerton désire vous voir. — Qu’est-ce qu’il veut ? demanda Madame Linton. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Cependant la mort n'inspire aucun des romans de Charlotte et d'Anne, qui, malgré leurs sombres couleurs, sont des appels à la vie. En revanche elle est le grand thème de Wuthering Heights. Mais Emily la défie puisqu'elle refuse d'admettre l'anéantissement. Elle n'a peut-être écrit son livre que pour le proclamer. La mort y demeure mystérieusement ouverte à nos prières, on y devine les disparus se mouvant très près de nous. Nous les rejoindrons sans peine. Dans Wuthering Heights, la mort affleure la vie. Elle n'est peut-être qu'une autre vie, une transcendance. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Mais, dans une certaine mesure, Jane Eyre, Villette et Wuthering Heights sont l'œuvre commune des Brontë. Ensemble ils ont enduré la gêne, l'insuccès, la maladie, ils ont partagé leurs jeux et leurs projets. Ecartés du monde et contraints à la solitude, inextricablement liés dès les jours de l'enfance, chacun emprunte aux autres et tous collaborent. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Il est frappant de voir une Brontë de plus rêver de l'union des âmes par la ressemblance, intégrale et voulue : aimer un être c'était pour elles devenir cet être-là. Mais ce rêve n'exprimait-il pas leur conscience obscure de ne former eux-mêmes qu'une chair et qu'une âme ? Pourquoi, hélas, Anne n'a-t-elle pas écrit ce roman du salut par la complicité plutôt que sa moralité pesante et exemplaire? Il eût été de l'espèce de Wuthering Heights encore que contraire car Heathcliff et Catherine, loin de se sauver, se perdent ensemble. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Wuthering Heights, c'est le roman, ou plutôt le poème lyrique d'un grand amour, mais aussi la tragédie de l'isolement au sein même de la passion, la tragédie de ne pouvoir s'approcher assez près d'un être jusqu'à se confondre avec lui. Leur union est à la fois nécessaire et impossible : chacun est l'autre et pourtant ne l'est pas. De ce point de vue Wuthering Heights fait penser à Tristan et Isolde. Même fatalité de l'étreinte, sans qu'il soit besoin d'un philtre parce que le maléfice est épars dans l'atmosphère ; même ardeur incantatoire ”
Abel Chevalley,
Le Roman anglais de notre temps
“ Radclifie, — dans Villette et dans Shirley l’exemple de Jane Austen, cette vérité qui sort de l’expérience, la criante autobiographie de l’institutrice, l’imagination surhumaine et presque inhumaine d’Emily dans Wuthering Heights, le plus haut romanesque à travers le plus exact réalisme, l’intensité nouvelle et passionnée du ton sans qu’il y ait rien à prouver, rien à enseigner. ”
“ Je suis un ange ! Elle me quitta dans cette conviction flatteuse, et je pus apprécier le lendemain le succès de son entreprise. M. Linton, tout en paraissant toujours un peu déprimé par l’exubérante vivacité de Catherine, non seulement avait abjuré sa mauvaise humeur, mais ne risquait même aucune objection à l’idée de la laisser aller avec Isabella à Wuthering Heights dans l’après-midi ; et elle, elle l’en récompensait par un été de douceur et d’affection qui fit pour plusieurs jours de la maison un paradis, maîtres et domestiques profitant également de ce soleil qui brillait sans s’arrêter. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Ces orageux tête-à-tête les lient l'un à l'autre comme d'étranges étreintes qui seraient dictées par l'aversion. Plus tard, entre Jane et Saint-John, même façon exaspérée de se jeter des défis, de pousser tout de suite la pointe à l'endroit vulnérable. Voilà des êtres entiers, incapables de faux-fuyants, d'hypocrisie, ou simplement d'ironie, et qui ont moins vécu dans le monde et ses compromissions que dans la solitude avec ses intransigeances. L'organisatrice de ces combats est bien la soeur d'Emily, et le paroxysme de Wuthering Heights a préludé aux violences de Jane Eyre. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Une telle souffrance, qui tient aux racines de l'être, corrompt presque toutes les joies. Peut-être le pessimisme total qui est l'étoffe même de son roman lui avait-il été inculqué par son éducation chrétienne. Wuthering Heights, amas de douleurs et de crimes, compose le tableau du péché universel. Plus profond que les actes, même délictueux, que les passions, même funestes, existe un mal essentiel, congénital, l'état de fait de notre nature. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Il est une autre possession qui lui échappe d'autant mieux qu'il ne s'en préoccupe pas, c'est la possession physique. Pas une minute, Catherine ne songe à tromper son mari. Et pas une minute, Heathcliff ne cherche à la séduire. Wuthering Heights déborde de passion, mais la sensualité n'y joue aucun rôle. Ce n'est pas que les amants y soient chastes par vertu : ils ne pensent même pas à la volupté. La chair y compte pour si peu que même les enfants qui naissent au cours du récit apparaissent d'une manière inopinée, et, dirait-on, inexplicable. ”
Émile Montégut, Miss Brontë, sa Vie et ses Œuvres…
“ Wuthering Heights est l’histoire d’une passion irrésistible et perverse. Catherine Earnshaw, fille d’un riche propriétaire campagnard, s’est éprise d’amour pour Heathcliff, un petit gipsy que son père a trouvé errant dans les rues de Manchester, a recueilli par charité, et fait élever parmi ses enfans. Catherine est une fille volontaire, énergique, pleine d’instincts sauvages et poétiques, une fleur de bruyères armée de piquans. Il serait prudent de ne pas respirer de trop près les parfums de cette fleur ; ils sont dangereux. ”
Robert de Traz,
La famille Brontë
(1939)
“ Et l'amour qui dicte tant de crimes sera la plus exigeante passion, la plus effrénée, la plus dévastatrice. Une passion qui triomphera de la trahison et s'accomplira au delà du désespoir, au delà même de la tombe. Dès ses premières années, Heathcliff, l'enfant trouvé, s'attache de tout son être à Catherine Earnshaw dont il devient le compagnon de jeux et de vagabondage. C'est un petit paysan hirsute, mal lavé, aux manières brutales, à la parole effrontée. Le vieil Earnshaw étant décédé, son fils Hindley, qui avait quitté la maison, revient marié à Wuthering Heights. ”
“ Je regarde en bas et ne puis en croire mes yeux. Je suis sur une hauteur, non seulement sur une hauteur pareille à la plus haute tour ou à la montagne la plus élevée, mais je suis sur une hauteur que je n’aurais jamais pu imaginer. ”
Arthur Benoît, Une excursion dans les Vosges… (1860)
“ Ces hauteurs , si bruyantes au jour dont nous parlons, sont, le reste de l'année, mortes et désertes : au lieu d'une population nombreuse en habits de fête, c'est à peine si de loin en loin on voit poindre un visage humain. ”
Adam Vulliet, Nouvelles scènes et aventures de voyages (1886)
“ Nous devons dire d'abord que Guttinger était un ascensionniste de premier ordre, au témoignage de tous ceux, guides ou alpinistes, qui ont eu l'occasion de le rencontrer à la montagne et d'admirer les qualités si diverses de corps et d'esprit qui le distinguaient. Très fort, ferme, intrépide, agile sur le rocher, solide sur la neige et la glace, sérieux et surtout prudent, Guttinger semblait être le dernier à qui un accident quelconque pût jamais arriver. ”
Hippolyte Taine,
Voyage en Italie
“ Deux ou trois fois on arrive sur une hauteur ; de là, quand on contemple le cercle immense de l’horizon peuplé tout entier par les entassements de collines et par le pêle-mêle des creux funéraires, on sent tomber sur son cœur un découragement sans espérance. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Si hautain est pris en mal, hauteur est tantôt une bonne, tantôt une mauvaise qualité, selon la place qu’on tient, l’occasion où l’on se trouve, et ceux avec qui l’on traite. Le plus bel exemple d’une hauteur noble et bien placée est celui de Popilius, qui trace un cercle autour d’un puissant roi de Syrie, et lui dit : « Vous ne sortirez pas de ce cercle sans satisfaire à la république, ou sans attirer sa vengeance. » ”
Pétrarque,
L’Ascension du mont Ventoux
“ La longueur du jour, la douceur de l’air, la vigueur de l’âme, la force et la dextérité du corps, et d’autres circonstances nous favorisaient. Notre seul obstacle était dans la nature des lieux. Nous trouvâmes dans les gorges de la montagne un pâtre d’un âge avancé qui s’efforça par beaucoup de paroles de nous détourner de cette ascension. Il nous dit que cinquante ans auparavant, animé de la même ardeur juvénile, il avait monté jusqu’au sommet, mais qu’il n’avait rapporté de là que repentir et fatigue, ayant eu le corps et les vêtements déchirés par les pierres et les ronces. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ On gravit, en le lisant, les hauteurs poétiques et même mystiques de ce monde réservé ; ce qui est charmant, c’est que, malgré la hauteur, on y respire une atmosphère d’émotion féminine puissante et vraie, toute déliée qu’elle soit. ”
Jonathan Swift,
Les Voyages de Gulliver
“ Dans ce même livre, on faisait voir la vanité du titre d'altesse et de grandeur, et combien il était ridicule qu'un homme qui avait au plus cent cinquante pieds de hauteur osât se dire haut et grand. Que penseraient les princes et les grands seigneurs d'Europe, disais-je alors, s'ils lisaient ce livre, eux qui, avec cinq pieds et quelques pouces, prétendent sans façon qu'on leur donne de l'altesse et de la grandeur? Mais pourquoi n'ont-ils pas aussi exigé les titres de grosseur, de largeur, d'épaisseur? ”
Marcel Reymond, Le Bernin (1911)
“ La verticale, la ligne chrétienne, la ligne du moyen âge, est la forme expressive d'une pensée inquiète, des désirs inassouvis, l'art de peuples lançant leurs monuments dans une envolée éperdue vers le ciel, comme s'ils voulaient avec eux s'enfuir de cette terre qui ne peut plus satisfaire aux désirs de leur âme. ”
Louis Tiercelin, Les impressions, les rêves (1891)
“ Et le sol de granit qui semble mort lui-même, Car jamais sur ses flancs nul épi n'a poussé, Comme un horrible aveu d'impuissance suprême, D'une moisson de rocs est partout hérissé. Un découragement sans bornes me torture : Sur ce sol bossué, menaçant, triste et nu, On sent les grands efforts qu'a tentés la nature Pour donner une forme à son rêve inconnu. On songe avec terreur aux millions de races Qui luttèrent un jour et furent, comme nous, Sans voir plus de lumière et laisser plus de traces, Un troupeau de rêveurs vivant sur les genoux. La vie est immuable au sein de la souffrance. ”
Charles Blanc,
Grammaire des arts du dessin
(1867)
“ Hauteur, largeur, profondeur, ce sont là des mots qui, chez toutes les nations, s’appliquent à l’esprit comme à la matière, et qui déterminent le caractère des choses morales aussi bien que des choses visibles. Suivant qu’il se développe dans le sens de la hauteur ou dans le sens de la largeur ou dans celui de la profondeur, un édifice nous communique des sentiments d’élévation, de stabilité ou de mystère. ”
Charles Blanc,
L'architecture (Nouvelle éd.)
(1904)
“ Où est le secret d'une erreur aussi décevante? Il est surtout dans la parfaite concordance des trois dimensions. La hauteur étant très haute, la largeur très large et la profondeur très profonde, ces trois grandeurs se rachètent l'une l'autre et se neutralisent. ”
Louise-Félicité de Keralio,
Amélia et Caroline, ou L’amour et l’amitié
“ L’échelle, lancée d’une main sûre, tombe à ses pieds ; elle l’attache à la fenêtre, descend toute tremblante, et se confie seule à la foi d’un inconnu. Cet homme la prend dans ses bras pour lui faire traverser les ronces et les broussailles qui croissaient au pied du mur. ”
Victor Tissot,
Les curiosités de l'Allemagne du Sud
(1886)
“ C'est une ville à la physionomie heureuse et gaie que la capitale du Wurtemberg. Tout autour, des collines que le pampre décore ; un splendide horizon de verdure ; des jardins publics avec plus de fleurs que de militaires ; de beaux édifices ; beaucoup d'écoles excellentes; des rues larges, pleines d'air et de soleil ; un vieux château encore endormi dans le passé ; des maisons gothiques qui ne semblent pas se douter que les anciens fossés sont comblés et les remparts abattus; une population ouverte, bruyante, peut-être un peu trop amie du plaisir et de la bonne chère ”
Edward Whymper,
Escalades dans les Alpes
“ Pour nous, habitués aux grimpades dans les montagnes, nous savons quelle supériorité donnent sur la force brutale la volonté d’atteindre un but bien déterminé et la persévérance. Nous savons que chaque pas accompli, chaque hauteur gravie ne peut l’être qu’au prix d’efforts patients et laborieux, et que le désir ne saurait remplacer l’action ”
