Anna de Noailles,
Le Cœur innombrable
“ Couples fervents et doux, ô troupe printanière ! Aimez au gré des jours. — Tout, l’ombre, la chanson, le parfum, la lumière Noue et dénoue l’amour. Épuisez, cependant que vous êtes fidèles, La chaude déraison, Vous ne garderez pas vos amours éternelles Jusqu’à l’autre saison. Le vent qui vient mêler ou disjoindre les branches A de moins brusques bonds Que le désir qui fait que les êtres se penchent L’un vers l’autre et s’en vont. Les frôlements légers des eaux et de la terre, Les blés qui vont mûrir, La douleur et la mort sont moins involontaires Que le choix du désir. ”
