“ Au moment où la tête de la colonne allait traverser la route de Châlons, un ronflement sonore passa ; il sembla à Jean qu’un violent courant d’air lui soufflait à la face, et, à dix pas de lui, dans la chaussée argileuse, un gros boulet s’enfonça en jurant ; puis un second tomba encore plus près, creusa un sillon rectiligne, et se releva pour aller couper en deux un noyer sur le bord de la route. « Pas peur ! fit le tambour-maître en se retournant superbe et le regard brillant : on n’a jamais vu subséquemment deux boulets tomber à la même place ! » ”
Émile Driant
Élements biographiques
Émile Driant, connu sous le nom de Capitaine Danrit, représente une figure remarquable de la littérature française du XIXe siècle. Il fut à la fois officier, auteur et homme politique engagé. Sous le pseudonyme de Danrit, il développa un corpus romanesque marqué par l’anticipation militaire, les enjeux coloniaux et les défis technologiques, illustré par des œuvres telles que La Guerre de demain ou L’Invasion noire.
Son style d’écriture, imprégné de patriotisme et de vision stratégique, reflète une période troublée par les tensions internationales. Engagé jusqu’à sa mort en 1916 à Verdun, il incarne le lien entre la fiction et la réalité des combats, laissant une empreinte indélébile dans la littérature de guerre et la réflexion militaire française.
Citations de Émile Driant
Émile Driant,
Un dirigeable au pôle Nord
“ Oui, la vision s’efface... Votre affection chasse l’effroi ; elle me donnera la force. Et puis, nous sommes entre les mains de Dieu : qu’il fasse de nous ce qu’il voudra, pourvu qu’il ne nous sépare point. Ils demeurèrent un instant silencieux, écoutant leurs deux cœurs harmoniser leurs battements. Si distants l’un de l’autre par leur origine, si dignes de se comprendre néanmoins, ces deux êtres se complétaient par leurs qualités natives, comme la nacelle et l’aérostat de ce Patrie qui les avait emportés vers les régions de mystère et l’inconnu d’amour. ”
Émile Driant,
Filleuls de Napoléon
“ Comme elle remercia Dieu dans le fond de son cœur ! De quels yeux attendris elle considéra son Henri, maintenant homme fait ! Car le lieutenant avait perdu, sous le hâle des vents du Sud et sous la morsure cuisante du soleil d’Afrique, son teint rosé d’autrefois. Ses joues s’étaient amincies, sa longue moustache noire barrait vigoureusement le visage bruni, dans lequel des yeux d’audace — les yeux de son père — mettaient comme deux flammes ardentes. ”
