“ Quel mortel ou quel dieu, s’écriait Hermotime, Du talent d’imiter fait un art si sublime ! À qui ma fille enfin devra-t-elle sa foi ? Lygdamon, se montrant, lui dit : « Elle est à moi ! L’Amour seul est son peintre, et voilà son ouvrage. C’est lui qui dans mon cœur imprima cette image ; C’est lui qui sur la toile a dirigé ma main. Quel art n’est pas soumis à son pouvoir divin ? Il les anime tous. » ”
Citations de CONTES EN VERS (Voltaire)
“ « Pardonnez-moi, ma mère, J’ai choisi saint Denis, comme vous saint André. » Gertrude, dès ce jour plus sage et plus heureuse, Conservant son amant, et renonçant aux saints, Quitta le vain projet de tromper les humains. On ne les trompe point : la malice envieuse Porte sur votre masque un coup d’œil pénétrant ; On vous devine mieux que vous ne savez feindre ; Et le stérile honneur de toujours vous contraindre Ne vaut pas le plaisir de vivre librement. La charmante Isabelle, au monde présentée, Se forma, s’embellit, fut en tous lieux goûtée. ”
“ Envoyèrent Amide avec le pauvre Émon. Elle fit son paquet, et le trempa de larmes. On n’osait résister. Le timide Alamon, Vainement attendri, s’arrachait à ses charmes ; Car son esprit flottant, d’un vain remords touché, Commençant à s’ouvrir, n’était point débouché. Comme elle allait partir, on entend : « Bas les armes, À la fuite, à la mort, combattons, tout périt, Alla, san Germano, Mahomet, Jésus-Christ ! » On voit un peuple entier fuyant de place en place. ”
“ LA BÉGUEULE CONTE MORAL [1] (1772) Dans ses écrits un sage Italien Dit que le mieux est l’ennemi du bien [2] ; Non qu’on ne puisse augmenter en prudence, En bonté d’âme, en talents, en science ; Cherchons le mieux sur ces chapitres-là ; Partout ailleurs évitons la chimère. Dans son état heureux qui peut se plaire, Vivre à sa place, et garder ce qu’il a ! La belle Arsène en est la preuve claire. ”
“ Je dois tout à ce Turc, et tout à ma maîtresse. Vous m’aviez fait dévot, vous trompiez ma jeunesse : Le malheur et l’amour me rendent ma vertu. Allez, brave Abdala ; je dois vous rendre grâce D’avoir développé mon esprit et mon cœur. C’est à vous que je dois mon repos, mon bonheur. De leçons désormais il faut que je me passe ; Je vous suis obligé ; mais n’y revenez pas. Soyez libre, partez ; et si les destinées Vous donnent trois fripons pour régir vos États, Envoyez-moi chercher ”
“ Les Grecs, en la voyant, se sentaient égayés. Téone, souriant, conta son aventure En vers moins allongés, et d’une autre mesure, Qui courent avec grâce, et vont à quatre pieds. Comme en fit Hamilton [6] , comme en fait la nature. TÉONE. Les Grecs furent charmés de la voix douce et vive, Du naturel aisé, de la gaîté naïve, Dont la jeune Téone anima son récit. La grâce, en s’exprimant, vaut mieux que ce qu’on dit. On applaudit, on rit : les Grecs aimaient à rire. Pourvu qu’on soit content, qu’importe qu’on admire ? ”
“ Oui, mon cher cousin ; mais leurs grands noms demeurent à jamais : ne voulez-vous pas revivre dans la plus noble partie de vous-même ? Ne m’accordez-vous pas la permission de donner au public, pour le consoler, les contes à dormir debout dont vous nous régalâtes l’année passée ? Ils faisaient les délices de notre famille ; et Jérôme Carré, votre cousin issu de germain, faisait presque autant de cas de vos ouvrages que des siens : ils plairont sans doute à tout l’univers, c’est-à-dire à une trentaine de lecteurs qui n’auront rien à faire. ”
“ Aux talents trop vantés du fier et dur Harpage : On lui promit ma foi, j’allais être en ses bras. Un esclave empressé frappe, arrive à grands pas, Apportant un tableau d’une main inconnue. Sur la toile aussitôt chacun porta la vue. C’était moi : je semblais respirer et parler ; Mon cœur en longs soupirs paraissait s’exhaler ; Et mon air, et mes yeux, tout annonce que j’aime. L’art ne se montrait pas ; c’est la nature même, La nature embellie ; et, par de doux accords, L’âme était sur la toile aussi bien que le corps. ”
“ La seconde, seigneur, est d’avoir deux mulets, Pour m’aller quelquefois promener en litière. Avec un muletier qui soit selon mon choix. » Abdala répliqua : « Vos désirs sont mes lois. » Ainsi dit, ainsi fait. Le très-indigne prêtre, Et les deux conseillers, corrupteurs de leur maître, Eurent chacun leur dose, au grand contentement De tous les prisonniers et de tout Bénévent ; Et le jeune Alamon goûta le bien suprême D’être le muletier de la beauté qu’il aime. ”
“ « André, mon cher André, vous faites mon bonheur ! » Isabelle à ces mots pleinement se rassure. « Ma tendresse, dit-elle, a pris trop de souci ; Ma mère est fort contente, et je dois l’être aussi. » Isabelle, à la fin, dans son lit se retire, Ne peut fermer les yeux, se tourmente et soupire. « André fait des heureux ! et de quelle façon [4] ? Que ce talent est beau ! mais comment s’y prend-on ? » Elle revit le jour avec inquiétude. ”
“ Or ce secret, aux enfers inventé, Chez les humains tôt après fut porté ; Et depuis ce, dans Venise et dans Rome, Il n’est pédant, bourgeois, ni gentilhomme, Qui, pour garder l’honneur de sa maison, De cadenas n’ait sa provision. Là, tout jaloux, sans craindre qu’on le blâme, Tient sous la clef la vertu de sa femme. Or votre époux dans Rome a fréquenté ; Chez les méchants on se gâte sans peine, Et le galant vit fort à la romaine ”
“ Une étrille à la main, prenait soin des mulets. Pour comble de malheur, il vit la belle Amide, Que le noir circoncis, ministre de l’Amour, Au superbe Abdala conduisait à son tour. Prêt à s’évanouir, il s’écria : « Perfide ! Ce malheur me manquait, voici mon dernier jour. » L’eunuque à son discours ne pouvait rien comprendre. ”
“ Le destin de la plupart des hommes est de vivre ignorés ; et ceux qui ont fait le plus de bruit sont quelquefois oubliés le lendemain de leur mort. Vous serez distingué de la foule ; et peut-être même le nom de Guillaume Vadé, ayant l’honneur d’être imprimé dans un ou deux journaux, pourra passer à la dernière postérité. ”
“ Le Turc, aux voluptés livré sans défiance, Surpris par les vaincus, à son tour se perdit. Alamon triomphant au palais se rendit, Au moment que le Turc, ignorant sa disgrâce, Avec la belle Amide allait se mettre au lit. Il rentra dans ses droits, et se mit à sa place. Le confesseur arrive avec mes deux fripons, Tout fraîchement sortis de leurs sales prisons. Disant avoir tout fait, et n’ayant rien pu faire : Ils pensaient conserver leur empire ordinaire. Les lâches sont cruels : le moine conseilla De faire au pied des murs empaler Abdala. ”
“ C’est ainsi (comme dit le divin Platon [9] ) qu’on suce l’orange, et qu’on jette l’écorce ; qu’on cueille les fruits de l’arbre, et qu’on l’abat ensuite. J’ai toujours été frappée de cette ingratitude. Quelque temps après le décès de Guillaume Vadé, nous perdîmes notre bon parent et ami Jérôme Carré, si connu en son temps par la comédie de l’Écossaise, qu’il disait avoir traduite pour l’avancement de la littérature honnête. Je crois qu’il est de mon devoir d’instruire le public de la détresse où se trouvait Jérôme dans les derniers jours de sa vie. ”
“ « Beau sire, Vois-tu ces mers, vois-tu ce vaste empire, Ce nouveau monde inconnu jusqu’ici, Rome la grande et sa magnificence ? Je te ferai maître de tout ceci, Si tu me veux faire la révérence. » Lors le Seigneur, ayant un peu rêvé, Dit au démon que, quoique en apparence Avantageux le marché fût trouvé, Il ne pouvait le faire en conscience ; Qu’étant trop riche on fait mal son salut. ”
“ Et de la même main sous qui son luth résonne, Et qui sut enchanter nos cœurs et nos esprits, Il combat son rival, l’abat, et lui pardonne. Jugez si de l’amour il mérite le prix, Et permettez du moins que mon cœur le lui donne. Ainsi parlait Églé. L’Amour applaudissait, Les Grecs battaient des mains, la belle rougissait ”
“ Qui, quoique enfants, enseignent l’art de plaire, Fussent les fils d’un simple forgeron, Pas ne croyait avoir fait telle affaire. De son vacarme il remplit la maison ; Soins et soucis son esprit tenaillèrent ; Soupçons jaloux son cerveau martelèrent. À sa moitié vingt fois il reprocha Son trop d’appas, dangereux avantage. Le pauvre dieu fit tant qu’il accoucha Par le cerveau : de quoi ? de Cocuage. ”
“ Devait, je l’avouerai, beaucoup à la nature : Ingénieux, discret, poli sans compliment ; Parlant avec justesse, et jamais savamment ; Sans talents, il est vrai, mais sachant s’y connaître ; L’Amour forma son cœur, les Grâces son esprit. ”
“ Vous vous êtes moqué de moi : Notre marché fait mon supplice ; Je ne veux qu’Amine et sa foi : Reprenez votre bénéfice. Du bon prophète Mahomet J’adore à jamais la prudence : Aux élus l’amour il permet ”
“ N’est pas toujours d’avoir beaucoup d’amants ; Mais fille, ou femme, ou veuve, ou laide, ou belle, Ou pauvre, ou riche, ou galante, ou cruelle, La nuit, le jour, veut être, à mon avis, Tant qu’elle peut, la maîtresse au logis. Il faut toujours que la femme commande ; C’est là son goût : si j’ai tort, qu’on me pende. ”
“ La jeune Églé commence, Églé simple et naïve. De qui la voix touchante et la douce candeur Charmaient l’oreille et l’œil, et pénétraient au cœur. ÉGLÉ. Hermotime, mon père, a consacré sa vie Aux muses, aux talents, à ces dons du génie Qui des humains jadis ont adouci les mœurs ”
“ N’avez-vous point chez vous Macare ? » Tous les railleurs de ce séjour Sourirent à ce nom bizarre. « Comment ce Macare est-il fait ? Où l’avez-vous perdu, ma bonne ? Faites-nous un peu son portrait. — Ce Macare qui m’abandonne, Dit-elle, est un homme parfait, Qui n’a jamais haï personne, Qui de personne n’est haï, Qui de bon sens toujours raisonne, Et qui n’eut jamais de souci. À tout le monde il a su plaire. » On lui dit : « Ce n’est pas ici Que vous trouverez votre affaire, Et les gens de ce caractère Ne vont pas dans ce pays-ci. » Thélème marcha vers la ville. ”
“ De la beauté vont disputer le prix. Plus ne venez au palais des Francines [3] , Dans ce pays où tout est fiction, Où l’Amour seul fait mouvoir cent machines, Plaindre Thésée et siffler Arion [4] . ”
“ Le jeune Azolan tout en flamme, Et par son serment empêché, Se dit, dans le fond de son âme, Qu’il a fait un mauvais marché. Il rencontre la belle Amine, Aux yeux charmants, au teint fleuri : Il l’adore, il en est chéri. ”
“ Il court vite au Soleil conter son aventure : « Toi qui vois tout, dit-il, viens, et vois ma parjure. « Cependant que Phosphore au bord de l’orient « Au-devant de ton char ne paraît point encore, « Et qu’en versant des pleurs la diligente Aurore « Quitte son vieil époux pour son nouvel amant, « Appelle tous les dieux ; qu’ils contemplent ma honte. « Qu’ils viennent me venger. » Apollon est malin ; Il rend avec plaisir ce service à Vulcain. ”
“ « Grand roi, je supplie Votre Altesse royale de faire donner à chacun de nous cent coups d’étrivières. — Voilà une plaisante demande, dit le roi ; pourquoi me faites-vous cette prière ? — c’est, dit Cardero, que vos gens veulent absolument avoir la moitié de ce que vous nous donnerez. » Le roi rit beaucoup, et fit un présent considérable à Cardero. De là vint le proverbe qu’il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints. » ”
“ « Tout est à vous, ce palais, et moi-même ; Jouissez-en, dit-elle à son vainqueur : Vous n’avez point dédaigné la laideur. Vous méritez que la beauté vous aime. » Or maintenant j’entends mes auditeurs Me demander quelle était cette belle De qui Robert eut les tendres faveurs. Mes chers amis, c’était la fée Urgèle, Qui dans son temps protégea nos guerriers, Et fit du bien aux pauvres chevaliers. ”
“ Vont ramer pour le roi vers la mer de Cadix. La pauvre mère expire en embrassant son fils ; L’enfant abandonné gémit dans l’indigence ; La fille sans secours est servante à Paris. C’est ainsi qu’on travaille un royaume en finance. ”
“ Faisait son coup sans scandale et sans bruit. La Jalousie, au teint pâle et livide, Et la Malice, à l’œil faux et perfide, Guident ses pas où l’Amour le conduit ; Nonchalamment la Volupté le suit. ”
“ S’affaiblit dans sa course, et meurt en arrivant. Le poids de la misère accablait la province ; Elle était dans les pleurs, Alamon dans l’ennui : Les tyrans triomphaient. Dieu prit pitié de lui ; Il voulut qu’il aimât, pour en faire un bon prince. Il vit la jeune Amide ; il la vit, l’entendit ”
“ Vient quelquefois jouer du violon. Au demeurant, il est haut du corsage, Bien fait et beau. L’Amour dans son jeune âge Pour compagnon l’aurait pris autrefois, Si de l’Amour il n’eût bravé les lois. ”
“ A plus d’attraits ; l’autre sait mieux aimer. Il faut, pour plaire à la fière immortelle, Un esprit juste, un cœur pur et fidèle : C’est la Sagesse ; et ce brillant séjour Qu’on vient d’ouvrir, c’est celui de la Gloire. ”
“ Vivez avec moi désormais, Dit-il, dans une douce paix, Sans trop chercher, sans trop prétendre ; Et si vous voulez posséder Ma tendresse avec ma personne, Gardez de jamais demander Au delà de ce que je donne. ”
“ Les consulter sur la maudite affaire. En un moment tout disparaît, tout fuit. Le jour baissait, à peine il était nuit ; Il ne vit plus qu’une vieille édentée, Au teint de suie, à la taille écourtée, Pliée en deux, s’appuyant d’un bâton ; Son nez pointu touche à son court menton, D’un rouge brun sa paupière est bordée ; Quelques crins blancs couvrent son noir chignon ”
“ Qu’un mortel comme lui favorisé des dieux, Cultivant tous les arts, et qui saurait le mieux En vers nobles et doux élégamment décrire, Animer sur la toile, et chanter sur la lyre Ce peu de vains attraits que m’ont donné les cieux. ”
“ Je sens bien que, n’ayant été élevé dans ce monde à aucune des dignités qui nourrissent les grands sentiments, et qui élèvent l’homme au-dessus de lui-même ; n’ayant été ni conseiller du roi, ni échevin, ni marguillier, on me traitera après ma mort avec très-peu de cérémonie. ”
“ CE QUI PLAÎT AUX DAMES [1] Or maintenant que le beau dieu du jour Des Africains va brûlant la contrée, Qu’un cercle étroit chez nous borne son tour, Et que l’hiver allonge la soirée ; Après souper, pour vous désennuyer, Mes chers amis, écoutez une histoire Touchant un pauvre et noble chevalier, Dont l’aventure est digne de mémoire. ”
“ On a banni les démons et les fées ; Sous la raison les grâces étouffées Livrent nos cœurs à l’insipidité ; ”
“ DE CATHERINE VADÉpour les contes de Guillaume Vadé [1] . (1738 [2] ) Je pleure encore la mort de mon cousin Guillaume Vadé [3] , qui décéda, comme le sait tout l’univers, il y a quelques années : il était attaqué de la petite vérole. ”
“ Cette ridicule et odieuse coutume de paver les églises de morts cause dans Paris tous les ans des maladies épidémiques, et il n’y a point de défunt qui ne contribue plus ou moins à empester sa patrie. ”
“ Et qui pourtant n’existèrent jamais : Le grand Bacchus, digne en tout de son père ; Bellérophon, vainqueur de la Chimère ; Cent demi-dieux des Grecs et des Romains. En tous les temps tout pays eut ses saints. ”
“ L’un eut Vulcain, l’autre, Mars pour son père, L’autre, un satyre ; et bien peu d’entre nous Sont descendus du dieu de la lumière. De nos parents nous tenons tous nos goûts. Mais le métier de la belle Pandore, Quoique peu rare, est encor le plus doux ”
Termes fréquents
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