“ Incapable de me rendre utile au roi, je me verrais forcé à aller finir mes jours loin de lui, et à reprendre dans ma patrie, ou ailleurs, mon ancien état qui aurait perdu ses premiers charmes : peut-être même n’aurais-je plus la consolation de retrouver en France les amis que j’y aurais laissés, et à qui je percerais le cœur par mon départ. Je vous avoue, monsieur, que cette dernière raison seule peut tout sur moi ; le roi est trop philosophe et trop grand pour ne pas en sentir le prix ; il connaît l’amitié ; il la ressent et il la mérite ; qu’il soit lui-même mon juge. ”
Citations sur “Joseph Bertrand”
“ En réalité, Mlle de Lespinasse, quand elle quitta Mme du Deffant, était depuis plusieurs années la maîtresse de d’Alembert. Le géomètre savait compter. Lorsqu’en 1776 il perdit son amie, son désespoir s’exhala dans des pages qu’il n’a pas détruites. Depuis huit ans au moins — elle lui en a légué la preuve — il n’était plus le premier objet de son cœur. « Qui peut me répondre, s’écrie-t-il après cette affligeante lecture, que pendant les huit ou dix autres années que je me suis cru tant aimé, vous n’avez pas trompé ma tendresse ! » Il est impossible d’en douter. ”
“ En prévenant d’Alembert des dangers qu’il connaissait bien, Voltaire n’avait aucun tort. La main gantée de velours que Frédéric tendait gracieusement à d’Alembert pouvait égratigner les imprudents et broyer les ingrats. L’amitié de Frédéric n’était pas banale, et s’il respectait les génies sublimes, c’étaient ceux que lui-même jugeait tels. Le bon et grand Euler ne rencontrait à la cour et à l’Académie ni les avantages offerts à d’Alembert avec tant d’empressement, ni les égards que sa naïve bonhomie ne savait pas imposer. ”
“ Mme du Deffant était son amie après avoir été un peu plus, mais bien peu, s'il faut l'en croire. Lorsque, n'étant plus jeune, elle résolut, tout en restant philosophe, de rendre son genre de vie plus édifiant, d'éloigner les occasions et de renoncer aux habitudes compromettantes, elle ajoutait, en l'annonçant: «Quant au président Hénault, je ne compte pas lui faire l'honneur de renoncer à lui».Elle l'aimait assez pour vouloir dans l'Encyclopédie une louange pour son livre, ou s'intéressait assez à d'Alembert pour désirer dans sa candidature le protecteur zélé que cette louange devait assurer. ”
“ Le genre humain ne pouvait s’enrichir en un jour. Le monument sans avenir s’élevait trop vite. D’Alembert le comparait à un habit d’arlequin, où il y a quelques morceaux de bonne étoffe et beaucoup de haillons. Le magnifique programme planait au-dessus des débris, mais les ennemis, acharnés et nombreux, ne voulaient et ne pouvaient voir que les détails : ils en signalaient d’étranges. Diderot y introduisait jusqu’à de longs articles extraits de la Cuisinière bourgeoise. ”
“ Quelque somme qu’il paye à Pierre avant de commencer le jeu, l’avantage sera de son côté ; tel est le sens du mot infini. Ce résultat, quoique rigoureusement démontré, semble contraire aux indications du bon sens. Aucun homme raisonnable ne voudrait payer cent francs les promesses de Pierre. L’esprit de d’Alembert, pour repousser ce paradoxe, rejetait avec dédain les principes qui y conduisent, en proposant, pour en nier la rigueur et en contester l’évidence, les raisonnements les moins fondés et les plus singulières objections. ”
“ Destouches ne cessa jamais de veiller sur lui. Lors de sa mort en 1726, l’enfant, âgé de neuf ans, laissait prévoir déjà ce qu’il serait un jour. On l’avait placé dans un pensionnat du faubourg Saint-Antoine, celui de Bérée, où Mme Rousseau, son excellente nourrice, passait pour sa mère et méritait ce titre par son empressement, sa tendresse et son orgueil d’avoir un tel fils. ”
“ Il fallait avant tout servir sa coterie et défendre ses amis. Ne demandons donc ni à Fréron, ni à Bachaumont, ni à Grimm, ni au Journal de Trévoux la vérité sur l’éloquence académique de d’Alembert ; ne nous fions pas trop aux correspondants de Mme du Deffant ; avant 1765 ils n’annonceront que des succès ; mais dès que la rupture est complète, quand d’Alembert à son nom, chaque fois qu’il le rencontre, associe d’injurieuses épithètes, on ne doit plus, par une représaille toute naturelle, apprendre par elle que des échecs. ”
“ « Comme je sais qu’il est d’une bonne taille, ce qui marque un tempérament flegmatique qui ne paraît pas propre pour l’activité et la souplesse si nécessaires à un habile marchand, je crois que la nature l’a destiné pour embrasser le métier des armes. J’espère que vous n’envierez pas au susdit régiment cet homme, dont j’aurai soin de faire la fortune en votre considération. » L’occasion était bonne de quitter Berlin ; à la place d’Euler, d’Alembert n’y eût pas manqué. Le voyage de d’Alembert à Berlin ne put avoir lieu que trois ans après la mort de Maupertuis, en 1762. ”
“ Il a déjà tâché de remédier au premier effet que produit le programme envoyé à MMrs de l’Encyclopédie en protestant que le corps n’avait rien de commun dans cette affaire ; il paraît néanmoins qu’on y fait entrer pour beaucoup notre Compagnie. J’aurais, sitôt qu’il me sera possible, l’honneur de conférer avec vous plus amplement sur cette affaire. « Goiffon. » Goiffon dans une seconde lettre se montre beaucoup plus vif ; il a pris son parti. C’est avec M. de Malesherbes qu’il veut se ménager, et la bienveillance de M. d’Argenson qu’il ne veut pas perdre. ”
“ D'Alembert, licencié en droit, pouvait plaider, et son brillant esprit lui promettait de grands succès, mais la profession ne lui plaisait pas. Il n'aurait accepté que de bonnes causes, et elles sont rares. Il faut se garder d'en évaluer le nombre à la moitié de celles qui se plaident. Quand l'un des plaideurs a tort, il n'est pas certain que l'autre ait raison; d'Alembert connaissait les fables de La Fontaine. Riche de 1 200 livres de rente, il vivait chez sa mère adoptive, heureux d'apporter dans la modeste vie de la famille sinon l'aisance au moins la sécurité. ”
“ Chacun s’inscrivit suivant ses moyens. Mme Geoffrin fit don de 3 000 livres de rente viagère ; Mme de Luxembourg se chargea du mobilier, et les admirateurs de Mlle de Lespinasse lui assurèrent avec une modeste aisance le moyen de les recevoir encore. La colère de Mme du Deffant fut terrible. Il fallut choisir entre les deux salons : d’Alembert n’hésita pas. Blâmant avec colère la vieille amie, qu’il ne revit plus, il prit parti pour Mlle de Lespinasse. ”
“ Jean Lerond profita beaucoup des leçons de Bérée, qui, dès l’âge de dix ans, déclarait n’avoir plus rien à lui apprendre. Destouches en mourant ne laissa son fils ni sans ressource, ni sans appui : il lui léguait 1 200 livres de rente et le recommandait à l’affectueuse protection de son excellente famille. C’est par l’influence des parents de son père que d’Alembert, à l’âge de douze ans, toujours sous le nom de Lerond, fut admis au collège des Quatre-Nations. ”
Joseph Bertrand, Les Fondateurs de l’astronomie moderne
“ Une vingtaine de jeunes gens, choisis parmi les plus habiles des universités danoises, étaient employés aux observations et aux calculs. Véritables apprentis astronomes, ils s’instruisaient en voyant travailler leur maître ; guidée par l’esprit ardent et communicatif de son chef, la petite colonie sembla bientôt ne former qu’une seule famille ; ”
Joseph Bertrand, D’Alembert (1889)
“ Quarante ans après la publication de la bulle , le nombre des lettres de cachet lancées à son occasion dépassait quarante mille . Du haut en bas , la société était divisée . On était appelant ou non appelant ; les plus ardents étaient réappelants ; les non communiquants refusaient toute relation avec les approbateurs de la bulle . Le silence respectueux était blâmé de tous , le mépris prodigué à ceux qui ”
Joseph Bertrand, D’Alembert (1889)
“ Oui , mademoiselle , la seule chose sur laquelle vous soyez délicate , et délicate au point d' en être quelquefois odieuse , ici je suis comme Mme Bertrand dans la comédie du Moulin de Javelle , et je vais d' abord aux invectives , parce qu' il est question de défendre mes propres foyers , c' est votre excessive sensibilité sur ce qu' on nomme le bon ton dans les manières et dans les discours ”
Joseph Bertrand, Les Fondateurs de l’astronomie moderne
“ L’indécision ne pouvait se prolonger : l’observation en de telles matières est, quoi qu’on fasse, la seule règle supérieure et infaillible ; elle parle plus haut encore que les raisonnements les plus subtils. La théorie Newtonienne, conférée aux astres eux-mêmes avec un succès toujours croissant, devait ébranler peu à peu et condamner enfin à un éternel oubli ce pompeux édifice sans solidité comme sans fondement, qui n’a pas même laissé de ruines. ”
“ La première n’est pas la plus importante ; elle s’apprend à tout âge. Si la seconde à vingt ans n’est pas acquise, on risque fort de l’ignorer toujours. Jean Lerond, après avoir subi l’examen du baccalauréat ès arts, suivit pendant deux années les leçons de l’École de droit. Il s’inscrivit pour les cours des professeurs Amyot, Legendre, de Ferrière et Rousseau. On lit sur les registres dix mentions relatives à d’Alembert. ”
Joseph Bertrand, Les Fondateurs de l’astronomie moderne
“ Hooke se plaignit plus fort, non sans quelque raison cette fois, et se proclama, avec plus d’amertume et d’impatience encore, le premier et unique inventeur. Il oublia que, par une loi aussi certaine que celles de la mécanique, nul ne peut, quelque estime qu’il ait de lui-même, diriger, en y mêlant sa voix, le concert des louanges qui le rendent illustre. ”
Paul Féval, Les contes de nos pères
“ Au nom du père de Reine, Bertrand pâlit, et un funeste soupçon lui traversa le cœur. Il remit son cheval au galop, et poussa vers la Tour-le-Bât. Le terre-plein était désert ; mais en pénétrant dans le corps de garde, Bertrand se trouva face à face avec son frère qui le regarda d’un œil fixe et affolé. — Ce n’est pas toi ! s’écria Bertrand ; dis-moi que ce n’est pas toi qui as trahi ! Roger demeura muet ; Bertrand, l’âme navrée, s’assit auprès de lui. ”
L'Histoire de France racontée par les Contemporains…
“ «Ha! beau cousin, ce ne devez vous pas requerre, mais tout prendre comme le vostre.» Adonc fut Bertrand moult lie. L'escuyer arma Bertrand moult secrètement, et luy bailla cheval de jouste et varlet pour le gouverner.Joyeusement vint Bertrand sur le champ; et quand il se vit sur les rans, il fiert cheval appertement des esperons, contre ung chevalier, et le chevalier contre luy. Bertrand, qui oncques mais n'avoit jousté, ferit le chevalier par le heaulme de telle force, qu'il le lui mist hors de la teste. ”
Eugène Nyon,
Splendeur et misères d'un dictionnaire grec…
(1864)
“ Voyons quelles étaient les ressources dont disposait le père de Pierre Bertrand pour remplir ces obligations. M. Bertrand était le fils d'un négociant ruiné par la révolution. À vingt ans, il s'était trouvé orphelin, n'ayant pour toute fortune qu'une éducation assez complète pour l'époque, une ferme volonté de se tirer d'affaire et un ardent amour du travail. Tout jeune homme se faisait soldat alors, et il avait fait d'abord comme tout jeune homme. ”
Joseph Anglade,
Les Troubadours, leurs vies, leurs œuvres…
“ Bertran, Bertran, vous avez bien raison d’avoir perdu le sens à cause de mon fils, car il n’y avait pas d’homme au monde qu’il aimât plus que vous. Et moi, par amour pour lui, non seulement je vous fais grâce de la vie, mais je vous rends vos biens et votre château et j’y ajoute avec mon amour et mes bonnes grâces, cinq cents marcs d’argent pour les dommages que vous avez éprouvés. ”
Charles Poplimont, La France héraldique. I. A-Bom… (1870-1874)
“ Vingt-sept familles distinctes sont groupées sous le nom générique de Bertrand. Un grand nombre sont éteintes ou n'ont plus de représentants officiels dans la noblesse de France. Nous réunissons sous la même désignation tous ceux dont l'existence est notoirement constatée, savoir : Henri, vicomte de Bertrand, commandeur de la Légion d'honneur, général de brigade, à Paris; de Bertrand, au château de Mondilhan, par Boulogne, département de la Haute-Garonne; Julie-Félix de Bertrand, écuyer, chevalier de la Légion d'honneur, président du tribunal de Saint-Flour, département du Cantal ”
Anciens mémoires sur Du Guesclin
“ Bertrand, se sentant piqué jusqu’au vif de l’arrogance de ce fanfaron, se promit bien de le faire repentir de sa témérité, luy déclarant qu’il acceptoit volontiers le party qu’il luy présentoit, et que bien loin de craindre d’entrer en lice avec luy, jamais il n’auroit un plus beau champ de faire sentir à ses ennemis jusqu’où pouvoit aller le courage et l’adresse d’un gentilhomme breton contre un chevalier anglois ; et que quand on luy compteroit tout autant d’argent que toute la masse de son corps en pourroit peser, il ne voudroit pas renoncer au duel qu’il venoit de luy proposer. ”
Auguste Petit, Louis Bertrand, souvenirs de Dijon… (1865)
“ Ce dernier réunissait chez lui un petit cercle d'artistes, de notabilités du romantisme, formant comme une sorte de cénacle. Il prisait singulièrement les productions de Bertrand, et, ce qui valait mieux peutêtre, il s'était pris pour lui d'une vive affection que les années devaient fortifier encore, et à laquelle notre poète répondait avec l'élan d'un cœur ouvert à la reconnaissance et à toutes les émotions du jeune âge. ”
Prosper Mérimée,
Colomba et autres contes et nouvelles
“ Bertrand. Excusez, madame ; c’est que j’ai rencontré sur mon chemin une compagnie de perdrix qui m’a fait trotter, trotter... Pourtant en voilà deux... Si madame veut les accepter, cela lui fera un gentil salmis. Le comte de Fierdonjon Je parie que c’est chez moi qu’il les a tuées. La comtesse. Merci, je les accepte de grand cœur. Édouard, à Bertrand. Vous avez là un beau chien, il est au poil et à la plume. Bertrand. Oui, monsieur. Outre cela qu’il colletterait bien un homme au besoin, si je lui disais : Défends-moi ! Il m’a été utile dans le temps. ”
Marcellin Berthelot,
Discours de réception de M. Berthelot…
“ Cette union fut parfaitement heureuse, pendant les cinquante-six années de la vie ultérieure de Bertrand : les savants ont pour la plupart le goût et les vertus de la famille. Six enfants naquirent, dont trois fils qui occupent tous une place distinguée parmi les hommes de notre époque. L’aîné, Marcel Bertrand, est aujourd’hui ingénieur des Mines et membre de l’Académie des Sciences. ”
Jean le Rond d’Alembert,
Œuvres complètes de D’Alembert
“ Vous allez dire que je fais encore le Bertrand, et que j’ai toujours recours à Raton ; mais songez donc que Bertrand a les ongles coupés. Ce que je désire et que j’attends de vous, serait l’ouvrage d’un bon citoyen et d’un bon Français, attaché au roi et à l’État. Vous pouvez répandre à pleines mains, sur ce projet, l’odieux et le ridicule dont vous savez si bien faire usage. Vous pouvez faire voir qu’il est dangereux pour l’État, pour l’Église, pour le pape et pour le roi, que les jésuites regarderont toujours comme leurs ennemis, et traiteront comme tels s’ils le peuvent. ”
L'Histoire de France racontée par les Contemporains…
“ Ainsi se maintint Bertrand, qui pour attraire à soy gens d'armes donnoit tout à ses compaignons; et en peu d'heures fut povre par sa largesse. Quand Bertrand vit qu'il n'avoit plus que donner, il print les joyaulx de 78 sa mère et les vendit, et en acheta chevaulx et harnoys: dont contre luy fut courroucée et dolente. Si advint, une journée, que Bertrand chevauchoit, luy quatriesme, par les forests; adoncques passoit ung chevalier anglois qui dedans le chastel de Forgeray menoit la finance pour mettre à sauveté. ”
Pierre-Eugène Valentin, 1809-1869. M. Jean Bertrand. Aperçu général sur sa vie publique et privée… (1869)
“ Il se porta candidat libéral, « n'ayant nul goût pour l'opposition systématique, conservateur sincère et dévoué des institutions et de la monarchie de Juillet, mais voyant au-dessus des hommes qui gouvernent, un grand pays qui veut être bien gouverné, et reconnaissant que quand ce pays s'appelle la France, il a le droit d'être exigeant. » Contrairement au iœu de son pays qui comptait peu dans la balance départementale, M. Jean Bertrand succomba aux élections de 4846, faute de quelques voix, sous les efforts du ministère. ”
