“ Jamais l’amour n’a inventé de galanterie plus ingénieuse, plus polie et plus nouvelle que la guirlande de Julie, dont le duc de Montausier régala Julie d’Angennes un premier jour de l’an, lorsqu’il la recherchoit en mariage. ”
Julie d'Angennes
Définition et enjeux
Citations sur “Julie d'Angennes”
Édouard Bru, Le musée de Montpellier (1887-1888)
“ Julie d'Angennes ne fut pas seulement pour la marquise de Rambouillet une fille toujours soumise, mais surtout une compagne préférée, associée plus entièrement qu'aucune autre à sa vie : elle fut l'héritière de ses goûts élevés, jouant un rôle important, à côté de sa mère, dans cette société brillante où se trouvaient en germe les éléments de la future Académie française, qui s'élevait à l'hôtel Rambouillet avant qu'elle reçût sa consécration définitive des mains du cardinal Richelieu. ”
C. A. Walckenaer, Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal… (1856)
“ « Il n'en fait plus, dit Julie d'Angennes, depuis qu'il est dans les négociations. Apollon n'est pas diplomate. » — « Cependant, dit Voiture, il lui faut négocier sans cesse des traités de paix avec la beauté, et lutter continuellement contre les indiscrétions du coeur. » — « Toujours est-il vrai, dit Julie d'Angennes, qu'infidèle aux Muses comme à vos amis, vous avez laissé la poésie pour les affaires. » — « Si j'osais, dit Voiture, démentir la dame des pensées de l'invincible Gustave, je lui réciterais une pièce de vers que j'ai composée ce matin même. » ”
Arthur Dudley, Revue des Deux Mondes
“ Le positivisme se transforme facilement en frivolité chez les femmes ; c’est pourquoi des exceptions pareilles à celle que j’ai citée ressortent avec tant d’éclat. L’Angleterre a quelques Julie d’Angennes qu’on ne soupçonne pas ici, et dont les portraits feraient une galerie charmante ”
Jules-Antoine Taschereau,
Histoire de la vie et des ouvrages de Molière…
(1828)
“ Elle était faite pour y obtenir de véritables succès ; mais l'affectation dans laquelle elle avait été élevée, le faux esprit qu'on lui avait inspiré dès son enfance, lui avaient ravi tout moyen de plaire aux gens que n'avait point encore gagnés cette fièvre du mauvais goût. Cependant, comme très-peu de personnes avaient échappé à son influence, Julie d'Angennes compta de nombreux adorateurs. M. de Montausier, renommé par une sincérité poussée si loin qu'on le prit pour l'original du rôle du Misanthrope ”
Auguste Jal,
Dictionnaire critique de biographie et d'histoire…
(1867)
“ « Le lundy, 25 juin 1607, fut baptisée Julia Lucinia, fille de messire Charles d'Angennes, vidame du Mans , marquis de Pisany (sic) , baron de SaintConart et de Talmont, capitaine de cent gentilshommes de la maison du Roy, et de Catherine de Vivonne de Samelles (sic, pour Savelle ou mieux, - Savelli) , sa femme. Le parrain Guillaume Hutain, la marraine Anne Thomas, et fut baptisée au logis de Monseigneur, présent M. le curé. » Julie d'Angennes mourut le 15 novembre 1671; le registre mortuaire de Saint-Germain l'Auxerrois contient l'acte suivant : a Led. ”
Eugène Géruzez, Histoire de la littérature française du moyen âge aux temps modernes (1839)
“ Ce mépris des choses sensibles, sans les réduire au célibat, leur donnait de l'aversion pour le mariage, dont elles reculaient toujours la conclusion. Ce fut en vertu de cette poétique matrimoniale que M. de Mon- tausier attendit courageusement que Julie d'Angennes eût dépassé ses trente ans avant de l'épouser: il n'en fallait pas moins pour faire un séjour convenable sur tous les points de la carte du Tendre : c'est pour cela que Ninon appelait les précieuses les jansénistes de l'amour ”
François-René de Chateaubriand,
Vie de Rancé
(1874)
“ Julie d'Angennes se reprochoit la flatterie de son silence. Responsable des devoirs que lui imposoit le nom de son mari, elle sembloit avoir ouï l'apostrophe de l'orateur aux cendres de Montausier : « Ce tombeau s'ouvriroit, ses cendres se ranimeroient pour me dire : Pourquoi viens-tu mentir pour moi, qui ne mentis' jamais pour personne? » Mme de Montausier se retira, languit et disparut : on entendit à peine se refermer sa tombe. ”
Françoise d'Aubigné marquise de Maintenon, Choix de lettres morales de mesdames de Sévigné… (1826)
“ Il étoit pieux et savant sans hypocrisie et sans pédanterie. Il fut un habitué de l'hôtel de Rambouillet. Julie d'Angennes, depuis madame de Montausier, qui en étoit l'héroïne , l'appeloit son nain, à cause de sa petite taille, et lui-même prenoit volontiers ce titre. d'un mérite distingué ; c'est le plus bel esprit de son tems : vous avez admiré ses vers, jouissez de sa prose ; il excelle en tout, il mérite que vous en fassiez votre ami. ”
La guirlande de Julie: augmentée de documents nouveaux
“ Il a pour auteur feu M. le duc de Montausier [15] qui l'envoya, le jour de la fête de Julie-Lucine [16] d'Angennes XVIII de Rambouillet [17] , à cette charmante personne dont il devint l'époux après en avoir été longtemps l'amant [18] .Comme cette fête arrivoit dans un temps où la terre ne produit pas assez de fleurs au gré des amants [19] , celui-ci suppléa à la stérilité de la saison par cette guirlande.Ce manuscrit commence par huit feuillets. ”
Jean Lander, Le chemin de la vie (1881)
“ Cette pénétration surprit Angélique qui rougit un peu et embrassa sa mère, puis son père; au même moment, Julie entra et Angélique lui sauta au cou, tandis que celle-ci disait en riant : « Voilà ma bichonnette toute grande et toute belle. » Puis elle exprima l'opinion que dans les pensions on n'apprenait absolument rien, et disparut en courant. Angélique était grande et svelte, mais la précision de ses mouvements indiquait une force agile et élastique, pleine de jeunesse et de santé. Ses cheveux bruns, séparés en bandeaux et relevés sur les oreilles, découvraient un front blanc et pur ”
Jules Lemaître,
Revue des Deux Mondes
“ Elle regrette presque de n’avoir pas mal tourné elle aussi, tandis que Julie déplore d’être mariée et songe à fuir le toit conjugal pour vivre seule de son travail, dans une petite chambre, comme Caroline. « Ah ! ma pauvre enfant ! dit l’ex-dévote, ne fais pas cela. Si tu savais ! » Et elle raconte ses souffrances, ses humiliations, et la détresse de son cœur inassouvi. Vraiment, c’est encore Angèle qui a choisi la meilleure part. « Moi ? hélas ! si vous saviez ! » fait à son tour la fille galante ; et elle dit les misères de. ”
“ Julie. Affermissez mon ame contre la persécution qu’on lui prépare : dites-moi que le Ciel ne blâme point ma résistance, & que je ne peux l’offenser en me refusant à des vœux contre lesquels mon cœur se révolte. Sœur Angélique. Hélas ! vous n’êtes pas la première victime qui se soit sacrifiée aux caprices de parens injustes. Julie. Des parens ! & quels sont les miens ? inconnue à moi-même, abandonnée dès mon enfance, sais-je quelle est ma famille ? pourquoi m’a-t-elle rejettée de son sein ? Sont-ce mes parens qui me tyrannisent ? Ne dois-je les connoître qu’à leur persécution ? ”
Julie Gouraud, Petite et grande, par Mlle Julie Gouraud… (1877)
“ Cette vie en plein air fortifiait la petite fille, déjà grande pour son âge : bien établie sur des jambes que l'on ne songeait pas encore à dissimuler, la tête ornée d'une chevelure blonde et abordante , de petits yeux bleus pleins de tendresse et de malice , un teint de rose bravant l'ardeur du soleil, telle était Agnès. D'abord chacun se mit sur la porte pour la voir passer; puis on lui parla, et bientôt la petite de- moiselle compta de nombreux amis à Monthermé. ”
“ Ce serait chose banale que de chercher ce qu’il peut y avoir d’angoisse douloureuse ou de furieux espoirs sous le calme sourire d’une femme. Depuis trois longues heures, Julie souriait et se taisait ; Julie qui avait des cris dans l’âme et des sanglots plein le cœur ; Julie ravivée et ressuscitée, car ce jour avait supprimé dix-sept ans de sa vie ; Julie, jeune, ardente, anxieuse, curieuse, passionnée et femme, plus femme mille fois qu’elle me l’était jadis. ”
Julie Gouraud, Petite et grande, par Mlle Julie Gouraud… (1877)
“ Si nous ne sommes pas dans une semblable exaltation, nous apprécions cependant beaucoup la conduite d'Agnès. Je ne connais rien de plus charmant, de plus touchant que ce savoir-faire d'une jeune personne. Renoncer à soi-même pour s'occuper des autres est la vertu des bons cœurs. ”
Félicité de Choiseul-Meuse, Julie (1807)
“ Fais croire à chacun de ceux qui te plairont, qu’il est le premier qui ait fait impression sur ton cœur : notre amour-propre est toujours flatté de cette préférence, et l’on ne pourra douter de ta sagesse tant que tu conserveras le cachet de la vertu. Joue l’Agnès tant que ta jeunesse te le permettra ; rien de si plaisant et de si commode que ce rôle, on est dispensée de rougir, et l’on peut tout dire, parce qu’on est censée ne rien entendre. N’attends pas, pour changer de ton, qu’il te rende ridicule ; sans être prude, deviens réservée, la pudeur a sa coquetterie. ”
Julie Gouraud, Petite et grande, par Mlle Julie Gouraud… (1877)
“ Sans le souvenir de Mme de Flines et le bonheur de la retrouver, Agnès aurait eu beaucoup de chagrin de quitter Liège. Elle se sentait aimée, elle s'entendait bien avec Henriette et Mélanie dont l'éducation était la même que celle qu'elle recevait de la bonne maman. Elle voyait même que ses petits talents la plaçaient au-dessus de ses cousines, et, avouons-le, cette supériorité la consolait de n'avoir ni robe de soie, ni broderies anglaises. ”
Pierre Bion, Le Doigt du commissaire, ou les Progrès de l'époque… (1873)
“ Toutefois, j'ai découvert quelque chose, et c'est là mon secret et la cause de mon remords. Angèle tendit l'oreille, et aussitôt... nos deux amies firent simultanément un bond en poussant un cri d'épouvante. Une voix, sortant du buisson derrière lequel se trouvaient les jeunes filles, la voix d'un enfant venait de prononcer distinctivement ces paroles : « Il arrivera malheur à Angèle et à Julie. » La première frayeur passée, les jeunes filles s'approchèrent de l'endroit d'où était partie la voix : il n'y avait personne. Elles remontèrent sur la route : la route était déserte ”
“ Julie avait peur, et ces accords lointains lui serraient la poitrine. Vous souvient-il de la clairière dans le grand bois de Bourguebus ? Le ruisseau invisible chantait, les oiseaux riaient, le vent répandait dans les cimes de larges murmures. Et l’atmosphère tiède était pleine de langueurs embaumées. Julie revit cela : son mari, son amant, ce martyr, ce noble jeune homme ; elle le vit. Le soleil, tamisé par les feuilles, jouait dans les boucles noires qui couronnaient son beau front. Oh ! certes, en ce temps-là, elle l’aimait de tout son cœur. Ce n’était pas assez. Son cœur avait grandi. ”
Julie Gouraud, Cousine Marie (2e édition) (1879)
“ Angélique ne se croyait pas moins bien traitée par la fortune que mademoiselle Cormery. Elle était entourée de ces égards que rencontre rarement une personne de sa condition : à table, madame Solaville n'était jamais servie avant son amie. Angélique ne songeait nullement à se plaindre de l'odeur du cigare, mais jamais le capitaine ne fumait sans lui en demander la permission. Lorsque la pauvre fille remontait le passé, le présent lui semblait un rêve. Et quel rêve! De sous-maîtresse être devenue l'amie d'une jeune femme si charmante et si distinguée ! ”
Julie Gouraud, Aller et retour (1880)
“ Ses amies la félicitaient d'aller à Paris : « Que de belles choses vous allez voir! » disaient les étourdies. Cependant, Agnès, l'amie du cœur, avait d'autres pensées et tenait un autre langage. Les deux jeunes filles augmentaient leurs regrets en énumérant les plaisirs du passé. « Tu ne seras plus à côté de moi à l'église, disait Agnès; nous ne monterons pluensemble à la Pagode, tu ne seras plus là pour faire les vendanges. enfin, je soignerai bien tes oiseaux; je leur parlerai de toi, ma petite Pauline. Nous nous reverrons, espérons-le! » ”
Julie Gouraud, Cousine Marie (2e édition) (1879)
“ Ce souvenir, qui avait d'abord aidé Angélique à supporter une vie en dehors de ses habitudes et si peu dans ses goûts, ne lui fut pas inutile dans la prospérité. Nous sommes obligés d'avouer que la modeste gouvernante de Rose s'était très-bien habituée au froufrou de la robe de soie, qu'elle montait en landau avec une certaine grâce et s'appuyait volontiers sur un coussin moelleux. ”
Julie Gouraud, Petite et grande, par Mlle Julie Gouraud… (1877)
“ Agnès pressait les mains de sa tante et les couvrait de larmes. Quel changement s'est opéré dans l'esprit de cette femme naguère si frivole ! Il ne faut pas s'en étonner. Nous l'avons toujours connue amie des pauvres, donnant souvent sans tact et sans mesure, mais donnant à pleines mains. C'est cet amour des pauvres, cette générosité d'enfant qui lui mérite la grâce de comprendre les choses de la vie. Elle les voit sous leur jour véritable, son cœur s'en détache, elle sait qu'il y a d'autres biens que ceux-là et elle veut les posséder. ”
Julie Gouraud, Petite et grande, par Mlle Julie Gouraud… (1877)
“ Mme Esther assistait souvent aux leçons et s'aperçut bien vite de la supériorité d'Agnès sur ses cousines ; il est vrai que des instructions particulières avaient été données à Mlle Loyal : exiger beaucoup de sa nouvelle élève, et, sans entrer précisément dans des détails indiscrets, la tante avait donné à entendre que l'enfant avait peu de fortune, et devait recevoir une éducation solide. L'institutrice croyait remplir un double devoir en montrant une sévérité qui n'était pas toujours irréprochable; vive, un peu étourdie, Agnès s'attirait des reproches qui lui étaient prodigués sans mesure. ”
M. de V., Les bizarreries de l'amour ou Angèle (1863)
“ L'Ermite se jette sur l'enfant, le met sur le sein de sa mère : - Voilà son fils, Angèle ; il te demande sa grâce. — Angèle fixe cet innocent enfant, regarde l'Ermite et sourrit. — Viens, mon fils ! s'écrie Gérard ; tout est pardonné, oublié : l'innocence et le bonheur viennent de renaître pour nous. — A ces mots , Gérardet se précipite au près, du lit d'Angèle ; il pleure, ses sanglots, ôtent à sa voix la force de s'exprimer. Angèle lui tend la main , le relève , lui montre son fils : sans parler l'un et l'autre, ils' couvrent de leurs baisers ce fruit du délire , et ce gage du pardon ”
M. de V., Les bizarreries de l'amour ou Angèle (1863)
“ Jusques-là , l'image de Gérardet avait toujours accompagné le souvenir de son prétendu rêve : il était clair maintenant que cette image seule était le fruit de son imagination , et que le crime du pâtre était l'affreuse vérité. Angèle , déshonorée , avilie par la publicité de sa honte , rougissant d'elle-même, perdant à-la-fois l'honneur et son amant , n'écouta plus que son désespoir. En vain sa fidelle nourrice essaya-t-elle de l'adoucir, les resolutions les plus sinistres remplirent le cœur de cette infortunée. La première à laquelle elle s'attacha , fut de se donner la mort. ”
Julie Gouraud, Petite et grande, par Mlle Julie Gouraud… (1877)
“ Notre brave lutin gagna une victoire complète : à partir de ce moment, Thémis trôna dans la classe, et je pense qu'il en fut de même chez toutes les élèves de Mlle Loyal. Agnès reprit bien vite sa sérénité ; l'indulgence dont elle était si digne eut un heureux effet sur ses études. Quelques mois plus tard, l'institutrice fière de son élève n'hésitait pas à lui donner le premier rang. Françoise se consolait avec un certain dépit, et, sans l'entrain et la bonne humeur d'Agnès, la jalousie aurait peut-être divisé les deux cousines. ”
Augustin Gazier,
Histoire générale du mouvement janséniste…
“ Mais Sainte-Beuve et Cousin n’ont pas jugé avec équité cette maniaque dont les frasques les ont visiblement agacés. Il fallait pourtant que la célèbre marquise eut des mérites sérieux et un grand fonds de piété, puisque la Mère Angélique et la Mère Agnès ne cessèrent jamais de correspondre avec elle de la manière la plus affectueuse. En 1655, après quinze années de relations ininterrompues, Angélique lui disait « Je suis entièrement à vous du plus intime de mon cœur », et en 1662, lors de la mort de Pascal, la Mère Agnès lui écrivit une lettre qui paraît en dire bien long dans sa brièveté. ”
Julie Gouraud, Petite et grande, par Mlle Julie Gouraud… (1877)
“ Agnès, en le voyant s'éloigner, se demandait ce qui allait arriver. Christian continuerait son éducation; mais Geneviève et Françoise? quel chagrin elle aurait en les quittant! et sa vieille mère ? Mme de Flines vit ce qui se passait dans cette jeune tète, et prévint toutes les questions : « Mon enfant, aie confiance en ton oncle qui a l'expérience de la vie. Je veux que tu te reposes. Ton lit sera près du mien, et j'entends que tu dormes tard. » Dormir quand il fait jour, quand les oiseaux chantent et que les fleurs s'épanouissent! Quelle pénitence pour Agnès! du moins elle le croyait ”
