“ Un jour un étranger vient le consulter comme l’homme qui connaissait le mieux l’histoire : « Adressez-vous, lui dit-il, à dom Mabillon. » L’étranger va trouver le bénédictin. « On vous a trompé, dit celui-ci, en me désignant à vous comme pouvant vous donner les renseignemens les plus exacts ; allez trouver M. Du Cange. — Mais, dit le visiteur, c’est de sa part que je viens. — Il est mon maître, répondit Mabillon. Toutefois, je n’en suis pas moins prêt à vous communiquer ce que je sais. » ”
Mabillon
Définition et enjeux
Citations sur “Mabillon”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ Aussi ce livre fut-il traduit dans toutes les langues de l’Europe, et reproduit en Italie sous le titre de Schola mabilloniana ; mais, quoique inspiré par les sentimens les plus purs, quoique honoré des plus nobles suffrages, il fut pour Mabillon une source de vifs chagrins, en l’engageant malgré lui dans une polémique contre l’abbé de Rancé. Le célèbre réformateur prétendait que recommander aux moines les travaux de l’esprit, c’était irriter leur orgueil ; Mabillon soutenait au contraire que la vraie science conduit à l’humilité. ”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ Mabillon accueillit son arrêt avec une sérénité parfaite, et son premier soin fut de demander dom Thierry Ruinart, son collaborateur et son ami. « Il faut nous séparer, lui dit-il en l’apercevant ; » et comme Ruinart répondait par des larmes : « Pourquoi vous affligez-vous ? reprit Mabillon ; n’est-il pas juste que je parte le premier ? n’y a-t-il pas assez long-temps que je suis dans ce monde ? ne faut-il pas aller à Dieu ? » Ruinart n’essaya point de le consoler par ces mots rassurans qu’inspirent les affections humaines à ceux qui vont perdre un être chéri. ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ Les recherches scientifiques de Mabillon vont l’obliger à sortir du monastère, mais son activité littéraire n’en sera pas ralentie. Déjà en 1680, avant la publication du Traité de diplomatique, il était allé en Champagne et en Lorraine ; en 1672, il avait parcouru la Flandre. En 1682, Colbert l’envoya en Bourgogne pour examiner quelques anciens titres ; Mabillon en rapporta des documents qui furent insérés dans les Vetera Analecta, et le récit des pérégrinations d’un érudit à la recherche de ce qui peut l’aider dans ses travaux. ”
Natalis de Wailly, Notice sur M. Daunou (1855)
“ « Mabillon, continue-t-il, voit même de l'excès dans les éloges dont Abailard et Héloïse y sont comblés; comme si l'on pouvait trop honorer et consoler l'infortune, quand elle n'a été méritée que par des erreurs ou par des faiblesses'. » On peut juger du cas qu'il faisait de Tacite par les paroles suivantes : « Son caractère, son génie, et, à vrai dire, tout ce qu'il y a de mémorable dans sa vie, il faut le chercher dans ses ouvrages : c'est là qu'il continue de vivre pour les délices des hommes sages, pour l'effroi des pervers et pour l'instruction de la plus lointaine postérité2. » ”
Thomas Brunton, Esquisses morales et littéraires… (1874)
“ Le Père Mabillon prit officiellement la défense de Vossius; il soutint que les mots : toute la terre, dans le langage de l'Écriture, ne signifiaient souvent qu'une partie du globe; et, en effet, dans le Livre des Juges, on répète plusieurs fois : Et terra quievit (la terre se reposa) , quand il s'agissait seulement du pays de Chanaan; Mabillon fit surtout observer que Vossius convenait que tous les hommes, à l'exception de la famille de Noé, avaient été enveloppés dans les eaux, ce qui était un point touchant presque au dogme. ”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ L’exemple de Mabillon et de ses savans disciples pourra stimuler utilement leur zèle, et il leur sera facile de se convaincre qu’une mission scientifique, au temps de Louis XIV, n’était pas ce qu’elle est trop souvent de nos jours, une affaire de complaisance pour le ministre qui l’accorde, une affaire d’agrément pour le touriste qui la remplit, une charge inutile pour le budget qui la paie. Pendant leur séjour en Italie, qui fut de quinze mois, Mabillon et ses compagnons de voyage avaient feuilleté, collationné, analysé ou copié plus de trois mille manuscrits. ”
Pierre Marie Brin, Saint Michel et le Mont-Saint-Michel (1880)
“ Julien Doyte terminait sa lettre en s’excusant de ne pouvoir contribuer à l’œuvre de Mabillon: «Il seroit trop juste, ajoutait-il, que notre monastère contribuast à la gravure des planches, et si j’en avois eu la nouvelle quand notre premier procureur étoit à Paris, je l’aurois chargé de donner quelque chose à votre révérence; mais il me seroit plus facile de tirer de l’eau de notre rocher que de l’argent de nos officiers. Et en vérité, quand ils le voudraient, ils ne le pourraient pas à présent; la misère est si grande que cela passe l’imagination (Bibl. Nat., f. fr., n. 19,652) .» ”
Léon Aubineau, M. Augustin Thierry : son système historique et ses erreurs… (1879)
“ Une discipline exacte et une domination assurée de son propre cœur peuvent ainsi ajouter de grandes lumières à l'intelligence humaine. Trèscertainement les observances monastiques ont été pour quelque chose dans cette lucidité du coup d'œil, cette fermeté de critique, cette grâce sereine, facile et éloquente qui ont distingué à un si haut degré le génie de Mabillon. C'était un homme modeste et laborieux, qui n'avait souci que de la vérité et se jouait au milieu des solutions les plus difficiles, avec une aisance où la préoccupation de luimême n'apportait aucune contrainte. ”
Natalis de Wailly, Notice sur M. Daunou (1855)
“ Mabillon, qu'une immense lecturè de chartes et de manuscrits de tous les genres avait initié à tous les secrets de la paléographie, reconnut aussitôt les erreurs du savant Bollandiste. Il les combattit avec force, quoique avec mesure, et, posant lui-même les vrais principes de la science, il éleva sur des bases inébranlables et sous le titre modeste de De Re diplomatica, un monument accompli d'érudition et de critique, que les attaques les plus vives n'ont pu atteindre, et qui doit rester à jamais comme un guide et une autorité infaillibles pour tous les savants. ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ Sans doute, l’activité prodigieuse et la rapidité dans le travail d’un Mabillon et d’un Montfaucon donnèrent de merveilleux résultats, mais ces deux hommes en particulier, à la suite de dom Luc d’Achéry, favorisèrent l’éclosion de talents qui s’associèrent et qui, restés isolés, n’eussent presque rien produit. Sous leur influence puissante et douce, l’abbaye de Saint-Germain devint un foyer d’érudition que nos sociétés de savants modernes ne sauraient faire oublier. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Le P. Mabillon prétend que la coule dans son origine est la même chose que le scapulaire. Cependant l’auteur de l’apologie de l’empereur Henri IV. distingue deux sortes de coules ou plutôt de vêtemens des anciens moines ; l’une est une robe qui descend jusqu’aux piés, qui a des manches & un capuchon, & sert dans les cérémonies ; une autre qui n’est qu’un chaperon pour travailler, & qu’on nomme scapulaire, parce qu’il ne couvre que la tête & les épaules. ”
François-René de Chateaubriand,
Vie de Rancé
(1874)
“ Rancé ne rencontra pas toujours des Mabillon, il eut des adversaires plus ignorants, par conséquent plus sûrs d'eux-mêmes. ”
Nicolas Du Bout, Histoire de l'abbaye d'Orbais… (1890)
“ Son portrait existait notamment à Saint-Germain en Laye chez l'un des principaux officiers de la petite cour de Jacques II d'Angleterre, le duc de Perth, qui permit d'en prendre des copies pour faire honneur à la mémoire de l'illustre défunt. Mabillon et la société de l'abbaye de Saint-Germain des Prés à la fin du dix-septième siècle (1664-1707) par Emmanuel de Broglie, 2 vol. in-8°, Paris, Plon, 1888, t. II, p. 291. Sur la vie de ce grand religieux, v. aussi D. JEAN MABILLON (1632-1707) par H. Jadart (extrait du t. 64 des travaux de l'Académie de Reims) , 1879, in-8. Cf. ”
Albert Lecoy de La Marche, Vie de saint Martin : évêque de Tours… (1895)
“ Toutefois, lorsqu'un puissant de la terre, lorsque le préfet Vincent, par exemple, homme d'une vertu éclatante cependant, demande à prendre sa part de l'hospitalité des frères, on le lui refuse obstinément : l'abbé ne veut pas de pareils convives ; il craint d'en tirer vanité, lui ou les siens, et préfère garder intact le parfum d'humilité qui règne dans son monastère 3. Mabillon, une des plus grandes gloires de l'ordre de Saint-Benoît, avoue lui-même que ce dernier s'est inspiré du saint évêque de Tours en plus d'un chapitre de sa fameuse règle4. ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ Le premier mémoire est la lettre qui a pour titre : Eusebii Romani ad Theophilum gallum epistola de cultu sanctorum ignotorum, 1re édit., in-4o, Paris, 1698 ; 2e édit., in-12, Paris, 1705 (voir plus haut : Vie, col. 1429) . Se trouvant à Rome, Mabillon avait étudié sur place les principes sur lesquels on se fondait pour reconnaître les reliques : un décret de la S. Congrégation des Rites rendu en 1668 donnait comme indices du martyre la palme gravée sur la pierre du loculus où étaient renfermés les ossements, et la fiole de sang placée à côté. ”
Waast-Barthélemy Henry, Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre… (1853)
“ Voyez Traité des études monastiques, in-12 publié en 1691. quement occupés du travail des mains, Mabillon répondit que le but des religieux de Saint-Maur et l'esprit de leur institution n'était pas de leur ressembler ; leur vie, dit-il, est moins une vie monastique qu'une vie cléricale ; en entrant dans le cloître, ils comptent y mener celle d'un prêtre et d'un homme d'étude, et non celle d'un laboureur. Les ouvrages littéraires et les recueils historiques dus à la plume des bénédictins de l'Ordre de Saint-Maur ont immortalisé leur congrégation et forment une des gloires de la France (1) . ”
Hermann Dieterlen, Adolphe Mabille (1836-1894) (Nouvelle édition… (1930)
“ En effet ce qui caractérisait M. Mabille, ce qui d'emblée frappait tous ceux qui l'approchaient et qui étaient capables de le comprendre, c'était la consécration entière et sans réserve aucune de toutes ses pensées, de toutes ses forces, et de tous ses instants au service de Dieu et de son règne. Il était avant tout un homme d'action, d'initiative féconde et de dévouement absolu. S'il avait toutes les qualités qui font les maîtres, il avait aussi toutes celles qui font les ouvriers, et les bons ouvriers. ”
Alexandre Dumas,
Les femmes fatales. La vierge de Mabille
(1876)
“ Sextius Bonenfant avait parlé avec une telle volubilité qu'il fut obligé de respirer. Julien en profita pour prendre le dessus. — Voilà précisément, fit-il, ce qu'il ne faut pas que Vous laissiez dire à d'autres, mon cher et bon ami. Se battre pour une femme de Mabille, c'est absurde sinon odieux, à moins, écoutez-moi bien, que ce ne soit un acte de réparation et de charité. ”
Hermann Dieterlen, Adolphe Mabille (1836-1894) (Nouvelle édition… (1930)
“ Le pauvre homme y vit une promesse et une espérance. Ses larmes s'arrêtèrent. On pria encore une fois ensemble, on se serra les mains, et l'on partit. Mais c'est malades de corps et d'esprit que M. et Mfme Mabille arrivèrent dans la petite ville d'Aliwal North (colonie du Cap) , où plusieurs de leurs collègues les avaient précédés ou les rejoignirent. C'est de là qu'on suivait anxieusement la marche des événements, plongeant en vain les regards dans un avenir impénétrable ; c'est aussi de là qu'on s'efforçait d'intéresser au sort des Bassoutos les autorités de la colonie du Cap. ”
Hermann Dieterlen, Adolphe Mabille (1836-1894) (Nouvelle édition… (1930)
“ « Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais un esprit de force. » Il appuyait énergiquement et longuement sur ce dernier mot, qui s'appliquait si bien à lui et qui exprimait ce qu'il avait été toute sa vie, au physique et au spirituel : un homme fort, un homme d'action. CHAPITRE XX LA PIÉTÉ Nous disions au commencement du chapitre précédent que le mot d'ordre de M. Mabille semblait avoir été celui-ci : tout donner à Dieu. Cette formule serait cependant bien incomplète si nous n'y ajoutions pas ces mots : et tout recevoir de Dieu. ”
Hermann Dieterlen, Adolphe Mabille (1836-1894) (Nouvelle édition… (1930)
“ Il la trouve en lui. Elle est là. Elle s'impose. Elle le presse. Elle le pousse à l'action. C'est Dieu qui, par ces moyens mystérieux dont il possède seul le secret, l'a déposée en lui, et l'a ensuite envoyée dans le monde pour la mettre en valeur et lui faire produire les développements qui y sont contenus à l'état de germe. Nous sommes convaincu que, pour le Lessouto, cet homme providentiel, arrivant au moment voulu et porteur d'idées fécondes et saines, ce fut M. Mabille, ce nouveau missionnaire dont nous venons de raconter la jeunesse et la préparation. ”
“ Ce ne sont plus que des moignons racornis : eh bien, depuis ce temps jusqu’aujourd’hui, je n’ai jamais entendu parler de l’homme que vous demandez. Je serai cependant votre guide, à vous, messagers d’Arthur, jusqu’auprès de l’animal le plus vieux de ce monde et celui qui circule le plus, l’aigle de Gwernabwy. » Gwrhyr dit : « Aigle de Gwernabwy, nous, messagers d’Arthur, nous sommes venus vers toi pour te demander si tu sais quelque chose au sujet de Mabon, fils de Modron qui a été enlevé à sa mère, la troisième nuit de sa naissance. » ”
Hermann Dieterlen, Adolphe Mabille (1836-1894) (Nouvelle édition… (1930)
“ Mais le temps marchait. Le désir de Mabille était toujours de devenir missionnaire en Chine. Ses pensées et ses prières le portaient sans cesse vers cette immense et étrange contrée, vers « ces millions de créatures humaines qui y meurent sans connaître leur Sauveur », dont le souci avait été implanté dans son coeur par les paroles d'un Anglais de passage à Kendal. Le Comité de Paris se disposant à cette époque à envoyer des missionnaires en Chine, il semblait que Mabille en tous les cas dût être l'un d'eux. ”
Hermann Dieterlen, Adolphe Mabille (1836-1894) (Nouvelle édition… (1930)
“ Ce retour fut pour M. Mabille une amère déception. Il eût fallu, disait-il, hiverner quelque part dans l'Etat libre de l'Orange, marcher vers l'ouest, remonter vers le pays des Matébélés et de là, pénétrer dans celui des Banyaïs. Tout plutôt que cette retraite qui pouvait décourager les églises du Lessouto et étouffer dans son germe leur première tentative de mission extérieure. Au surplus, un premier échec ne pouvait être pour un homme comme lui une défaite définitive ; on devait, on pouvait encore réussir. ”
Alexandre Dumas,
Paris et les parisiens au XIXe siècle…
(1856)
“ Toutes ces renommées se taisent, et toutes ces gloires pâlissent devant Mabille. Mabille c'est Paris qui danse, c'est le bal public par excellence; à l'étranger on ne connaît que Mabille. Quand le czar signait des passeports aux princes russes, c'est à Mabille qu'ils descendaient tout d'abord ; ils n'auraient pas voulu commencer ailleurs leurs études sur le monde parisien. ”
Hermann Dieterlen, Adolphe Mabille (1836-1894) (Nouvelle édition… (1930)
“ Quoi d'étonnant si les livres imprimés à Morija n'étaient pas parfaits, comparés aux produits d'établissements similaires en Europe ou même dans certaines colonies ? Pour atteindre la perfection, il eût fallu dépenser beaucoup d'argent et travailler très lentement. Les besoins étaient pressants, et M. Mabille se disait qu'il vaut mieux faire ce que l'on peut que rien du tout. Les grands résultats obtenus par son imprimerie prouvèrent éloquemment combien était juste sa manière d'envisager la question. ”
Hector Malot,
La Bohême tapageuse. La duchesse d'Arvernes
(1880-1881)
“ Loin était le temps où elle lui déplaisait, et ce n'était pas sans protestations vigoureuses qu'il entendait parler d'elle en mal : « Pas belle, allons donc ! — Des amants, qu'en savait-on ? » En revenant de Mabille, elle lui avait dit qu'elle aurait besoin de lui le lendemain. Lorsqu'il arriva, elle accourut à lui légèrement. — Il m'est venu hier à Mabille une idée qu'il faut que vous m'aidiez à réaliser. ”
Léon Rossignol, Lettres d'un mauvais jeune homme à sa Nini (1866)
“ Je trouve monotones messieurs les écuyers et mesdames les écuyères qui, depuis ving t-cinq ans, crèvent des ronds de papier qui ne leur ont jamais rien fait. - Moi qui n'ai pas encore frisé la quarantaine, et qui ne porte pas encore l'abat-jour vert de mon ami Edmond Martin, je préfère Mabille. Mabille, je le veux bien, est le rendez-vous de toutes les drôlesses ; elles se promènent là avec un aplomb qu'excuse leur dévergondage ; elles mêlent l'odeur de leur poudre de riz à la senteur embaumée des roses; mais elles amusent. ”
Alexandre Dumas,
Les femmes fatales. La vierge de Mabille
(1876)
“ Ce fut tout un événement et qui aurait dû décourager les soupirants. Il n'en fut rien. La résistance n'est-elle pas l'excitant de l'amour, de la passion et de la vanité? Madame Dumont n'aimait pas; mais le jeu qu'elle jouait avec ses adorateurs, elle faillit en être victime elle-même. De tous les habitués de Mabille, un seul n'avait pour elle ni une attention ni un regard. ”
