“ Ici nul besoin de lever de nez pour voir ce qui se passe, tout est à la hauteur des yeux. Ainsi, dans une ruelle où j’étais perdu, j’aperçus un écriteau au-dessus d’une porte. Trouvait-on des logements à louer à Tombouctou ? Je lus : « Ici habita René Caillié en 1828. » C’était là ! Le premier blanc qui soit allé à Tombouctou et qui en soit revenu ! Le faux Arabe, le Français qui se maquilla pendant cinq ans et que le scorbut, sans doute pour aider à son déguisement, défigura ! René Caillié ! Juste cent ans. Le malheureux ! La gloire coûte cher. — Yacouba ? demandai-je à un enfant nègre. ”
Citations sur “René Caillié”
Nouvelles parisiennes (1843)
“ Quand se lève le lendemain la veille est oubliée. Peut-être même serait-il plus exact de dire que, pour l'immense majorité des Français, Réné Caillié est encore inconnu ; son obscurité première, sa modestie, sa retraite subite, tout a contribué à assoupir dans un étroit rayon la célébrité qui était due à une vie si extraordinaire. Réné Caillié n'a vécu jusqu'ici que dans son œuvre ; son nom, que la postérité ne prononcera qu'avec admiration, n'a pu se faire jour encore à travers cette nuée de médiocrités en tout genre qui accaparent isolément toutes les voix de la renommée. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Le vieillard m’assura qu'il ne fallait pas faire attention à ce que cet esclave disait, que celui qui portait mon sac avait en effet mal au cou, mais qu’il avait son âne qui suppléerait à ce petit malheur. Je me plaignis à lui de l’insolence de son esclave ; il paraissait de fort mauvaise humeur, toutefois il mit tout en maugréant son bagage sur l’animal déjà très chargé, et nous continuâmes à marcher. Je le suivais portant la natte sur laquelle je couchais, mon pot de terre et mon parapluie. Lorsque nous eûmes rejoint nos gens, les femmes se chargèrent de tout cela. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ La veille, Lamfia m’avait demandé si je voulais acheter de la viande ; j’avais répondu qu’il me fallait être économe, ayant une longue route à faire, et il n’avait pas paru très content. Dans les rues, des vieillards qui portaient un petit manteau d’écarlate, garni d’une étoffe de coton à fleurs jaunes pour imiter les galons d’or, et sur la tête un bonnet rouge, allaient partout en disant : Allah akbar, la illa il Allah. Une foule, où beaucoup portaient de vieux habits rouges de soldats anglais, d’autres des manteaux ou de vieux chapeaux européens, était rassemblée dans la plaine. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Le vieillard était étendu sur son lit et disait ses prières, très recueilli, son chapelet à la main. Il sortit en nous disant d’attendre un moment et revint suivi d’une esclave qui portait sur la tête une calebasse de riz avec une mauvaise sauce aux herbes dont il me fit cadeau. Puis le soir il m’envoya dire qu’il se présentait une occasion pour aller à Djenné et qu’il me ferait conduire à Timé d’où partait la caravane. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Sur leurs demandes réitérées, je leur représentais que j’avais une longue route à faire pour me rendre à la Mecque ; que le peu de marchandises que j’avais ne serait peut-être pas suffisant pour y arriver, et qu’alors je courrais les risques de rester en route. Ils étaient peu touchés de cette observation et, me montrant ma couverture de laine et mon sac de cuir, ils me disaient : « Tiens, voilà une couverture et un sac dans lesquels il y a beaucoup d’étoffes et diverses marchandises : l’Arabe ne donne rien à personne; il n’est pas bon. » ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Dans chaque village, les habitants formaient une haie autour de moi et ils allumaient, le soir, des poignées de paille pour mieux me voir ; mais ils étaient doux et gais et se perdaient en compliments que ma modestie ne me permet pas de répéter : « C’est un blanc, disaient-ils quelquefois, ah ! comme il est bien ! » A Sigala, nous allâmes voir Baramisa, le chef du Ouassoulo, qui y réside. Il était couché dans sa case auprès de son chien au museau pointu, aux longues oreilles et au poil rouge, qui grogna beaucoup, mais qu’il finit par apaiser. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ On peut supposer que c’est à ce moment que Caillié commença de se dire que ce n’était pas une grande caravane de ce genre qui parviendrait au coeur de l’Afrique : il fallait partir tout à fait seul et, puisque les chrétiens seraient toujours molestés par ces populations fanatiques, il fallait se faire passer pour Arabe. Qu’on songe au prodigieux courage qu’il lui fallait pour rêver seulement à accomplir un pareil projet! Tant d'explorateurs héroïques avaient succombé déjà, les Watt, les Win-terbottom, les Hornemann, les Mungo Park! ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Fatigué de ces vexations, je pris le parti de me réfugier sous la tente d’un bon forgeron qui avait fait le voyage de la Mecque, ce qui le rendait recommandable dans le pays. Sa vieille mère était très pieuse, aussi me reçut-elle fort bien ; elle me donna pour me rafraîchir du lait et de l’eau, boisson nommée cheni, comme chez les Braknas. La bonne vieille crut faire un acte méritoire devant Dieu en disant que sa tente était la mienne, que je pouvais venir y dormir quand je voudrais ; quoique dévote musulmane, elle était gaie et plaisantait souvent ”
René Caillié,
Voyage d'un faux musulman à travers l'Afrique
“ Un soir que la petite caravane avait, comme d’ordinaire, fait halte auprès d’une source pour y passer la nuit, je vis un jeune Foulah qui ne pouvait se lasser de me regarder. Il me proposa de le suivre à son camp, pour boire du lait. Comme je ne voulais pas y aller seul, il engagea un de mes compagnons de voyage à m’accompagner : deux d’entre eux s’y prêtèrent avec complaisance. Le jeune homme marchait devant nous pour nous enseigner la route, et avait soin d’ôter de grosses pierres qui se trouvaient sur mon passage. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Il était près de neuf heures du matin quand nous parvînmes au village de mon guide, Sambatikila, qui est entouré d’un double mur, et nous allâmes tout droit chez l’almamy, pieux vieillard que nous trouvâmes couché dans sa cour, sous un petit hangar. Il s’assit sur son séant et me tendit la main pour faire les salutations d’usage : Salamalécoum; malécoum salam; énékindé; a kindé, puis, après m’avoir touché, il se porta les doigts sur la poitrine et la figure comme une chose salutaire. Il était très proprement habillé en Arabe avec un turban rayé de rouge et de blanc. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Notre caravane, composée de quatorze hommes et d’une femme, partit de Bagaraya le Ier juin. Plusieurs marchands foulahs qui revenaient de Kankan et que nous rencontrâmes s’écriaient avec étonnement : « Un blanc qui va dans l’est ! » et voulaient m’arrêter ; heureusement Lamfia leur expliqua que j’étais un chérif de la Mecque, que je lisais bien le Coran, chose qu’un chrétien ne voudrait pas faire, et comme un Foulah m’adressa quelques mots arabes, j’y répondis, ce qui prouva à ses camarades qu’il le savait : il en fut si content qu’on me laissa passer. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ El-nosrani! el-nosrani! (le chrétien ! le chrétien !) , tandis que les enfants me jetaient des pierres. L’une d’elles mit ma patience à bout ; elle alla jusqu’à me frapper d’une baguette : je la lui arrachai et lui en appliquai un si vigoureux coup sur le visage, que toutes les autres furent effrayées et prirent la fuite. Nous descendîmes chez une connaissance de mon guide, où je fus très bien reçu : on me donna pour mon souper du couscous qui me parut délicieux ; c’était la première fois que j’en mangeais depuis que j’étais chez les Maures. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Le vent d’est nous consumait beaucoup d’eau en séchant nos outres : une grande partie en filtrait par les pores. Toute la nuit nous marchâmes, mais je ne pus dormir sur mon chameau : je souffrais trop, et c’est épuisée par la soif que la caravane fit halte à neuf heures du matin. Couché sur le sable, je proposai à Ali d’acheter deux ou trois outres de plus, moyennant quelques marchandises. Il me répondit que personne n’en voudrait vendre à aucun prix et que mieux valait envoyer un homme aux puits les plus voisins ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Ce chef ne parlait pas arabe ; il me fit demander si je connaissais le mandingue. Mes compagnons le prévinrent de ce qui m’amenait en sa présence. Celui qui gardait la porte répétait à haute voix le rapport qu’on faisait, afin que le chef (qui sans doute avait l’ouïe un peu dure) pût entendre ; il me demanda si je parlais bambara. Un des Maures que j’avais vus chez le chérif vint me joindre ; on l’annonça, et aussitôt la porte de l’escalier s’ouvrit : tous les assistants eurent le plaisir de voir ce chef mystérieux. Il me parut âgé et très gros ; il y voyait à peine ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Heureusement la plus grande partie de la caravane persista à gagner Djenné et je fis marché avec un vieil homme de Timé, nommé Kai Mou, pour qu’il me fît porter mon bagage par ses gens. Karamoosila refusa d’accepter un joli morceau d’étoffe de couleur et déclara que ce qu’il avait fait pour moi, c’était afin d’accomplir une action agréable à Dieu et au Prophète. Il me demanda pourtant de lui vendre des ciseaux et un peu de papier ; je compris ce que cela voulait dire et m’empressai de les lui donner. Il me demanda aussi des cauris sous prétexte qu’il en manquait, mais je n’y fis pas attention. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Alors il devient extrêmement malheureux : rarement on lui accorde l’hospitalité; sa vie n’est plus qu’une longue angoisse ; souvent il succombe sous le poids de sa misère, sans qu’aucun de ses semblables daigne jeter sur lui un regard de pitié. J’en ai vu un dans le camp où j’étais; il était absolument nu : il vint demander l’aumône et l’hospitalité ; mais loin d’obtenir le moindre rafraîchissement ou même le moindre signe de pitié, on le chassa en le frappant inhumainement, et l’on excita tous les chiens du camp à sa poursuite. ”
Étienne Richet,
La Mauritanie
(1920)
“ Il rapportait diverses notes sur les peuplades parmi lesquelles il avait vécu, mais peu de chose sur le pays lui-même. En 1814, René Caillié, de Mauzé, près Niort, orphelin et sans amis, s'embarquait à quinze ans pour le Sénégal ; sous prétexte de négoce, il séjourna longtemps chez les tribus Trarza et y apprit la langue, les mœurs, les coutumes du pays; après dix ans d'obstacles et d'efforts, il réussit à pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique jusqu'à Djenné et jusqu'à l'inaccessible Tombouctou (1828) d'où il revint, à pied, jusqu'à Tanger. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Quand je mangeais, ils s’approchaient en ouvrant une grande bouche, puis mettaient leurs doigts entre leurs dents pour me contrefaire et s’écriaient : « Il ressemble à un chrétien. » Je ne possédais plus réellement que ma couverture, mon coussabe neuf de Tombouctou et le cadenas du sac où je mettais mes notes : tout cela éveillait leur convoitise et, quand je demandais de l’eau, ils me disaient : « Donne-nous ton coussabe et ton cadenas et tu auras à boire. » Je m’adressais à Sidi-Ali qui m’en faisait délivrer ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Le 4 septembre, nous parvînmes à un petit camp occupé par des esclaves d’Hamet-Dou qui cultivaient le mil. C’était la première fois qu’ils voyaient un Européen : ils se pressèrent autour de moi jusqu’à ce qu’un vieux marabout, qui paraissait être leur chef, les fît retirer. Il me questionna au sujet de ma conversion à l’islamisme et, après m’avoir fait répéter quelques mots du Coran, ordonna qu’on fît du sanglé. Chaque famille nous en apporta une petite calebasse ; mais il fallait être affamé comme nous l’étions pour le manger : ces malheureux n’avaient ni sel ni lait. ”
René Caillié,
Voyage d'un faux musulman à travers l'Afrique
“ L’endroit était d’une aridité affreuse ; pas un seul petit brin d’herbe ne reposait l’œil. Les chameaux, exténués de fatigue et de jeûne, couchés près des tentes, la tête entre les jambes, attendaient tranquillement le signal du départ. Enfin il fut donné : à quatre heures et demie, Sidi-Ali (le propriétaire du chameau qui portait Abdallahi) jeta quelques poignées de doknou dans une grande calebasse, versa de l’eau dessus et mêla le tout avec ses mains, en y plongeant les bras jusqu’aux coudes : spectacle repoussant pour tout autre que des affamés ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Il y rencontra une jeune femme dont le mariage avait été rompu : son mari était bigame! Il l’épousa. Et le nouveau roi, Louis-Philippe, l’invita à dîner. Bien. Mais, à Mauzé, où il s’en revint pour habiter avec sa femme, il ne fut pas très bien reçu : il était taciturne et froid, il avait d’assez disgracieuses façons; il n’avait pas, paraît-il, « cette fleur d’urbanité qui embellit les relations sociales ». Il acheta en 1832 pour quinze mille francs un petit domaine de cultures, entre Rochefort et Saintes, à Beurlay, et il devai lui naître là, en 1833 et 1835, une fille et un fils. ”
René Caillié,
Voyage d'un faux musulman à travers l'Afrique
“ Le 14 mai, Ibrahim mène Abdallahi aux champs où travaillent ses esclaves. Ils préparaient la terre pour la semence. Les hommes, tout nus sous un soleil brûlant, remuaient la terre à un pied de profondeur avec une pioche à manche court et très incliné, fabriquée dans le pays et qui est là, comme dans presque tous les pays traversés par notre voyageur, le seul instrument aratoire. Les femmes, à moitié nues, leurs enfants attachés sur le dos, ramassaient des herbes sèches, et les mettaient en tas pour les brûler sur le sol, seul amendement que la terre reçoive en ces contrées. ”
René Caillié,
Revue des Deux Mondes
“ Je ne la trouvai ni aussi grande, ni aussi peuplée que je m’y étais attendu ; son commerce est bien moins considérable que ne le publie la renommée ; on n’y voit pas, comme à Jenné, ce grand concours d’étrangers, venant de toutes les parties du Soudan. Je ne rencontrai dans les rues de Temboctou que les chameaux qui arrivaient de Cabra, chargés des marchandises apportées par la flottille ; quelques réunions d’habitans assis par terre sur des nattes, faisant la conversation, et beaucoup de Maures couchés devant leur porte, dormant à l’ombre. En un mot, tout respirait la plus grande tristesse. ”
Jules Verne,
Cinq Semaines en ballon
“ Cinq ans plus tard, le major Laing devait s'élancer au travers du Sahara, pénétrer jusqu'à Tembouctou, et mourir étranglé à quelques milles au-dessus par les Oulad-Shiman, qui voulaient l'obliger à se faire musulman. —Encore une victime ! dit le chasseur. —C'est alors qu'un courageux jeune homme entreprit avec ses faibles ressources et accomplit le plus étonnant des voyages modernes ; je veux parler du Français René Caillié. ”
René Caillié,
Revue des Deux Mondes
“ Nous le trouvâmes seul dans sa hutte que décoraient des arcs, des carquois, et des dards appendus aux murs. Il nous fit asseoir sur une peau de bœuf. Comme on peut le croire, il fut question de moi, et il promit que je traverserais la rivière le lendemain. Les voyageurs sont passés par ses esclaves, et dans cette circonstance, on lui paie un droit en marchandises d’Europe, telles que poudre à canon, tabac, couteaux, ciseaux, etc. ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ En arrivant à quelques journées de marche au nord, sa caravane fut arrêtée par des Touaregs, d’autres disent des Berbiches. Reconnu pour chrétien, on ne cessa de le frapper à coups de bâton que lorsqu’on le crut mort. Je suppose qu’un autre chrétien, qui périt sous les coups, était domestique du major. Les Maures de sa caravane le relevèrent et le ranimèrent ; on dut l’attacher sur un chameau pour qu’il pût se soutenir. A Tombouctou, il guérit de ses blessures et il ne subit pas trop de vexations (Planche extraite de la première édition du Journal d'un voyage à Temboclou.) ”
René Caillié,
Le Voyage de René Caillié à Tombouctou et à travers l'Afrique…
(1932)
“ Je partis le g en compagnie du fils de mon marabout, et, après qu’il eut essayé, sans succès, de me retenir au camp de Moctar Boubou, où nous passâmes, je finis par gagner l’escale. Là j’empruntai à un traitant, à bord de la goélette la Désirée, une pièce de guinée, du sucre, du tabac et un peu de papier, sur lequel j’écrivis à M. le commandant pour le prier de me faire délivrer quelques modestes marchandises. Puis, au lieu d’attendre la réponse à l’escale, j’annonçai à mon compagnon maure, à sa grande surprise, que nous allions repartir pour le camp. ”
