“ Toi qui fais ton plaisir du bonheur des humains, Philippe, il est pourtant un malheureux en France. Du dieu des vers un fils infortuné Depuis un temps fut par toi condamné À fuir loin de ces bords qu’embellit ta présence : Songe que d’Apollon souvent les favoris D’un prince assurent la mémoire : Philippe, quand tu les bannis, Souviens-toi que tu te ravis Autant de témoins de ta gloire. Jadis le tendre Ovide eut un pareil destin ; Auguste l’exila dans l’affreuse Scythie : Auguste est un héros ; mais ce n’est pas enfin Le plus bel endroit de sa vie. ”
Résumé
Épîtres, recueil de poèmes épistolaires de Voltaire, explore avec acuité les paradoxes de l’humanité, la vengeance et les tensions entre le cœur et l’esprit. Destiné à des figures historiques ou fictives comme Louis XIV, Mlle de Livry ou le Chinois Kien-Long, l’œuvre mêle satire, réflexions philosophiques et critiques sociales.
À travers des thèmes récurrents — le rôle de l’auteur, l’idéalisation de l’amour ou la glorification de la Chine — Voltaire interroge les conventions de son époque, souvent en s’adressant directement à ses contemporains. La structure épistolaire, associée à des motifs de dévotion ou de révolte, reflète sa volonté de dénoncer les absurdités humaines tout en célébrant la beauté de l’âme.
Citations de ÉPÎTRES (Voltaire)
“ Qui préside aux combats, qui commande à Bellone, Qui du fier Charles Douze égalant le grand cœur, Le surpasse en prudence, en esprit, en douceur. C’est lui-même, c’est lui, dont l’âme universelle Courut de tous les arts la carrière immortelle ; Lui qui de la nature a vu les profondeurs, Des charlatans dévots confondit les erreurs ; Lui qui dans un repas, sans soins et sans affaire, Passait les ignorants dans l’art heureux de plaire ; Qui sait tout, qui fait tout, qui s’élance à grands pas Du Parnasse à l’Olympe, et des jeux aux combats. ”
“ D’un obscur commentaire [10] ou d’un méchant sonnet ? Non, lorsqu’aux factions un peuple entier se livre, Quand nous nous égorgeons, ce n’est pas pour un livre. Hé ! quel mal après tout peut faire un pauvre auteur ? Ruiner son libraire, excéder son lecteur, Faire siffler partout sa charlatanerie, Ses creuses visions [11] , sa folle théorie. Un livre est-il mauvais, rien ne peut l’excuser ; Est-il bon, tous les rois ne peuvent l’écraser. On le supprime à Rome, et dans Londre on l’admire ; Le pape le proscrit, l’Europe le veut lire. ”
“ M’a lui seul assez enchanté. Votre âge quelquefois hasarde ses prémices [1] . En esprit, ainsi qu’en amour, Le temps ouvre les yeux, et l’on condamne un jour De ses goûts passagers les premiers sacrifices. À la moins aimable beauté, Dans son besoin d’aimer on prodigue son âme, On prête des appas à l’objet de sa flamme ; Et c’est ainsi que vous m’avez traité. Ah ! ne me quittez point, séducteur que vous êtes ! Ma muse a reçu vos serments... Je sens qu’elle est au rang de ces vieilles coquettes Qui pensent fixer leurs amants. ”
“ Des faucons, des auteurs, et surtout des catins ; Vous dont l’auguste sceptre au cuir blanc, au bout rouge, Est l’effroi des cocus et l’amour des p..., Vous daignez vous servir de votre aimable plume Pour dire à la postérité Que vous avez aimé certain Suisse effronté, Très-indiscret auteur de plus d’un gros volume, Mais dont l’esprit encor conserve sa gaîté. Il pense comme monsieur Hume, Il rit de la sotte âpreté De tout dévot plein d’amertume ; Tranquillement il s’accoutume À l’humaine méchanceté ; Le flambeau de la Vérité Quelquefois dans ses mains s’allume ”
“ Tu gardas les troupeaux, mais c’étaient ceux d’un roi ; Je n’aime les moutons que quand ils sont à moi. L’arbre qu’on a planté rit plus à notre vue Que le parc de Versaille et sa vaste étendue. Le Normand Fontenelle, au milieu de Paris [1] , Prêta des agréments au chalumeau champêtre ; Mais il vantait des soins qu’il craignait de connaître, Et de ses faux bergers il fit de beaux esprits. Je veux que le cœur parle, ou que l’auteur se taise ; Ne célébrons jamais que ce que nous aimons. ”
“ M. de Crébillon, malgré ce précepte, a risqué la coupe d’Atrée ; mais elle n’a pu réussir, à beaucoup près. Quelques esprits faux, quelques jeunes têtes qui n’ont pas réfléchi, croient que les atrocités sont le plus grand effort de l’esprit humain, et que l’horreur est ce qu’il y a de plus tragique. Elles se trompent beaucoup ; c’est tout ce qu’il y a de plus facile à trouver. Nous avons des romans inconnus, et fort au-dessous du médiocre, où l’on a rassemblé assez d’horreurs pour faire cinquante tragédies détestables. ”
“ Ô cœur toujours sensible ! âme toujours égale ! Vos mains du trône à moi remplissent l’intervalle [2] . Citoyen couronné, des préjugés vainqueur, Vous m’écrivez en homme, et parlez à mon cœur. Cet écrit vertueux, ces divins caractères, Du bonheur des humains sont les gages sincères. Ah, prince ! ah, digne espoir de nos cœurs captivés ! Ah ! régnez à jamais comme vous écrivez. Poursuivez, remplissez des vœux si magnanimes : Tout roi jure aux autels de réprimer les crimes ; Et vous, plus digne roi, vous jurez dans mes mains De protéger les arts, et d’aimer les humains. ”
“ Le sublime en tout genre est le don le plus rare [2] ; C’est là le vrai phénix ; et, sagement avare, La nature a prévu qu’en nos faibles esprits Le beau, s’il est commun, doit perdre de son prix. La médiocrité couvre la terre entière ; Les mortels ont à peine une faible lumière, Quelques vertus sans force, et des talents bornés. S’il est quelques esprits par le ciel destinés À s’ouvrir des chemins inconnus au vulgaire, À franchir des beaux-arts la limite ordinaire, La nature est alors prodigue en ses présents ; Elle égale dans eux les vertus aux talents. ”
“ Ingrate, te dit-il, ne te souvient-il plus [3] Des bienfaits que sur toi l’Amour a répandus ? J’avais une autre espérance [4] Lorsque je te donnai ces traits, cette beauté, Qui, malgré ta sévérité, Sont l’objet de ta complaisance. Je t’inspirai toujours du goût pour les plaisirs, Le soin de plaire au monde, et même des désirs ; Que dis-je ! ces vertus qu’en toi la cour admire, Ingrate, tu les tiens de moi. ”
“ Prennent ses lois : la terre est son empire ; Mais, croyez-moi, son trône est à Paris. Là, tous les soirs, la troupe vagabonde D’un peuple oisif, appelé le beau monde, Va promener de réduit en réduit L’inquiétude et l’ennui qui la suit ; Là, sont en foule antiques mijaurées, Jeunes oisons, et bégueules titrées, Disant des riens d’un ton de perroquet, Lorgnant des sots, et trichant au piquet : Blondins y sont, beaucoup plus femmes qu’elles, Profondément remplis de bagatelles, D’un air hautain, d’une bruyante voix, Chantant, dansant, minaudant à la fois. ”
“ Divinité que le ciel fit pour plaire, Vous qu’il orna des charmes les plus doux, Vous que l’Amour prend toujours pour sa mère, Quoiqu’il sait bien que Mars est votre époux ; Qu’avec regret je me vois loin de vous ! Et quand Sully [2] quittera ce rivage, Où je devrais, solitaire et sauvage, Loin de vos yeux vivre jusqu’au cercueil, Qu’avec plaisir, peut-être trop peu sage, J’irai chez vous, sur les bords de l’Arcueil, Vous adresser mes vœux et mon hommage ! ”
“ Je ris de cet auteur dont la frivole audace, Dans les dizains pompeux d’une ode qui nous glace, Présente à son héros les séduisants appas D’un éternel laurier que tous deux n’auront pas. Oui, Philippe, tu peux, sans qu’un rimeur t’encense. Jeter les fondements du bonheur de la France ; Et, sans tous les écrits de Pellegrin, de Roy, Le sévère avenir saura juger de toi. Je dis plus : un grand prince, artisan de sa gloire, Dans la postérité peut vivre sans l’histoire. ”
“ Jouissons, écrivons, vivons, mon cher Horace. J’ai déjà passé l’âge où ton grand protecteur, Ayant joué son rôle en excellent acteur, Et sentant que la mort assiégeait sa vieillesse, Voulut qu’on l’applaudît lorsqu’il finit sa pièce. J’ai vécu plus que toi ; mes vers dureront moins. Mais au bord du tombeau je mettrai tous mes soins À suivre les leçons de ta philosophie, À mépriser la mort en savourant la vie, À lire tes écrits pleins de grâce et de sens, Comme on boit d’un vin vieux qui rajeunit les sens. ”
“ Souffrez qu’il vous conduise au pays des désirs : Je vous apprendrai ses mystères ; Heureux, si vous pouvez m’apprendre ses plaisirs. Des Grâces vous avez la figure légère, D’une muse l’esprit, le cœur d’une bergère, Un visage charmant, où sans être empruntés On voit briller les dons de Flore, Que le doigt de l’Amour marque de tous côtés, Quand par un doux souris il s’embellit encore. ”
“ Qu’un Dieu pour le monde a pâti, J’ose adresser ma voix à mon vrai roi de gloire. De mon salut vrai créateur, De d’Argens et de moi l’unique rédempteur, Du salut éternel je ne suis pas en peine ; Mais de ce vrai salut qu’on nomme la santé, Mon esprit est inquiété. Pardonnez, cher sauveur, à mon audace vaine. Ô vous qui faites des heureux, L’êtes-vous ? souffrez-vous ? êtes-vous à la gêne ? ”
“ Ô roi David ! ô ressource assurée ! Viens ranimer leur langueur désœuvrée ; Grand roi David, c’est toi dont les sizains [3] Fixent l’esprit et le goût des humains. Sur un tapis dès qu’on te voit paraître, Noble, bourgeois, clerc, prélat, petit-maître, Femme surtout, chacun met son espoir Dans tes cartons peints de rouge et de noir [4] : Leur âme vide est du moins amusée Par l’avarice en plaisir déguisée. ”
“ Ce Clément, sans respect pour le public, décide d’un ton de maître que tel vers est ridicule, tel autre plat, tel autre grossier, sans alléguer la plus faible raison. Il ressemble à ces juges qui ne motivent jamais leurs arrêts. Nous ne connaissons point ce critique, nous ne connaissons point M. Delille ; mais nous remercions M. Delille du plaisir qu’il nous a fait. Nous avouons qu’il a égalé Virgile en plusieurs endroits, et qu’il a vaincu les plus grandes difficultés. Nous osons dire qu’il a rendu un signalé service à la langue française, et Clément n’en a rendu qu’à l’envie. ”
“ De père à ton monarque, à son peuple d’appui ; Toi qui, de tout l’État portant le poids immense, Immoles ton repos à celui de la France ; Philippe, ne crois point, dans ces jours ténébreux, Plaire à tous les Français que tu veux rendre heureux : Aux princes les plus grands, comme aux plus beaux ouvrages, Dans leur gloire naissante il manque des suffrages [1] . Eh ! qui de sa vertu reçut toujours le prix ? Il est chez les Français de ces sombres esprits, Censeurs extravagants d’un sage ministère, Incapables de tout, à qui rien ne peut plaire. ”
“ Payait l’heureux encens d’un plus adroit esclave. Frédéric exigeait des soins moins complaisants : Nous soupions avec lui sans lui donner d’encens ; De son goût délicat la finesse agréable Faisait, sans nous gêner, les honneurs de sa table : Nul roi ne fut jamais plus fertile en bons mots Contre les préjugés, les fripons, et les sots. Maupertuis gâta tout : l’orgueil philosophique Aigrit de nos beaux jours la douceur pacifique. ”
“ Il n’y a ni intrigue ni péripétie, rien qui vous tienne en suspens, rien qui vous surprenne, rien qui vous émeuve ; ce n’est qu’une atrocité longue et plate.4° La pièce pèche encore par un défaut plus grand, s’il est possible ; c’est un amour insipide et inutile entre un fils d’Atrée, nommé Plisthène, et Théodamie, fille de Thieste ; amour postiche qui ne sert qu’à remplir le vide de la pièce.5° Le style est digne de cette conduite : ce sont des répétitions continuelles du plaisir de la vengeance : Un ennemi ne peut pardonner une offense ; Il faut un terme au crime, et non à la vengeance. ”
“ De l’esprit sans effort, des grâces naturelles, De l’art de converser les naïves douceurs, L’honnête liberté qui réforma nos mœurs, Et tous ces agréments que souvent Polymnie Dédaigna d’accorder aux hommes de génie. Ne connaissez-vous point une femme de bien, Aimable en ses propos, décente en son maintien, Belle sans être vaine, instruite, et pourtant sage ? Elle n’est pas pour vous ; mais briguez son suffrage. Après un tel portrait cherchez-vous encor plus ? ”
“ Un esprit corrompu ne fut jamais sublime. Toi que forma Vénus, et que Minerve anime, Toi qui ressuscitas sous mes rustiques toits L’Électre de Sophocle aux accents de ta voix (Non l’Électre française [3] à la mode soumise, Pour le galant Itys si galamment éprise) ; Toi qui peins la nature en osant l’embellir, Souveraine d’un art que tu sus ennoblir, Toi dont un geste, un mot, m’attendrit et m’enflamme, Si j’aime tes talents, je respecte ton âme. ”
“ En tout temps, en tout lieu, le public est injuste : Horace s’en plaignait sous l’empire d’Auguste. La malice, l’orgueil, un indigne désir D’abaisser des talents qui font notre plaisir, De flétrir les beaux-arts qui consolent la vie, Voilà le cœur de l’homme ; il est né pour l’envie. ”
“ Discernant leurs instincts, assigna leurs emplois. Ainsi, par un goût sûr, par un choix toujours sage, Des talents différents tu fais un juste usage ; Tu sais de Melpomène animer les accents, De sa riante sœur chérir les agréments, Protéger de Rameau la profonde harmonie, Et mettre un compas d’or dans les mains d’Uranie. Le véritable esprit peut se plier à tout : On ne vit qu’à demi quand on n’a qu’un seul goût. ”
“ Un petit singe, à phrases compassées, Au sourcil noir, au long et noir habit, Plus noir encore et de cœur et d’esprit, Vomit sur lui ses fureurs empestées ; Mais, grâce au ciel, il est un roi puissant Qui d’un coup d’œil protège l’innocent, Et d’un coup d’œil démasque l’hypocrite ; Il hait la fraude, il hait les imposteurs ”
“ C’est à de tels esprits qu’il importe de plaire, Ce sont eux dont les yeux éclairent le vulgaire ; Quiconque a le cœur juste est par eux approuvé, Et peut aux yeux de tous marcher le front levé ; Chacun dans leur vertu se propose un modèle ; Le vice la respecte et tremble devant elle. La cour, toujours fertile en fourbes ténébreux, Porte aussi dans son sein de ces cœurs généreux. Tout n’est pas infecté de la rouille des vices : Rome avait des Burrhus ainsi que des Narcisses ”
“ À MONSIEUR LE MARQUIS DE VILLETTE [1] . (1777) Mon Dieu ! que vos rimes en ine M’ont fait passer de doux moments ! Je reconnais les agréments Et la légèreté badine De tous ces contes amusants Qui faisaient les doux passe-temps De ma nièce et de ma voisine. Je suis sorcier, car je devine Ce que seront les jeunes gens ; Et je prévis bien dès ce temps [2] Que votre muse libertine Serait philosophe à trente ans : Alcibiade en son printemps Était Socrate à la sourdine. ”
“ Fréron, qui ne peut courir, la prie de vouloir bien lui faire présent d’une paire d’ailes ; elle lui en donne, mais elle les lui ajuste à contre-sens : de sorte que Fréron, quand il veut voler en haut, tombe toujours en bas avec la Sottise, qu’il porte sur son dos. Cette imagination a été regardée comme la meilleure de tout l’ouvrage. On apprend, dans les notes ajoutées à ce poëme par l’auteur, « que Fréron était ci-devant un jésuite chassé du collège pour ses mœurs, qu’il fut ensuite abbé, puis sous-lieutenant, et se déguisa en comtesse ». ”
“ Et de Waller [4] enfin les écrits les plus beaux D’un illustre tyran n’ont pu faire un héros. Louis fit sur son trône asseoir la flatterie ; Louis fut encensé jusqu’à l’idolâtrie. En éloges enfin le Parnasse épuisé Répète ses vertus sur un ton presque usé ; Et, l’encens à la main, la docte Académie L’endormit cinquante ans par sa monotonie. Rien ne nous a séduits : en vain en plus d’un lieu Cent auteurs indiscrets l’ont traité comme un dieu ; De quelque nom sacré que l’opéra le nomme, L’équitable Français ne voit en lui qu’un homme. ”
“ Le compas de Newton, mesurant l’univers, Lève enfin ce grand voile, et les cieux sont ouverts. Il déploie à mes yeux, par une main savante, De l’astre des saisons la robe étincelante : L’émeraude, l’azur, le pourpre, le rubis, Sont l’immortel tissu dont brillent ses habits. Chacun de ses rayons, dans sa substance pure, Porte en soi les couleurs dont se peint la nature ; Et, confondus ensemble, ils éclairent nos yeux ; Ils animent le monde, ils emplissent les cieux. ”
“ De vouloir rester dans ce monde ; Car si quelque coup de canon, Dans vos beaux jours brillants de gloire, Vous eût envoyé chez Pluton, Voyez la consolation Que vous auriez dans la nuit noire, Lorsque vous sauriez la façon Dont vous aurait traité l’histoire ! ”
“ Maupertuis et Clairaut, dans leur docte fureur, Vont geler au pôle du monde. Je les vois d’un degré mesurer la longueur, Pour ôter au peuple rimeur Ce beau nom de machine ronde, Que nos flasques auteurs, en chevillant leurs vers, Donnaient à l’aventure à ce plat univers. Les astres étonnés, dans leur oblique course, Le grand, le petit Chien, et le Cheval, et l’Ourse, Se disent l’un à l’autre, en langage des cieux : « Certes, ces gens sont fous, ou ces gens sont des dieux. » Et vous, Algarotti [3] , vous, cygne de Padoue ”
“ Du haut du ciel, du haut de ton empire, Vers ton amant tu descends chaque jour, Pour l’enivrer de bonheur et d’amour. Belle Uranie, autrefois la Sagesse En son chemin rencontra le Plaisir ; Elle lui plut ; il en osa jouir ; De leurs amours naquit une déesse, Qui de sa mère a le discernement. Et de son père a le tendre enjouement. Cette déesse, ô ciel ! qui peut-elle être ? Vous, Uranie, idole de mon cœur, Vous que les dieux pour la gloire ont fait naître, Vous qui vivez pour faire mon bonheur. ↑ L’Uranie de Voltaire, en 1734, était Mme du Châtelet. ”
“ Les grâces, la beauté, l’esprit et le veuvage, Jouissez du rare avantage D’être sans préjugés ainsi que sans époux ! Libre de ce double esclavage, Joignez à tous ces dons celui d’en faire usage ; Faites de votre lit le trône de l’Amour ; Qu’il ramène les Ris, bannis de votre cour Par la puissance maritale. Ah ! ce n’est pas au lit qu’un mari se signale : Il dort toute la nuit et gronde tout le jour ”
“ Va plutôt vers ces monts qu’autrefois sépara Le redoutable fils d’Alcmène, Qui dompta les lions, sous qui l’hydre expira, Et qui des dieux jaloux brava toujours la haine. Tu verras en Espagne un Alcide nouveau [2] , Vainqueur d’une hydre plus fatale, Des superstitions déchirant le bandeau, Plongeant dans la nuit du tombeau De l’Inquisition la puissance infernale. Dis-lui qu’il est en France un mortel qui l’égale ; Car tu parles, sans doute, ainsi que le vaisseau Qui transporta dans la Colchide Les deux jumeaux divins, Jason, Orphée, Alcide. ”
Termes fréquents
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