“ Quoi qu’il en soit, Colmar était déjà à l’époque carolingienne une villa regia ; une charte de Charlemagne la désigne comme une dépendance des domaines royaux, et Louis le Débonnaire abandonna justement dans la plaine qui s’étend entre Colmar et le Rhin la couronne trop lourde contre un cloître, laissant l’Alsace à Louis le Germanique. La richesse du pays et la variété de ses cultures, vignes, prés, champs, bois, houblonnières, terrains maraîchers, font comprendre facilement que les Carolingiens l’aient érigé en propriété privée. ”
Colmar
Définition et enjeux
Colmar est une ville historique située en Alsace, dont l’histoire et la culture ont attiré de nombreux auteurs. Julien Sée, Joseph-Napoléon Morellet ou Paul Acker ont analysé son passé médiéval, son indépendance municipale et son rôle dans l’identité alsacienne, mettant en lumière sa prospérité viticole et son patrimoine architectural.
Alphonse Daudet évoque son atmosphère poétique, tandis que Louis Madelin souligne son importance dans la résistance symbolique. Ces visions révèlent une ville à la fois profondément ancrée dans son passé et marquée par des enjeux culturels, comme en témoignent ses édifices et ses coutumes.
Citations sur “Colmar”
Joseph-Napoléon Morellet, Les Deux Henry, causeries littéraires insérées au "Glaneur du Haut-Rhin"… (1866)
“ Nous avons fait connaître le professeur; voyons l'homme de lettres. La ville de Colmar avec son clergé nombreux avec sa cour impériale, ses magistrats et ses hommes de loi, avec ses hauts industriels et ses administrateurs de toute sorte, avec son collége prospère et ses écoles florissantes, s'est toujours sentie comme animée d'un puissant souffle de vie intellectuelle. ”
“ Colmar est une de ces villes-là. J’y ai vécu bien des jours de ma vie, mais chaque fois que j’y retourne, je ressens la même douce émotion. Quand je pense à l’Alsace, c’est d’abord vers le coin de terre ou repose mon père que s’en va ma pensée, puis vers elle, car, heureusement encore à peu près oubliée des modernes architectes allemands, elle présente l’image presque intacte de la ville alsacienne, digne, charmante, glorieuse, toute pleine d’un noble passé, pleine aussi d’art et de poésie. ”
Louis Madelin,
Revue des Deux Mondes
“ « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, » auquel un officier poète avait ajouté un couplet émouvant : « On avait pu germaniser la plaine. — Mais notre cœur ne t’oubliait jamais. » Cantique modulé par des jeunes filles : « rengaine, » dira un sceptique et l’autre : « fadeur. » Oui, mais point du tout ici, en ce Colmar, qui fut par excellence la ville fidèle, où pas un instant l’espérance ne cessa de se nourrir de foi. ”
“ Les armoiries de Colmar, ville libre impériale ; l’épée du général Rapp, défenseur de Dantzig ; le dernier drapeau français, et ce sont, sous le verre d’une vitrine, les trois grandes étapes émouvantes de la vie colmarienne, le moyen âge, l’Empire, l’annexion. Si l’on veut embrasser quelle place tient dans l’histoire de la peinture cette petite ville, c’est encore dans l’ancienne église des Dominicaines qu’on s’attardera de longues heures. ”
“ Quant à celui qui cherche le passé, il ne contemplera pas sans émotion l’église : depuis le jour où, autorisée par bulle de Grégoire IX, elle s’éleva au treizième siècle sur l’emplacement d’une chapelle consacrée à saint Martin, elle a participé à tous les événements, tristes ou heureux, qui forment l’existence de Colmar, et tout ce qui a été sa propre histoire se confond avec l’histoire même de Colmar. ”
“ Les bourgeois de Colmar, formés par des siècles d’autonomie, très fiers, très dignes, très cultivés, habitués à jouir de prérogatives, accueillirent avec une profonde satisfaction la décision royale qui les instituait en quelque façon au-dessus de leurs compatriotes. ”
Alphonse Daudet,
Contes de lundi
“ L'Alsace entière est partie. Il n'y a plus que le juge de Colmar qui reste là-haut, cloué sur son pilori, assis et inamovible...... Soudain la scène change. Des ifs, des croix noires, des rangées de tombes, une foule en deuil. C'est le cimetière de Colmar, un jour de grand enterrement. Toutes les cloches de la ville sont en branle. Le conseiller Dollinger vient de mourir. Ce que l'honneur n'avait pas pu faire, la mort s'en est chargée. ”
“ Qu’une ville garde, à notre époque, un caractère si particulier, cela s’explique seulement si, ayant vécu autrefois d’une vie profonde, elle a un long passé et un passé glorieux. C’est bien le cas de Colmar, comme de toutes les villes qui composaient la Décapole : raconter brièvement cette histoire, ce sera montrer aussi quelle robuste individualité caractérisait toutes ces cités alsaciennes. ”
Louis Madelin,
Revue des Deux Mondes
“ LES ENTRÉES DE STRASBOURG L’Alsace était, en ces jours singuliers, traversée de mille nouvelles : chaque jour apportait une surprise. Je courais à Colmar et voici qu’à Molsheim je me heurte, — dès l’aube du 22, — à un camarade qui me dit : « Comment Colmar ! Il s’agit bien de Colmar ! L’armée entre aujourd’hui même à Strasbourg, — deux jours plus tôt qu’on ne pensait. On nous y précipite en camions. » On pense si je pouvais balancer. ”
“ Ce n’est pas seulement la beauté de la nature, mais c’est aussi le charme plus réservé de la ville qu’un jeune Français d’aujourd’hui, s’il a des yeux et de l’âme, éprouvera, mais avec une émotion plus intime, et cette émotion lui sera d’autant plus chère qu’elle l’aura plus vivement surpris. Entre ses deux grandes voisines, Strasbourg et Mulhouse, si importantes dans l’Alsace et à des titres si différents, Colmar, en effet, ressemble à une cadette de famille dont nul ne parle, qui est sacrifiée et qui se résigne. ”
Simon de Coiffier de Moret, Les enfans des Vosges
“ Je considérai un moment Colmar, cette ville d’où était parti l’arrêt qui m’exilait de ce beau pays. Mes regards se tournèrent involontairement à gauche, et tombèrent bientôt sur Kestenholz ; je revis le toit fortuné que je venais d’abandonner ; je ne pus m’empêcher de penser aux douceurs que j’y goûtais, à la félicité à laquelle peut arriver l’homme en société : et la nature ne lui offre pas même une retraite aussi commode que ce repaire qui me reste, me dis-je tristement, en me précipitant dans cette espèce de cave. ”
“ Strasbourg, ville administrative, ville militaire, a toutes les raisons de prospérité ; Colmar n’a que la Cour d’appel. Peut-être découvrirait-on dans cet amour si ardent pour une institution avec laquelle la ville se confond la meilleure des raisons qui expliquent que certains conseillers acceptèrent de servir le vainqueur : avant tout conseillers de Colmar, ils estimaient qu’ils devaient suivre, en victimes fidèles, les fortunes diverses de la Cour et, subissant la loi du conquérant, assurer aussi longtemps que possible au tribunal son ancien caractère indigène. ”
Auguste Pétiet, Souvenirs militaires de l'histoire contemporaine (1844)
“ A six heures du matin , la cavalerie légère se rangea en bataille en arrière de Sainte-Croix, à la tète du défilé et du bois qui couvre Colmar. Les tirailleurs ennemis parurent, le mouvement de retraite s'exécuta, et nous ne fûmes pas vivement poursuivis. Nous traversâmes Colmar dont les loyaux habitants étaient dans la consternation ; plusieurs fois ils avaient demandé des armes au chef du gouvernement pour défendre leur pays de l'invasion étrangère. ”
Joris-Karl Huysmans,
Trois églises et trois primitifs
“ L’Homme-Dieu de Colmar n’est plus qu’un triste larron que l’on patibula. Là ne s’arrête pas la différence qui se peut noter entre les deux œuvres. Ici la disposition des personnages groupés n’est plus, en effet, la même. À Carlsruhe, la Vierge est, ainsi que partout, d’un côté de la croix et saint Jean, de l’autre ; à Colmar, les habitudes du sujet sont renversées et le surprenant visionnaire que fut Grünewald s’affirme, spécieux et sauvage, théologique et barbare à la fois, en tout cas, parmi les peintres religieux, seul. ”
Louis Philippe Hugot, Note remise à M. le maire de la ville de Colmar sur l'opportunité qu'il y aurait à former… (1846)
“ Colmar possède, vous le savez, Monsieur le Maire, la base de collections ethnographiques extrêmement précieuses : tout ce qui se rattache, en effet, de près ou de loin à l'étude de l'homme, présente à la fois et de l'attrait et de l'utilité. La véritable étude de l'homme, dit Pope, c'est l'homme, et l'on peut, sans passer à des idées d'un ordre différent de celles que j'ai l'honneur d'exposer, affirmer qu'il conviendrait de tirer parti des nouvelles richesses que possède Colmar, pour compléter, dans son exécution, le projet ici présenté. ”
“ Des gens passent sans hâte, ils ont le temps de vivre, rien ne les presse, bourgeois à la tête blanche qui n’ont pas voulu déserter leur ville, au lendemain de l’annexion, jeunes gens qui continuent ce qu’ont voulu leurs pères, jeunes filles et paysannes au grand nœud ne démentant point le dicton qui célèbre Colmar pour la beauté du sexe, écoliers qui musardent, soldats revêtus de l’uniforme allemand et qui parlent français. ”
Joseph-Napoléon Morellet, Les Deux Henry, causeries littéraires insérées au "Glaneur du Haut-Rhin"… (1866)
“ Le collége de Colmar était alors le premier collége communal de l'Alsace et de l'Est, par le nombre de ses élèves, par la force de ses études et par la distinction de ses professeurs, tous gens d'élite , et qui ont presque tous marqué depuis, les uns dans la hiérarchie de l'enseignement public , les autres dans les lettres aussi bien que dans les sciences : il suffit de nommer parmi les morts M. Ozaneaux ; quant aux vivants, le public colmarien qui lit, comprendra les motifs de mon silence et y suppléera. ”
Jean Benjamin Kühlmann, Biographies alsaciennes, les Billing… (1850)
“ Les habitants de Colmar qui ont peu connu ce compatriote , qui s'est tant distingué dans sa vie civile, politique et privée et dont la carrière n'a pas été Sans quelque influence dans les événements historiques, peuvent, ajuste titre, s'enorgueillir de cet enfant de la même ville, et il doit occuper une place honorable, à côté de son père, dans la mémoire de ses concitoyens. ”
Souvenirs d'un volontaire. Campagne 1870-1871… (1872)
“ « — Us s'en vont tous, dit Girard en remettant sa lorgnette au fourreau, - faisons de même,— en route pour Colmar. Tant de tués que de blessés, personne de mort; tout le monde est content. L. s'est bien lavé dans le Rhin en regardant la France, Fowler s'est livré aux douceurs du canotage, et moi je leur ai envoyé leurs bateaux de maraudeurs à Strasbourg, en bien mauvais état, je vous jure. — Allons dîner à Colmar. » ”
Charles Grad,
L'Alsace, le pays et ses habitants
(1906)
“ Peuplée de magistrats, comptant 26106 habitants au recensement du 1 er décembre 1880, la ville de Colmar offre à ses rentiers comme à ses visiteurs une résidence paisible. Une partie de la population s'adonne à l'agriculture, aussi calme que la justice, moins remuante que les ouvriers des manufactures textiles relégués dans les faubourgs ou le long du Logelbach. ”
Julien Sée, Journal d'un habitant de Colmar… (1884)
“ Les estafettes ennemies continuent de traverser Colmar. Un ou deux habitants les escortent le plus souvent jusqu'aux limites de la banlieue, pour prévenir un coup de main qui retomberait sur la population. Les Badois sont revenus aux environs de notre ville, mais à l'heure qu'il est (7 heures du soir) ne se sont pas encore montrés. Il est vraisemblable que le Haut-Rhin va être occupé. Mardi, 20 septembre. De garde à la mairie comme garde national constable, c'est-à-dire sans armes, puisque les Prussiens nous ont pris nos fusils. ”
Relation du voyage en Alsace de S. M. Charles X, roi de France et de Navarre… (1828)
“ Le Roi, qui paraissait très-ému, remit les clefs de la ville à M. le maire, et lui dit : " Je vous rends les clefs de ma bonne ville de Colmar avec « confiance; elles ne peuvent être en de meilleures mains. J'ai été « vivement touché de l'accueil que j'ai reçu à Colmar; je désire « que les habitans s'en rappellent comme je m'en rappellerai tou« jours. Répétez bien à vos bons Colmariens que je ne les oublierai " jamais , et qu'ils peuvent en toute circonstance compter sur « ma protection. » Sa Majesté descendit ensuite de calèche pour monter dans sa voiture de voyage. ”
Paroisse de Logelbach, Logelbach , centenaire de la Chapelle Herzog… (1962)
“ En 1302, dit la Chronique des Dominicains de Colmar, les bourgeois de Colmar « conduisirent la rivière de la ville à travers les quatre quartiers », c'est-à-dire creusèrent des rigoles et utilisèrent les eaux du Muhlbach pour nettoyer les rues, premier système de canalisation de la ville. Le puissant Colmar sut d'ailleurs acquérir tous les droits sur les eaux de la Fecht, et plusieurs empereurs dans des chartes solennelles établirent et confirmèrent ce privilège. Le nom de Logelbach n'apparaît cependant que tard (1575) et il est dérivé de celui du village de Durrenlogelnheim. ”
Julien Sée, Journal d'un habitant de Colmar… (1884)
“ Ce document a été affiché dans les deux langues, sur papier blanc, à la suite d'une note officielle ainsi conçue : « Le préfet du Haut-Rhin s'empresse de porter à la connaissance des habitants du département l'appel chaleureux que la gravité des circonstances a inspiré au patriotisme de la compagnie des francs-tireurs de Colmar et auquel il ne peut qu'applaudir. « Colmar, le 22 juillet 1870. I. SALLES. » Une trentaine d'ouvriers, la plupart de moins de vingt ans, ont répondu en s'enrôlant immédiatement. ”
Xavier Mossmann, La réforme à Colmar (1853)
“ Benfeld et Schlestadt capitulent après une résistance vigoureuse, toutes les localités inférieures font leur soumission ; les impériaux ne peuvent plus tenir la campagne. Colmar reste l'un de leurs derniers boulevards, mais tout laissait apercevoir qu'il ne pourra se maintenir contre Horn. Cette ville cependant était alors l'une des mieux fortifiées de la province. Dès l'année 1023, le magistrat avait reconnu que le vieux mur, flanqué de tours et successivement agrandi, construit par Wolfhell, n'était plus, depuis l'invention de l'artillerie, une protection suffisante. ”
Julien Sée, Journal d'un habitant de Colmar… (1884)
“ Plusieurs habitants de Châtenois seraient accourus; tout effarés, à Colmar. Un régiment prussien, suivi d'une mitrailleuse, serait arrivé dans le village pour fusiller un certain nombre de paysans. L'horrible chose que les lois du sabre ! Quoi ! parce qu'on aura défendu ses foyers, son territoire, sans être affublé d'un vêtement de convention, l'on sera traité en brigand ! Jamais les malheureuses victimes de ces décrets de la force ne seront autre chose pour nous que des martyrs. ”
Georges Eugène Haussmann,
Mémoires du baron Haussmann
“ Elle n’était possible qu’en raison de l’accueil empressé que, dès les premiers temps, j’avais reçu de lui, de tous les siens, et particulièrement de sa femme, laquelle connaissait mes parents de Colmar, amis de son père, longtemps Receveur Général du Haut-Rhin. Mon nom suffit pour me faire admettre dans l’intimité de cette famille, très nombreuse, très gaie, dont le salon comptait parmi les plus agréables. ”
Voltaire,
Correspondance, VI (1753-1756)
“ Il me sera sans doute beaucoup plus agréable de vous voir à Colmar que les fermiers des vignes de Riquewihr, quelque bon que soit leur vin. Je vous écris d’avance pour vous faire mes remerciements, monsieur, de toutes vos attentions obligeantes. Si je cause le plus léger embarras à Mme Goll, j’irai descendre au cabarets [1] . Au reste, j’espère que ma mauvaise santé ne retardera pas ce petit voyage, qu’elle m’a fait différer jusqu’à présent. ”
Julien Sée, Journal d'un habitant de Colmar… (1884)
“ Heylandt une somme de 526 fr., offrande d'habitants de cette J localité qui tiennent à participer aux frais de l'accueil des troupes de passage. — Je repasse sous la halle couverte, en compagnie de M. Blanchot, commissaire de police. C'est un bataillon du 17e de ligne qui y campe. Les soldats sont couchés sur la paille. Ils cuisent leurs aliments le long du quai..Les gens du Staden leur font l'existence facile. Colmar fourmille de troupes ; pas un ménage qui n'ait logé depuis quinze jours 8 ou 10 soldats. Il doit y avoir 12,000 à 14,000 hommes ici. Colmar est le quartier général du 7e corps. ”
Joseph-Napoléon Morellet, Les Deux Henry, causeries littéraires insérées au "Glaneur du Haut-Rhin"… (1866)
“ Hors de Colmar, nous trouvons un journal dans la plupart des cantons, Ribeauvillé , Guebwiller, Thann, Cernay, Sainte-Marie, etc., etc. Qu'est-il besoin de parler de Mulhouse , où sont un collège , une école des arts , une société savante , où la haute industrie n'est étrangère ni à la science , ni aux lettres, ni à la charité? La ville de Colmar aime les arts. Depuis quelques années elle progresse visiblement : Si le nom de Pfeffel orne l'une de ses rues, la statue du poëte s'élève sur la place de la CavaJerie; Rapp se dresse sur le Champ-de-Mars ”
Jacques Koechlin,
Relation historique des événemens qui ont eu lieu à Colmar…
(1822)
“ Le 2 juillet, vers six heures du soir, les habitans de Colmar entendent tout-à-coup battre la générale; en même temps se montrent armés et à cheval les gendarmes et les chasseurs de l'Allier qui se trouvaient dans la ville : une partie de ces derniers l'avait quittée depuis une heure. Les fantassins, également armés, le sac sur le dos, se rangent sur la place où ils chargent ostensiblement leurs fusils. Toute cette force militaire se met en mouvement ”
