“ «Que fais-je dans le monde? Il n'est pas bon d'y demeurer lorsque les cheveux ne descendent plus assez bas pour essuyer les larmes qui tombent des yeux.»—«Dans l'année 1648, s'ouvrit la Fronde, tranchée dans laquelle sauta la France pour escalader la liberté.» ”
La Fronde
Définition et enjeux
Citations sur “La Fronde”
Han Ryner,
Le Massacre des Amazones
“ Quand on annonça la prochaine apparition de la Fronde, j'affirmai à mes amis que les femmes ne parviendraient pas à se montrer inférieures aux hommes dans la basse besogne du journalisme. Je me trompais: la Fronde, plus mal renseignée que l'Éclair ou le Matin, réussit—comment s'y prend-elle donc?—à être encore moins littéraire que le Journal et l'Écho de Paris.Juger les lettres féminines françaises sur la Fronde serait d'ailleurs injuste et appauvrirait singulièrement notre pauvreté. La Fronde n'a jamais eu Gyp, ni Mme Daudet, ni Max Lyan, ni Judith Gautier. ”
Victor Cousin,
Madame de Longueville : nouvelles études sur les femmes illustres et la société du XVIIe siècle
(1853)
“ Son seul tort envers La Rochefoucauld est ce court moment de légèreté et de coquetterie dans le voyage de Guyenne. C'est là sa vraie tache. Tout le reste de sa conduite dans la Fronde s'explique et se défend aisément au point de vue que nous avons marqué. Il ne faut d'ailleurs prendre au sérieux la conduite de personne dans la Fronde, car la Fronde n'est pas une chose sérieuse 1 : c'est une suite d'intrigues où personne n'a d'autre objet que l'intérêt, la vanité, le goût de l'importance, avec la galanterie et le plaisir. ”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ « Nous regardâmes avec pitié les faubourgs d’Etampes, écrivait La Fontaine [35] . Imaginez-vous une suite de maisons sans toits, sans fenêtres, percées de tous les côtés : il n’y a rien de plus laid et de plus hideux. » Il en parla toute la soirée, n’ayant pas une âme d’héroïne de la Fronde ; mais Mademoiselle avait traversé avec indifférence ces ruines où poussait l’herbe, faute d’habitans pour les relever. ”
Éd. de Barthélémy, Revue littéraire : Lettres de Pesth sur la Littérature…
“ Les Courriers de la Fronde nous font encore remonter cent ans en arrière pour nous conduire au milieu de cette société élégante et ferrailleuse où l’on était ami le matin et ennemi le soir, sans toujours bien savoir pourquoi et souvent par simple esprit de mode. ”
Frédéric Dillaye, Les jeux de la jeunesse : leur origine… (1885)
“ Tous les peuples, je crois, ont connu la fronde. Benjamin Morrell nous apprend que les habitants des îles Beigh se servent de frondes faites des fibres de l'écorce d'un arbre et mesurant trois pieds de long lorsqu'elles sont repliées. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ De là naquit la fronde, qui fut probablement inventée à l’origine même des sociétés : car les voyageurs modernes l’ont trouvée chez la plupart des nations sauvages de l’ancien et du nouveau monde. Les livres saints racontent que c’est avec un engin de ce genre que David tua le Philistin Goliath. ”
Guide du musée international de la guerre et de la paix à Lucerne (1902)
“ Les frondeurs formaient le plus souvent dans les armées une troupe à part, et cela a duré jusqu'assez avant dans le XVe siècle. Les Crétois et les habitants des Baléares étaient célèbres pour leur habileté, qui leur permettait, à près de 100 mètres de distance, de frapper avec sûreté leur homme du projectile lancé avec la fronde. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome II
“ Quand Naudé vit la Fronde, il put être affligé, il n’en fut point surpris. Il avait de longue main, dans ses Rose-Croix, compté sur la badauderie des Français ; dans ses Coups d’État, s’il nous en souvient (chap. iv) , il avait peint la populace en traits énergiques et méprisants, que l’émeute présente semblait faite exprès pour vérifier. Si tout s’était borné à cette première Fronde, il y aurait eu plutôt encore de quoi s’en gaudir entre amis. ”
Gaston de Flotte, Bévues parisiennes, les journaux… (1860-1868)
“ Même ouvrage ( page 25 ) : « La Fronde était un anachronisme ; la guerre civile finit par des chansons ; ses principaux chefs sont des personnages de comédie ; la « Satire Ménippée a fait justice de leurs fanfaronnades . » – La Fronde pour la Ligue , c' est fort . M. Arsène Houssaye cite ainsi des vers de Britannicus : « Pour mérite premier , pour vertu singulière , « Il excelle à traîner un char dans la carrière . » Représentez -vous Néron ou Louis XIV traînant un char dans la carrière ! ”
Théodore Muret,
Histoire de Paris depuis son origine jusqu'à nos jours…
(1837)
“ La population frondeuse elle-même se divertissait de leur gaucherie à la manœuvre. Les chansons, les plaisanteries , les caricatures jouaient un grand rôle dans cette guerre. On s'en lançait de part et d'autre de toutes les espèces. On n'épargnait pas son propre parti. Marigny, Blot, les plus célèbres chansonniers de la Fronde, plaisantaient même leurs amis. Les principaux habitans de Paris formèrent un corps de cavalerie , appelé par les Frondeurs eux-mêmes , cavalerie des portes cochères. ”
Jules Verne,
Les voyages du Capitaine Cook
(1896)
“ Ils ne connaissent point l'arc pour les aider à décocher un dard, ni la fronde pour lancer une pierre, ce qui est d'autant plus étonnant que l'invention des frondes, des arcs et des flèches est beaucoup plus simple que celle des ouvrages que construisent ces peuples, et qu'on trouve d'ailleurs ces deux armes dans presque tous les pays du monde, chez les nations les plus sauvages. ”
Adolphe Mazure, Dictionnaire étymologique de la langue française… (1863)
“ FRONDE, lat. funda, corde avec. laquelle on lance des pierres; fronder, blâmer, critiquer, par parti pris, harceler comme avec des pierres, non pas pour tuer mais pour blesser ; frondeur. — On fronde l'autorité , c'est pourquoi cette métaphore, d'attaquer de loin, par la fronde. — Cette acception de fronde, fronder, frondeur, est relativement récente, elle vient de la Fronde, faction politique sous la minorité de Louis XIY.Funda, de fundere. FRONT, lat. frons, la partie haute du visage, ce que les Grecs exprimaient trèsbien par le p.i,wr.c.v, le dessus des yeux. ”
Ad. van Bever , Les Poètes du terroir
“ Et son amour dedans son cœur. ↑ On cite encore parmi les poètes d’origine bourbonnaise Blot de Chauvigny, le fameux satirique de la Fronde. C’est une figure des plus caractéristiques, mais nous n’étonnerons personne en disant qu’il ne doit rien à sa province. ”
Nicolas Goulas, Mémoires de Nicolas Goulas, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Orléans… (1879-1882)
“ Il n'avoit pourtant pas tort; plusieurs personnes fort qualifiées étoient de cette opinion que la Reyne ne devoit point encore céder à l'extravagance du peuple qui se lasseroit bientost de la Fronde, cabale insolente et détestable, dont il commençoit de connoistre le fond et les malheureux desseins de tes chefs ; et n'eut été la crainte de ”
Martin Löpelmann, Choix de poésies politiques et satiriques du temps de la Fronde…
“ En lisant ce pamphlet, on croirait véritablement entendre les théories politiques d'un écrivain du 18e siècle. L'auteur inconnu de la NEUVIÈME satire ,Les charmans Effects des Barricades ou l'Amitié durable de la Compagnie des Frères Bachiques de Pique-nique' (Sign. Xt 7190/687) se présente comme un ennemi de la Fronde, bien que sous l'aspect d'un buveur. ,Surtout l'on bannira la fronde... Faisant comme chascun le sçait Tousjours plus de bruit que d'effet. Le glou-glou de nostre bouteille Resjouyra bien mieux l'oreille ... ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ Georges aima cette pensée. Nicolaï, trop simple pour comprendre, se dit que lady Oswill était la maîtresse, que ces fanges lui appartenaient... Tout de même, il grommelait un peu : — Si c’était à moi, je nettoierais. Je parierais qu’au fond, il y a des cadavres ? On m’a raconté que l’étang avait englouti un braconnier. Il avait eu le malheur de plonger pour se sauver d’un garde... C’était sous Napoléon III. Stéphane répondit : — Laissons la nature à ses travaux... Si un homme est tombé là, il a depuis longtemps revécu sous l’espèce des plantes... ”
Pierre Frondaie, La femme de Iakof (1939)
“ « Un ami me téléphone de Rome. Il a besoin de moi pour quelques jours. Veuillez m'attendre, je reviens. » — « Vous nous raconterez ça en déjeunant. » — « Je ne déjeune pas, je suis pressé. » — « Vous êtes tout à fait fou! » avait répondu Mme Salerge, ahurie... C'est là qu'Astrel se félicitait de son parti pris de se taire, sinon que n'eût-il pas avoué, ou expliqué, pour la confondre : « Fou, quand je pars pour éviter... » La bonne dame en eût appris !... « Ouf ! pensa-t-il, le silence a du bon ! » Il le croyait encore ; il ne savait pas que la tante de Frédérique lui eût conseillé de rester. ”
Pierre Frondaie, L'eau du Nil (Édition definitive… (1935)
“ Un serviteur en livrée sombre, immense, un géant, se tenait derrière lui, portant une gerbe de roses : — Pami! dit Anne-Marie dans un recul. Mais déjà, le mari baisait sa main. Il expliqua avec un sourire : — J'ai calculé qu'arrivée hier à Marseille vous prendriez ce train-ci. Je suis content, vous me semblez en bonne santé. Pierre, immobile, le contemplait : ainsi, ce personnage funambulesque et tragique, c'était Wirsoq? Le peintre absorba la vision comme un poison. — Voilà l'ennemi! pensa-t-il. Et brusquement : — Voilà celui qui me l'a prise! ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ Il saisit les mains de Stéphane et les baisa avec dévotion, d’un mouvement brusque, dans une espèce de frénésie frémissante. Elle sourit, surprise. Alors, il releva la tête et vit qu’il l’étonnait. Il balbutia, sans bien savoir : — Vous ne pouvez pas comprendre mon émotion... Merci. Et, une seconde fois, il refit le même geste. Alors, elle répondit, un peu oppressée, plus rapide qu’à l’ordinaire : — Pourquoi ne puis-je pas comprendre ?... Votre voix a une sonorité à laquelle personne ne m’a habituée. C’est merveilleux de sentir encore un tel frémissement chez un homme comblé par la vie... ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ Tout à coup, elle recula. Elle venait sans doute d’apercevoir une chose extraordinaire. Elle s’avança de nouveau, se faisant violence, pour s’assurer qu’elle n’avait pas rêvé : elle ne vit plus rien que l’hiver. Elle respira. Et puis, de nouveau, elle ne respira plus : derrière elle, une porte — une petite porte qui donnait sur le parc — s’ouvrait doucement. Quelqu’un entra, quelqu’un qu’elle avait bien vu tout à l’heure, qui avait collé sa tête aux carreaux, fait le tour extérieur du salon et introduit une clef dans la serrure. Antoinette, frappée de terreur, ne bougeait plus. ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ Elle accourait du Ritz et paraissait bouleversée, — Qu’est-ce qu’il y a ? dit Stéphane. — Le mari de madame est là, madame, répondit Joséphine, J’étais dans la chambre ; je rangeais les robes comme j’en avais l’ordre. Soudain, je me retourne ; il y avait un homme... — Un homme ? — Oui, madame, monsieur. Il venait d’entrer. Je ne sais pas comment... Je ne l’ai pas entendu. — Qu’est-ce qu’il vous a dit ? demanda lady Oswill. — Il m’a dit : « J’arrive du Maroc. Préparez-moi un bain. » ”
Pierre Frondaie, L'eau du Nil (Édition definitive… (1935)
“ Le soir, il y avait un grand dîner — full dress — au Cataract. Mme Wirsoq, en s'ha- billant, eut une brusque hilarité. Le grand bonheur de l'amour sourit plus volontiers qu'il ne rit : Pierre s'étonna de cette gaieté, survie d'une pensée inconnue. Elle redoubla cependant qu'Anne-Marie avait recours à lui pour remplacer la femme de chambre. Sa maîtresse le taquina : — Cherche... cherche ce qui peut me revenir à l'esprit et m'amuser... Il ne trouvait pas. Etait-ce ce noir tombé dans l'eau lorsqu'on revenait de Philæ? — Elle secoua la tête... ”
Felix Lope de Vega, Théâtre de Lope de Vega
“ Frondoso. J’ai voulu te donner une preuve de mon amour, pour te montrer ce que tu me dois. Du haut de ce coteau, j’ai vu partir le commandeur ; je n’ai plus pensé qu’à toi, et j’ai perdu toute crainte. — Puisse-t-il s’en aller en un lieu d’où jamais il ne revienne ! Laurencia. Point de malédiction ! Ignores-tu que ceux dont on souhaite la mort vivent plus longtemps ? Frondoso. S’il en est ainsi, qu’il vive des siècles ! et tout ira bien si, en faisant des vœux pour lui, il peut lui en arriver du mal. Mais, ma chère Laurencia, dis-moi, mon amour est-il présent à ta pensée ? ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ Une porte d’angle s’ouvrit, livrant passage à un petit homme étonné. Dewalter s’arrêta, posa Stéphane sur ses jambes. Rieuse, elle l’entendit lui présenter Me Montnormand. — Vous voyez que nous sommes fous, dit-elle, illuminée de plaisir. — Soyez le bienvenu chez moi. Pardonnez votre ami de ne pas avoir été à votre rencontre. Je l’ai retenu. Il m’a dit qu’il vous aime et je vois bien qu’il a raison. Vous avez mal dîné, mais vous souperez. Et demain vous vous occuperez de vos affaires... Elle entraîna Georges. Montnormand, troublé, retourna dans la chambre qu’on lui avait donnée. ”
Pierre Frondaie, L'eau du Nil (Édition definitive… (1935)
“ Mme Levannier, discrètement, fit glisser dans son sac la lettre pour Mme Wirsoq. Pierre revenait. Il baisa la main de Mme Laskin : — Votre femme ne m'écoute pas, cria la baronne. Je lui parle, elle pense à autre chose. C'est tordant ! Ils s'en allèrent. Au bungalow, tandis qu'elle se déshabillait, Pierre alla mettre la Ford au garage. Anne-Marie ouvrit la lettre du marquis de Sorgepois. Elle lut : « ... Il suffit de voir et d'entendre comme chacun s'enquiert de toi. Je te promets au printemps une arrivée triomphale à Paris. Tu y régneras. » ”
Pierre Frondaie, La femme de Iakof (1939)
“ Tantôt, s'il était content de Renaud, il disait de lui : « Notre Archange, » tantôt, avait-il à gronder, il marmonnait : « Mon puritain. » En un mot, ne démordait pas de se le figurer pur esprit... « Plutôt fondrait cristal de roche dans le pistil d'un camélia que le cœur de M. d'Astrel dans l'un des pièges de vos yeux » dit-il un jour, sérieusement, en ce langage qui lui revenait parfois d'Orient, à une ravissante beauté qui, dans un dancing de Shanghaï, clignait vainement de la prunelle vers ce demi-dieu en smoking blanc, qu'elle prenait pour un gigolo. ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ On m’a rapporté qu’il est orphelin, qu’il a rang de conseiller d’ambassade et qu’il partait chasser le lion quand il a rencontré Stéphane. — S’il allait chasser le lion, c’est autre chose, s’exclama M. de Saint-Brémont en dévorant du chester qu’il arrosait d’un bon Sauternes. Ce n’est pas si bête. Le lion est un animal curieux et qui vaut vraiment le voyage. Et ce n’est pas un démocrate. — En tout cas, chère madame Rareteyre, interrompit M. de Sola, je vous conseille, quoi qu’il arrive, de refuser votre main à Oswill. Sa femme sait ce qu’elle fait en le quittant. C’est à peu près un insensé. ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ Il est de ces minutes où l’homme dépossédé se brise en vain devant la femme qui le rejette. Il sentit la présence obscure de l’inconnu. Avec rage, dans un emportement rapide, il affirma : — Il n’y a pas d’amour ! Quand vous aurez trouvé l’amour, l’amour vrai, sans chiqué... alors, je vous tirerai mon chapeau. Elle lui jeta d’un trait : — Vous pouvez vous découvrir. Il y eut un temps. Ils étaient l’un devant l’autre, affrontés. Il regardait Stéphane et, mieux qu’à l’habitude, il voyait sa splendeur. À cette minute, il l’aurait achetée. Pourtant, il se sentit pauvre et sans armes. ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ J’entends parfaitement, dit Stéphane. Il n’y a rien que de très naturel à aller à Paris. Est-ce que la saison, ici, ne finit pas ? Chaque jour, on part. C’est l’époque. Et, tranquille comme une Diane après la chasse, elle fit un pas vers la droite. Ainsi, elle se tenait à égale distance de son amant et du colonel de Saint-Brémond. Elle fit un gracieux sourire au vieux soldat et l’interrogea pour savoir si, lui aussi, il ne se préparait pas à quitter Biarritz. ”
Pierre Frondaie, L’Homme à l’Hispano (1924)
“ Elles ont de grands chiens qui se fâchent la nuit d’apercevoir la lune entre les peupliers. Georges, grandissant, prit l’habitude de supporter, le dimanche, la présence d’un homme gai dont il avait le nom. Ce mari, dans la semaine, faisait, à Paris, des affaires et la noce. Tandis qu’il les faisait, Georges rencontrait chaque jour, dans la villa, un autre homme. Moins gai, il caressait les cheveux de l’enfant et regardait sa mère avec tendresse, de ses yeux doux et passionnés. Auprès de cet inconnu, Georges riait moins qu’auprès de l’étranger du dimanche. ”
Marion Gilbert,
Le joug: roman
(1925)
“ Fuyant la ville vers laquelle Berthe s’était dirigée sans l’avertir, Fanny prit le chemin de la vallée vers la rivière, ce triste sentier d’eau qui l’attirait depuis qu’elle y avait pleuré sur le chemineau noyé. Sans doute M. Froment la guettait-il et la suivit-il à distance, car elle le vit poindre sous les arches espacées que faisaient les sureaux échevelés, reliés aux ormes, par des viornes géantes. Elle s’était assise sur le petit talus, et se leva en l’apercevant. C’est ainsi qu’ils s’abordèrent, froidement, parce que leur cœur les étouffait, debout et se mesurant du regard. ”
