“ Chanteau finissait par rire de ces espiègleries de grande fille caressante. Cependant, sans qu’il osât l’avouer devant sa femme, tout son cœur était pour Pauline, qui le soignait d’une main si légère. Et il se replongeait dans son journal, dès que madame Chanteau, perdue au fond de ses réflexions, en sortait brusquement, comme d’un rêve. — Vois-tu, il y a une chose que je ne lui pardonne pas, c’est de m’avoir pris mon fils... Il reste à peine un quart d’heure à table. On se parle toujours en courant. — Cela va cesser, faisait remarquer Louise. Il faut bien que quelqu’un veille près d’elle. ”
Madame Chanteau
Définition et enjeux
Citations sur “madame Chanteau”
“ Une seule fois, depuis le matin, madame Chanteau avait demandé son fils ; et elle s’était contentée de la première réponse venue, sans s’étonner de ne plus le voir. D’ailleurs, elle parlait moins encore de son mari, elle ne s’inquiétait pas de ce qu’il pouvait faire, seul, dans la salle à manger. Tout disparaissait pour elle, le froid de ses jambes semblait monter et lui glacer le cœur, de minute en minute. Et il fallait, à chaque repas, que Pauline descendît, afin de mentir à son oncle. Ce soir-là, elle trompa Lazare lui-même, elle lui assura que l’enflure diminuait. ”
“ C’est ton grand-oncle qui a fait ça, expliqua Chanteau, heureux de trouver un sujet de conversation. Oui, mon père avait commencé par être charpentier... J’ai toujours gardé son chef-d’œuvre. Il ne rougissait pas de son origine, et madame Chanteau tolérait le pont sur la cheminée, malgré l’humeur que lui causait cette curiosité encombrante, qui lui rappelait son mariage avec un fils d’ouvrier. ”
“ Louise elle-même, qui avait une dot de deux cent mille francs, ne faisait pas tant d’embarras avec sa fortune. Ce chiffre de deux cent mille francs revenait sans cesse sur les lèvres de madame Chanteau ; et elle semblait avoir un dédain irrité contre les débris de l’autre fortune, celle qui avait fondu dans le secrétaire et qui continuait à fondre dans la commode. Chanteau, poussé par sa femme, affecta aussi d’être contrarié. Pauline en éprouva un gros chagrin ; même en donnant son argent, elle se sentait moins aimée qu’autrefois ”
“ Dès ce moment, madame Chanteau ne se retenait plus. Oui, ils étaient les victimes de leur bon cœur. Est-ce qu’ils avaient eu besoin de quelqu’un pour vivre, avant l’arrivée de Pauline ? Où serait-elle à présent, dans quel coin du pavé de Paris, s’ils n’avaient pas consenti à la prendre ? Et l’on était bien venu, en vérité, de causer de son argent : un argent dont eux, personnellement, n’avaient eu qu’à souffrir ; un argent qui semblait avoir apporté la ruine dans la maison. Car, enfin, les faits parlaient assez haut : ”
Émile Zola,
La Joie de vivre
(1884)
“ Minouche, veux-tu laisser ça 1 cria madame Chanteau. Est-ce qu'on joue avec l'argent! Chanteau riait, Lazare aussi. Au bord de la table, Mathieu, très excité, dévorant de ses yeux de flamme les .papiers qu'il devait prendre pour une gourmandise, aboyait contre la chatte. Et toute lafarnille s'épanouissait bruyamment. Pauliens, ravie de ce jeu, avait saisi entre ses bras la Minouche, qu'elle berçait et caressait, ainsi qu'une poupée. ”
“ Depuis deux heures, il attendait madame Chanteau, qui, après une absence de cinq semaines, ramenait ce jour-là de Paris leur petite cousine Pauline Quenu, une orpheline de dix ans, dont le ménage avait accepté la tutelle. — C’est inconcevable, Véronique, dit-il en poussant la porte de la cuisine. Il leur est arrivé un malheur. La bonne, une grande fille de trente-cinq ans, avec des mains d’homme et une face de gendarme, était en train d’écarter du feu un gigot qui allait être certainement trop cuit. Elle ne grondait pas, mais une colère blêmissait la peau rude de ses joues. ”
“ Au lieu de la revendre, comme elle en avait eu un moment l’idée, madame Chanteau décida qu’on se retirerait là-bas, au moins jusqu’aux premiers triomphes de Lazare. Renoncer à ses réceptions, s’enfouir dans un trou perdu, était pour elle un suicide ; mais elle cédait sa maison entière à Davoine, il lui aurait fallu louer autre part, et le courage lui venait de faire des économies, avec l’idée entêtée d’opérer plus tard une rentrée triomphale à Caen, lorsque son fils y occuperait une grande position. Chanteau approuvait tout. Quant à sa goutte, elle devrait s’accommoder du voisinage de la mer ”
Émile Zola,
La Joie de vivre
(1884)
“ Depuis qu'il prenait du salicylate, Chanteau marchait mieux. Il monta derrière elle, en s'aidant de la rampe; et, comme Lazare parlait d'aller fumer un cigare sur la terrasse, elle le rappela, elle exigea qu'il fût présent, au moins par convenance. Le docteur et Pauline étaient passés les premiers. Mathieu, étonné de cette procession, suivit le monde. Est-il ennuyeux, ce chien, à vous accompagner partout! 1 cria madame Chanteau, quand elle voulut refermer la porte. Allons, entre, je ne veux pas que tu grattes. La, personne ne viendra nous déranger. Vous voyez, tout est prêt. ”
Les deux filles de sainte Chantal… (1882)
“ Toute l'énergie de madame de Chantai, tout ce que la tendresse inspire de soin et de dévouement se déployèrent dans ces cruels moments. Elle venait d'accoucher de sa dernière fille depuis quinze jours. A la première nouvelle de son malheur, elle accourt au lieu où l'on avait transporté son mari blessé. Dès qu'il la vit : « Madame, » lui dit-il, « l'arrêt du ciel est juste; il le faut aimer, et mourir. — Non, il faut vivre, » répond madame de Chantai; et pendant les quelques jours qu'il vécut encore elle lui prodigua les marques de l'attachement le plus vif et le plus passionné. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ Ceux qui ont pu se permettre quelque vaine et froide raillerie sur la liaison du saint évêque et de cette forte et vertueuse femme n'avaient pas lu, j'aime à le croire, cette pièce qui est la cent vingt et unième des lettres de madame de Chantai. On n'a jamais mieux fait le portrait d'un esprit, ni rendu aussi sensiblement des choses qui semblent inexprimables. Lumière, suavité, netteté, vigueur, discernement et dextérité céleste, ordonnance et économie des vertus dans cette âme, tout s'y représente et s'y peint d'un trait ferme et distinct. ”
“ J’aime comme un homme de trente ans, qui connaît la vie, ses enchantements et ses déceptions ; et qui s’est dit tout de suite, rencontrant, de par le monde, une femme qui réalise les plus jolis de ses rêves : “ Tiens... tiens !... Mais si je ne déplaisais pas à madame de Chantenay, madame de Chantenay me plairait furieusement à moi !... ”
Les deux filles de sainte Chantal… (1882)
“ En effet, si l'on ne s'attache qu'aux biens fragiles, à la beauté, au rang, à la fortune, rien n'est assuré, on n'a pas le grand, le pur, l'indestructible amour conjugal : le seul que Dieu bénisse est celui qui lie le cœur au cœur; et jamais mère n'a mieux dit sur ce sujet que madame de Chantai. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ On s'en approche avec respect; on s'en retire recueilli et ému; et rien peut-être ne dit plus éloquemment à l'âme comment il faut vivre et comment on doit mourir. CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME CANONISATION DE SAINTE CHANTAL Le corps de sainte Chantal arriva à Annecy le 30 décembre 1641. De Moulins à Lyon, les officiers de madame de Montmorency, chargés de conduire le cortège funèbre, avaient fidèlement exécuté ses ordres ; ils avaient voyagé rapidement et secrètement. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ Les lettres ne trompent pas : le cœur s'y peint au vif. Même avant la mort de la jeune baronne, la petite Marie étant encore au berceau, jamais la mère de Chantai ne l'oublie. Elle a toujours un mot d'affection « pour notre petite», « pour cette pauvre petitepouponne que monsieur et madame de Coulanges aiment si paternellement et ma-. ternellement1 », « pour ce cher gage que Celse-Bénigne a laissé de son mariage2». Mais après la mort de la baronne, quand Marie de Chantal est tout à fait orpheline, la sainte en parle plus souvent encore, et avec une plus vive tendresse. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ Adieux de sainte Chantal au moment de quitter An, necy pour la dernière fois. 502 9 août. Elle arrive à Moulins. - Ses admirables conseils à madame de Montmorency. 504 La reine Anne d'Autriche, sachant que la mère de Chantai était à Moulins, veut la voir. 505 La Sainte va à Saint-Germain, bénit Louis XIV enfant; de là elle se rend à Paris. 506 Enthousiasme avec lequel elle est reçue à Paris. — Tout le monde lui veut faire toucher ses chapelets. 506 Son entrevue avec saint Vincent de Paul. 507 Là finit son agonie. ”
Jacques Marsollier, Vie de St François de Sales : évêque et prince de Genève… (1841)
“ Ce furent les sentimens de madame de Chantal : elle fit voir dans cette occasion que les mêmes coups qui brisent la paille séparent le bon grain ; que l'or s'épure dans le même feu où la paille est consumée, et que les mêmes afflictions qui endurcissent les médians, et les portent à douter de la Providence , purifient les fidèles, et ne servent qu'à augmenter leur foi et leur amour. Elle pleura, comme il lui était permis, un mari qu'elle se croyait obligée d'aimer ; elle s'affligea de voir rompre sitôt des noeuds que Dieu même avait formés. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ On y sent, sous la robe d'un évêque, battre le cœur d'un chevalier : « Madame, l'intérêt que je prends à la conservation du cœur de madame de Chantal dans votre maison m'oblige de vous assurer qu'à moins d'un ordre du roi j'irai avec tous mes amis périr à votre porte avant de souffrir qu'on l'enlève ; et c'est un gage qui mérite bien une bataille pour le conserver. » ( Vie de madame de Montmorency, 188.) ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ Au sortir de Châlon elle alla à Bourg, et de là à Crémieux, où madame la comtesse de Disimieux, qui la vint voir, fut guérie d'une hydropisie ; et enfin elle arriva à Annecy le 30 octobre 1628. Ce long voyage à travers tant de pays pestiférés, les douleurs qu'elle éprouva à la mort d'un si grand nombre de ses filles, les inquiétudes dont elle était sans cesse remplie augmentèrent dans la mère de Chantai son abandon à la sainte volonté de Dieu, et développèrent en son âme un secret désir de la mort. ”
Émile Souvestre,
Les réprouvés et les élus (t.1…
“ M. de Chanteaux, déconcerté de son silence et de son immobilité, se tourna vers madame de Luxeuil, qui s’approcha vivement et voulut lui prendre la main; elle était raide et glacée! La comtesse essaya de l’encourager par quelques paroles affectueuses; la jeune fille n’entendait plus: l’espèce de combat que se livraient en elle deux puissances contraires, était au-dessus de ses forces; après quelques instants d’une apparente insensibilité, ses lèvres pâlirent, sa tête flottante se renversa et elle s’évanouit.Il y eut un moment d’effroi parmi les assistants; mais M. Vorel les rassura. ”
Marthe Fiel, Marane la passionnée
“ Chanteux reprit, en s’adressant à ma mère : — Excusez-la, Madame, les enfants d’aujourd’hui se croient supérieurs aux personnes d’expérience. J’hésitais. Je ne savais plus si je devais poursuivre mon accusation. Peut-être Chanteux disait-il vrai ? Évariste pouvait avoir ce vice insoupçonné. Il y avait deux ans qu’il vivait hors de la maison et sa nature était influençable. Le régisseur continuait : — Je suis bien content que M. le comte retourne un peu en ville. Il était d’un très mauvais exemple pour les fermiers. Quand on voit le maître se griser, les valets en font autant. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ « Madame, lui dit-elle, si votre sainteté ne me mettoit hors de crainte, je tremblerois et laisserois ma maison à ma sœur; mais j'ai confiance qu'aucun mal n'arrivera à qui que ce soit; donnez-moi le bien de votre bénédiction. » De là la mère de Chantal se rendit à Dijon, où elle reçut de différents monastères des lettres « qui lui firent jeter bien des larmes. » — « Mais, écrivait-elle aux sœurs de Lyon, je relève mon esprit par-dessus toutes choses créées et au-dessus de la mort parmi tant de morts1. » ”
Paul Mesnard, Notice sur Mme de Sévigné , par M. Paul Mesnard (1861)
“ Dans l'arrêt de mort que le parlement rendit contre lui, le 21 juin 1627, le duel du jour de Pâques est rappelé : souvenir lugubre pour Chantai, qui lisait son nom dans la sentence de mort de son ami. La douleur dans l'âme, il s'éloigna de la cour et alla dans l'île de Ré rejoindre Toiras, qui en était gouverneur. Il y avait là des 1. Lettre du i3 décembre 1684. 1. Mercure françois, tome S tll , p. 4°7- SUR MADAME DE SEVIGNE. 13 périls à courir : c'est ce que Chantai cherchait. Il fut reçu, comme volontaire dans l'armée de son ami. ”
Les deux filles de sainte Chantal… (1882)
“ « On cueille les fraises et les cerises avant les poires ber« gamottes et les capendus ; mais c'est parce que leur sai« son le requiert : laissons que Dieu recueille ce qu'il a « planté en son verger ; il prend tout à saison 4 ! » Revenant ensuite à madame de Chantai, c'est avec une force extraordinaire que le saint impose la résignation à « ce cœur vigoureux, qui aime et qui veut puissam« ment5. » ”
Clémence Robert,
La fille de Satan
(1877)
“ Et madame de Chantal attendrie l'embrassa de toute son âme. — Oui, reprit-elle, on est encore pur et innocent quand on ne sait pas mentir. Mais, malgré cette douce effusion, la baronne avait retenu une des mains de Claire entre les siennes et l'entraînait sur son chemin. — Je m'empare de vous, ma jeune amie, dit en même temps madame de Chantai ; nous ferons ensemble une visite aux sœurs de la Visitation, puis nous renverrons votre voiture, en faisant dire à madame votrère que je vous garde ce soir. La jeune fille tressaillit de tout son être. ”
Études biographiques sur saint François de Sales (1860)
“ Avec une perception claire de sa nature déchue, un sens moral bien supérieur à celui de l'évêque d'Annecy etune franchise des plus honorables, madame de Chantai met la passion qu'elle porte à tout, à se déclarer hors d'état d'approcher du trône de miséricorde. Le néant, le vide complet de tout bien dans son âme lui apparaît avec une poignante réalité ”
Charles de Bernard,
Le Paratonnerre. La Peine du talion…
(1862)
“ A cette apostrophe brutale, madame de Chantevilliers sentit se dresser dans son âme les cent têtes du dragon de l'orgueil ; elle se leva par un mouvement emporté, et, d'une voix émue par le courroux : — Monsieur, dit-elle, l'interprétation outrageante que vous donnez à une démarche sollicitée par vous, et à laquelle j'ai eu l'imprudence de condescendre, me prescrit la conduite que je dois suivre désormais : je me retire; rappelez-vous qu'une femme peut se trouver faible devant l'amour, mais qu'elle retrouve sa force devant l'insulte. ”
Émile Zola,
La Joie de vivre
(1884)
“ Comme on ne partait pas assez vite, la chatte, ennuyée, se lécha le ventre. Tu n'y vas donc pas? demanda Chanteau à Véronique, qu'il venait d'apercevoir près de lui. Non, monsieur, répondit-elle d'une voix étranglée. Mademoiselle m'a dit de rester avec vous. La cloche de l'église sonnait toujours, le corps quittait enfin la cour, suivi de Lazare et de Pauline, en noir au grand soleil. Et, de son fauteuil d'infirme, dans l'encadrement de la porte du vestibule laissée ouverte, Chanteau le regardait partir. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ « Croiriezvous , écrivait-il à la mère de Chantai, que des serviteurs de Dieu m'ont dit aujourd'hui que la douceur et la piété de notre institut étoient tellement au goût des esprits françois, que vous ôteriez toute la vogue aux autres maisons religieuses, et que, quand on auroit vu cette madame de Chantai, il n'y auroit plus que pour elle? » Dé tous côtés donc, et autant du côté des bons que de celui des méchants, on commença à intriguer auprès du cardinal de Retz pour empêcher la fondation. Tous les jours c'étaient des propositions nouvelles, aussi inacceptables les unes que les autres. ”
Études biographiques sur saint François de Sales (1860)
“ L'âme de madame de Chantal,ravagée par un flot extraordinaire de passion, se réfugie dans l'obéissance minutieuse, rigoureuse des pratiques les plus sévères, qu'elle mendie à son confesseur, à son directeur, et elle n'y trouve pas la moindre vertu intérieure pour alléger ses maux. Elle voudrait se fuir elle-même, s'il est possible, et on lui refuse le couvent. Alors le doute entre dans son âme, elle conçoit très-vite des soupçons graves sur la non-réalité des sacrements, sur la nonvaleur de l'Eglise romaine, et elle les traîne avec des alternatives diverses. ”
