“ Oreste. Questionne-moi, puisque tu le désires ; je répondrai. Iphigénie. Un devin nommé Calchas est-il revenu de Troie ? Oreste. Il est mort, à ce qu’on disait à Mycènes. Iphigénie. Ô vénérable déesse, quelle justice ! Et le fils de Laërte ? Oreste. Il n’est pas encore de retour à Ithaque ; cependant il existe, on le croit. Iphigénie. Puisse-t-il périr, et ne jamais revoir sa patrie ! Oreste. Ne fais point d’imprécation ; son sort est assez triste. Iphigénie. Et le fils de Thétis vit-il encore ? Oreste. Il n’est plus : vainement son hymen fut préparé en Aulide. ”
Résumé
Euripide, l’un des trois grands tragiques de l’Antiquité grecque, présente dans Théâtre une collection de pièces qui abordent les tensions entre humains et dieux, les conflits familiaux ainsi que les destins tragiques. L’œuvre, datant du Ve siècle av. J.-C., met en scène des personnages comme Ménélas, Créuse ou Iphigénie, confrontés à des dilemmes liés au mariage, à la paternité ou à la vengeance.
Les divinités, telles qu’Apollon ou Jupiter, interviennent fréquemment dans les vies des hommes, illustrant les enjeux de pouvoir et de justice. À travers des dialogues percutants et des thèmes universels, Euripide interroge la condition humaine et les lois divines, dans un cadre théâtral qui combine récit épique et réflexion morale.
Citations de Théâtre (Euripide)
“ Créuse À Athènes, lorsqu’il sera dans mon palais. Le Vieillard Ton avis n’est pas prudent, toi qui tout à l’heure blâmais le mien. Créuse En quoi ? Tu soupçonnes ce qui me vient aussi à l’esprit. Le Vieillard Tu passeras pour avoir fait périr le fils, même sans l’avoir frappé ; Créuse Il est vrai : on soupçonne aisément la haine dans le cœur d’une marâtre. Le Vieillard C’est ici qu’il faut le faire périr, afin de pouvoir nier le meurtre. Créuse Ah ! je goûte d’avance le plaisir de la vengeance. Le Vieillard Et ton époux ignorera que tu sais ce qu’il veut te cacher. ”
“ Le Vieillard Ô ma fille ! Créuse Ah ! malheureuse ! ma vie n’est qu’une suite de douleurs, de souffrances intolérables. O mes amies, je suis perdue. Le Vieillard Ô mon enfant ! Créuse Ah ! hélas ! la douleur pénètre jusque dans mes entrailles. Le Vieillard Ne te livre pas encore à l’affliction, Créuse Mais le malheur est là. Le Vieillard Avant que nous sachions Créuse Que puis-je apprendre ? Le Vieillard Si ton époux partage ton infortune, ou si tu es seule à plaindre. Le Chœur Ô vieillard, Apollon lui a donné un fils, il est heureux, lui seul, et sans elle. ”
“ Créuse Il n’est plus, ô vieillard ! il a été la proie des bêtes sauvages. Le Vieillard Il n’est plus ! ce dieu ingrat ne l’a donc pas secouru ? Créuse Il ne l’a pas secouru : c’est dans le séjour de Pluton qu’il l’élève. Le Vieillard Et qui donc l’exposa ? car ce n’est pas toi du moins. Créuse C’est moi qui dans l’ombre de la nuit l’enveloppai de mes voiles. Le Vieillard Tu n’avais pas de témoin, lorsque tu exposas ton fils ? Créuse Je n’en eus pas d’autres que le malheur et le mystère. Le Vieillard Et comment eus-tu le courage d’abandonner ton fils dans un antre sauvage ? ”
“ Ménélas, qui erra tant d’années sur les mers, habitera les îles Fortunées ; tel est l’arrêt du destin. Les dieux aiment les cœurs généreux : les peines sont réservées au vulgaire lâche et timide. Théoclymène. Fils de Jupiter et de Léda, je cède à votre voix, je renonce à ma vengeance contre ma sœur, je ne lui donnerai pas la mort. Qu’Hélène retourne dans sa patrie, puisque les dieux le veulent ainsi. Sachez-le, cette sœur, issue du même sang que vous, est un modèle de vertu et de pureté. Adieu ; soyez fiers des nobles sentiments d’Hélène, ils ne se rencontrent pas chez beaucoup de femmes. ”
“ Ménélas. Dois-je te suivre dans le palais, ou dois-je rester tranquille auprès de ce tombeau ? Hélène. Demeure ici ; car si le tyran voulait te maltraiter, tu serais protégé par cet asile et par ton épée. Pour moi, j’entre dans le palais ; je vais couper les boucles de mes cheveux, revêtir des vêtements noirs et lugubres, et faire ruisseler le sang de mes joues. Cet instant critique va décider de mon sort : il faut que je meure si ma ruse est découverte ; sinon, je rentre dans ma patrie et je sauve mon époux. Vénérable Junon, épouse de Jupiter, soulage les maux de deux mortels infortunés ! ”
“ Le Vieillard Avant tout il faut te venger du dieu qui t’a outragée. Créuse Mortelle, comment Triompherais-je de la puissance d’un dieu ? Le Vieillard Embrase le temple révéré d’Apollon. Créuse La crainte m’arrête, et j’ai déjà bien assez de malheurs. Le Vieillard Ose du moins ce qui est possible, fais périr ton époux. Créuse Je respecte notre hymen, en mémoire du temps où il m’aima. Le Vieillard Eh bien, frappe ce fils né pour ton malheur. Créuse Comment ? Ah ! si c’était possible ! Combien je le souhaiterais ! Le Vieillard Arme les hommes de ta suite. ”
“ Dans Œchalie Vénus ravit une jeune fille, chaste vierge qui n’avait point connu l’hymen, et l’unit au sort du fils d’Alcmène, comme une bacchante de l’enfer, au milieu du sang, du carnage et des flammes : funeste hymen qui fit son malheur ! Ô murs sacrés de Thèbes, eaux de Dircé, vous pourriez nous dire les maux que Vénus traîne à sa suite. C’est elle qui embrasa des feux de la foudre la mère de Bacchus, fils de Jupiter, auquel un hymen fatal l’avait unie. De son souffle terrible elle dessèche tout, et comme l’abeille elle s’envole. Phèdre. Femmes, faites silence : je suis perdue. ”
“ Ion Viens-tu seule consulter l’oracle, ou avec ton époux ? Créuse Avec mon époux : il s’est arrêté à l’antre de Trophonius. Ion Est-ce par curiosité, ou pour interroger l’oracle ? Créuse Il veut interroger cet oracle et celui de Phébus sur une même question. Ion Est-ce sur les fruits de la terre ou sur vos enfants que vous venez le consulter ? Créuse Nous n’avons point d’enfants, quoique depuis longtemps l’hymen nous ait unis. Ion Ainsi tu n’as jamais été mère ? Créuse Apollon sait que je n’ai point d’enfants. Ion Infortunée ! heureuse en tout le reste, combien ce bonheur te manque ! ”
“ LE CHŒUR Argos qui élèves de nobles coursiers, ô terre de ma patrie, tu as entendu le roi, tu as entendu ses religieuses paroles, si consolantes pour le pays des Pélasges. Puisse-t-il mettre fin à mes malheurs ! puisse-t-il arracher au sol de Thèbes nos fils tout sanglants, délices de leur mère, et mériter par ses bienfaits l’amitié de la terre d’Inachus ! Une pieuse entreprise est, pour les états, un glorieux monument, que suit une éternelle reconnaissance. Que devrai-je à la ville d’Athènes ? Fera-t-elle alliance avec moi, et obtiendrons-nous la sépulture pour nos enfants ? ”
“ Ménélas Esclaves, saisissez cette femme, et chargez-la de chaînes : ce qu’elle va entendre n’est pas fait pour lui plaire. Pour te faire quitter l’autel sacré de la déesse, je t’ai menacée de la mort de ton fils, je t’ai menée ainsi à te livrer entre mes mains pour mourir. Pour ce qui te regarde, sache que l’arrêt est irrévocable ; pour ce qui regarde ton fils, ma fille décidera si elle veut ou non le faire périr. Allons, rentre, et apprends, vile esclave, à ne pas outrager les personnes libres. Andromaque Ô ciel ! ”
“ Telle est la haine que toute la Grèce porte à la fille de Jupiter. Femme, pardonne-moi les paroles que j’ai prononcées. Hélène. Mais qui es-tu ? d’où viens-tu en ce pays ? Teucer. Je suis un de ces Grecs infortunés. Hélène. Je ne m’étonne plus de la haine que tu portes à Hélène ; mais qui es-tu ? quelle est ta patrie, ta famille ? Teucer. Teucer est mon nom, mon père est Télamon, Salamine est ma patrie. Hélène. Quel motif t’amène sur les bords du Nil ? Teucer. Je viens en fugitif, banni des lieux qui m’ont vu naître. Hélène. Tu dois être malheureux. Qui donc te bannit de ta patrie ? ”
“ D’ailleurs, mon père, je ne pourrais sans pitié voir ton épouse vieillir privée d’enfants. Issue d’un sang illustre, elle ne mérite pas un pareil abandon. En vain tu me vantes les charmes de la royauté ; le dehors en peut plaire, mais au fond du palais on trouve la tristesse. Et comment vivre heureux au sein de la défiance et dans de perpétuelles alarmes ? J’aime mieux vivre au sein d’un bonheur obscur, que d’être roi pour m’entourer d’amis méprisables et pour haïr les gens de bien dans la crainte de mourir. Mais, diras-tu, l’or triomphe de ces ennuis ; il est doux de vivre dans l’opulence. ”
“ ADRASTE. Tes fils ne sont plus, malheureuse mère, ils ne sont plus : l’éther les a reçus dans son sein, depuis que la flamme a réduit leurs corps en cendres ; ils se sont envolés vers Pluton. L’ENFANT. Mon père, tu entends les gémissements de tes fils. Un jour, armé d’un bouclier, je vengerai ta mort... DEMI-CHŒUR. Puissent tes vœux s’accomplir, ô mon fils ! L’ENFANT. Et qu’avec l’aide des dieux je voie arriver la justice vengeresse pour mon père ! Notre malheur ne sommeille pas encore dans l’oubli. LE CHŒUR Ah ! c’est assez de gémissements sur les coups de la fortune ”
“ Le Vieillard Quelle est donc la nature de ce double présent de la déesse ? Créuse Celle des deux gouttes qui a coulé de la veine cave Le Vieillard Quel en est l’usage ? quelle est sa vertu ? Créuse Chasse les maladies et entretient la vie. Le Vieillard Et l’autre, quel est son effet ? Créuse Elle donne la mort ; c’est le venin des serpents de la Gorgone. Le Vieillard Les portes-tu ensemble, ou séparées ? Créuse Séparées : le bon ne se mêle pas avec le mauvais. Le Vieillard Ô fille chérie, tu as tout ce-qui t’est nécessaire. Créuse Ce poison tuera le fils ; c’est à toi de le verser. ”
“ Les larmes naissent des larmes dans notre maison. Ceux qui sont morts perdent du moins le sentiment de leurs maux ! LE CHOEUR. Combien sont doux aux malheureux les pleurs, les accents plaintifs et les chants de douleur! ANDROMAQUE. O mère du vaillant Hector, dont la lance fut fatale à tant de Grecs, vois-tu ce spectacle? HÉCUBE. Je vois l'ouvrage des dieux, qui élèvent ce qui est humble, et renversent ce qu'on croit élevé. ANDROMAQUE. On m'emmène avec mon fils, comme un butin : ce qui est né sur le trône tombe dans l'esclavage par les vicissitudes du sort. ”
“ Oreste Au nom des dieux, ne m’inspire point de faiblesse ; ne fais point couler mes larmes par le souvenir de nos infortunes ! Electre Il nous faut mourir : est— il possible de ne pas gémir sur notre sort ? car la vie est un objet de regrets pour tous les mortels. Oreste [1035] Ce jour est le dernier pour nous : il faut suspendre le lacet fatal, ou aiguiser le glaive de notre main. Electre Mon frère, donne-moi toi-même le coup mortel, pour qu’aucun Argien ne fasse cet outrage à la fille d’Agamemnon. Oreste C’est assez du sang d’une mère ; je ne te donnerai point la mort. ”
“ Hélène. Privée des doux noms d’épouse et de mère, elle gémit sur la honte de mon coupable hymen. Ménélas. Ô Pâris, qui as ruiné ma maison de fond en comble, tu t’es perdu toi-même en faisant périr des milliers de guerriers grecs. Hélène. Et moi, infortunée, objet de la haine générale, une déesse m’enlève à ma patrie, à mon époux, parce que j’ai quitté, sans l’avoir voulu, ma maison et ma famille pour un hymen honteux. Le Chœur. Si à l’avenir vous jouissez d’un sort prospère, il compensera vos souffrances passées. ”
“ Le Phrygien [1395] C’est le chant funèbre, signal de mort, que les Barbares font entendre ; ce sont les voix asiatiques, lorsque le sang des rois est répandu sur la terre, par le glaive de fer de Pluton. Pour te dire les détails que tu demandes, deux lions grecs et jumeaux sont entrés dans le palais. L’un eut pour père le général de la Grèce ; l’autre est le fils de Strophius, artisan de perfidies, semblable à Ulysse, ourdissant ses ruses en silence, mais fidèle à ses amis ; audacieux dans le combat, habile dans l’art du la guerre, et tel qu’un dragon altéré de sang. ”
“ Commencez par invoquer les dieux : toi, Hélène, demande à Vénus de favoriser ton retour dans ta patrie, et prie Junon de conserver à ton époux et à toi la protection qu’elle vous accorde. Et toi, mon père, qui maintenant es la proie de la mort, crois bien que je ferai tout pour que jamais un reproche d’impiété ne s’attache à ton nom. (Elle rentre dans le palais.) Le Chœur. Nul homme injuste n’a jamais prospéré ; c’est dans la justice qu’est l’espoir du salut. Hélène. Ménélas, la jeune vierge nous sauve la vie ; maintenant il faut nous concerter et chercher ensemble les moyens d’échapper. ”
“ O ma fille, ô Cassandre, qui partages les transports des dieux, quel revers a flétri ton innocence!... Et toi, infortunée Polyxène, où es-tu? Dans ma postérité si nombreuse, ni un fils ni une fille ne peut soulager mon infortune.- Pourquoi me relever ? Dans quelle espérance ? Conduisez mes pieds, jadis délicats au temps de Troie, et esclaves aujourd'hui, conduisez-les sur la terre qui doit me servir de couche, vers la pierre où je dois reposer ma tête, pour que j'y tombe et que j'y meure consumée par mes larmes. Et apprenez par mon exemple, qu'avant la mort, nul ne mérite le nom d'heureux. ”
“ Tout va bien. Toi, ma sœur, reste ici devant le palais, pour attendre Hermione. Jusqu’à ce que le meurtre soit accompli, observe si quelque secours ou si le frère de notre père arrive pour prévenir notre dessein ; pousse des cris, heurte à la porte ; que ta voix parvienne jusqu’à nous. Pour nous, Pylade, cher compagnon de tous mes travaux, entrons ; armons nos bras pour ce dernier combat. Ô mon père, toi qui habites le palais de la nuit ténébreuse, ton fils Oreste t’appelle, viens à son aide : c’est pour toi que je souffre des maux si peu mérités. ”
“ LE HÉRAUT. Jamais tu n’enlèveras de notre sol les corps des Argiens. THÉSÉE. À ton tour écoute-moi, si tu veux. LE HÉRAUT. J’écoute ; il faut laisser à chacun son tour. THÉSÉE. J’enlèverai les morts des bords de l’Asope, et je les mettrai dans la tombe. LE HÉRAUT. Il te faudra d’abord courir le hasard des combats. THÉSÉE. J’ai accompli bien d’autres travaux périlleux. LE HÉRAUT. Ton père t’a-t-il fait invincible contre tous ? THÉSÉE. Oui, contre les méchants ; les bons, nous ne les punissons pas. LE HÉRAUT. Tu entreprends de grandes choses, ainsi que ta patrie. ”
“ Heureuse encore la fille de Mérope, que Diane chassa du chœur des nymphes à cause de sa beauté, et transforma en biche aux cornes dorées ! C’est ma beauté qui a causé la ruine de Pergame, c’est elle qui a causé la ruine des Grecs. Ménélas seul. Pélops, toi qui, dans Pise, vainquis jadis Œnomaüs à la course des chars, ah ! lorsque tes membres coupés en morceaux furent servis aux dieux dans un festin, que n’as-tu perdu la vie parmi eux, avant d’avoir donné le jour à mon père Atrée, qui, de son union avec Aérope, engendra une noble couple, Agamemnon, et moi, Ménélas ! ”
“ Pour moi, je veux être de moitié avec toi dans l’entreprise, et immoler le fils, en pénétrant dans la salle où il prépare le festin, et mourir en m’acquittant envers mes maîtres de leurs bienfaits, ou jouir avec eux d’une vie heureuse. Il n’y a de honteux chez les esclaves que le nom ; dans tout le reste un esclave ne vaut pas moins que les hommes libres, quand son cour est honnête. Le Chœur Moi aussi, maîtresse chérie, je veux partager ton infortune : je veux mourir, ou vivre avec honneur. Créuse Ô mon âme, comment me taire ? ”
“ Fidèle à mon premier époux, je viens en suppliante sur le tombeau de Protée, pour qu’il me conserve pure à Ménélas, afin que, si mon nom est flétri parmi les Grecs, mon corps du moins reste sans tache. Teucer. À quel maître appartient ce superbe palais ? C’est la demeure d’un homme puissant, à en juger par sa magnificence, par cette enceinte royale et bien fortifiée. — Mais, ô dieux ! que vois-je ? l’affreuse image de la femme la plus détestée, de celle qui a causé ma perte et celle de tous les Grecs ! Que les dieux te maudissent pour ta ressemblance avec Hélène ! ”
“ Hermione, ma maîtresse, abandonnée de son père, et troublée par la conscience du crime qu’elle a voulu commettre en faisant périr Andromaque et son fils, veut mourir ; elle craint que son époux ne la chasse ignominieusement, ou ne la punisse de mort, pour avoir attenté à des jours qu’elle devait respecter. À peine les esclaves qui la gardent peuvent-ils l’empêcher d’attacher à son cou le cordon fatal, et arracher de ses mains le glaive dont elle veut se percer : tant sa douleur est profonde, tant elle se sent coupable, en pensant à ce qu’elle a fait ! ”
“ Il fallait, puisque tu étais l’ami des Grecs, leur porter cet or, qui, de ton propre aveu, appartenait, non à toi, mais à mon fils ; il fallait le porter aux Grecs indigents, et depuis longtemps éloignés de leur patrie. Mais maintenant même tu crains de le laisser échapper ; tu persévères à le garder dans ton palais. Certes, en élevant mon fils comme tu le devais, et en le sauvant, tu te serais couvert de gloire ; car c’est dans l’infortune que les vrais amis se font connaître : la prospérité n’en manque jamais. ”
“ Entends la voix des Dioscures, fils de Léda et frères d’Hélène, qui a fui de ton palais. Tu te courrouces contre un hymen que le destin ne t’a pas réservé. La vierge, fille d’une Néréide, ta sœur Théonoé, ne t’a fait aucun tort ; elle a respecté les dieux et la justice, elle a obéi aux ordres de ton père. Il fallait que la fille de Tyndare habitât ton palais jusqu’à ce jour : maintenant que Troie est renversée, et que le nom d’Hélène a servi la colère des dieux, elle ne peut plus rester sous le joug de ton hymen, elle doit retourner dans sa patrie et vivre avec son époux. ”
“ Ta mère, ô mon fils, descend dans le tombeau pour racheter tes jours. Si tu échappes à la mort, souviens-toi de ta mère et de ses souffrances ; et en recevant les baisers de ton père, dis-lui, en versant des larmes et en l’entourant de tes bras, dis-lui ce que j’ai fait pour toi. Oui, nos enfants sont notre vie : celui qui me blâme, parce qu’il ne fut jamais père, a sans doute moins de souffrances ; mais son bonheur n’est qu’un malheur. le chœur Ses paroles m’ont émue ; les malheurs de tous les mortels, fussent-ils même étrangers, sont dignes de pitié. ”
“ Ah ! lorsqu’un époux est odieux à sa femme, alors la vie aussi lui est odieuse ; mieux vaut mourir. Choisissons donc une mort honorable. Se suspendre à un nœud fatal est une fin déshonorante, même pour les esclaves ; le glaive a quelque chose de plus noble, et c’est une voie plus courte pour se délivrer de la vie. Tel est l’abîme de maux où je suis tombée. La beauté qui fait le bonheur des autres femmes, a causé ma ruine. Le Chœur. Hélène, quel que soit cet étranger, n’ajoute pas une foi sans réserve à tout ce qu’il t’a dit. ”
“ Alors il prend la parole : « Fils de Pélée ! ô mon père ! reçois ces libations propitiatoires, par lesquelles on évoque les ombres. Viens te rassasier du sang pur de cette jeune fille, que l’armée t’offre avec moi. Sois-nous propice ; que nos vaisseaux puissent quitter le rivage et mettre à la voile, et permets-nous de partir d’Ilion, d’obtenir tous un heureux retour dans notre patrie. » Ainsi parla le fils d’Achille ; et toute l’armée se joignit à sa prière. Ensuite il saisit son épée enrichie d’or, et, la sortant du fourreau, il fait signe aux jeunes Grecs de saisir la victime. ”
“ Mer d’azur qui baignes les îles Cyanées, que traversa la frénétique Io lorsque d’Argos elle vint sur le Pont-Euxin, et qu’elle passa d’Europe en Asie, quels sont ces étrangers qui ont quitté les belles eaux de l’Eurotas aux verts roseaux, ou les rives de Dircé, pour aborder sur cette terre inhospitalière, où une prêtresse teint de sang humain l’autel et les colonnes du temple ? Portés par l’effort impétueux de leur double rang de rames, ont-ils lancé sur les flots leur navire, à l’aide des vents qui enflent les voiles, pour satisfaire la passion de l’or qui enrichit leurs maisons ? ”
“ Je vais faire entendre un chant en l'honneur de Troie; je dirai comment ce colosse porté sur quatre pieds a causé la ruine de ma patrie, et m'a soumise au pouvoir des Grecs, lorsqu'ils laissèrent aux portes de la ville le cheval harnaché d'or, garni de guerriers, et poussant dans les airs un long frémissement : du haut des remparts troyens le peuple s'écrie : « Allez, au terme de vos longues épreuves, introduisez dans nos murs l'offrande sacrée faite à la fille de Jupiter. » Parmi nos jeunes guerriers, parmi nos vieillards en est-il un seul qui ne se mette à l'œuvre? ”
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