“ Puis, s’adressant aux religieux, il leur recommanda de garder la chasteté : « La miséricorde de Dieu, leur dit-il, m’a conservé jusqu’à ce jour une chair pure et une virginité sans tache. Si vous désirez la même grâce, fuyez toute relation suspecte. C’est le soin de cette vertu qui rend le serviteur agréable à Dieu, et lui donne crédit auprès du peuple. Servez toujours le Seigneur dans la ferveur de l’esprit ; soutenez et étendez notre Ordre naissant, soyez fermes dans la sainteté et l’observance de la règle ; croissez en vertu ! » ”
Jean Guiraud
Résumé
Jean Guiraud consacre son ouvrage Saint Dominique à la vie et à l’œuvre du fondateur des Frères Prêcheurs, détaillant son lutte contre l’hérésie et sa vision d’un ordre religieux fondé sur la pauvreté, la prédication et la sanctification des âmes.
À travers des récits de ses sermons, des conflits avec les hérétiques et la création des couvents, l’auteur met en évidence l’engagement de Dominique en faveur d’une spiritualité active, illustrée par des épisodes marquants comme la réforme des monastères ou la stricte discipline ascétique des religieux. L’œuvre, ancrée dans le contexte médiéval, souligne l’influence durable de l’Ordre des Prêcheurs sur l’Église.
Citations de Saint Dominique (Jean Guiraud)
“ Une fois les Prêcheurs en possession de Saint-Sixte, Honorius III reprit le projet de son prédécesseur, et songea à y fonder un couvent de femmes. Les monastères romains de religieuses étaient tombés en décadence, la clôture n’y était plus observée ; la vie contemplative semblait décliner ; les femmes qui voulaient la pratiquer dans sa rigueur, se faisaient emmurer dans de petites cellules construites pour elles, et y vivaient recluses. ”
“ Qu’avons-nous appris et qu’apprenons-nous chaque jour ? Quels maux a faits et fait encore à l’Église de Dieu l’hérétique Henri ! Les basiliques sont sans fidèles, les prêtres sans honneur. On regarde les églises comme des synagogues, les sacrements sont méprisés, les fêtes ne sont plus solennisées. Les hommes meurent dans leurs péchés, les âmes paraissent devant le tribunal terrible sans avoir été réconciliées par la pénitence ni fortifiées par la sainte Communion. On va jusqu’à priver les enfants des chrétiens de la vie du Christ, en leur refusant la grâce du baptême [16] . ”
“ Il alla passer à son couvent de Bologne les fêtes de l’Assomption, et il trouva l’occasion de donner à ses religieux une nouvelle leçon sur l’esprit de pauvreté. En son absence, le procureur, Frère Raoul, avait voulu agrandir les cellules qu’il trouvait, d’ailleurs avec raison, incommodes et insuffisantes ; il les avait fait élever d’une coudée. Lorsque, à son retour, Dominique vit ce changement, il en fut scandalisé ; il reprit sévèrement le procureur et les autres religieux, et leur dit en pleurant : « Hélas ! êtes-vous si pressés de quitter la pauvreté et d’édifier de magnifiques palais ! » ”
“ Par la création des Frères Prêcheurs, dit Lacordaire [186] , Dominique avait tiré du désert une phalange monastique ; il les avait armés du glaive de l’apostolat. Par la création du Tiers Ordre, il introduisit la vie religieuse jusqu’au sein du foyer domestique et au chevet du lit nuptial. Le monde se peupla de jeunes filles, de veuves, de gens mariés, d’hommes de tout âge qui portaient publiquement les insignes d’un Ordre religieux, et s’astreignaient à ses pratiques, dans le secret de leurs maisons... ”
“ Dans son couvent, disent les Constitutions, le supérieur aura le pouvoir de donner aux Frères des dispenses, quand il le jugera expédient, surtout en ce qui semblera devoir empêcher ou l’étude, ou la prédication, ou le bien des âmes, car, ajoute Humbert, de toutes les œuvres qui s’accomplissent dans l’Ordre, la plus fructueuse et la meilleure est celle de la prédication. Si plusieurs personnes sont sauvées par les oraisons et les autres pratiques de l’Ordre, combien sont-elles en face de celles qui doivent leur salut à la prédication ! ”
“ Ce n’était pas seulement aux individus que saint Dominique voulait imposer la pauvreté ; c’était aussi aux couvents. Quoi qu’on en ait dit, le fondateur des Prêcheurs partageait sur ce point la manière de voir de saint François. C’était un Ordre de Mendiants qu’il voulait fonder, lui aussi, un Ordre qui posséderait tout au plus de modestes abris pour ses religieux, s’abandonnant pour tout le reste à la Providence de Dieu et à la charité des hommes.Mais de tous les vœux monastiques, celui qui semble le plus difficile à tenir est le vœu de pauvreté. ”
“ Les chefs de l’hérésie faisaient grand cas du concours des femmes et ils s’efforçaient de les engager dans leur secte. C’est par elles que la doctrine hérétique se conservait au foyer domestique et se transmettait aux générations suivantes. Si Aimery, seigneur de Montréal, fut l’un des soutiens les plus énergiques de l’albigéisme, c’est que son zèle était sans cesse entretenu par sa mère Blanche et sa sœur Mabilia ; à Fanjeaux, Véziade de Festes, femme de l’un des principaux chevaliers du pays, avait été élevée dans ces doctrines par son aïeule et les avait mises en pratique dès son enfance. ”
“ Devant cet homme qui foulait aux pieds les plaisirs charnels et foudroyait les cœurs de pierre des impies, la secte des hérétiques trembla tout entière, tout entière l’assemblée des fidèles tressaillit d’allégresse. Il crût en même temps en âge et en grâce ; goûtant un plaisir ineffable au salut des âmes, il voua son cœur aux paroles du Seigneur et fit naître à la vie, des foules par l’Évangile du Christ... ”
“ Tel était l’Ordre avec ses trois grands corps, rattachés l’un à l’autre par une étroite hiérarchie, avec ses observances et ses règlements, dont la rigueur variait pour favoriser chez les uns la vie active, chez les autres la vie contemplative ; système vaste, mais harmonieux, où la mysticité la plus ardente s’alliait à l’esprit pratique le plus positif, où l’on travaillait, en même temps et avec autant de zèle, à sa propre sanctification et à celle du prochain, reproduction parfaite en des milliers de personnes, d’un modèle unique qui était le fondateur même de l’Ordre, saint Dominique. ”
“ Quiconque se sert de l’épée, périra par l’épée, qui, mieux que l’indifférence sceptique, sont les principes de la tolérance ; ne croyant pas même, que la pure raison d’État, si souvent alléguée contre l’Église, puisse légitimer la persécution, il nous semble toutefois que de graves intérêts sociaux exigeaient la répression de l’hérésie albigeoise. Il ne s’agissait pas seulement de ramener à l’orthodoxie des populations égarées, ni même de faire rentrer dans l’ordre des rebelles politiques ; il s’agissait de défendre la société contre des doctrines subversives et anarchistes. ”
“ Aussi, Didace et lui purent-ils rappeler sans présomption les missionnaires cisterciens à l’austérité apostolique. « Ce ne sera pas seulement par des paroles, leur dirent-ils, que vous ramènerez à la foi des hommes qui s’appuient sur des exemples. Voyez les hérétiques ; c’est par leur affectation de sainteté et de pauvreté évangélique, qu’ils persuadent les simples. Si vous leur donnez un spectacle contraire, vous édifierez peu, vous détruirez beaucoup, vous ne gagnerez rien. Chassez un clou par l’autre, mettez en fuite une sainteté d’apparat par les pratiques d’une sincère religion. » ”
“ A Orléans, les pèlerins suivirent la route de Chartres et laissèrent Dominique et Bertrand sur celle de Paris, après avoir pris congé d’eux et s’être recommandés à leurs prières. Le lendemain, le bienheureux Père dit à son compagnon : « Voici que nous arrivons à Paris ; si les Frères apprennent le miracle que le Seigneur a fait, ils nous regarderont comme des saints, tandis que nous ne sommes que des pécheurs ; et s’il vient aux oreilles des gens du monde, notre humilité courra de grands risques ; c’est pourquoi, je vous défends d’en parler à personne avant ma mort. » ”
“ Nous nous réjouissons, leur disait-il, et nous remercions Dieu de ce qu’il vous a favorisées de cette sainte vocation et vous a délivrées de la corruption du monde. Combattez, mes filles, l’antique ennemi du genre humain, en vous appliquant au jeûne ; car sachez que nul ne sera couronné s’il n’a pas combattu. Je veux que dans les lieux claustraux, c’est-à-dire au réfectoire, au dortoir, à l’oratoire, vous gardiez le silence, et qu’en toute chose vous observiez la règle. ”
“ Dans cette partie du monde où se lève le zéphyr, ramenant les feuilles nouvelles dont se revêt l’Europe, non loin du fracas de ces ondes, derrière lesquelles le soleil, dans sa longue fuite, se cache quelquefois à tous les hommes, est placée la fortunée Calahorra... C’est là que naquit l’amant passionné de la foi chrétienne, le saint athlète si bon aux siens, si formidable aux ennemis. ”
“ Pierre Seila reçut formellement de lui la mission de propager l’Ordre à Limoges : « Il allègue son ignorance, la pénurie de livres où il se trouve, puisqu’il ne possède qu’un cahier des Homélies de saint Grégoire : « Va, mon fils, va avec confiance, lui répond le Maître. Deux fois par jour, tu me seras présent devant Dieu. N’hésite pas, tu gagneras au Seigneur bien des âmes, et tu produiras beaucoup de fruits. » C’est avec la même confiance que, deux ans plus tôt, le Saint avait procédé, à Prouille, à la dispersion de ses religieux. ”
“ « Nous devons être la lumière du monde ; si la lumière qui est en nous se change en ténèbres, combien épaisse sera la nuit ! » et par l’ignorance et la corruption du clergé, il montrait aux évêques « la religion avilie, la justice foulée aux pieds, l’hérésie triomphante, le schisme insolent ». De son côté, adoptant entièrement les vues du Pape, le concile rendit un décret fort important sur la prédication et le besoin urgent de la rendre plus active, plus savante et partant plus efficace. ”
“ « Par ces deux missions d’Angleterre et de Hongrie, dit Lacordaire, Dominique avait achevé de prendre possession de l’Europe. » Il pouvait contempler son œuvre avec complaisance et croire qu’elle était bénie de Dieu. Née péniblement, semblant tout d’abord près d’échouer, la sainte Prédication s’était brusquement développée. Les quarante religieux dispersés à travers le monde après l’assemblée de Prouille avaient fondé, en moins de quatre ans, plus de soixante couvents. ”
“ Ce n’est plus dans un pays isolé que les gouvernements favorisent les missionnaires de l’erreur et entravent les apôtres de la vérité. Les grands moyens qu’employa saint Dominique avec tant de succès, sont encore nécessaires aujourd’hui ; plus que jamais, il faut des Prédicateurs ; plus que jamais, il faut que l’Église fasse œuvre de science et que, tout en augmentant en eux-mêmes par la prière et les secours surnaturels, la vie divine, ses défenseurs ne manquent pas d’aller puiser dans les Universités et dans l’étude, la connaissance des choses divines et humaines. ”
“ Lorsque Frère Réginald, de sainte mémoire, autrefois doyen d’Orléans, prêchait à Bologne, et attirait dans l’Ordre des ecclésiastiques et des docteurs de renom, Maître Monéta, enseignait les arts et était fameux dans toute la Lombardie. Voyant la conversion d’un si grand nombre d’hommes, il commença à craindre pour lui-même. C’est pourquoi, il évitait avec soin Frère Réginald et détournait de lui ses étudiants. ”
“ La vie de saint Dominique est encore une école de patience et de courage. Après dix ans de prédications en Languedoc, il n’avait encore que quinze compagnons et les hérétiques semblaient triompher ! Mais sa foi restait inébranlable et, cinq ans après, plus de mille Frères étaient répandus dans le monde chrétien tout entier, attestant par leur zèle combien était féconde cette œuvre qui avait paru d’abord échouer. Il n’avait pas attendu le succès pour avoir confiance : ouvrier dans la vigne du Seigneur, il était assuré d’avance que le Père céleste la ferait fructifier. ”
“ Il serait difficile en effet de trouver dans les ouvrages de Schopenhauer, de Nietzche et des autres pessimistes et nihilistes contemporains, des doctrines plus décevantes et plus décourageantes que celles des Albigeois. D’après leurs ministres, le monde était l’œuvre du diable, créateur de toutes les choses visibles, et si Dieu était intervenu dans cette formation des êtres, il l’avait fait pour affaiblir encore l’homme, sorti trop fort des mains du démon. Tout être vivant était immonde ; la vie était le suprême malheur ; la communiquer, c’était participer à l’œuvre diabolique de la création ”
“ Raymond Bernard était diacre à Montréal, Guilabert de Castres l’était à Fanjeaux, avant de devenir lui-même évêque de Toulouse. Enfin, comme dans la primitive Église, on distinguait deux sortes de fidèles : les uns, les Parfaits ou Bonshommes, avaient reçu l’initiation complète ou Consolamentum, toute la doctrine leur était révélée et ils devaient l’enseigner et la répandre ; ils étaient astreints aux abstinences, aux jeûnes, au célibat et à toutes les observances de la secte ; parfois, ils se distinguaient par un costume spécial. ”
“ Ce fut dans ce second séjour à Rome, pendant le concile du Latran, que saint Dominique se lia d’amitié avec saint François. Tandis que le chanoine d’Osma sollicitait l’approbation apostolique pour ses Prêcheurs aussi savants qu’intrépides, pour « ces chiens du Seigneur [86] » qu’il voulait lancer contre les loups de l’hérésie, le séraphique d’Assise en faisait autant pour ses mystiques compagnons, pour ces contemplatifs qui embrassaient dans un même amour la création tout entière et devaient faire, par leurs naïves et touchantes effusions, tant de conversions chez les simples. ”
“ Une jeune amitié unit encore aujourd’hui les Frères Prêcheurs aux Frères Mineurs... ils sont allés à Dieu par les mêmes chemins, comme deux parfums précieux montent à l’aise au même point du ciel. Chaque année, lorsque le temps ramène à Rome la fête de saint Dominique, des voitures partent du couvent de Sainte-Marie-sur-Minerve, où réside le général des Dominicains, et vont chercher au couvent de l’Ara-Cœli, le général des Franciscains. ”
“ Après avoir signé la bulle de canonisation, Grégoire IX déclara qu’il ne doutait pas plus de la sainteté de saint Dominique que de celle des apôtres Pierre et Paul ; de nombreuses générations de chrétiens l’ont redit avec lui. Il est impossible, en effet, d’imaginer une abnégation plus complète de soi-même, une vie plus entièrement vouée au service de Dieu. Depuis le jour où, jeune étudiant à Palencia, il vendait ses livres pour secourir les pauvres, jusqu’à celui où mourant, il adressait à ses religieux ses dernières exhortations, saint Dominique n’a poursuivi qu’un but, la gloire de Dieu ”
“ « Un jour, raconte-t-il, les deux grands flambeaux de l’univers, Dominique et François, étaient avec le seigneur d’Ostie et conversaient ensemble des choses divines. Tout à coup, l’évêque émet cette réflexion : « Dans la primitive Église, les pasteurs étaient pauvres et serviteurs dévoués des âmes, non par cupidité, mais par charité. Pourquoi ne faisons-nous pas de vos Frères des prélats et des pontifes ? ils seraient supérieurs aux autres par la doctrine et par l’exemple. » Là-dessus, une vraie lutte s’engage entre les deux saints. Ils se pressent et s’exhortent mutuellement à répondre ”
“ Il est inutile d’insister longuement sur ces légendes ; outre qu’elles ne sont rapportées ni par Jourdain, ni par Humbert, ni par Thierry d’Apolda, ni par aucun chroniqueur du treizième siècle, elles fourmillent tellement d’invraisemblances et d’anachronismes, elles contredisent d’une manière si évidente ce que l’on sait de positif sur la vie du Saint, qu’elles ne sauraient arrêter l’attention de l’historien. ”
“ Ses biographes nous rapportent plusieurs traits de son dévouement. Pendant qu’il étudiait la théologie, une disette s’abattit sur la ville et sur toute l’Espagne, et l’on sait l’étendue des ravages que causait ce fléau au moyen âge ; beaucoup de pauvres mouraient de faim dans l’abandon. Dominique ne put pas soutenir un pareil spectacle, il vendit tout ce qu’il possédait, jusqu’à ses livres et ses notes ; son exemple fut suivi par plusieurs de ses condisciples, et la misère fut soulagée par les aumônes des étudiants et des maîtres que l’exemple du Bienheureux avait émus. ”
“ Né à Gênes, ancien religieux de l’abbaye cistercienne de Toronet, Foulques avait remplacé Pierre de Rabasteins, déposé du siège de Toulouse à cause de sa complaisance pour l’hérésie. Dès les premiers jours de son épiscopat, il montra le zèle le plus ardent pour la foi catholique. Chassé par les hérétiques de sa cathédrale et de Toulouse, on le trouve dans l’armée des croisés, où il assiste Simon de Montfort de ses conseils et de son expérience ; dans les conciles, où il inspire des mesures, aussi sévères qu’efficaces, pour la répression de l’hérésie ”
“ Après l’Église, les arts et les lettres ont exalté saint Dominique ; une école de peintres et de sculpteurs s’est développée au sein de son Ordre, si bien que l’on a pu écrire des livres sur « les artistes de l’Ordre des Prêcheurs ». Ils ont consacré leur génie à la gloire de leur Père.On ne tarda pas à trouver indigne d’un si grand Saint le tombeau que Jourdain de Saxe lui avait érigé en 1233 ; le couvent et la commune de Bologne confièrent à l’illustre Nicolas Pisano et à un Dominicain bolonais, Fra Guglielmo, le soin de de lui élever une Arca magnifique en marbre sculpté. ”
“ Les saints eux-mêmes ont pu se tromper, et quoique surabondante en eux, la grâce divine ne les a pas infailliblement préservés de toute erreur et de toute faute. Si saint Dominique avait commis des actes de cruauté, nous ne ferions aucune difficulté de le reconnaître ; mais, en plaçant le bienheureux dans son temps et dans son milieu, en considérant surtout le caractère de ses adversaires, il nous apparaît comme un défenseur sage et modéré, non seulement de la morale et de la foi, mais encore de la civilisation, compromise par les doctrines subversives des Albigeois. ”
“ On ne croyait plus qu’il fallait fuir du monde pour s’élever à l’imitation des saints : toute chambre pouvait devenir une cellule, toute maison une thébaïde. L’histoire de cette institution est une des plus belles choses que l’on puisse lire ; elle a produit des saints sur tous les degrés de la vie humaine, depuis le trône jusqu’à l’escabeau, avec une telle abondance que le désert et le cloître pouvaient s’en montrer jaloux. ”
“ Les constitutions des religieuses rappellent le plus possible celles des religieux ; car, dans la pensée de saint Dominique, les couvents d’hommes et ceux de femmes ne devaient former qu’un seul Ordre. La règle de saint Augustin, les vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté, les jeûnes et les abstinences, l’office du chœur, les exercices spirituels, la loi du silence, les Chapitres de la coulpe étaient imposés aux unes comme aux autres. ”
“ Comme en France et en Italie, les Dominicains avaient besoin en Espagne d’une maison d’études. Ce fut la raison d’être du couvent qui fut fondé, en 1219, auprès de l’Université de Palencia. Rien ne prouve formellement que saint Dominique ait présidé à cette création ; mais si l’on se rappelle qu’il avait fait lui-même ses études dans les écoles de cette ville, et si l’on rapproche cette fondation de celles des couvents de Bologne et de Paris, il est impossible d’y méconnaître l’action du bienheureux. ”
“ Peu de temps après, fut fondé le couvent de Milan. Lorsque, revenant d’outre-monts, saint Dominique s’était arrêté dans cette ville, il avait été prié d’y envoyer plusieurs Frères. Elle était infestée d’hérétiques vaudois et patarins et semblait avoir un besoin tout spécial du zèle des Prêcheurs. Cela suffit à décider saint Dominique : à peine de retour à Bologne, il choisissait deux religieux d’élite, Jacques d’Aribaldi et Roboald de Monza, et les envoyait à Milan. ”
“ Actes de Bologne.Hors du couvent, la pauvreté des religieux devenait encore plus rigoureuse. Il leur était interdit d’aller à cheval, ils partaient sans argent, et devaient vivre d’aumônes. Lorsque le prieur recevait un novice, il l’instruisait tout spécialement de cette coutume austère. « Saint Dominique ne manquait jamais de rappeler à ses Frères qu’ils appartenaient à un Ordre mendiant et que, de la charité publique, devait provenir non seulement leurs ressources générales mais encore leur pain quotidien. »La règle du silence est par excellence une règle monastique. ”
“ Saint Dominique se prépara donc à faire avec son évêque le voyage de Rome. Il confia la direction de son nouveau couvent de Toulouse au plus austère de ses frères, Bertrand de Garrigue, « homme de grande sainteté, d’une rigueur inexorable pour lui-même, mortifiant sa chair avec dureté et portant gravée en toute sa personne l’image du bienheureux Père, dont il avait partagé les travaux, les veillées, les pénitences et les nombreux actes de vertu [78] . » ”
“ D’autres se lancent dans l’action, soit pour opérer des miracles de charité, soit pour étendre toujours plus loin le règne de l’Évangile. Quelques-uns même arrivent à la sainteté par des moyens qui répugnent à notre délicatesse et étonnent notre esprit. Rares sont ceux qui ont uni harmonieusement le mysticisme et l’action, en les poussant l’un et l’autre jusqu’au sublime.Saint Dominique fut de ceux-là. ”
“ Ceux qui de nos jours, sans le moindre parti pris philosophique ou religieux, ont fait des lois et édicté des pénalités nécessaires contre « les associations de malfaiteurs », ne sauraient blâmer l’Église et saint Dominique d’avoir défendu de même la société contre de semblables fanatiques, qui menaçaient, au treizième siècle, son existence. Sans doute, les moyens ont été violents et même parfois cruels ; personne de nos jours ne penserait à allumer des bûchers pour la défense de l’ordre social ”
“ A Fanjeaux et à Montréal, les laboureurs travaillaient le dimanche et les jours de fête, et parce qu’il en fit le reproche à l’un d’eux, le jour de Saint-Jean-Baptiste, saint Dominique faillit être assassiné au Champ du Sicaire. Pour attirer les artisans, les Parfaits avaient établi des ouvroirs et des ateliers, — on dirait de nos jours des patronages, — où l’on enseignait aux jeunes gens les doctrines hérétiques en même temps qu’un métier ; il y en avait plusieurs dans la seule bourgade de Fanjeaux. ”
“ Un récit, qui semble un apologue, nous montre combien saint Dominique tenait à cette pratique, imitée d’ailleurs de plusieurs autres Ordres monastiques antérieurs. « Un jour, raconte Thierry d’Apolda, le Saint, comme une sentinelle vigilante, faisait le tour de la cité de Dieu ; il rencontra le démon qui rôdait dans le couvent comme une bête dévorante, il l’arrêta et lui dit : « Pourquoi rôdes-tu de la sorte ? — A cause du bénéfice que j’y trouve », répondit le démon. Le Saint lui dit : « Que gagnes-tu au dortoir ? » ”
“ Dès lors, la maison de Paris devint pour l’Ordre un centre d’expansion, et de même qu’en 1217, les religieux de Prouille et de Saint-Romain avaient été distribués par saint Dominique entre les différentes nations, Mathieu de France dispersa les siens dans les diverses provinces françaises. Venu de Toulouse à Paris, après la mort de Simon de Montfort, Pierre Seila en repartait en février 1220, avec plusieurs frères de Saint-Jacques, pour fonder le couvent de Limoges, « où il vieillit comme un prophète des anciens jours, honoré et respecté du clergé et du peuple ». ”
“ Cherchant de son côté à définir son Ordre, Étienne de Salagnac arrivait à cette conclusion que le vrai Dominicain est « chanoine par sa profession, moine par l’austérité de sa vie, apôtre par l’office de la prédication ».Chanoines réguliers, les Prêcheurs l’étaient par leurs observances religieuses. Saint Dominique tenait à leur présence au chœur ; Étienne d’Espagne, dans sa déposition, nous le montre « assistant à l’office avec eux, et allant de chaque côté du chœur, pour les exciter à chanter à pleine voix et dévotement [162] ». ”
“ Nous ne suivrons pas un à un les progrès matériels que fit le monastère du vivant du Bienheureux. Qu’il nous suffise de rappeler que Simon de Montfort fut son principal bienfaiteur et qu’à sa suite, les chevaliers de la croisade voulurent marquer, par des donations à Prouille, leur admiration pour saint Dominique ; et ainsi, le plus souvent avec les dépouilles des faidis, se constituèrent les domaines de Bram et Sauzens, de Fanjeaux, d’Acassens et de Fenouillet. Esprit pratique autant qu’âme mystique, Dominique administra avec habileté le petit patrimoine de ses religieuses ”
“ L’occasion semblait favorable : par une bulle du 19 avril 1213, le pape Innocent III avait convoqué au Latran, pour le 1er novembre 1215, un concile œcuménique qui délibérerait « sur la réforme de l’Église universelle, la correction des mœurs, l’extinction de l’hérésie, l’affermissement de la foi [77] ». L’œuvre de saint Dominique ne répondait-elle pas aux questions que le concile devait résoudre ? N’avait-elle pas cherché à défendre les bonnes mœurs et la foi contre l’hérésie ? ”
“ Saint Dominique vint passer quatre mois à Saint-Nicolas des Vignes, de juillet à novembre 1219, et il prit soin de former lui-même, comme des novices, les religieux qu’il allait disperser. Pour leur apprendre à aimer et à conserver l’esprit de pauvreté, il déchira devant eux un acte qui assurait au monastère d’importants revenus. ”
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