“ Pour le commun des mortels, Boulanger n’est pas mort, loin de là ; mais pour les gens perspicaces, il est virtuellement enterré ; par conséquent, il ne vaut pas un chien vivant. Croyez-vous que mon père en soit là ? Mon Dieu, oui, il en est là. — Oui, j’en suis là ! Quand on est chef de parti, on agit autrement. On ne laisse pas ses partisans en panne sous prétexte de légalité. La légalité ! En voilà une balançoire pour enfants de chœur ! Et maintenant, les tripoteurs du Palais-Bourbon peuvent dormir tranquilles avec leur homme en bois à l’Élysée et un civil au ministère de la guerre ! ”
Georges Boulanger
Définition et enjeux
Citations sur “Georges Boulanger”
Georges Goyau,
Revue des Deux Mondes
“ L’enseignement primaire, à son tour, subit une évolution pareille, une de ces évolutions dont on est impuissant à suivre tous les détails, mais dont on constate le résultat. Le péril boulangiste avait alarmé tout le parti républicain : un général que le radicalisme avait créé avait eu l’incompréhensible bonne fortune de rencontrer sans les chercher quelques-uns de ces mots, de ces gestes, de ces actes, dont les effets imprévus rappellent en politique ce qu’est le coup de foudre en amour. La France s’était éprise, croyant Boulanger tout à elle. ”
Maurice Barrès,
L’Appel au soldat
“ Assassiner Boulanger, c’est en même temps assassiner ces députés obscurs, ces candidats ardents, cette boulange enfin qu’aucune lutte n’intimide et qui ne se connaît pas d’autre titre qu’un titre sur le chef du Parti national. Que vient-on leur parler d’un « boulangisme sans Boulanger » ! Ils savent trop quelle campagne ils ont faite, vide de tous principes et simplement sur la popularité d’un homme. Georges Laguerre, admiré par tous les praticiens pour son audace et son activité et qui sembla grandir au milieu du désastre collectif, déclare qu’il va démissionner, en appeler à ses électeurs. ”
“ Boulanger accepte cette popularité comme un tribut naturel, dû. Il couche dessus ; étendu de tout son long, bottes vernies et barbe teinte, sur cette chose flasque et cotonneuse qui constitue l’âme française. Un peuple de barnums s’évertue, camelots de la haute et de la basse pègre, mâles, femelles et l’autre sexe. La presse maquille ses brêmes ; l’aristocratie maquille sa vieille gueule, se camoufle en tricoteuse ”
“ Le Devoir est à la mode. — Trop de beaux sentiments, murmure tristement Gédéon Schurke. Voyez-vous, monsieur Jean, le Boulangisme mourra, non pas de son improbité — l’improbité est l’âme des partis forts — mais de ses prétentions à la vertu. Il ne parle que d’honneur, de pureté, de droiture. C’est une grande faute. Il ne faut abuser de rien, même des pires choses. Le ministère de la Guerre est une sentine. Boulanger vit au milieu d’une population d’escarpes, de rastas, de grues, d’aigrefins, d’espions, d’imbéciles et de filous décidés à faire la France, à la tête ou à la dure. ”
“ Les filous du parlement vont se mettre à se venger de tous ceux qui ont trempé dans la Boulange. Si je deviens jamais général de division... Pourtant, tout le monde sait que si j’ai suivi un instant Boulanger, c’était parce que je pensais servir la France. J’étais toujours décidé à l’abandonner dès qu’il ne jouerait pas franc jeu ; il est bien vrai qu’en attendant... Qu’est-ce que tu veux ? Il y a des animaux dont on tire du lait avant d’en faire du bouillon. Enfin, j’ai toujours désiré le bien de mon pays. Un militaire doit servir la France avant de servir le gouvernement. ”
“ Mais tout le monde n’y va pas. Les prébendés, les nantis, se rebiffent ; leurs amis et connaissances en font autant ; il y a aussi des gens à principes. Du côté militaire même, une grande opposition au boulangisme se produit. Mon père n’a pas encore tourné casaque, mais le général de Porchemart a repris courage. Il s’est remué énormément, a excité des jalousies et des défiances. Vous connaissez le résultat de la contre-attaque. Boulanger est obligé de quitter le ministère. ”
“ Mon père sera peut-être bon prophète ; et il est possible, en effet, que les femmes causent la ruine du général Boulanger. Mais, pour le moment, sa popularité ne fait qu’augmenter. La lutte politique engagée, timide, malhonnête, peureuse et bruyante, est certainement ridicule. Malgré tout, c’est un jeu. Ça intéresse, ça prend, ça captive comme un jeu. Le cousin Raubvogel, avec lequel je suis dans les meilleurs termes, est un des plus fervents disciples du Sauveur ”
Georges Boulanger, Paroles du général Boulanger (1887)
“ Mais je dois déclarer que soldat de la France, je me dois à la patrie. Si je ne suis pas appelé à lui rendre des services comme Ministre, si je ne dois pas faire partie du Gouvernement, c'est dans l'armée qu'on me trouvera, à mon rang, pour le service de la France et de la République. ”
Georges Boulanger, Paroles du général Boulanger (1887)
“ J'ai eu la bonne fortune inappréciable d'avoir été appelé à travailler à ces milles détails de la réorganisation, futiles en apparence, mais qui ont contribué à rendre au soldat la confiance en ses chefs et en lui-même, à exciter l'esprit militaire chez les moins belliqueux, et cela, non pas seulement dans quelques provinces terriblement éprouvées pendant la dernière guerre et où grondent des colères bien légitimes, mais dans toute la France qui, peu à peu, a repris conscience de sa force et de sa dignité. ”
Georges Boulanger, Paroles du général Boulanger (1887)
“ Vienne le jour où il faudra prouver qu'elle est décidée à sauvegarder la puissance, la dignité, l'honneur de la patrie, elle sera prête à marcher, si nous étions attaqués. On m'a fait dire bien des choses, pendant mon passage au Ministère ; on a mis sur mon compte des paroles dangereuses et des fanfaronades ridicules. Mais ce que j'ai affirmé et que je répète, c'est que j'ai fait tout ce qui dépendait de moi, pour mettre la nation à même d'opposer une vigoureuse résistance si la France était acculée à une guerre. ”
Georges Boulanger, Paroles du général Boulanger (1887)
“ Si le pays m'a accordé une confiance dont je suis fier, c'est précisément parce qu'il a su que je me dévouais à cette seule oeuvre de réorganisation réorganisation forces nationales, à l'exclusion de préoccupations préoccupations à ma qualité et à mon devoir de soldat. ”
Voltaire,
Correspondance de Voltaire/Jan-1767-Dec-1767
“ Les pièces contre l’inf... sont si fortes que, depuis Celse, on n’a rien publié de plus frappant. L’ouvrage de Boulanger est supérieur à l’autre [1] , et plus à la portée des gens du monde, pour qui de longues déductions fatiguent l’esprit, relâché et détendu par les frivolités qui l’enervent continuellement. ”
Armand Le Corbeiller, Charles Sepher : suisse de Saint-Eustache et général de division (1930)
“ Boulanger est né à Liège, en Belgique; mais il brûle, pour la France, d'un amour immodéré; il la veut heureuse et souhaite de l'aider à conquérir un rapide bien-être. Il est exalté, violent, impatient de bouleverser l'ancien état de choses. Il n'a rien à perdre, n'occupant dans son métier qu'un rang subalterne, et à ses yeux, la marche est trop lente qui doit conduire vers de meilleures destinées, son pays d'adoption. ”
Ernest Chesneau,
Peintres et statuaires romantiques…
(1880)
“ Bien qu'il ait toujours marqué tout ce qu'il a fait à l'empreinte de sa personnalité, Louis Boulanger a cependant beaucoup emprunté dans son art à ses devanciers et à ses contemporains. Son œuvre est plein de réminiscences du Giorgione, du Titien, du Guide, de Le Sueur, de Ribeira, de Raphaël, de Rubens, de Goya, de Géricault, de Delacroix, de Bonington, de Lawrence, des Devéria, etc. ”
George Valbert, Revue des Deux Mondes
“ On commence à comprendre en Europe que l’idée de revanche n’a rien à voir dans cette affaire, qu’il s’agit d’une question de ménage et de politique intérieure, que le général Boulanger est devenu le porte-drapeau ou le tambour-major des nombreux mécontens qui conspirent la perte de la république. Désormais on ne regarde plus le boulangisme comme un danger, mais comme une curiosité, comme un phénomène étrange, comme une nouvelle preuve de l’incurable légèreté de notre humeur. ”
Alexandre Zévaès,
Au temps du Boulangisme
(1930)
“ C'est, depuis la fondation de la République, le premier ministère dit républicain qui accepte les voix de la droite et gouverne avec son appui. Aussi, dès ce jour, Rouvier encourt-il le reproche, parfaitement mérité, de pactiser avec les adversaires de la République, reproche qui le suivra jusqu'à la fin de sa carrière. Pendant ce temps-là, la personnalité de Boulanger grandit ; car il est au fond de toutes ces querelles, c'est pour lui ou contre lui qu'en réalité l'on se bat. C'est à partir de ce jour qu'il y a, à proprement parler, des boulangistes. Le Boulangisme est né. ”
Alfred Ruhemann, général Boulanger réformateur de l'armée française… (1887)
“ Boulanger sicut Deusf Cette flagornerie qui, dans le petit volume de huit pages, ne contient pas moins de cinq représentations de Boulanger, déborde naturellement d'hymnes : « Au physique, y est-il dit, entre autres choses, il est aussi beau garçon que bel homme; de taille moyenne, bien bâti, il respire la jeunesse et la force. L'oeil est vif et clair ; le nez, etc. » Les Parisiens eux-mêmes trouvèrent que cette petite brochure allait trop loin; car tout indiquait que personne autre que le ministre de la guerre n'était le père spirituel d'un pareil encensement. ”
Arthur Meyer, Ce que mes yeux ont vu (50e édition… (1912)
“ Le général Boulanger ne nous avait pas trompés ; nous nous étions trompés sur lui . Le boulangisme , c' est du bonapartisme qui ne réussit pas . Pour qu' il réussisse , il lui faut Bonaparte , et Boulanger n' était un Bonaparte que dans « l' idée » populaire . C' était un Bonaparte « idéal » . Ce qui fait la beauté essentielle de l' homme , c' est qu' il y a en lui une somme d' idéal qu' il lui faut impérieusement dépenser . ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Et lorsque les radicaux, sentant le danger, déconcertés par les ovations de la gare de Lyon, commencent à désavouer l’ancien ministre de la guerre, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils désavouent ce qu’ils ont fait eux-mêmes. Ce sont les radicaux qui ont mis sur la scène M. le général Boulanger, qui lui ont fait une popularité en échange de ses services politiques et de ses complicités, qui l’ont soutenu et encouragé dans toutes ses fantaisies, qui l’ont proclamé jusqu’au bout l’homme indispensable, et presque providentiel. ”
Roger Rodière, Épitaphier de Picardie (1925)
“ Cy gist le corps de deffunt Jehan Boulanger, en son vivant paulmier de cette ville, fils aisné dud. Nicolas Boulanger, lequel décéda le 15e jour de juin 1668. Aussy gist le corps de deffunt Vincent Boulanger, vivant aussy m* paulmier de cette ville, fils aisné dud. Boulanger, qui est décédé le 28 aoust 1687. Et aussy gist le corps de deffunte damlle Barbe de Lastre, femme de Louis Boulanger, m* paulmier de cette ville d'Amiens, qui est décédée le 9e janer 1696. Priés Dieu pour leurs âmes. De profundis. ”
Charles-Ange Laisant,
A mes Electeurs. Pourquoi et comment je suis boulangiste…
(1887)
“ On a cherché à épouvanter la France républicaine du fantôme d'une dictature militaire. On a représenté le général Boulanger comme pouvant faire courir à la République des périls sérieux; à un jour donné. Si je me bornais à répondre que j'ai confiance en lui, que je le crois incapable de desseins criminels, on pourrait à bon droit me répliquer que c'est là un sentiment personnel, que je ne suis pas infaillible, que je me laisse peut-être abuser par des sentiments d'estime et d'amitié dont je suis la propre victime et que ne mérite pas celui qui en est l'objet. ”
De Grammont, M. Rouvier et le général Boulanger devant le pays… (1887)
“ On a paru, dans certains milieux républicains, craindre ce qu'on pourrait appeler les idées trop avancées du Général. Vaine frayeur ! dans quelque situation que se trouve le général Boulanger, il ne sera l'organe ni l'homme d'aucun parti politique. Certes, il tient au progrès social qui est la meilleure raison d'être du régime républicain, mais il sait aussi que, pour le moment, planent sur notre situation des préoccupations plus graves encore si c'est possible ! ”
Maurice Barrès,
L’Appel au soldat
“ Quand l’étoile s’efface, je reconnais aux masses le droit de se détourner. Mais nous ne sommes pas des instinctifs et notre sentiment se double de raison. Pour le psychologue, aux yeux de qui l’événement, produit par le concours de circonstances multiples, laisse intacte la volonté, Boulanger est un bon serviteur. Même l’homme politique, qui juge sur les résultats et qui n’applaudit que le succès, ne lui sera pas sévère. Notre chef a totalement échoué, son heure n’était pas venue ; mais donne son nom à un mouvement pareil aux fièvres qui sauvèrent trente fois la France. ”
Le Procès Boulanger (1889)
“ Boulanger a commis le crime de complot, le crime d'attentat, le crime de détournement des fonds publics. Il est plus coupable qu'un autre, puisqu'il devait donner l'exemple aux autres, et qu'il a vécu trente ans au milieu de l'armée française, école de l'honneur. Ses crimes sont punis par le Code pénal. Un bourgeois, un ouvrier, un paysan seraient condamnés s'ils avaient fait cela. Tout général qu'il soit, il doit être condamné ; ou bien il n'y a plus d'égalité devant la loi, plus de morale. ”
Maurice Barrès,
L’Appel au soldat
“ C’est quelque chose à la fois de vil et de fort. Ces pauvres gens se font du boulangisme une idée bien inférieure au sentiment désintéressé d’où il naquit, mais, pour qu’il triomphe, chacun d’eux risquerait son tout, et, d’ailleurs, n’imagine rien que des moyens de théâtre. Ils se butent sur cette idée : « Le retour de Boulanger surexciterait les esprits, prêterait à d’immenses manifestations et permettrait de franchir, dans un coup d’emballement, l’effrayante banquette du 22 septembre. » ”
William Henry Hurlbert, Voyage en France d'un démocrate américain pendant l'année du centenaire (1890)
“ Et comme on me le faisait remarquer à Amiens, toute la différence entre les boulangistes et leurs adversaires, c'est que les premiers se servent comme engin de la fortune privée et que les autres emploient la fortune publique. D'après mon interlocuteur, le 27 janvier 1889, Boulanger aurait pu mettre le gouvernement à la porte. Mais « la faiblesse du boulangisme, c'est Boulanger. » Il est sans force auprès des officier. Ils n'ont confiance ni dans son caractère ni dans son habileté ils le regardent comme un être hésitant et incertain. ”
“ Ce qu’on ne contestera pas, c’est que le succès du général Boulanger n’aurait provoqué ni une insurrection populaire, ni même une indignation bien prolongée. Personne ne serait descendu dans la rue ; personne ne descendra plus jamais dans la rue. ”
Alexandre Zévaès,
Au temps du Boulangisme
(1930)
“ Il écoute les tentateurs. Il succombe à la tentation. Et, dès lors, selon les circonstances, selon les heures, il sera Monk pour les monarchistes, César pour les plébiscitaires, Cromwell pour les révolutionnaires, le général La Revanche pour les patriotes ; il rusera avec les uns, ergotera avec les autres, mentira avec tous, ne cherchant, au fond, qu'à travailler pour lui, même sans savoir au juste à quoi il peut prétendre et comment il y peut parvenir. De la rue Monceau, où l'entretien a duré une grande heure, Boulanger retourne rue Saint-Ho- noré où la conversation continue. ”
Various, L'Illustration, No. 0057, 30 Mars 1844
“ Plusieurs peintres travaillent d'après un parti pris: leurs convictions, inébranlables, les soutiennent dans la route où ils sont entrés. Tel est M. Louis Boulanger, qui, par ses œuvres précédentes, a su conquérir un rang très-honorable parmi les artistes. Il n'a pas exposé sa Mort de Messaline, refusée l'année dernière, mais sa Notre-Dame de Pitié est exécutée dans le même, style sévère; la peinture de M. Louis Boulanger gagne beaucoup en naturel. ”
Maurice Barrès,
L’Appel au soldat
“ Où trouver un être plus parfaitement aimable que Boulanger ? D’abord, c’est un optimiste déterminé ; et, si cette espèce manque de philosophie, c’est celle qui dans les relations apporte le plus d’agrément. ”
Maurice Barrès,
L’Appel au soldat
“ Renaudin t’en fournira des anecdotes. Moi, je te donne le fil, et si tu le tiens solidement, tu comprendras Boulanger mieux que s’il s’expliquait lui-même. Ce qui caractérise et actionne les héros populaires, c’est, bien plus que leur volonté propre, l’image que se fait d’eux le peuple. Rœmerspacher avait raison. Les traits naturels de Boulanger ne comptaient plus ; par la force du désir des masses, il venait de subir une transformation. ”
