“ Les Goujet étaient du département du Nord. La mère raccommodait les dentelles; le fils, forgeron de son état, travaillait dans une fabrique de boulons. Ils occupaient l'autre logement du palier depuis cinq ans. Derrière la paix muette de leur vie, se cachait tout un chagrin ancien: le père Goujet, un jour d'ivresse furieuse, à Lille, avait assommé un camarade à coups de barre de fer, puis s'était étranglé dans sa prison, avec son mouchoir. ”
Goujet
Définition et enjeux
Citations sur “Goujet”
Édouard Rod,
À propos de l’Assommoir
“ Goujet se marie; Mes-Bottes vient se promener en gilet blanc dans la rue, pour prendre l'air sans doute; Virginie, en toilette fort élégante, passe au bras de Lantier; Poisson épie son épouse infidèle et se prépare à la punir d'un coup de poignard... Une pauvre femme, en cheveux blancs, se traîne contre les murs et implore la pitié de tous nos héros qui passent l'un après l'autre. Goujet la reconnaît, et l'on apprend avec stupéfaction que cette malheureuse est Gervaise! Elle tombe d'inanition, littéralement morte de faim. ”
Émile Zola,
L’Assommoir
(1877)
“ Tout le monde disait en riant à Gervaise que Goujet avait un béguin pour elle. Elle le savait bien, elle rougissait comme une jeune fille, avec une fleur de pudeur qui lui mettait aux joues des tons vifs de pomme d’api. ”
Michel Nicolas, Histoire littéraire de Nîmes et des localités voisines qui forment actuellement le département du Gard… (1854)
“ L' abbé Goujet , Biblioth . Française , t . XV , p. 2 0 6 . occupaient , selon lui , la Franconie , il raconte l' origine de ces peuples et il suit leur histoire jusqu' au règne d' Henri IV . « Le poète , dit l' abbé Goujet , n' ayant point été guidé par le flambeau de la critique , avance bien des faits dont il eut été fort embarrassé de montrer la vérité . Le fabuleux comme le merveilleux lui est également bon ( 1 ) . » La Franciade est le dernier ouvrage publié par Delaudun . ”
Edmond Lepelletier,
Émile Zola : sa vie, son œuvre
“ Goujet, amoureux transi, est plus beau et plus bête que nature. Mais, à côté de ces deux personnages vagues et irréels, quelle vie, quel relief l’auteur a su donner à ses deux figures du premier plan : Coupeau, Gervaise, et aux personnages plus en arrière, mais qui demeurent devant les yeux, dans la mémoire, si nets, si vrais, si vivants, ceux-là ! Et quels magnifiques tableaux se déroulent, dans une clarté intense, de la première à l’ultime page de ce maître-livre ! Ce sont hors-d’œuvre, pour la plupart, mais ils sont toute l’œuvre, et constituent la plus magistrale des compositions. ”
Émile Zola,
L’Assommoir
(1877)
“ lui dit sèchement madame Goujet, en lui ouvrant la porte. Quand j’aurai besoin de la mort, je vous l’enverrai chercher. ”
Émile Zola,
L’Assommoir
(1877)
“ Allons, commence ! dit Goujet, en plaçant lui-même dans la clouière un des morceaux de fer, de la grosseur d’un poignet de fille. Bec-Salé, dit Boit-sans-Soif, se renversa, donna le branle à Dédèle, des deux mains. Petit, desséché, avec sa barbe de bouc et ses yeux de loup, luisant sous sa tignasse mal peignée, il se cassait à chaque volée du marteau, sautait du sol comme emporté par son élan. C’était un rageur, qui se battait avec son fer, par embêtement de le trouver si dur ; et même il poussait un grognement, quand il croyait lui avoir appliqué une claque soignée. ”
Alfred Gallier, L'Académie d'équitation de Caen au XVIIIe et au XIXe siècles… (1900)
“ En 1692, le 3 juillet, il fut fait deux lots des maisons et jardin du Luxembourg entre le sieur et dame Corbet et le sieur Goujet qui avait épousé la fille du sieur Lefebvre, et c'est le premier lot qui échut au sieur Goujet puis fut fieffé le 30 mars 1728 par sa veuve à Robichon de la Guénnière. ”
Émile Zola,
L’Assommoir
(1877)
“ Cependant, Goujet s’était arrêté devant une des machines à rivets. Il restait là, songeur, la tête basse, les regards fixes. La machine forgeait des rivets de quarante millimètres, avec une aisance tranquille de géante. Et rien n’était plus simple en vérité. Le chauffeur prenait le bout de fer dans le fourneau ; le frappeur le plaçait dans la clouière, qu’un filet d’eau continu arrosait pour éviter d’en détremper l’acier ; et c’était fait, la vis s’abaissait, le boulon sautait à terre, avec sa tête ronde comme coulée au moule. ”
Honoré de Balzac,
La Comédie humaine - Volume 12…
(1868)
“ Mademoiselle Goujet était une de ces filles dont le portrait est fait en deux mots qui permettent aux moins imaginatifs de se les représenter: elle appartenait au genre des grandes haquenées. Elle se savait laide, elle riait la première de sa laideur en montrant ses longues dents jaunes comme son teint et ses mains ossues. Elle était entièrement bonne et gaie. Elle portait le fameux casaquin du vieux temps, une jupe très ample à poches toujours pleines de clefs, un bonnet à rubans et un tour de cheveux. Elle avait eu quarante ans de très bonne heure; ”
Alphonse de Beauchamp, Examen critique et complément des dictionnaires historiques (1820)
“ J’ai cru le moment actuel favorable pour présenter les avantages et les inconvéniens des dictionnaires que je viens de passer en revue, à commencer seulement par le Dictionnaire de Moréri, édition de 1759 ; pour celui-là, les remarques seront moins de moi que d’un homme qui a passé trente ans d’une vie laborieuse à l’examiner dans tous ses points, et qui est cité à l’article Moréri pour les articles qu’il avait fournis précédemment à l’abbé Goujet : cet homme est l’abbé du Masbaret, ancien curé de Saint-Léonard en Limousin, mort en 1782 ”
Alfred Franklin,
Recherches historiques sur le collège des Quatre-Nations d'après des documents entièrements inédits…
(1862)
“ Registre pour servir aux délibérations et arrestés de messieurs les inspecteurs du collége Mazarin, et grand-maistre. Archives de l'Empire. MM, 463. du précédent, mais rien ne l'indique t. Le Xnlle siècle nous fournit encore : le savant compilateur Jean-Pierre Niceronî; un sieur Cambronne, entré au collége en 1737; l'orientaliste Étienne Fourmont, et le célèbre avocat Henri Cochin; le poëte Destouches, dont d'Alembert a prononcé l'éloge; Helvétius, le père du philosophe; Crébillon ; l'abbé Goujet, l'auteur de la Bibliothèque française; l'astronome Nie. ”
Jules Claretie,
Les derniers Montagnards... par Jules Claretié
(1874)
“ Et Goujon : « Il est naturel que ceux qui sont accusés veuillent se défendre : ils le doivent pour eux-mêmes, mais je ne puis m'accoutumer à l'idée qu'un secrétaire lise froidement à cette tribune des pièces qui inculpent des hommes qui se sont montrés les chauds amis de la Révolution. Qu'on dépose ces pièces dans le sein d'une commission, qu'elles soient examinées, et elles sont susceptibles de l'être; qu'on rende justice à tous, je le désire; mais aussi je promets que, tant qu'il me restera une goutte de sang dans les veines, je m'opposerai constamment à ce qu'on perde la patrie 1. » ”
Jules Claretie,
Les derniers Montagnards... par Jules Claretié
(1869)
“ Sur la place de la Révolution, depuis trois jours, la guillotine de la clémence ne fonctionnait plus. Que se passait-il? De là les grondements, les imprécations de la foule. Lorsque Goujon parut pourtant, lorsqu'il vint à son tour s'asseoir entre les deux gendarmes, calme dans sa démarche, tranquille, dominant ces hommes et ces femmes entassés de sa belle tête et de sa haute taille, il se fit un silence ému, presque respectueux. Cette jeunesse et cette beauté s'imposaient en souveraines : l'orgueil du vaincu dominait la rage des peureux vainqueurs. ”
“ Néanmoins , M. Goyet, n'allez pas vous imaginer que c'est par un sentiment d'impuissance, et faute de bonnes raisons, que je vous fais cette-réflexion. Je ne veux pas me charger de tous les individus ; je veux même laisser de côté vos pérsonalités offensantes, mais je pourrais y répondre sans peine. Le reproche capital que vous faites au Clergé en général, c'est d'avoir prêté le serment d'obéissance et de fidélité à Napoléon ; d'avoir prié pour la République , pour les Consuls et pour l'Empereur. ”
“ Le civil qui se laisserait insulter par un goujat serait traité de lâche et regardé avec mépris par ses camarades : le goujat fût-il contre-maître ou patron ; dans l’armée si le goujat est galonné, on n’a même pas la ressource de l’homme sage qui dédaigne l’insulteur : hausser les épaules et tourner le dos ! ”
Jules Claretie,
Les derniers Montagnards... par Jules Claretié
(1869)
“ Ont-ils confiance dans le peuple? Espèrent-ils la victoire? Peut-être. Duroy, assurément, et Soubrany, et Romme. Mais Goujon, avec le magnétisme du martyr, s'écrie, escaladant la tribune : « Marchons à la mort! » Les autres frémissent, l'espérance a jailli comme un éclair. Qui sait? la république sera sauvée. Il ne s'agit que d'avoir du courage. Ils en ont. Ils sentent que l'heure est venue de faire triompher leurs idées, d'écraser la réaction. Toute leur énergie est tendue vers un même point. ”
Jules Claretie,
Les derniers Montagnards... par Jules Claretié
(1874)
“ Goujon était la tête, Romme le cœur, Soubrany le bras. Supposez ces hommes probes, intègres et doux dans leur énergie, dirigèant la France, au lieu des Tallien et des Barras, l'efféminé Directoire était évité et tant d'autres choses. C'est ainsi qu'une journée, une seule, pèse lourdement dans l'histoire du monde. Eux morts, leurs compagnons emprisonnés, le Marais triomphant, c'en est fait de l'œuvre commune. Tout le sang tristement versé, toutes les luttes, tous les efforts, tous les sacrifices deviennent inutiles. Il faut se couvrir la tête de son manteau, comme César mourant, et attendre. ”
Jules Claretie,
Les derniers Montagnards... par Jules Claretié
(1874)
“ Elle proposait au surplus « une manière nouvelle d'envisager la question. » Goujon se remit au travail. Il faut lire ce discours remarquable, écrit d'un style sobre et ferme, comparé aux déclamations du temps. Un mâle enthousiasme, le profond amour de la liberté, l'âpre soif de la justice, animent ces pages honnêtes et altières qui semblent tracées par le style d'un Spartiate. Goujon, avec la sévérité ardente de la jeunesse, qui ne transige pas et proclame fermement l'absolu, n'admet ni compromis ni demi-mesures. ”
François de Goguelat, Mémoires sur l'émigration (1791-1800… (1877)
“ Monsieur, tout tremblant, tout défait, assura le peuple de son entier et inviolable dévouement à la Constitution; il protesta que, loin d'avoir le projet de rejoindre les émigrés qui se réunissaient sur le Rhin, il était décidé à ne pas se séparer du roi, et donna sa parole d'honneur que, dans aucune circonstance quelconque, il ne sortirait de France. La reine, à qui l'on raconta sa frayeur, en rit, d'autant plus que quelqu'un s'avisa de dire en sa présence qu'elle n'exhalait pas un parfum de rose. ”
Amédée Gouet, La Noblesse de nos jours (1864)
“ Elle regarda autour de la clairière. La pâleur de LA NOBLESSE DE NOS JOURS. 181 son visage, la vivacité fiévreuse de ses mouvements, le désordre de sa toilette, témoignaient d'une inexprimable inquiétude. — C'est ici ! murmura-t-elle. Personne ! Il n'est pas l'heure... Et portant la main sur son front, elle continua : — Grand Dieu ! penser qu'il va se battre, se battre à cause de moi, se battre contre cet homme qui le tuera... Oh ! c'est impossible ! je l'en empêcherai. Mais, que puis-je? une jeune fille!... Ai-je seulement le droit de m'inquiéter de lui ? Il ne m'écoutera pas... ”
Réponse à M. J., ou réfutation de ses deux libelles… (1818)
“ Est-ce bien M. Goyet, est-ce bien M. Barbier , que vous représentez comme des hommes faiblement attachés à la légitimité, parce qu'ils établissent que le Roi tient sa souveraineté du peuple qu'il gouverne ? Qu'importe que ce principe soit vrai ou faux ? N'est-il pas évident que ces messieurs n'y tiennent, que parce qu'il est pour eux la source des libéralités les plus généreuses envers l'auguste dynastie qui nous est rendue, et qu'ils ont constamment ( comme on sait ) appelée de tous leurs voeux et servie de tous leurs efforts? ”
Jules Claretie,
Les derniers Montagnards... par Jules Claretié
(1869)
“ « Être homme, avait dit Goujon dans son Discours, c'est le premier des titres; être libre, c'est la première des dignités. » Avant même que son travail eût été examiné par l'académie de Dijon, le 14 juillet y avait répondu. Il dut saluer d'une acclamation .triomphante, ce jeune homme, la chute de la vieille citadelle qui, pour les Parisiens, était là, noire et haute, comme la pétrification de la tyrannie. On s'imagine quelle fut sa joie à la nouvelle de la prise de la Bastille. ”
Réponse sans aigreur, et sages conseils à M. Goyet
“ Me voilà un ministériel bien prononcé , cependant comment concilier cette qualité avec celle d'ultra-royaliste ? On sait, à n'en pouvoir douter, que les ultrà-royalistes ainsi que les ultra-libéraux sont ennemis, au même degré, du ministère. Vous voyez, M. Goyet, que votre désir non équivoque de me noircir dans l'opinion publique, et de perdre, si cela était possible, ma réputation, ne m'a point fait sortir des bornes de la décence et de la modération. Comme avocat, vous savez que des injures ou des calomnies ne sont point des moyens dans une cause. ”
Joseph Morlent, Tragique épisode de l'histoire du Havre au XVIe siècle… (1857)
“ C'est aussi que le lieutenant Goujon était un homme précieux pour un gouverneur tel que Villars. Goujon, lâche comme tous ceux qui intriguent sourdement pour donner satisfaction à leurs passions haineuses, à leurs petites rancunes sournoises, ou encore aux passions et aux rancunes de leurs supérieurs, Goujon assumait servilement sur lui tout l'odieux des actes vexatoires, sauf à s'abriter ensuite sous le manteau de son chef pour braver la justice et y chercher l'impunité au risque de faire détester le pouvoir et l'autorité du gouverneur. ”
Avis important à M. Goyet , par M. J. (1818)
“ Tel est , M. Goyet , l'écrivain que vous vantez ; tel est le livre dont vous approuvez la doctrine , puisque vous en recommandez la lecture. Croyez-vous que , sur ce seul fondement , je n'aurais pas pu dire avec exactitude que vous n'êtes pas ami de la légitimité ? A la page 76 du Propagateur , vous m'accusez de mauvaise foi et de perfidie , pour n'avoir pas copié tout entier le morceau où M. Barbier fait dériver l'autorité du Roi de la souveraineté du peuple. C'est là toute la réfutation que vous apportez contre moi. ”
Amédée Gouet, La dette de famille : grandeurs et misères du foyer (1862)
“ Il nous secondera. Quand je sors, les geôliers, — écoute bien, — les geôliers s'approchent de moi et me regardent. Tu mettras ton mouchoir sur tes yeux, comme lorsque l'on pleure. Depuis quelques jours, je fais ainsi, afin de les habituer... A moins d'imprudence de ta part, ils te laisseront passer, te prenant pour moi. Il y a aussi des gendarmes dans la cour ; mais en donnant le bras au cousin, tu auras la précaution... — Non, non, interrompit Claude avec animation, je ne te laisserai pas seule ici, ma chère Guillemette ! ”
Louis Veuillot,
Le lendemain de la victoire : vision
(1871)
“ DÉMOPHILE. — Le moindre bruit m'épouvante, et DE LA VICTOIRE 57 je tremble encore si je n'entends aucun bruit. Les orages de la tribune ne sont rien, comparés à ce silence de la ville terrifiée. PROTAGORAS. — Qu'est-ce que le talent ? Qu'est-ce que le génie ? Qu'est-ce que l'homme ? J'ai pu délivrer la conscience de l'oppression de Dieu ; mais si un goujat voulait prendre ma bourse et ma vie, qui me délivrerait du goujat ? Les jésuites ne laisseraient pas d'avoir quelques bons arguments à me pousser en ce moment-ci ! ”
Charles Goudenove, Patrie !... Mélanges et actualités diverses… (1872)
“ « Tu prends huit ans, il faut par le labeur, Te rendre fort ; qu'une divine flamme, Epure en toi le feu sacré de l'âme, Aime toujours la Patrie et l'honneur ! Dis tous les soirs dans ta prière à Dieu, Te souvenant des crimes de Guillaume, Jacques royal, le chauffeur d'un royaume : Sur ce méchant, Seigneur, lancez le feu ! » France debout ! un moderne Attila Haineux, jaloux, a souillé tes frontières. ”
Amédée Gouet, La dette de famille : grandeurs et misères du foyer (1862)
“ Voilà pour toi, Antoine, continua Claude en tirant une lettre de son autre poche. C'est ton cadeau. Celui qui me l'a remis est un petit vieux bonhomme à l'air dur et rusé. Il m'a rudement savonné la tête. Il m'a menacé de me faire fusiller à l'occasion. Je pense que tu seras content. En effet, à la lecture de la lettre, le pâle visage d'Antoine se teignit d'une vive rougeur ; ses yeux sombres et humides de larmes, étincelèrent ; le poids qui écrasait sa poitrine parut se dissiper. Il respira. Il attira Guillemette dans ses bras et l'embrassa avec effusion. ”
Charles Louis François Goyet, Le citoyen Goyet,... à ses amis des campagnes…
“ Elle n'a pas utilisé mes longs malheurs pour provoquer une séparation de biens, ainsi que l'ont fait les épouses de quelques uns de mes persécuteurs. Si je suis appelé devant les tribunaux avant de m'être totalement acquitté, j'y paraîtrai avec un front calme et je dirai aux magistrats; je dois et vous en connaissez les causes mieux que tous autres. Je n'ignore pas que quelques uns de mes amis se sont dit : Goyet ne joue jamais ; le luxe ne peut lui être reproche ; il ne voit pas compagnie ; il est laborieux et assidu dans son cabinet ; sa conduite est des plus régulières etc. ”
