“ Le petit Jeannin était plutôt toléré qu'accueilli dans l'assemblée des notables du village de Saint-Jean, et d'habitude on ne lui accordait point la parole.Mais l'homme qui a une idée grandit tout à coup, et depuis le moment où Simon Le Priol avait dit : « La bonne Fée donne tout ce qu'on lui demande », Jeannin avait une idée. ”
Jean Jeannin
Définition et enjeux
Citations sur “Jean Jeannin”
Georges Montorgueil,
Les Trois apprentis de la rue de la Lune…
(1894)
“ Jeannot se frotta les mains, fit claquer ses doigts, et la bouche arrondie, les yeux pétillants de gaieté, il esquissa une pirouette du plus pur mauvais goût... Jeannin s'amusa énormément des libres allures de l'arrivant et de ses propos colorés. Il pouffait de rire à chacune des réparties de Jeannot: il l'admirait complaisamment, le trouvant d'un comique achevé. — Hé! fit-il en clignant de l'œil à Jean, tu ne trouves pas qu'il est cocasse, le petit, et qu'avec lui on ne s'ennuiera pas ? ”
“ Simonnette avait la larme à l'œil, parce que le petit Jeannin, étant devenu un homme de guerre, ne s'occupait plus d'elle autant qu'elle l'aurait voulu.Les choses étaient bien changées, rien que depuis l'avant-veille, jour de la Saint-Jean. Ce soir-là, souvenez-vous-en, le petit Jeannin avait ses pieds nus dans les cendres si humblement ! Et, pour une fois qu'il osa prendre la parole, on le fit taire.Mais il avait été pendu depuis lors, et cela forme un jeune homme.Son importance grandissait à vue d'œil, les Gothon le regardaient ; les Mathurin le jalousaient. ”
Jean Bruneau, Monographie d'Alligny-en-Morvan… (1905)
“ Jeannin n'était pour lors que Conseil de la ville ; il fut nommé quelque temps après gouverneur de la Chancellerie de Bourgogne, ensuite conseiller au Parlement, charge que le roi créa en sa faveur et qui ne lui coûta rien, non plus que celle de Président et toutes les autres dont il fut revêtu dans la suite. Il embrassa le parti de la Ligue, uniquement par zèle pour la religion catholique. Cette démarche devint plus tard la source de son bonheur et de celui du royaume. ”
Georges Montorgueil,
Les Trois apprentis de la rue de la Lune…
(1894)
“ Ils sont tranquilles, ne font point trop de sot- tise s, leur vie bien conduite n'a rien qui la distingue. On dit que les peuples heureux n'ont pas d'histoire : c'est comme les enfants sages. Jean n'a pas d'histoire; Jeannin n'en a guère. Mais quelle histoire que celle de Jeannot! On en ferait un volume ! Il s'est évadé. Fluet, il a pu s'échapper par le soupirail de la cave, en dépit des barreaux. De là, il a gagné la rue. Puis il a couru droit devant lui, sans savoir, fuyant pour fuir. Il ne se détournait point, redoutant de voir les gendarmes à ses trousses. ”
C.-S. Jeannin, Le général Travot, pacificateur de la Vendée (1862)
“ C'est au contraire cette généreuse conduite qui constitue pour nous la véritable grandeur et qui associe la gloire de Travot à celle de Hoche, cet autre magnanime pacificateur de la Vendée. C'est à ce beau côté de sa vie que nous nous attacherons surtout dans cette courte notice. II Travot (le baron Jean-Pierre) naquit à Poligny (Jura) le 7 janvier 1767 1, dans la maison portant le n° 27 de la rue à laquelle on a donné son nom. Son enfance est à peu près ignorée. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ Jeannine et Berthe avaient disparu. Dame Josèphe ne put que montrer du doigt le bois de haute futaie. — Jeannine ! Jeannine ! cria Aubry. Il crut ouïr une plainte faible et lointaine. Il se précipita sous le couvert. On l’attendit. Il ne revint pas. Mme Reine, cette nuit, souffrit plus encore que cette autre nuit où ses beaux cheveux blonds avaient blanchi sur sa tête entre le lever et le coucher du soleil. Elle regagna le manoir du Roz toute seule. Jeannin ! où était Jeannin ? Jeannin avait promis à son maître mourant de veiller sur son fils. ”
Louis-Bernard Guyton de Morveau, Éloge du président Jeannin, discours lu aux séances publiques de l'Académie des sciences… (1766)
“ Claude Thiroux , Editeur des Mémoires de Jean Munier fur la Ville d'Autun , raconte que la mère de JEANNIN avoit déclaré pendant fa grossesse , quille avoit songé plusieurs fois qu'elle avoit mis au monde un enfant revêtu d'une robe d'écarlate , & qu'un grand nombre de personnes s'étoient trouvées autour de lui qui l'avoient enlevé. Rien n'étoit plus ordinaire alors que ces présages merveilleux ”
Claude-Xavier Girault, Manuel de l'étranger à Dijon
“ Voyez-vous ce bon homme, disoit le Roi à la Reine en lui présentant Jeannin ; c’est un des plus hommes de bien de mon royaume, le plus affectionné à mon service, le plus capable de servir l’État ; s’il arrive que Dieu dispose de moi, je vous prie de vous reposer sur sa fidélité et la passion qu’il a du bien de mes peuples. Jeannin, nommé premier président du parlement de Bourgogne, fut dans cette place le modèle des magistrats. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ Jeannin s'assit ; Fier-à-Bras se mit sans façon sur ses genoux. – Ecoute le vent siffler et la pluie tomber, dit-il ; ici, nous nous moquons de la pluie et du vent. – Que me parlais-tu de ma fille ?... commença Jeannin. – Bon ! bon ! tu vas trop vite. Chaque chose aura son temps. Dis-moi ce que tu as fait aujourd'hui. – J'ai songé... – Creux ? J'aime mieux ton bras que ta cervelle. Moi, qui suis un penseur et un philosophe, je puis bien passer mon temps à songer ; toi, tu as bons yeux et bon poignet : regarde et agis. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ Jeannin ! Jeannin ! ne songe qu’à ceux que tu aimes ! — Jeannin ! Jeannin ! ait tout auprès de lui une voix bien connue, songe à la pluie qui tombe et au rhume que tu vas gagner ! Le bon écuyer se leva tout droit. — Songe, reprit la voix, que les peupliers attirent la foudre, et viens avec moi dans mon réduit. — Fier-à-Bras ! balbutia Jeannin, qui avait reconnu le petit homme à la lueur des éclairs ; veux-tu donc m’entraîner en l’autre monde où tu habites ? Le nain fit une gambade et se mit à rire. — Es-tu aussi simple que le pauvre frère Bruno ? s’écria-t-il ”
“ Avec une soutanelle de laine brune au lieu de sa peau de mouton, il eût ressemblé à un clerc.Mais cette gravité-là ne durait point.Jeannin demeurait aux Quatre-Salines. Sa vieille mère avait une petite cabane où le vent venait par tous les bouts. Cette nuit, le rêve de Jeannin bâtit une bonne maison de marne à sa vieille mère.Quant à lui, nous savons qu'il couchait rarement au logis.À l'extrémité du village des Quatre-Salines, il y avait une ferme riche ; devant la ferme, dans le verger, une belle meule de paille six fois grande comme la cabane de la mère de Jeannin. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ J’ai idée parfois que je l’aime autant que mes tourtes, notre belle Jeannine ! Pasques-Dieu ! comme dit mon cousin le roi de France ; l’ermite l’a appelée noble dame, et l’ermite ne parle pas au hasard... Jeannin le prit par les deux épaules et le regarda en face. — Messire Aubry aurait-il commis quelque faute grave ? demanda-t-il. — La faute que commet le papillon en mettant son aile trop près de la chandelle, répondit le nain. — Court-il un danger que je puisse lui épargner ? — Il court le danger des fous sur les ponts où il n’y a point de parapet. ”
Arthur Desjardins,
Revue des Deux Mondes
“ Le ligueur Jeannin, d’abord avocat, puis conseiller et président au parlement de Dijon, avait réussi à faire éluder en Bourgogne, après la Saint-Barthélémy, les ordres de proscription. Député aux états de Blois, il s’y était conduit en homme de sens et en patriote; envoyé par Mayenne à Philippe II en avril 1591 pour lui demander des secours, il avait frémi en entendant le roi d’Espagne dire couramment : « Ma bonne ville de Paris, ma bonne ville de Rouen, » et l’on avait intercepté au camp royal une de ses lettres, qui conseillait la paix. ”
Julien Paillet, Les Athénéennes : choix de poésies (1836)
“ Du roi tenant en main les ordres parricides, Il sort, le sein gonflé de projets homicides, Bientôt Jeannin , le cœur d'un juste effroi troublé, Pour épargner du sang sur ses pas a volé. Tavane, qu'environne un peuple fanatique, S'avance menaçant sur la place publique. Il crie, et les éclairs de son œil proscripteur Révèlent les desseins qu'il couve dans son cœur. Vainement de Jeannin la touchante éloquence S'efforce de calmer la soif de la vengeance ; La foule est sans pitié, les cachots sont ouverts, Et douze cents proscrits sont jetés dans les fers. ”
Claude-Xavier Girault, Manuel de l'étranger à Dijon
“ Mais le témoignage le plus flatteur qui ait été rendu à ce grand homme, fut lorsque Henri IV se plaignant à tous ses ministres assemblés que le secret de l’État avoit été dévoilé, leur dit, en prenant Jeannin par la main : Je réponds pour le bon homme, c’est à vous autres à vous examiner. Une telle confiance fit à Jeannin beaucoup d’ennemis parmi les courtisans. Il avoit vécu sous cinq rois et les avoit tous également bien servis. Après la mort de son fils unique, il se retira à sa maison de campagne près d’Autun, et y mourut le 30 octobre 1622, âgé de 82 ans. ”
Paul Féval, À la plus belle (1877)
“ Mais Jeannin ne l’entendait point, le pauvre Jeannin. Il se désolait de tout son cœur et se disait comme toujours : — Qu’ai-je donc fait à Mme Reine pour qu’elle me déteste ainsi maintenant. Et il ne se révoltait pas plus que l’Anglais de bois contre les coups de houssine de Fier-à-Bras. Le cadran solaire marquait onze heures. Dans la campagne, derrière les futaies et parmi les clairières qui descendaient à la Rance, on entendit des huchées. Les routes montant au manoir s’emplirent de bestiaux et de pastours. C’était une belle et bonne terre que le Roz. ”
“ Il avança deux cents francs, dans un moment d’émotion, dont il ne fut pas le maître, et dont il se repentit d’ailleurs aussitôt après, — surtout quand il lui fallut en convenir avec Mme Poyet, qui fut exaspérée contre la faiblesse de son mari et contre son intrigante de sœur. Les Jeannin passèrent leurs journées à courir à travers Paris, pour trouver une place. Mme Jeannin, avec ses préjugés de bourgeoise riche de province, ne pouvait admettre l’idée, pour elle et pour ses enfants, d’une autre profession que de celles qu’on nomme « libérales », — sans doute parce qu’on y meurt de faim. ”
“ C’était sa loyauté inébranlable qui avait refusé ; son intelligence était avec le roi. — Oh ! le sot ! oh ! le baudet ! oh le triple nigaud ! lui cria le nain Fier-à-Bras, comme il rentrait pensif dans la salle à manger. — Tu étais la, toi ? demanda Jeannin dont les yeux rencontrèrent la porte ouverte du buffet. — Eh ! oui, j’y étais ! — C’est toi qui disais : C’est le roi c’est le roi ! — Eh oui, c’était moi ! Ah Jeannin ! pauvre d’esprit, tu ne seras jamais chevalier !... Il fallait accepter ! ”
Paul Féval, À la plus belle (1877)
“ La veille encore il avait peur de son ombre, mais au siège de Tombelène il se battit si bien que messire Aubry, le père de notre Aubry actuel, lui avait donné sa lance à porter. Depuis lors Jeannin était devenu gendarme. Mais chevalier, quelle moquerie ! Notez que la veille du jour où il se battit si bel et si bien au rocher de Tombelène, si on lui avait dit : Demain tu porteras la lance de messire Aubry, il eût répondu de même : Quelle moquerie ! Le défaut de Jeannin c’était la modestie. Nous parlons sérieusement. La modestie est un défaut quand elle enchaîne l’audace. ”
Tallemant des Réaux, Les historiettes de Tallemant des Réaux…
“ Jeannin eut sur ses doigts à son tour; car, comme il se rapprochoit, le comte Du Lude vint à la traverse qui l'emporta sur l'autre de grande hauteur; mais par malheur il laissa tomber un billet où, pour toutes jolies choses, elle lui mandoit qu'elle avoit une espèce de perte de sang. On en fit une telle guerre au galant qu'il ne savoit où se mettre. Jeannin remonta enfin sur sa bête; il se logea tout contre, et y mangeoit tous les jours, jusque là qu'elle faisoit attendre à servir qu'il fût venu; c'étoit le meilleur ami du mari. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ Jeannin bondit sur sa paille. Il crut d’abord être le jouet d’un cauchemar, mais il reconnut la silhouette du nain Fier-à-Bras au soupirail. Il s’éveilla. Le nain lui avait dit du premier coup à peu près tout ce qu’il savait. Il ne put lui apprendre autre chose sinon que Jeannine, Berthe et Aubry de Kergariou étaient au pouvoir de l’Homme de Fer. Jeannin resta comme frappé de la foudre. Désormais il avait peur de mourir. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ Jeannin ne voyait aucune espèce de rapport entre les projets de Louis XI et sa propre élévation. Que Fier-à-Bras eût surpris, caché dans une pièce d’argenterie, l’entretien du roi de France et de l’Homme de Fer, c’était bien, assurément ; mais de là aux éperons d’or chaussés par lui, Jeannin, il y avait de la marge. — Ah ! mon oncle ! mon oncle ! s’écria le nain en colère, ce ne sont pas les braves gens comme toi qui inventent la poudre. ”
Émile Montégut, Souvenirs de Bourgogne
“ Président à mortier au parlement de Dijon, confident de Mayenne, ambassadeur de la ligue auprès de Philippe II, conseiller d’Henri IV, négociateur auprès des provinces unies de Hollande, ministre de Marie de Médicis, Pierre Jeannin fut à son époque un personnage tout à fait considérable. Le temps a fort réduit cette importance ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ L'épée vaudra mieux que la parole pendant des siècles encore. Cela ne m'empêchera pas d'employer ma vie tout entière à briser les clôtures et à raser les haies qui déshonorent le beau et vaste champ de mon royal héritage. Puisque vous ne voulez pas travailler à ma vigne, adieu, maitre Jeannin. – Adieu, sire. Jeannin le reconduisit, tête nue, jusqu'au seuil du manoir. Pierre Gillot donna de la houssine à sou bidet, qui était cependant bien innocent du mauvais succès de sa négociation. Il avait proposé à Jeannin d'enlever François de Bretagne et de le conduire au mont Saint-Michel. ”
“ Jeannin et sa fille regardèrent au dehors. Dans le chemin qui descendait au Marais de Dol, les derniers rayons du soleil couchant mettaient de rouges reflets aux casques et cuirasses d’une troupe d’hommes d’armes. Au centre de la troupe, l’homme au surcot brun chevauchait sur son humble bidet. Maître Pierre Gillot n’était pas entré à l’étourdie sur le domaine de son cousin de Bretagne ! Jeannin détourna les yeux de ce spectacle et les reporta sur sa fille. — Enfant, dit-il en la baisant au front, tu es comme ta mère ; ce que tu penses est bien pensé. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ Il est vrai que messire Aubry n’était pas très loin de Jeannine et madame Reine devina que ce n’était pas pour Olivier que Jeannine baissait les yeux. Certes, elle ne voulait pas de mal à la fille du brave écuyer Jeannin, mais elle se demanda pourquoi le mauvais œil allait à Berthe plutôt qu’à cette petite Jeannine. Le mauvais œil, en allant à Jeannine plutôt qu’à Berthe de Maurever, eût si bien fait les affaires de madame Reine ! Il arriva ce qui toujours arrive : la lumière des flambeaux fit évanouir une bonne partie des spectres qui planaient dans les ténèbres. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ En ma vie, murmura-t-elle, je n’ai rencontré que deux hommes d’armes comparables à notre seigneur le duc feu messire Aubry, mon époux et... Elle allait ajouter le nom de Jeannin, et ce n’était que justice, quand son regard tomba par hasard sur le bon écuyer. Elle se frotta les yeux et crut rêver. Jeannin n’était plus lui-même. On eût dit qu’un autre corps était entré dans son armure. En ce moment messire Aubry l’abordait. D’ordinaire la prestance de Jeannin mettait bien bas le jouvenceau ; mais aujourd’hui le jouvenceau faisait honte à l’homme d’armes. ”
Paul Féval, L’Homme de fer (1877)
“ S'il vous faut un homme brave, sûr, fort, intelligent, dévoué, prenez Jeannin. – Sauf la finesse, dit le bon écuyer, simplement, je crois avoir, en effet, toutes ces qualités là. Mais à quoi vous peuvent-elles présentement servir, mon camarade ? Gillot baissa la voix. – Je suis Olivier le Dain, barbier du roi, dit Jeannin releva sur lui ses grands yeux bleus pleins de franchise et ne cacha point son étonnement. – Tiens ! tiens ! faisait le nain dans son armoire. Olivier le Dain était aussi connu que son maître Louis XI, le souverain le plus populaire qui fût alors au monde. ”
