“ Rapines, meurtres et massacres, ils en tirent gloire ; méprisent les dégénérés, les esclaves de leurs aises, tous ceux qui ne savent pas vivre dans la sauvage indépendance des déserts. De tous les animaux, pensent-ils, les plus forts et rapides, les plus beaux, sont les féroces et les ravisseurs, et de toute notre espèce, le plus noble est celui qui fait la chasse à l’homme. ”
Chasse à l'homme
Définition et enjeux
Citations sur “chasse à l'homme”
Georges Renard, La nature et l'humanité (1925)
“ Dans une pantomime où brillent des chasseurs Ils imitent tantôt la biche poursuivie, Son oreille et son œil au guet, puis ses frayeurs, Ses bonds effarouchés, sa fuite incohérente, Jusqu'à l'heure où, sans force, ivre de désespoir, Sous l'épieu qui la perce elle s'abat pleurante. Tantôt ils contrefont, formidables à voir, La guerre qui pour eux n'est qu'une chasse à l'homme. ”
Pierre-Joseph Proudhon,
La Guerre et la Paix
(1861)
“ Soit que la civilisation, qui nous semble si vieille, soit encore trop peu avancée, et que la sauvagerie subsiste au fond de notre être, soit par toute autre cause, la guerre, suivie dans ses opérations, ne nous apparaît plus que comme l'extermination, par tous les moyens de violence et de ruse, des personnes et des choses, une chasse à l'homme perfectionnée et organisée en grand, une variété du cannibalisme et du sacrifice humain. ”
“ La chasse à l’homme, la plus passionnante et la plus sauvage ! On tenait l’homme, on le poussait, on le traînait, on le bourrait de coups. Et lui, l’homme, était le plus lamentable des gibiers, une épave, hâve et terreux d’avoir passé la nuit dans un trou de feuilles, trempé encore jusqu’à la taille de s’être jeté au travers d’un ruisseau, battu par la pluie, couvert de fange, ses pauvres vêtements en lambeaux, sa casquette à l’état de loque, les jambes et les mains en sang de son terrible galop parmi les taillis obstrués d’orties et de ronces. ”
Émile Gaboriau,
L’Affaire Lerouge
“ Parlez-moi de la chasse à l’homme ! Celle-là, au moins, met toutes les facultés en jeu, et la victoire n’est pas sans gloire. Là, le gibier vaut le chasseur, il a comme lui l’intelligence, la force et la ruse ; les armes sont presque égales. Ah ! si on connaissait les émotions de ces parties de cache-cache qui se jouent entre le criminel et l’agent de la sûreté, tout le monde irait demander du service rue de Jérusalem. ”
Alphonse Toussenel,
Tristia : histoire des misères et des fléaux de la chasse de France
(1863)
“ Car voilà le grand mal, la douleur des douleurs, l'abomination du fléau. La guerre et la ch'asse sont sœurs ; la première est la chasse à l'homme, la seconde, la guerre à la bête ; et les deux arts sont si voisins, ont entra-eux de si étroits rapports, que tout ce qui affecte l'un affecte nécessairement l'autre. Or on dirait vraiment que le mobile supérieur qui anime aujourd'hui les héros des deux camps est l'aspiration au carnage. ”
Honoré de Balzac,
La Comédie humaine - Volume 12…
(1868)
“ Tout en causant, les deux agents épiaient le langage de ces regards flamboyants. Une sorte de rage froide remuait le cœur insensible de ces deux êtres qui savouraient la terreur générale. L’homme de police a toutes les émotions du chasseur; mais en déployant les forces du corps et de l’intelligence, là où l’un cherche à tuer un lièvre, une perdrix ou un chevreuil, il s’agit pour l’autre de sauver l’État ou 299 le prince, de gagner une large gratification. Ainsi la chasse à l’homme est supérieure à l’autre chasse de toute la distance qui existe entre les hommes et les animaux. ”
Musée universel... 1re [-2e] année (1857-1858)
“ Ce serait encore l'histoire de la civilisation. Au commencement, comme disent les Genèses et les Théogonies, tout était gibier sur la terre. L'homme vint et la lutte commença. La première phase de cette lutte fut la chasse à l'homme. Les chasseurs ne manquaient pas, bien armés du reste, des trompes gigantesques, des défenses énormes, des rangées de dents aiguës, des becs d'acier, des cornes pointues. L'homme s'en tira comme il put, mais il s'en tira. Vint la seconde phase. L'homme se mit à chasser ses chasseurs, qui lui rendirent souvent encore la pareille. ”
Révolution ou légitimité : réponse d'un électeur à l'auteur de "Contre-Fusion… (1873)
“ Pour grossir les rangs de son armée et, plus tard, pour remplacer les vides affreux qu'y creusent la mitraille, les maladies, les fatigues et les privations de toutes sortes, il organise la chasse à l'homme. Malheur à qui veut se soustraire à la boucherie! Le grand pourvoyeur de la mort, inaugurant cette tactique effroyable qui consiste à ne se battre qu'à coups d'hommes, ne sait pas compter les cadavres. ”
“ CI À UN HOMME PARTANT POUR LA CHASSECI À UN HOMME PARTANT POUR LA CHASSE Oui, l’homme est responsable et rendra compte un jour. Sur cette terre où l’ombre et l’aurore ont leur tour, Sois l’intendant de Dieu, mais l’intendant honnête. Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête. Te figures-tu donc être un tel but final Que tu puisses sans peur devenir infernal, Vorace, sensuel, voluptueux, féroce, Échiner le baudet, exténuer la rosse, En lui crevant les yeux engraisser l’ortolan, Et massacrer les bois trois ou quatre fois l’an ? Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège, ”
Charles Baudelaire,
Les Fleurs du mal/1868
“ Je vous ai fait la chasse et la pêche faciles ; Pourquoi donc le chasseur devient-il assassin ? Le marais fut par moi peuplé de volatiles ; Pourquoi n’êtes-vous pas contents, fils indociles ? Pourquoi l’homme fait-il la chasse à son voisin ? Je suis vraiment bien las de vos horribles guerres. Vos prières, vos vœux mêmes sont des forfaits ! Le péril est pour vous dans vos humeurs contraires, Et c’est dans l’union qu’est votre force. En frères Vivez donc, et sachez vous maintenir en paix. ”
Gabriel Tarde, L’Opposition universelle
“ Mais, après s’être durci le cœur dans ces chasses guerrières, l’homme, dès la première rencontre et la première querelle avec une autre tribu, devait être entraîné à chasser l’homme. La chasse, donc, portait la guerre dans ses flancs ; et il semble, dès lors, que la nécessité de celle-ci en découle, puisqu’il était impossible à l’homme naissant de croître sans exterminer des animaux. Mais la question, fût-elle résolue en ce sens, ne serait encore que reculée. Admettons que la guerre ait été la suite fatale de la nécessité pour certains vivants de manger d’autres vivants pour vivre. ”
Jean-François Marmontel,
Œuvres complètes de Marmontel, tome 8
“ Autrefois ce pays immense était habité par des peuples sans lois, sans discipline, et sans mœurs. Errants dans les forêts, ils vivaient de leur proie, et des fruits qu'une terre inculte semblait produire par pitié. Leur chasse était une guerre que l'homme faisait à l'homme. Les vaincus servaient de pâture aux vainqueurs. Ils n'attendaient pas le dernier soupir de celui qu'ils avaient blessé, pour boire le sang de ses veines [85] ; ils le déchiraient tout vivant. Ils faisaient des captifs, et ils les engraissaient pour leurs festins abominables. ”
Pierre Jean Baptiste Duchaussois, Aux glaces polaires
“ Les coups pleuvaient constamment, avec les injures, sur ses épaules. Une flèche, une balle pouvait la frapper, au gré de son tyran. Si la vie lui était accordée, aucun droit ne lui était reconnu. L’homme allait à la chasse, tuait la bête, et son rôle était fini. ”
Octave Mirbeau,
Le Jardin des supplices
“ Quels sont les habitudes, les plaisirs préférés de ceux-là que vous appelez, mon cher, «des esprits cultivés et des natures policées»? L'escrime, le duel, les sports violents, l'abominable tir aux pigeons, les courses de taureaux, les exercices variés du patriotisme, la chasse... toutes choses qui ne sont, en réalité, que des régressions vers l'époque des antiques barbaries où l'homme—si l'on peut dire—était, en culture morale, pareil aux grands fauves qu'il poursuivait. Il ne faut pas se plaindre d'ailleurs que la chasse ait survécu à tout l'appareil mal transformé de ces mœurs ancestrales. ”
Alfred Loisy,
La morale humaine
(1928)
“ Depuis la chasse aux têtes, depuis les petites guerres des sauvages, où l'on boit le sang de l'ennemi tué, où l'on prend sa tête ou son scalp en trophée, jusqu'à la guerre savante et perfectionnée de notre temps, où par tout l'attirail de l'artillerie, de l'aérostation militaire et des gaz asphyxiants, l'on réalise et l'on se flatte de pouvoir réaliser de mieux en mieux des exterminations en masse, le trait dominant, caractéristique, de plus en plus ignoble et déconcertant, de la guerre, est l'insigne barbarie qui fait traiter l'homme par l'homme comme un gibier à traquer et à exterminer. ”
Jacques Boisrot de Lacour, Traité sur l'art de chasser avec le chien courant (1929)
“ S'il est agriculteur ou commerçant, il doit chasser pour sauver ses récoltes, ses plantations, ses troupeaux, pour se fournir d'un objet de commerce. L'homme est-il souverain, ou membre d'une association politique ? Eh bien, il a des ennemis à repousser, des invasions à craindre ! Il lui faut des soldats exercés, endurcis à la fatigue, au froid, au chaud, aux pluies, aux intempéries des saisons, au maniement des armes ; des soldats accoutumés à ne pas craindre, à braver les dangers ; et c'est l'exercice de la chasse qui pourra former les hommes à toutes ces choses. ”
Alexis Lubimoff, Le Professeur Charcot, étude scientifique et biologique
“ Je ne parle pas des hommes ; la chasse est pour eux une fête du meurtre : on se réjouit, on éclate de rire, on crie, les yeux s’allument, la bouche prononce des paroles de triomphe ineptes et sauvages, on vante son propre héroïsme... Alors pourquoi s’élever contre ceux qui tuent à la guerre, qui tuent et font sauter les gens en l’air en temps de paix ? ”
André Thouin,
Cours d’agriculture
“ À considérer philosophiquement ces deux manières de chasser, certes, l’avantage n’est pas du côté de l’homme civilisé, à qui l’on seroit en droit de reprocher un excès d’insensibilité, un raffinement de barbarie que ne montre point l’homme de la nature ; mais de pareils rapprochemens n’entrent pas dans le plan de cet Ouvrage, et je n’ai point à faire ici ni l’éloge, ni la satire de la chasse. ”
Alfred Fouillée,
Revue des Deux Mondes
“ S’il en est ainsi, peut-on borner la « vie débordante » à ses manifestations agressives et guerrières, comme un barbare qui s’imaginerait que la chasse aux bêtes ou à l’homme est la seule forme possible de vie supérieure ? ”
Gabriel Tarde, L’Opposition universelle
“ Est-ce la chasse qui a donné l’idée de la guerre, ou la guerre qui a donné l’idée de la chasse ? C’est certainement la chasse qui a précédé : la dispersion, l’éloignement des premiers groupes humains, leur isolement au sein de l’animalité fauve contre laquelle ils avaient à lutter, aux dépens de laquelle ils devaient s’alimenter, avant toute domestication, ne laissent pas de doute à ce sujet. C’est pour batailler contre les lions, les tigres, les éléphants, les rhinocéros, que l’homme pour la première fois a dû s’unir à l’homme et s’enrégimenter. ”
Charles-Edmond Chojecki,
L'Égypte à l'Exposition universelle de 1867
(1867)
“ Quand il nous montre une chasse, n'est-ce rien qu'une chasse, ou n'est-ce pas plutôt quelque grande scène de la vie morale matérialisée en une image? Ses pasteurs, ses pêcheurs, ses agriculteurs ne sont-ils pas, comme ceux de la Bible et des ballades, des incarnations idéales, sans cesser, du reste, d'être hommes en chair et en os? ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Ainsi, la seule qui reste pour tous les citoyens et la plus excellente est celle des bêtes à quatre pieds, qui se fait avec des chevaux, des chiens, et par la force même du corps humain, où il faut prendre sa proie à la course à force de traits et de blessures, et la dompter de ses propres mains. Il n’y a pas d’autre chasse pour qui veut exercer son courage, ce présent des dieux. Voilà ce que le législateur approuvera ou blâmera par rapport à la chasse. Voici maintenant la loi elle-même. Que personne n’empêche ces chasseurs vraiment sacrés de chasser partout, où ils voudront. ”
Johann Rudolf Wyss,
Le Robinson suisse
(1860)
“ Mes enfants, leur dis-je, je suis contente que ces deux oiseaux aient échappé à vos terribles armes : ils ont une couvée à soigner. Que deviendriez-vous si l'on tuait votre père ou votre mère? La passion de la chasse ne doit pas vous rendre cruels ; il ne faut tuer que les animaux nuisibles à l'homme ou qui peuvent lui servir de nourriture. ”
Siméon Gouët, Sermon dans le désert, par Siméon Gouët (1873)
“ A la guerre, on tue, mais on peut être tué. La guerre, du reste, a une cause, elle a un but ; à la chasse, au contraire, on tue pour le plaisir de tuer, pour voir souffrir, pour voir couler le sang, pour éprouver l'ineffable volupté de raffiner la mort par la torture. Joli moyen pour se prédisposer à la pitié envers ses semblables ! Cruauté couarde et vanité bête, voilà le bilan du chasseur ! Qu'est-ce qu'un assassin, en somme? un chasseur qui ne craint pas les gendarmes,et qui a le courage de s'attaquer à plus fort que lui. ”
Auguste de Chabot,
La chasse à travers les âges : histoire anecdotique de la chasse chez les peuples anciens et en…
(1898)
“ L'universelle passion pour la chasse, passion comprimée chez nous depuis des siècles, peut, en effet, compter parmi les causes premières de la Révolution ; et je m'étonne qu'en ce temps-là, où l'on pensait à tant de choses, personne n'ait pensé à faire figurer le droit de tirer un lièvre parmi les droits de l'homme et du citoyen. ”
Anatole France,
La rôtisserie de la Reine Pédauque
“ Abandonnés par les Génies de l’air, ils s’appesantirent dans l’ignorance et dans la barbarie. Sans police et sans art, ils vivaient nus et misérables dans les cavernes, au bord des torrents, ou dans les arbres des forêts. La chasse était leur unique industrie. ”
Théophile Gautier,
Œuvres de Théophile Gautier
“ LE CHASSEUR Je suis enfant de la montagne, Comme l’isard, comme l’aiglon ; Je ne descends dans la campagne Que pour ma poudre et pour mon plomb ; Puis je reviens, et de mon aire Je vois en bas l’homme ramper, Si haut placé que le tonnerre Remonterait pour me frapper. Je n’ai pour boire, après ma chasse, Que l’eau du ciel dans mes deux mains ; Mais le sentier par où je passe Est vierge encor de pas humains. Dans mes poumons nul souffle immonde ! En liberté je bois l’air bleu, Et nul vivant en ce bas monde Autant que moi n’approche Dieu. Pour mon berceau j’eus un nid d’aigle Comme un héros ou comme un roi, ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Mais cet homme noir sera sa proie ; il le chasse, il le traque, il le tue. La force brutale est dans la main du maître, et le maître en abuse. Un peu d’eau sépare ces deux pays, c’est une raison pour qu’ils s’abhorrent ”
Erckmann-Chatrian, Contes et romans populaires (1867)
“ Voyez-vous, maître Christian, on a beau dire le contraire, la chasse est une passion diabolique ; elle développe les instincts de destruction qui se trouvent au fond de notre nature, et finit par nous jouer de mauvais tours. Si je n'avais pas été habitué à verser le sang depuis plus de trente ans, il est positif que l'idée seule que je pouvais écraser un de ces malheureux zigeiners, m'aurait fait dresser les cheveux sur la tête. J'aurais quitté la place sur-le-champ, pour ne pas succomber à la tentation ; mais l'habitude de tuer rend cruel. ”
Jules Verne,
Mistress Branican
“ Il y a des haines invétérées, des rivalités qui exigent du sang, et elles s’exercent avec d’autant plus de passion que, chez ces cannibales, la guerre, c’est la chasse. À vrai dire, l’ennemi n’est pas seulement l’ennemi, il est le gibier, et le vainqueur mange le vaincu. ”
Louise Michel,
Prise de possession
“ Dans la galerie des tableaux, le retour de chasse, c’est l’époque du renne ; plus loin, peut-être au fond des âges, le mâle a jeté à terre la proie saignante, il a sur le visage une seule chose, la force calme, la force à l’aurore du monde — la famille, peut être la tribu sont déjà nées, — la force ne sert encore qu’à rendre dans la rude nature la vie possible, il y a la chasse, surtout aux fauves sans doute, pas encore la guerre, les hommes ayant besoin les uns des autres — depuis la force a évolué, elle ne protège plus, elle écrase, c’est sa fin. ”
Zo d’Axa,
Les Feuilles de Zo d’Axa
“ On marche, on agit, on vise, parce qu’un instinct combatif, à la sieste nostalgique vous fait préférer la chasse. Sur la lisière du code, on braconne le gros gibier : des officiers et des juges, des daims ou des carnassiers ; on débusque aux forêts de Bondy le troupeau des politiciens ; on se plaît à prendre au collet le financier ravageur ; on relance à tous les carrefours la gent de lettres domestiquée, plumes et poils, souilleurs d’idées, terreurs de presse et de police. ”
