“ Sans aller jusqu'en Amérique, vous pourrez, au jardin des plantes, voir l'ascendant des petits sur les grands, de l'esprit sur la matière, dans le singulier tête-à-tête du gypaëte et du corbeau. Celui-ci, animal très-fin et le plus fin des rapaces, qui, dans son costume noir, a l'air d'un maître d'école, travaille à civiliser son brutal compagnon de captivité, le gypaëte (aigle-vautour) . Il est amusant d'observer comme il lui enseigne à jouer, l'humanise, si l'on peut dire, par cent tours de son métier, dégrossit sa rude nature. ”
Gypaète
Définition et enjeux
Citations sur “gypaète”
Gustave Flaubert,
Salammbô
(1862)
“ Quelquefois, lorsqu’un gypaète, posé sur un cadavre, le déchiquetait depuis longtemps déjà, un homme se mettait à ramper vers lui avec un javelot entre les dents. Il s’appuyait d’une main, et, après avoir bien visé, il lançait son arme. La bête aux plumes blanches, troublée par le bruit, s’interrompait, regardait tout à l’entour d’un air tranquille, comme un cormoran sur un écueil, puis elle replongeait son hideux bec jaune ; et l’homme désespéré retombait à plat ventre dans la poussière. Quelques-uns parvenaient à découvrir des caméléons, des serpents. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Le gypaète n’est pas commun en Palestine. Il se rencontre cependant dans les rochers des gorges profondes, comme celle du Jaboc, et Tristram a pu personnellement en observer une paire. Natural history of the Bible, Londres, 1889, p. 171. Il est probable que le gypaète est désigné dans la Bible sous le nom Aepérés, qui se trouve rangé parmi les noms d’oiseaux impurs entre l’aigle commun et l’aigle de mer. Lev., xi, 13 ; Deut., xiv, 2. Les Septante traduisent pérés par ipity, « griffon, » la Vulgate par gryps, qui a le même sens, Bochart, Hwrozoicon, Leipzig, 1793, t. ”
Pierre Boitard, Histoire naturelle illustrée : rédigée d'après la quatrième édition du Cours élémentaire d'histoire naturelle de feu M. Boitard… (1884)
“ La tribu des GYPAÈTES (Gypœtus) ne comprend qu'une seule espèce, qui fait la transition entre la famille des Vautours et celle des Aigles. Le Gypaète est aussi appelé Griffon barbu, à cause des soies roides qui lui recouvrent les narines et qui garnissent le dessous de son bec robuste, droit et crochu du bout. A l'état adulte, son manteau est noirâtre, avec une ligne blanche sur le milieu de chaque plume. Une bande noire entoure sa tête ; son cou, ainsi que le dessous de son corps, est d'un fauve clair et brillant. ”
Adolphe de Chesnel, Dictionnaire des merveilles et curiosités de la nature et de l'art… (1853)
“ GYPAETE. — C'est l'oiseau qu'on nomme vulgairement le vautour des agneaux, et qui a acquis une grande célébrité par sa taille, sa force et son audace. Il n'attaque pas seulement en effet les agneaux, mais il se précipite encore sur les jeunes veaux, les cerfs, les chamois, les bouquetins, etc., qu'il déchire avec acharnement, et on en a même vu qui n'ont pas craint de se jeter sur l'homme. Les gypaètes habitent les régions montagneuses en Europe et en Afrique ”
Raphaël Blanchard,
Éléments de zoologie
(1885)
“ Le Gypaète attaque des animaux de grande taille, tels que des veaux, des agneaux, des Chamois. Ses serres trop faibles ne lui permettent point de se cramponner sur sa proie ou de l'emporter dans les airs; aussi, pour parveuir à terrasser des animaux aussi robustes, doit-il avoir recours à un artifice que l'Aigle lui-même emploie quelquefois il se cache prudemment et observe le moment où sa victime viendra sur le bord d'un précipice il fond alors sur elle avec violence et, en la frappant furieusement des ailes, il tâche de la lancer dans l'abîme. ”
Émile Blanchard,
Histoire naturelle et voyages.…
“ Au printemps, le gypaëte bâtit son aire dans l’endroit le plus inaccessible ; la construction, simple et grossière, est faite d’une masse de foin et de petites branches, couverte de mousse et de duvet ; la femelle pond trois ou quatre œufs et en couve ordinairement deux. Le superbe oiseau, qui habite non-seulement les Alpes, mais encore toutes les hautes montagnes de l’Europe, du nord de l’Afrique et de l’Asie, fort répandu en Suisse jusqu’au commencement de notre siècle, est devenu rare, tant il a été poursuivi par les chasseurs, et c’est dans la Haute-Engadine qu’il a été le plus épargné. ”
Contribution à l'étude du peuplement des hautes montagnes (1928)
“ Quant au Gypaète, s'il se montre, dans les Alpes, confiné dans les solitudes glacées, c'est, à notre avis pour fuir son seul ennemi, l'homme. En Afrique, — et même en Europe, en Sardaigne, pays peu peuplé, et sauvage, cet Oiseau s'accommode fort bien d'altitudes modérées. Certains renseignements nous font penser qu'il a pu en être de même jadis dans certaines régions subalpines, relativement désertes. Quant aux éléments orientaux, leur peuplement s'est fait évidemment de proche en proche. Mais on peut discuter sur la route suivie. ”
Gabriel Bonvalot,
L'Asie inconnue
(1896)
“ L’oiseau est à 70 mètres environ. Un jeune homme passe pour le plus adroit des frondeurs présents, il choisit une pierre ovale, la place dans la poche de sa fronde. Il fait tourner une seule fois son bras, la corde claque, et la pierre tombe juste à un empan du gypaète, qui s’envole à grands coups d’aile. ”
Emmanuel Le Maout,
Le Jardin des plantes : description complète…
(1842-1843)
“ Le Gypaète habite toutes les hautes chaînes de montagnes ; il n'atteint pas tout à fait les dimensions du Condor, mais il est plus redoutable que lui ; il attaque les animaux vivants, et sa tactique réussit presque toujours. ”
Jean Crespon, Ornithologie du Gard et des pays circonvoisins (1840)
“ Le Gypaëte barbu est le plus grand des oiseaux de proie d'Europe; la force de ses muscles, l'impétuosité de sesmouvemens , la ruse qu'il emploie pour se procurer une nourriture abondante, tout décèle en lui un oiseau redoutable ; il attaque les grands animaux qu'il oblige à se précipiter du haut des roches escarpées, et il les dévore lorsqu'ils sont brisés par leur chute. On dit que cet oiseau attaque aussi les enfans isolés. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Le gypaète a la tête et le cou jaunes, avec une touffe de poils raides sous le bec, qui est fort et renflé vers la pointe, le reste du corps fauve en dessous et noir en dessus. Une ligne noire s’étend à la base du bec jusqu’au-dessus des yeux. L’oiseau atteint aisément l m 50 de long et 3 mètres d’envergure. Il se nourrit de proies mortes ou vivantes, et s’attaque parfois aux quadrupèdes de moyenne taille, agneaux, chèvres, daims, etc. ”
Armand-Lucien Clément, Les Animaux de France utiles ou nuisibles… (1897)
“ Le gypaète barbu construit son aire dans les régions inaccessibles des Alpes et des Pyrénées ; il se repaît de cadavres et même d'os qu'il digère aisément. Lorsque ceux-ci sont trop gros, le gypaète les saisit et s'envole, puis les laisse tomber de très haut sur les rochers contre lesquels ils se brisent ”
Alphonse Toussenel,
L'esprit des bêtes
(1868)
“ Le Gypaète des Pyrénées et des Alpes a été accusé aussi de faire usage d'un procédé identique pour détruire le Chamois et l'Isard. Ici je ne m'inscrirai pas en faux contre le témoignage de Pline, quoiqu'il se soit passé du temps de cet écrivain une foule de chos s d'histoire naturelle qu'on n'a pas réobservées depuis. ”
Magali-Boisnard, L'enfant taciturne
“ Sur les rocs surplombant la vallée étroite, les aires de vautours, les nids peuplés de gyps fauves, rivaux des puissants gypaëtes, se tiennent silencieux. Un des grands rapaces, inquiet, apparaît sur les cimes, prend encore de l’altitude pour planer au-dessus de la cohue ; il descend d’un vol circulaire ; l’ombre de son envergure passe sur le front des hommes tumultueux, puis, rassuré, il regagne les hautes zones de l’atmosphère. Le nombre des femmes répand tant de parfums dans l’air respiré qu’on ne discerne plus l’odeur des sylves environnantes. ”
José-Maria de Heredia,
Les Trophées
“ Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb ; Du zénith aveuglant le jour tombe d’aplomb, Et l’implacable Phré couvre l’Égypte entière. Les grands sphinx qui jamais n’ont baissé la paupière, Allongés sur leur flanc que baigne un sable blond, Poursuivent d’un regard mystérieux et long L’élan démesuré des aiguilles de pierre. Seul, tachant d’un point noir le ciel blanc et serein, Au loin, tourne sans fin le vol des gypaëtes ; La flamme immense endort les hommes et les bêtes. Le sol ardent pétille, et l’Anubis d’airain Immobile au milieu de cette chaude joie Silencieusement vers le soleil aboie. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Qui a vu l’oiseau de proie s’envoler de terre quand s’approche une troupe d’enfans peut se figurer le bond à l’aide duquel la gypsy prit son essor, sautant avec une agilité sauvage par-dessus un buisson et accablant de reproches le gorgio. Elle avait tout confié à son mari, qui racontait en riant l’aventure. La chasteté de la femme gypsy a deux remparts : l’amour et la haine. Sa haine est pour le sang blanc ; son amour, et elle est capable d’aimer, est pour les hommes de sa race. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Douées d’un coup d’œil sûr et perçant, elles font semblant de lire dans la main, mais c’est, dans le cœur qu’elles lisent. Leur parole insinuante se fait l’écho des désirs et des pensées les mieux voilés. Quand je dis que les gypsies diseuses de bonne aventure n’ont point de méthode, j’entends par là qu’elles ne se préoccupent pas d’une interprétation convenue des signes de la main. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Quand nous nous croisâmes sur le chemin étroit, le jeune garçon tourna de mon côté la bride de l’âne, et me demanda l’aumône. À sa couleur olivâtre et dorée, à ses cheveux noirs, à ses yeux d’un éclat sombre, à ses traits d’une perfection délicate, je le reconnus pour un enfant de la race que je cherchais. « Pourriez-vous, lui dis-je, me conduire à l’endroit où vous campez ? » À ces mots, un nuage se répandit sur le visage naturellement farouche de l’enfant. Les gypsies, dès l’âge le plus tendre, se montrent ombrageux et circonspects à l’excès. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Rien ne ressemble moins à la vie des gypsies sur la scène ou dans les livres que la vie de ces mêmes gypsies tels qu’on les rencontre dans la nature. C’est là, dans le livre des réalités, que nous chercherons à pénétrer le secret d’une race qui est à ellemême une énigme. Ce peuple, répandu aujourd’hui à la surface de la terre, a perdu partout ses annales, ses traditions, ses dieux, le souvenir même de ses ancêtres : ne peut-on lui restituer son histoire ? La condition présente des bohémiens est misérable : n’y a-t-il pas lieu d’étudier dans leur genre de vie la cause de leur abaissement ? ”
Jules Lemaître,
Les Contemporains, 3ème Série
“ La Gypsie est encore une pièce qui commence par de beaux vers sonores et colorés et qui se termine par une toute petite chute, plus ridicule que risible. La gypsie est la personnification de la nature, de la poésie, de la liberté, de l’amour aventureux, de la sainte bohème. Le fou qui la suivrait, dit le poète, serait pauvre, honni des bourgeois, et se damnerait. « Il perdrait la sainte chimère de l’hyménée éternel, — mais il n’aurait pas de belle-mère ! » La nature, adonisée, a des frisettes, essaye des mines et fait la petite folle. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Elles n’en ont pas moins des traditions qu’elles se transmettent. Physiologistes par intuition, elles ont reconnu que la vie humaine se partageait en trois époques, dont la première appartient à l’amour, la seconde à l’ambition, la troisième à l’avarice. Aux jeunes elles parlent des choses du cœur, aux personnes d’un âge mûr elles font un récit pompeux des honneurs qui les attendent, aux vieillards des deux sexes elles promettent des richesses. Les gypsies se gardent bien de convenir du subterfuge. À les entendre, ils étaient une ancienne race puissante et riche ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Elle corrompt sans être corrompue ; elle séduit tout en se gardant bien de se laisser séduire elle-même. Quiconque ne regarde qu’aux apparences serait tenté de sourire quand on parle de l’honnêteté des gypsies ; elles se livrent volontiers à des danses obscènes, à des paroles licencieuses, puis elles s’arrêtent là. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ On se figure volontiers les gypsies comme des gens sans asile : c’est une erreur. Les oiseaux du ciel ont leur nid, les renards ont leur tanière ; les gypsies ont leur tente ou leur chariot sorte de maison ambulante. Là ils sont chez eux. Ils permettent très rarement l’entrée de ces tentes aux étrangers. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Un sentier mal tracé serpente à travers des terrains où brille le gypse laminaire mêlé à des blocs de basalte, où les bancs calcaires affectent tantôt l’apparence de murs cyclopéens, tantôt celle de colonnes égyptiennes gigantesques, imitant les restes d’un temple antique creusé dans la montagne. C’est une passe dangereuse, où les voleurs, cachés derrière les rochers, attendent et attaquent facilement le voyageur. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Rattacher ces êtres flottans au toit domestique est incontestablement le but que doit se proposer le moraliste. Dans l’état actuel des faits, les gypsies portent sans le savoir la peine de leur résistance aux lois de la vie sociale, et surtout à la première de ces lois, la fixité du domicile. Cette race est malheureuse : j’ai plus d’une fois surpris sur le visage cicatrisé des roms et des juwas, sous le froncement de leurs sourcils, une expression de vide et de mélancolie commune à toutes les tribus plus ou moins sauvages qui vivent sous la tente. Leur joie même est triste et forcée. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Or les gypsies ont un langage à eux, un même langage qu’ils parlent avec de légères nuances dans les diverses contrées de la terre où ils se trouvent, et ils se trouvent partout. Dans les rues de Moscou et de Madrid, de Londres et de Constantinople, dans les plaines de la Hongrie et dans les brûlantes solitudes du Brésil, le vent disperse les sons étranges de cet idiome qui présente partout dans ses traits principaux un caractère d’unité. Ce langage a été analysé par les philologues, qui y ont retrouvé les racines plus ou moins corrompues du sanscrit. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ La bande se composait d’une trentaine de personnes, hommes, femmes, enfans, vieillards. Les gypsies ne sont pas, comme on l’a dit, une secte de communistes : chaque famille a sa tente, et chaque tente, comme chaque bourse, est indépendante l’une de l’autre. Introduit dans cette vénérable société des roms et des juwas, j’examinai en silence les formes et les traits extérieurs d’une race qui a toujours été pour moi un objet d’étonnement. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Les gypsies, eux, conservèrent leur attitude d’indifférence et d’immobilité : ils sont comme les sauvages, qui remarquent tout sans avoir l’air de rien voir. Seulement deux petites filles de cinq ou six ans, belles et noires comme des démons, se détachèrent du groupe et vinrent me demander la charité. ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ Les gypses jouissent dans certaines limites du genre d’immunités qu’une civilisation ancienne et puissante trouve sage d’accorder à des enfans indociles avec lesquels il faut vivre, et dont on désespère de changer les habitudes. On les laisse planter leurs tentes où ils veulent dans les terres vagues, promener où bon leur semble leur chariot couvert d’une toile, et pourvu qu’ils ne dépassent pas une certaine limite, on ferme volontiers les yeux sur les petits dégâts qu’ils peuvent commettre. Telle est l’histoire des gypsies de l’Angleterre ”
Alphonse Esquiros,
L’Angleterre et la Vie anglaise…
“ On s’étonne en vérité que de si belles jeunes filles fassent de si laides vieilles femmes. Et pourtant cette laideur elle-même ne manque point de style : la figure des vieilles gypsies est quelquefois repoussante et fantastique, elle n’est jamais vulgaire. J’étais curieux de savoir si l’art de dire la bonne aventure, tel que les gypsies, surtout les femmes, le pratiquent dans tous les pays de la terre, reposait sur une méthode. ”
“ Les comprachîcos n’avaient point, comme les gypsies, un idiome à eux; leur jargon était une promiscuité d’idiomes; toutes les langues mêlées étaient leur langue; ils parlaient un tohu-bohu. Ils avaient fini par être, ainsi que les gypsies, un peuple serpentant parmi les peuples; mais leur lien commun était l’affiliation, non la race. A toutes les époques de l’histoire, on peut constater, dans cette vaste masse liquide qui est l’humanité, de ces ruisseaux d’hommes vénéneux coulant à part, avec quelque empoisonnement autour d’eux. Les gypsies étaient une famille ”
