“ Ce que je puis te dire seulement est ceci : la nuit des noces est le réveil le plus horrible et le plus brutal de ce rêve que, grâce aux perfidies de notre éducation, nous composons de sublimités et de poésies. Ce fiancé respectueux et discret dont le plus grand privilége était de baiser notre main, cet amant présenté par un père et dont la recherche emprunte à l’approbation de la famille un caractère chaste, grave et pieux..., cet homme, type de noblesse, de convenance, de cœur, le masque tombé, n’est plus qu’un satyre. ”
Nuit de noces
Définition et enjeux
Citations sur “nuit de noces”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ — Quatre jours seront bientôt engloutis dans la nuit, et quatre nuits auront bientôt fait couler le temps comme un songe ; et alors la lune, comme un arc d’argent nouvellement tendu dans les cieux, éclairera la nuit de nos noces. ”
“ Qui, lorsque naît la nuit provocante et bleuâtre, Se range sous la main et sous la voix du pâtre. —Mais le jour chancelant a quitté l'horizon. Un doux soupir entr'ouvre et creuse les maisons, Voici la nuit: l'air fuit, pressé, glissant, agile, Esclave libéré qui rejoint son asile. Deux ormeaux délicats, sous les brises penchants, Sont deux syrinx feuillues d'où s'élancent des chants. La lune plie au poids des nuages de jade, Comme un rocher poli sent bondir les dorades. Nous sommes seuls; le soir semble nous engloutir. J'ai besoin d'un vivant, d'un constant avenir! ”
Anna de Noailles,
La Domination
“ Peut-être, Élisabeth, serez-vous un petit cerisier blanc. Ah ! que l’air est las, ce soir, il tombe comme un châle de soie dont on ne tient plus les bords. Peut-être serez-vous un petit cerisier blanc. Vous aurez plus de trente fines branches qui joueront avec la nuit. Être un arbre blanc dans la nuit c’est toute la poésie... L’air de la nuit brise de tristesse les vivants, il est secret, étrange, humide, plein de mystères et de signes, mais il est familier aux morts, il est agréable aux feuillages. Les morts et les arbres n’ont pas peur la nuit... ”
Alfred Busquet, La Nuit de Noël : poème
“ Qui joint la terre au ciel, l’ange à la race humaine ! Mystère, enivrement, pardon, trêve à nos maux, Pitié pour les enfants, respect des animaux ! ! La nuit vient et s’étend claire, silencieuse, Sous un épais manteau de neige radieuse : La lune à l’horizon montre son disque étroit, Et gravit lentement dans l’éther : il fait froid. Les étoiles partout fleurissent, éveillées, Curieuses, plongeant leurs yeux sur les veillées ”
Marie-Louise Lévêque, Les Nostalgies, poésies (1926)
“ Les nuages vont, éperdus ; Comme en un très lointain voyage Ils s'embarquent, mais quels rivages Atteindront-ils avant l'orage ? Nous ne les verrons jamais plus. LA NUIT A l'horizon, la nue est bleue, La nuit monte insensiblement. Le ciel et la terre en des lieues, S'endorment ainsi doucement. Du lointain reviennent les ombres, Gagnant toute la voûte sombre, Les astres s'allumant, sans nombre, Eclairent faiblement la nuit. Tout va mourir dans la nature, L'oiseau a tu son doux murmure, Plus aucun bruit dans la verdure. La nuit descend. L'étoile luit. ”
André Gide,
Les Nourritures terrestres
“ Ô désir ! que de nuits je n’ai pu dormir, tant je me penchais sur un rêve qui me remplaçait le sommeil ! Oh ! s’il est des brumes au soir, des sons de flûte sous les palmes, de blancs vêtements dans les profondeurs des sentiers, de l’ombre douce auprès de l’ardente lumière... j’irai... — Petite lampe de terre et d’huile ! le vent de la nuit tourmente ta flamme ; — fenêtre disparue ; simple embrasure de ciel ; nuit calme sur les toits ; la lune. ”
Victor Hugo,
Les Contemplations
(1856)
“ Le soir vient ; l'horizon s'emplit d'inquiétude ; L'herbe tremble et bruit comme une multitude ; Le fleuve blanc reluit; Le paysage obscur prend les veines des marbres; Ces hydres que, le jour, on appelle des arbres, Se tordent dans la nuit. Le mort est seul. Il sent la nuit qui le dévore. Quand naît le doux matin, tout l'azur de l'aurore, Tous ses rayons si beaux, Tout l'amour des oiseaux et leurs chansons sans nombre, Vont aux berceaux dorés; et, la nuit, toute l'ombre Aboutit aux tombeaux. ”
Charles Maurras,
Quatre nuits de Provence
(1931)
“ Quelques subtiles apparences qui se pussent jouer dans le clair-obscur de l'Ame et de l'Heure, et de quelque intérêt que les honorât ma folie, un mouvement était plus fort et né du plus ancien et du meilleur de moi : le goût simple, l'appétit passionné du vrai. Voilà donc qu'un beau soir planait, le soir réel, qui vient du ciel et non de la voûte des arbres: l'enchantement, le charme universel de la Nuit. Cette Nuit vraie, la douce, la puissante, et l'égale, et la bienfaisante, s'étant bientôt fermée, surprit le cœur de grand enfant comme pour le glacer du fer froid d'une lance aiguë. ”
Anna de Noailles,
Les Forces éternelles
“ L’étoile qui s’entr’ouvre à la chute du jour, Dans le soir sensitif et pareil à l’amour ? Percevrons-nous avec une oreille paisible Le vaporeux tissu du doux chant des oiseaux Étincelant ainsi qu’un rayon invisible, Et la Nuit naviguant sur le calme des eaux ? — Destin, nous rendrez-vous, après des heures telles Que le globe à jamais semble hostile aux humains, L’ineffable douceur de prendre une autre main Quand les parfums du soir lentement s’amoncellent Sur la rêveuse paix déserte des chemins ? ”
Anna de Noailles,
Les Forces éternelles
“ Le grand gémissement du rêve dans la chair... POÉSIE DES SOIRS Le soir, saison quotidienne, Recouvre de son clair argent L’azur, et reste là, songeant, Jusqu’à ce que la nuit survienne. — Le soir a le calme des lacs ; La molle brise est un hamac Où, satisfaite, se balance La tranquille odeur du silence. — Soudain, cris d’adieux, cris d’amour. D’oiseaux qui virent et chancellent : Tragique essaim ! Que quittent-elles À la rêveuse fin du jour Ces sanglotantes hirondelles ? Et voici la nuit peu à peu ; Les blancs pétunias sirupeux Agglutinent le clair de lune. ”
Marcelle Tinayre,
Figures dans la nuit
“ Du soleil disparu, il reste un peu de rougeur fanée, et tout le zénith est bleu, d’un bleu si léger, si doux, si finement cendré par la lune levante, que les étoiles n’osent point y briller trop fort. On sent un grand silence dans le ciel, comme une attente. Ah ! c’est la nuit des nuits d’été, celle qui vient ! C’est la nuit des enchantements et des prodiges ! C’est la nuit où les plantes ont toute leur vertu, où les bons mages et les bergers pieux sont rois sur les puissances du mal, et reines les chastes filles. ”
Anna de Noailles,
Le Cœur innombrable
“ Nuits où meurent l’azur, les bruits et les contours, Où les vives clartés s’éteignent une à une, Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour Descendent mollement et dansent à la lune. Jardin d’épais ombrage, abri des corps déments, Grand cœur en qui tout rêve et tout désir pénètre Pour le repos charnel ou l’assouvissement, Nuit pleine des sommeils et des fautes de l’être. Nuit propice aux plaisirs, à l’oubli, tour à tour, Où dans le calme obscur l’âme s’ouvre et tressaille Comme une fleur à qui le vent porte l’amour, Ou bien s’abat ainsi qu’un chevreau dans la paille. Nuit penchée au-dessus des villes et des eaux, ”
Anna de Noailles,
Les Éblouissements
“ Le jour tremble et s’éteint, mais le cercle du ciel, Les feuillages nattés, les voûtes odorantes, Les duvets des oiseaux pleins de brises errantes Sont encor chauds de vous, soleil torrentiel ! Le soir est un moment de candide accalmie, Il attend.sans avoir souci de son destin. Puis un astre apparaît, ô nocturne matin, Est-ce le soleil mort, ou la lune endormie ? Enfin l’ombre se fait en augmentant toujours. Je ne vois plus glisser sur mon heureux visage Les mouvements, les cris, les pas du paysage, Et l’uniforme nuit m’enferme dans ses tours. Mais alors c’est de moi que monte et que s’élance ”
Claude Anet,
Les Roses d'Ispahan-La Perse en Automobile
(1906)
“ Le soir vient; une lumière douce et précise, bleue dans les lointains, dorée sur les collines voisines dont les rochers montrent leurs arêtes sèches, enveloppe le paysage, caresse les sables pierreux de la plaine où quelques taches de verdure, champ de blé ou d’orge, sont comme des tapis étalés à nos pieds. Tout de suite, presque sans transition, c’est la nuit; à l’Occident, le couchant empourpré, à l’Orient, Mars qui brille rouge dans un ciel déjà sombre. ”
André Van Hasselt,
Nouvelles poésies
“ Nuits mornes et pleines d’étoiles, Je sais un trésor plus réel. La nuit a des astres, dont l’ombre S’éclaire du soir jusqu’au jour. La mer a des perles sans nombre. Plus riche, mon cœur a l’amour. ”
Albert Samain,
Revue des Deux Mondes
“ Écoutent dans la nuit parler de grandes voix. Tous ceux que visita la Douleur solennelle, Et que n’émeuvent plus les soirs ni les matins, Rêvent de s’enfoncer au cœur des vieux sapins, Et de coucher leur vie à leur ombre éternelle. Salut à vous, grands bois à la cime sonore, Vous où, la nuit, s’atteste une divinité, Vous qu’un frisson parcourt sous le ciel argenté, En entendant hennir les chevaux de l’Aurore. ”
Amélie Fliche, Les voyageuses au XIXe siècle.… (1889)
“ L'air s'obscurcit comme à la tombée de la neige; l'obscurité augmenta, et ce fut la nuit. Et dans les profondeurs de cette nuit sans fin, de cette nuit d'hiver, elle entendit des lamentations venant de l'ouest et de l'est, voix de la plante et de l'animal, de la nature mourante et de l'humanité désespérée; elle crut voir la vie, sa beauté, ses tendresses, ses cœurs palpitants, enterrés vivants sous un froid linceul de glace. ”
Horace-Bénédict de Saussure, L'Ascension du Mont-Blanc, par H.-B. de Saussure… (1899)
“ Mais comment peindrai-je la nuit qui succéda à cette belle soirée; lorsqu'après le crépuscule, la lune brillant seule dans le ciel, versait les flots de sa lumière argentée sur la vaste enceinte des neiges et des rochers qui entouraient notre cabane! Combien ces neiges et ces glaces, dont l'aspect est insoutenable à la lumière du soleil, formaient un étonnant et un délicieux spectacle à la douce clarté du flambeau de la nuit ! ”
Charles Guérin,
Revue des Deux Mondes
“ La Nuit, lente à me suivre, en soupirant s’incline. Respire les parfums frais et délicieux De toute l’herbe en fleur que nos pas ont foulée ; Fonds-toi dans l’ombre bleue où ma sœur étoilée Disperse les lueurs tremblantes de ses yeux. O poète ! voici la grâce et le mystère : Accueille-nous, demeure avec nous jusqu’au jour, Car c’est pour féconder ton rêve de l’amour Que le Soir et la Nuit descendent sur la terre. VI A l’Ouest où meurt la lumière, Les coteaux noirs sont ourlés d’or. C’est l’heure trouble, la première De la nuit qui n’est pas encor. ”
Edmond Rostand,
Les Romanesques
“ La nuit s’est faite. Oui, la douce nuit s’est faite, et voici Qu’en l’azur foncé du ciel obscurci, S’allumant partout, par là, par ici, Et l’une après l’une, Tandis que l’étang est tout coassant, Les étoiles vont en nombre croissant Tout autour, autour du grêle croissant De la pâle lune ! ”
Jacques Normand, Le Laurier Sanglant
“ Maisons, prés, bois, ruisseaux, tout reluit, tout s’éclaire ; Le voile de la nuit s’écarte, déchiré : Voici qu'un jour nouveau s’allonge sur la terre, Provenant d’un astre ignoré. Mais, au bout d'un instant, sans pâlir ni s’éteindre, Cet ample rayon meurt aussi pur qu’il est né ; Le ciel redevient noir, et la nuit semble étreindre L’horizon tout illuminé... Ainsi pour nous. Un jour on nous dit : « Délivrance ! Victoire ! » Mais bientôt, hélas ! ”
Comte Foelix, Les fleurs animées. Tome 1 (1867)
“ Un sylphe évaporé vient les troubler dans leurs entretiens, mais la fleur de nuit ne l'écoute pas ; la fleur de nuit n'est pas coquette. Elle n'aime que ceux qui souffrent. Comme le bruit du vent, comme le murmure de l'eau, le parfum de la fleur de nuit console. Elle écoute la plainte du berger, elle sourit aux rêveries de la jeune fille, elle prête l'oreille aux chants du poète. Sa molle senteur prête un charme secret à votre premier rendez-vous, elle vous enveloppe comme d'un voile d'innocence et de pureté. ”
Armand Renaud, Les Nuits persanes (1896)
“ La brise du soir courbe les roseaux, Le ciel est animé par de molles nuées. Et, comme le ciel, la terre et les eaux, J'ai les fibres du coeur doucement remuées. La nuit, comme un papillon noir, Sur la terre en fleur s'est posée. Et mon coeur palpite d'espoir, Dans mon jardin plein de rosée. NUIT DE PRINTEMPS 265 La lune se lève au-dessus des monts, L'univers de blancheur et de clarté s'enivre. Ma maîtresse arrive, et nous nous aimons. Quand tout n'est que printemps, ah ! qu'il fait bon de vivre ! La nuit, comme un papillon noir, Sur la terre en fleur s'est posée. ”
Charles Nodier,
Smarra, ou les démons de la nuit
“ La nuit est tout-à-fait sur la terre. Vous n’entendez plus retentir sur le pavé sonore les pas du citadin qui regagne sa maison, ou l’ongle armé des mules qui arrivent au gîte du soir. Le bruit du vent qui pleure ou siffle entre les ais mal joints de la croisée, voilà tout ce qui reste des impressions ordinaires de vos sens, et au bout de quelques instans, vous imaginez que ce murmure lui-même existe en vous. ”
Johann Valentin Andreae,
Les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz
“ Ces chutes me mirent en gaieté ; quand je vis des présomptueux, pleins d’ardeur pour assister aux noces, s’élancer dans les airs, y planer un long moment, puis tomber honteusement en entraînant du même coup quelques voisins, je me réjouis de tout mon cœur. ”
Anatole France,
Pierre Nozière
(1899)
“ Tant qu’il y aura des bois, des prés, des montagnes, des lacs et des rivières, tant que les blanches vapeurs du matin s’élèveront au-dessus des ruisseaux, il y aura des nymphes, des dryades ; il y aura des fées. Elles sont la beauté du monde : c’est pourquoi elles ne périront jamais. Voyez, la nuit tombe sur les toits. Un charme paisible, triste et délicieux, enveloppe les choses et les âmes. Des formes pâles flottent dans la clarté de la lune. Ce sont les nymphes qui viennent danser en chœur et chanter des chansons d’amour autour de la tombe du bon saint Valery. ”
“ Mais les corps des vivants, aspirés par l'été, Sont des sanglots secrets que tout l'azur élance. Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés; Qui jamais avouera l'âpre infidélité D'un coeur sensible dans le silence!...LA NUIT FLOTTE... La nuit flotte, amollie, austère, taciturne, Impérieuse; elle est funèbre comme une urne Qui se clôt sur un vague et sensible trésor. Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort, Paraît interroger l'ombre vertigineuse. La lune au sec éclat semble une île pierreuse: Cythère aride et froide où tout désir est mort. ”
“ LA NUIT Depuis que dans la plaine immense il s’est fait soir, Avec de lourds marteaux et des blocs taciturnes, L’ombre bâtit ses murs et ses donjons nocturnes Comme un Escurial revêtu d’argent noir. ”
Théophile Gautier,
Fusains et eaux-fortes
“ Le soleil couchant, pour être moins simple de ton que celui du matin, est-il un soleil de décadence digne de mépris et d’anathème ? On nous dira que cette splendeur tardive, ou les nuances se décomposent, s’enflamment, s’exacerbent et triplent d’intensité, va s’éteindre bientôt dans la nuit ; mais la nuit qui fait éclore des millions d’astres, avec sa lune changeante, ses aurores boréales, ses pénombres mystérieuses et ses effrois énigmatiques, n’a-t-elle pas bien aussi son mérite et sa poésie ? ”
Georges de Porto-Riche,
Tout n'est pas rose : poésies
(1877)
“ Je m'appelle la Nuit, et, sur ton seuil de pierre Par tes mille refrains tu me charmas souvent. » — « Mon chemin ! La Mort va plus vite que le vent : Ne me retarde pas ; et demain dans les haies, Nuit, je te chanterai mes chansons les plus gaies ! » Mais la Nuit se taisait. La pauvre mère alors, Sanglotant et riant, deuil aux chastes accords, Dans la neige, pieds nus, les épaules sans voiles, Tordant ses mains, chanta sous le ciel plein d'étoiles ! ”
Maurice Rollinat,
Paysages et paysans
“ À QUOI PENSE LA NUIT ? À quoi pense la Nuit, quand l’âme des marais Monte dans les airs blancs sur tant de voix étranges, Et qu’avec des sanglots qui font pleurer les anges Le rossignol module au milieu des forêts ?... À quoi pense la Nuit, lorsque le ver luisant Allume dans les creux des frissons d’émeraude, Quand murmure et parfum, comme un zéphyr qui rôde, Traversent l’ombre vague où la tiédeur descend ?... Elle songe en mouillant la terre de ses larmes Qu’elle est plus belle, ayant le mystère des charmes, Que le jour regorgeant de lumière et de bruit. Et — ses grands yeux ouverts aux étoiles — la Nuit ”
