“ Un chant japonais s’exprime ainsi : « Tous doivent croire un Samurai. Le Samurai est au-dessus du commun des hommes autant que la fleur de la cerise, la reine des fleurs, est au-dessus des autres. Il ne manque jamais à sa parole. » Innombrables sont les récits qui célèbrent l’amour du Samurai pour la vérité et le sentiment de l’honneur. En voici un exemple, celui de Mori Rammaru, le page favori de Ota Nobunaga, le Shogun prédécesseur du grand Hideyoshi : Nobunaga aperçut un jour son page comptant les cercles qui ornaient le fourreau d’un sabre précieux. ”
Samurai
Définition et enjeux
Le samurai incarne l'idéal du guerrier féodal japonais, marqué par un code d’honneur, de discipline et de dévouement envers l’État. De nombreux auteurs, comme le Colonel E. Emerson ou F. Séndaté, ont analysé cette figure à travers ses valeurs, ses rites et son rôle historique.
Emerson souligne son immortalité dans l’esprit contemporain du Japon, tandis que Séndaté le compare à la fleur de cerisier, symbole de perfection. Georges Bousquet évoque sa position dans la hiérarchie sociale et ses combats historiques. Ces visions mettent en lumière une tradition où le samurai, bien au-delà d’un simple soldat, incarne une identité culturelle et morale.
Citations sur “samurai”
Albert Maybon, Les temples du Japon : architecture et sculpture (1929)
“ Enfin, il n'exprime pas son émotion en paroles déréglées, en gestes directs. Dans le conflit des passions, un samurai renonce à ses affections, à ses intérêts, à lui-même ; il s'immole dans un sourire. ”
“ Comme nous ne pourrions pas nous tenir debout sans l’assistance de nos os, de même le simple courage, l’érudition ou des qualités remarquables ne suffisent pas pour faire d’un Samurai un homme complet. ”
“ Le système d’éducation militaire le plus parfait ne peut faire d’un lâche un héros. Non, les batailles sur le Yalou, en Corée et en Mandchourie, furent gagnées par les âmes de nos pères guidant nos bras et battant dans nos cœurs. Elles ne sont pas mortes, ces âmes, les esprits de ces guerriers, nos ancêtres. Ceux qui ont des yeux pour voir peuvent les voir distinctement. Nos hommes, tout en ayant les idées les plus modernes, conservent en entier toutes les traditions du passé dans leur cœur. C’est avec raison que nous disons : « Grattez un Japonais, et vous trouverez un Samurai. » ”
A. Gérard, Revue des Deux Mondes
“ Il se produit, d’ailleurs, à ce début de la nouvelle ère, une fièvre de sacrifice et de renoncement, un élan comparable à celui de la nuit française du 4 août qui pousse les daïmios à faire bon marché de leurs fiefs, les samurai à abdiquer leurs privilèges, le shogun à immoler son pouvoir. ”
George Bousquet, Revue des Deux Mondes
“ Ils nous permettront de placer encore sous leurs yeux comme spécimen du premier genre une histoire de vendetta qui les introduira en pleine féodalité japonaise, « la vengeance de Kadzuma. » On sait quelle importance le samurai attachait à son sabre. La fabrication des lames était un art qui anoblissait celui qui l’exerçait. Au moment critique où la pointe d’acier va s’incorporer à la lame de fer, sous l’action du marteau, c’était une coutume, chez les armuriers célèbres d’autrefois, de se revêtir de l’habit somptueux porté par les nobles de cour, pour mettre la dernière main à leur œuvre. ”
F. Séndaté, La mort du samuraï
“ « De même que parmi toutes, la fleur de cerisier est la fleur par excellence, de même parmi les hommes le Samuraï traverse la vie. « Seul le Mikado est maître de tout, la mort même ne saurait expier la révolte contre son autorité sainte. « C’est pour combattre les ennemis de l’empereur et pour protéger les faibles que deux sabres sont à la ceinture du Samuraï, s’il abuse de son pouvoir, il est plus vil que le hibou, l’oiseau funeste qui dévore ses parents. « La montagne n’est pas respectable à cause de sa hauteur, mais parce que ses flancs nourrissent de profondes forêts. » ”
Georges Bousquet, Le Japon de nos jours et les échelles de l'Extrême-Orient… (1877)
“ De même que les traits indiquent des diversités d'origine, le costume, la contenance, les attitudes annoncent des distinctions de classes, qui subsistent dans les mœurs, en dépit des récentes mesures qui les ont effa- cées des lois, et offrent aux yeux un vivant tableau de notre moyen âge. Au sommet de la hiérarchie se place le « samurai », autrefois vassal petit ou grand, armé de deux sabres passés dans la ceinture qui serre sa robe de soie; ses jambes sont cachées par le a hakama », sorte de pantalon en forme de jupe ”
Georges Bousquet, Le Japon de nos jours et les échelles de l'Extrême-Orient… (1877)
“ C'est alors que l'on vit se séparer le paysan, le samurai ou guerrier à la solde des princes, le « kugé », noble de la cour, de race impériale, et que commencèrent à s'élever certaines familles de grands dignitaires, les Taïra, les Minamoto, les Fudjiwara, qui se disputaient les principales charges de l'empire et allaient bientôt l'ensanglanter par leurs querelles. ”
Louis Aubert, Les Maîtres de l'estampe japonaise… (1914)
“ Un jeune samurai revient d'une partie de campagne, un mouchoir noué autour de la tête, rapportant une branche de cerisier au-dessus de ses sabres, par souvenir sans doute des fleurs que brandissait Kagiwara à Ichi-no-tani3. Les belles, le soir venu, rêvent dans l'air chaud, caressant, parfumé : sur un balcon vers lequel un cerisier hausse sa tête fleurie, une belle 1. Moronobu. V. pl. Vi. C'est vraisemblablement la sérénade donnée par Ushiwakamaru à sa maîtresse Jorurihimé. ”
Adolf Erik Nordenskjöld, Voyage de la "Vega" autour de l'Asie et de l'Europe… (1883-1885)
“ Il y a peu d'années encore, les samurais ne sortaient jamais sans être munis de leurs deux sabres. Les jeunes gens allaient même armés aux cours des premières écoles européennes qui furent établies au Japon. ”
Joseph Alexander von Hübner, Promenade autour du monde : 1871… (1873)
“ A la tête de notre cortége marche un fonctionnaire du gouverneur c'est un samurai monté sur un grand cheval noir qui, selon le goût des hommes à deux sabres, est dressé à sautiller et à faire des lançades. Six gardes à cheval nousprécèdent immédiatement. Le sanji et son second se tiennent à côté et aussi près que possible des deux Européens. Les betos suivent à pied. C'est à grand'peine que nous les empêchons de saisir la bride de nos chevaux. Six yakunins à deux sabres et à cheval, et des gardes à pied forment l'arrièregarde. En tout nous sommes environ quarante personnes. ”
André Bellessort,
Revue des Deux Mondes
“ Et l’on vit des fils de marchands, des petits campagnards, qui ne comptaient pas même de samuraïs parmi leurs ancêtres, s’enfler d’un désir aventureux et, possédés d’une ambition qu’ils ne savaient trop comment soutenir, se jeter sur les chemins d’Europe. Mais le Japonais reste pratique jusqu’en ses fantaisies les plus débridées. ”
Amédée Baillot de Guerville, Au Japon (1904)
“ A Yeddo, devenue aujourd'hui la capitale, sous le nom de Tokio, vivait, dans un luxe effréné, le shogun, l'usurpateur, qui s'appuyait sur la noblesse du pays. Celle-ci pouvait être divisée en deux grands groupes composés des « samurais » ou petite noblesse, ayant le droit de porterie sabre (ils en portaient même deux) , et les « daimios », grands et puissants seigneurs auxquels appartenaient les châteaux-forts et les terres. ”
Auguste Gérard,
Revue des Deux Mondes
“ Si, dès la première heure, et avant même que le proche Orient, l’Orient musulman et ottoman ne s’émût, le lointain, l’Extrême-Orient est entré, a eu sa part dans la guerre qui, depuis le 2 août 1914, a éclaté sur le monde, c’est que le Japon, la grande Puissance des pays du Soleil Levant, était depuis douze ans l’allié de l’Angleterre et qu’il a, au premier fracas des armes, avec la fidélité, la loyauté des anciens samurais, uni ses étendards aux nôtres. ”
André Bellessort,
Revue des Deux Mondes
“ Ici, le tas de morts est vraiment prodigieux, mais le vainqueur qui l’escalade n’en découvre que le même horizon toujours fermé. Le Japon ne connut que des guerres vicieuses, et son entendement, demeuré pauvre, ne travailla jamais pour le patrimoine universel. Mais l’amour des combats trempa son âme de souplesse et de fermeté. Fils et filles de samuraïs étaient élevés à la dure, les uns maniant le sabre, les autres la lance. Dans le programme de leur éducation, la pensée de la mort jouait un tel rôle qu’on leur enseignait le cérémonial du suicide. ”
Adolf Erik Nordenskjöld, Voyage de la "Vega" autour de l'Asie et de l'Europe… (1883-1885)
“ Depuis que les hommes à deux sabres, autrement dit les samurais, n'ont plus la permission de sortir armés, on trouve à acheter pour une bagatelle, dans toutes les villes, des centaines et même des milliers d'anciens sabres japonais. Pendant notre séjour, je pus ainsi me procurer une jolie collection d'armes pour un prix relativement minime. Même celui qui ne peut apprécier la fabrication artistique de ces sabres, la trempe et la qualité de l'acier, admirerait la-beauté de leur ornementation, notamment leur garde forgée et ciselée avec le plus grand goût. ”
Francisque Marnas, La religion de Jésus (Yaso Ja-Kyô… (1931)
“ Etat politique du Japon à l'arrivée des étrangers. — Le Mikado et le Shôgun. — La cour de Kyôto. - Le kwampaku, les kuge, les daijin, les nagon, les gisô et les tensô. — La noblesse féodale. — Les trois nobles familles ( Go-san-ke) . — Les daimyô kokushu, kamon, fudai et tozama. — Hatamoto et gokenin. — Samurai et rônin. — Cultivateurs et marchands. — Le jôdai et le shoshi- dai. — Le Gorôjû ou conseil des cinq vieillards. — Le Shôgun Iesada ne traite avec les étrangers que par crainte 'de la guerre. — Le Mikado et sa cour ne voient dans leur établissement qu'une souillure du sol de la patrie. ”
Louis Aubert, Américains et Japonais (1908)
“ Les victoires japonaises furent pour les Américains de nouveaux motifs d'admirer. Sous l'armure moderne du soldat japonais, l'âme du vieux Japon faisait merveille : un héroïsme, un patriotisme, une discipline d'autrefois s'adaptaient aux armements, aux sentiments d'aujourd'hui. Sur les champs de bataille les Samuraïs usaient du téléphone et du télégraphe ; les soldats observaient les plus stricts soins d'hygiène et respectaient les morts 1. 1. Sur la sympathie des Américains pour les Japonais pendant A distance, tout cela paraît beau, émouvant. ”
Joseph Alexander von Hübner, Promenade autour du monde : 1871… (1873)
“ Il est vrai que beaucoup d'entre eux se laissent dominer par leur entourage. Aucun fait constaté n'a pu être allégué à l'appui de l'assertion sur la prétendue intention des samurais de se soustraire à l'autorité de leurs princes. C'est donc une supposition. On a lu l'histoire des quarante-sept ronins. Je l'ai inscrite dans mon journal parce qu'elle est l'apothéose du principe de la loyauté, base et essence des institutions féodales. Cent cinquante ans environ, il est vrai, se sont écoulés depuis, mais aujour- d'hui encore le peuple brûle de l'encens sur les tombeaux des martys de ce principe. ”
“ Mon faux visage n'était que pour les hommes d'Europe. Et vous vous y êtes trompé, vous, un noble Nippon! Vicomte Hirata, vos ancêtres sont tombés à Koumamoto, et vous vous souvenez d'eux, et vous conservez pieusement leurs tablettes funéraires. Mais n'avez-vous pas compris la leçon qu'ils nous ont donnée par leur défaite et par leur mort? Leçon de patience et de prudence! leçon de ruse! Le temps n'est plus des batailles simplement gagnées au tranchant du sabre. ”
Georges Bruley Des Varannes, Le Japon d'aujourd'hui : extraits du journal intime de M. l'abbé G. Bruley Des Varannes… (1893)
“ Près d'eux, debout, un Japonais en costume de cérémonie tient un éventail en guise de fouet, et préside au combat, qui doit cesser au premier signe. Sa présence n'est pas inutile, car la lutte finit souvent par perdre tout caractère amical. Ce genre de spectacle est un des plus en vogue au Japon ; on l'appelle le seumô. Près de là, sur une estrade semblable, on s'escrime au sabre, l'arme favorite des Japonais. Les anciens guerriers en avaient toujours deux à la ceinture. Ils le manient à deux mains, un peu comme nous le bâton. ”
Charles de Mutrécy, Journal de la campagne de Chine… (1861)
“ Au Japon, point d'armée régulière : tous ceux qui ont le droit de porter deux sabres deviennent soldats en temps de guerre; en temps de paix, tous ceux qui composent la quatrième classe, fort nombreuse du reste, s'exercent chaque jour au maniement de l'arc et particulièrement du sabre dont ils se servent avec une grande habileté Tous les Japonais ont un certain mépris de la mort, et une réputation de bravoure que je ne conteste pas, mais je doute qu'ils puissent lutter avantageusement contre les troupes européennes. ”
François de Tessan,
Le Japon mort et vif
“ Tout son programme tend, alors que l’on a si souvent accusé le Japon d’aimer les aventures belliqueuses, de brandir le sabre, de faire montre d’une excessive bravoure, à imposer des règles conciliantes à l’extérieur et à réajuster les conditions sociales à l’intérieur. ”
Rudolf Lindau,
Un voyage autour du Japon
(1864)
“ Les Japonais attachent un grand prix à leurs armes. Un noble ruiné vendra tout ce qu'il possède avant de se priver de ses deux sabres, héritage glorieux qui lui vient de ses pères et signe distinctif de sa naissance. ”
Octave Uzanne,
Contes pour les bibliophiles
“ Enfin, épuisée, abîmée, disjointe, n’ayant plus de voiles ni de vivres, la felouque aborda un sol riant et fleuri, peuplé de gens surpris, mais non agressifs. C’était le Japon. Des bannières flottant sur des castels, des enceintes fortifiées, des princes et des chevaliers, des gens d’armes par les champs, Enguerrand dut être assez bien impressionné par le Japon d’alors qui lui rappelait sa vieille France... ”
Gabriel Tarde, L’Opposition universelle
“ Seulement il se trompe, je crois, en se persuadant que chaque race a sa voie spéciale. Il n’est rien qui, plus que les institutions et même les mœurs guerrières, se joue des barrières de races : les Romains et les Carthaginois, les Macédoniens et les Perses, les Égyptiens et les Assyriens, se sont réciproquement emprunté leurs armements et leur tactique, et, de nos jours, le Japon s’est militarisé, avec le succès qu’on sait, à l’instar de l’Europe. ↑ Il y a progrès de l’une à l’autre, c’est-à-dire amoindrissement de la symétrie. ”
Camille de Furth, Un Parisien en Asie, voyage en Chine… (1866)
“ Tout d'abord, disons que l'ambition la plus haute d'un Japonais est de faire partie de la noblesse, ou tout au moins d'entrer dans la carrière des armes, devant laquelle tous tremblent et s'inclinent. ”
Jules Verne,
Le Tour du monde en quatre-vingts jours
(1873)
“ Dans les rues, ce n’était que fourmillement, va-et-vient incessant : bonzes passant processionnellement en frappant leurs tambourins monotones, yakounines, officiers de douane ou de police, à chapeaux pointus incrustés de laque et portant deux sabres à leur ceinture, soldats vêtus de cotonnades bleues à raies blanches et armés de fusil à percussion, hommes d’armes du mikado, ensachés dans leur pourpoint de soie, avec haubert et cotte de mailles, et nombre d’autres militaires de toutes conditions, — car, au Japon, la profession de soldat est autant estimée qu’elle est dédaignée en Chine. ”
Charles Victor-Thomas, Trois mois avec Kuroki : notes d'un correspondant de guerre français attaché à la 1re armée japonaise… (1905)
“ Jusqu'à présent, j'ai très peu vu la cavalerie qui flanque notre extrême droite, patrouillant sur les rives nord-est du Valu, mais j'ai vu ce que nous appelons « des cavaliers », et je puis dire que les Japonais ne sont pas du tout, mais pas du tout, ni cavaliers, ni hommes de cheval. Ils ne comprennent pas encore que le cheval est absolument indispensable dans une campagne, soit pour traîner les canons, soit pour apporter les vivres, soit pour vous porter. Il y a forcément quelques rares exceptions, mais la grande généralité ne tient pas à cheval. ”
Histoire et description du Japon
“ Toutes les marchandises de contrebande sont confisquées, et telles sont les figures des idoles du pays ou des cuges dans leurs habits de cérémonie, les livres imprimés, les papiers, les miroirs, les métaux qui sont marqués de caractères japonnais, l’argent monnayé, certaines étoffes du pays, mais surtout les armes et tout ce qui s’y rapporte ; comme la figure d’une selle, d’une armure, d’un arc, d’une flèche, des épées et des sabres, des navires même et des bateaux. ”
Capitaine Duval, Deux conférences sur l'armée japonaise faites à l'École supérieure de guerre en 1910 (1911)
“ Il s'agit d'amener notre infanterie face à l'ennemi, poitrine contre poitrine pour ainsi dire, avec une de nos ailes débordantes. Il faut, pour cela, connaître la situation de l'ennemi ; comment y parvenir ? Le système de l'avant- garde qui engage le combat sur tout le front est écarté ; la cavalerie qui, chez les Allemands, joue un rôle important dans la recherche des premiers renseignements, est si faible dans l'armée japonaise qu'on ne peut trop compter sur elle. D'ailleurs, le champ de bataille moderne ne se prête guère à la reconnaissance exacte par la cavalerie. ”
Louis Aubert, Les Maîtres de l'estampe japonaise… (1914)
“ L'Estampe japonaise. geurs d'hommes, le mangeur de démons devra être supérieur à la moyenne humanité : les guerriers, dans le défi, s'efforcent d'être énormes. Pour paraître deux fois plus gros qu'ils ne sont, ils tendent leurs muscles, dilatent leurs veines, écarquillent leurs yeux, font flotter leurs épaulières et leurs antennes, s'environnent des reflets du soleil sur leur armure, de la poussière de leur chevauchée, du fracas de leurs armes, et des roulements de leurs apostrophes : immodestement, ils se gonflent aux dimensions de leur rôle de surhomme. ”
