“ Alexandre Auguste, que les dieux te conservent ! Honneur à ta modestie, à ta prudence, à ton innocence, à ta chasteté ! Nous jugeons par là de ce que tu dois être un jour. Nous augurons bien de toi. Par toi, le sénat aura élu de bons princes ; par toi, le jugement du sénat aura été le meilleur possible. Alexandre Auguste, que les dieux te conservent ! Qu’Alexandre Auguste fasse la dédicace des temples des Antonins ! Notre César, notre Auguste, notre empereur, que les dieux te conservent ! À toi la victoire ! à toi la santé ! puissent se prolonger les années de ton règne ! ”
César Auguste
Définition et enjeux
Citations sur “César Auguste”
Louis-Auguste Rogeard,
Les propos de Labienus
(1865)
“ Auguste en est là ; ce buveur de sang n'a plus qu'une soif, celle des louanges ; ce voleur de l'empire du monde ne veut plus voler qu'une chose : sa réhabilitation. Mais il tente l'impossible. L'effort impuissant et désespéré qu'il fait pour sauver quelques débris de sa réputation naufragée, cet effort suprême pour raccrocher son honneur à une dernière branche qui va casser, cette dernière lutte de César avec l'opinion qui l'écrase, a je ne sais quoi de lugubre et de comique, comme la dernière grimace d'un pendu, ou comme le sourire du gladiateur, qui veut mourir avec grâce. ”
Guglielmo Ferrero,
Revue des Deux Mondes
“ Il y avait pourtant dans l’Empire un homme qui ne croyait pas à cette belle légende d’Auguste, qui s’en défiait et en avait presque peur : c’était Auguste. Depuis cinquante ans les historiens répètent à qui mieux mieux qu’Auguste travailla pendant toute sa vie, avec une persévérance qui ne se démentit jamais, à concentrer, comme César, tous les pouvoirs entre ses mains sans en avoir l’air, à revêtir de vieilles formes républicaines, auxquelles l’œil des contemporains était accoutumé, la nouvelle monarchie, dont il façonnait secrètement, à l’insu de tous, la forte ossature. ”
Gaston Boissier,
Les Mœurs romaines sous l’empire
“ C’est le délire de l’adulation. Il a pourtant des flatteries plus savantes encore et plus raffinées. Croirait-on que les vertus d’Auguste qu’il célèbre le plus volontiers sont précisément sa clémence et sa bonté ? Tous les malheurs qui le frappent ne l’empêchent pas de dire « qu’il n’y a rien dans l’univers de plus doux que César ». Jamais il ne s’est plaint à lui d’avoir été trop rigoureusement traité. Au lieu de lui reprocher son exil, il le remercie de lui avoir laissé la vie. « Je craignais tout, lui dit-il, parce que j’avais tout mérité ; mais ta colère a été moins grande que ma faute ». ”
Anatole France,
La Gazette rimée
“ Je ne veux pas des fils que ton sang a formés. Rends-moi mes légions, ces dernières reliques De la force romaine et des vertus publiques ! César ! rends-moi leur sang précieux et sacré ; Rends-moi mes légions !... mais non, non ; je croirai Le ciel assez clément et toi-même assez juste, Si seulement tu veux, divin César Auguste, De tout ce sang glacé que les lunes du nord Boivent, de tant de chairs que la dent des loups mord, Me rendre ce qu’il faut de nerfs, de chair et d’âme, Pour tirer de ton cou tordu ton souffle infâme ! ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ César Auguste fut le second des Empereurs Romains. On le connoît & on le distingue des autres par ce nom, quoiqu’ils l’aient porté. On disoit d’Auguste après sa mort, qu’il auroit été à souhaiter qu’iln e fût jamais venu au monde, ou qu’il n’en fût jamais sorti. Ce titre d’honneur lui fut déféré après qu’il eut été confirmé par le sénat dans la puissance absolue. Ce terme emportoit quelque chose de sacré & de divin qui l’élevoit au-dessus du reste des hommes. Ses successeurs prirent la qualité d’Auguste ; ensorte que Empereur & Auguste c’étoit la même chose : ces deux mots étoient synonymes. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ On croit qu’Auguste devint plus doux quand le crime ne lui fut plus nécessaire, et qu’il vit qu’étant maître absolu il n’avait plus d’autre intérêt que celui de paraître juste. Mais il me semble qu’il fut toujours plus impitoyable que clément : car après la bataille d’Actium il fit égorger le fils d’Antoine au pied de la statue de César, et il eut la barbarie de faire trancher la tête au jeune Césarion, fils de César et de Cléopâtre, que lui-même avait reconnu pour roi d’Égypte. ”
Pierre Corneille,
Oeuvres de Pierre Corneille
(1883)
“ Si le pouvoir suprême est blâmé par Auguste, César fut un tyran, et son trépas fut juste, Et vous devez aux dieux compte de tout le sang Dont vous l'avez vengé pour monter à son rang. N'en craignez point, Seigneur, les tristes destinées; Un plus puissant démon veille sur vos années : On a dix fois sur vous attenté sans effet, Et qui l'a voulu perdre au même instant l'a fait. On entreprend assez, mais aucun n'exécute ; Il est des assassins, mais il n'est plus de Brute ; Enfin, s'il faut attendre un semblable revers, Il est beau de mourir maître de l'univers. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Le sénat ne perdit rien de ses honneurs ; il conserva même toujours de très-grands droits. Auguste partagea avec lui toutes les provinces de l’empire ; mais il retint pour lui les principales : enfin, maître de l’argent et des troupes, il fut en effet souverain. Ce qu’il y eut de plus étrange, c’est que Jules César ayant été mis au rang des dieux après sa mort, Auguste fut dieu de son vivant. Il est vrai qu’il n’était pas tout à fait dieu à Rome, mais il l’était dans les provinces. Il y avait des temples et des prêtres. L’abbaye d’Ainay, à Lyon, était un beau temple d’Auguste. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ On peut dire que ce manque de sincérité des institutions d’Auguste a fait le supplice de plusieurs générations. Tout le mal est venu de ce qu’Auguste songeait plus au présent qu’à l’avenir ; c’était un habile homme, plein de ressources pour sortir d’embarras dans les situations difficiles ; ce n’était pas un grand politique comme César, car sa vue ne s’étendait guère au-delà des difficultés du moment. ”
F. de Champagny, Revue des Deux Mondes
“ « Ni le courage, ni le désir ne me manqueront pour tuer César ; » enfin il écrivait à Tibère : « Ne te laisse pas aller à la vivacité de ton âge, et ne t’irrite pas trop si on dit du mal de nous, c’est bien assez si on ne nous en fait pas. » Ce pouvoir fut certainement le plus doux de la terre ; parmi tant d’hommages que la flatterie lui adressa, il y en a un qui, dans l’antiquité, semble presque étrange, et qui donne bien idée de ce qu’était sa politique ; le jour où Auguste rentrait dans Rome, on ne faisait périr aucun criminel. ”
Francis Bacon,
Oeuvres de Bacon
(1843-1845)
“ Un autre fait qui s'applique avec beaucoup de justesse à cette dernière observation, c'est que César-Auguste, soit par hasard, soit a dessein, avait fait graver sur son sceau la figure d'un sphinx; car il dut l'empire à sa profonde politique. Durant le cours d'une longue vie, il sut résoudre avec autant de promptitude que de justesse un grand nombre d'énigmes sur la nature humàine; et ces énigmes, dans une infinité d'occasions, étaient si importantes que, s'il n'en eût trouvé la solution sur-le-champ, il eût été perdu presque sans ressource. ”
Victor Duruy,
Revue des Deux Mondes
“ Comme les Gracques, César périt de la main des grands, et l’état retomba pour quatorze années dans le plus épouvantable désordre. Auguste, avec moins de génie et plus de souplesse, pacifia le monde ébranlé. Il prit tous les pouvoirs républicains, mais il laissa subsister presque toutes les charges républicaines, de sorte qu’à juger sur les apparences, on ne voyait dans Rome qu’un magistrat de plus. ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres de Sénèque le philosophe
“ Mais encore, n’en eût-il rien fait, voir seulement César ou penser à lui, n’est-ce pas l’adoucissement le plus prompt, le plus efficace pour vous ? Vous tous, dieux et déesses, prêtez-le longtemps à la terre, qu’il égale les hauts faits d’Auguste et dépasse ses années ; que, tant qu’il sera parmi les mortels, il ne s’aperçoive pas que rien dans sa maison soit sujet à la mort. Que le maître futur de l’empire, que son fils voie apprécier par un père son long dévouement, et qu’il lui soit associé avant d’être son successeur ! ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe
“ Mais, ajouta l’autre, personne ne me croira rentré en grâce si je n’obtiens de vous quelque présent ; » et il demanda une somme qui n’eût pas été à dédaigner pour un favori. César là lui accorda en disant : « Dans mon intérêt j’aurai soin de ne plus me brouiller avec vous. » Il est beau à Auguste d’avoir pardonné, d’avoir joint la libéralité à la clémence. Personne, au récit de ce trait, ne pourra s’empêcher de louer l’empereur ; mais d’abord il louera l’esclave. ”
Gaston Boissier,
Études de mœurs romaines sous l’empire…
“ César avait renversé la république, Auguste voulut passer pour l’avoir rétablie, il prétendit en être le continuateur et l’héritier. Dès lors, il n’y avait plus d’opposition entre les héros républicains et lui ; il se mit sans façon dans leur compagnie et se servit de leur gloire pour rehausser la sienne. S’il ne dit pas ouvertement que César avait eu tort dans sa lutte contre Pompée, il le laissa dire par ses historiens et ses poètes. Tout le monde était pompéien autour de lui, et il ne s’en fâchait pas. ”
“ Refusant aux bourreaux leurs chants ou leurs murmures, Vont souffrir sans orgueil et mourir sans combat. Bientôt, quand rugiront les bêtes échappées, Les murs, tout hérissés de piques et d’épées, Livreront cette proie entière à leur fureur. — Du trône de César la pourpre orne le faîte, Afin qu’un jour plus doux, durant l’ardente fête, Flatte les yeux divins du clément empereur. César, empereur magnanime, Le monde, à te plaire unanime, À tes fêtes doit concourir ! Éternel héritier d’Auguste, Salut ! prince immortel et juste, César ! sois salué par ceux qui vont mourir ! ”
La poésie à Napoléon III : votes des poètes français (1853)
“ Ils s'avançaient ainsi vers le tombeau d'Auguste; Lorsqu'on y déposa la dépouille du juste, Rome brillait de mille feux; Toute une ville en deuil gémissait, éperdue, Pleurant son héros mort, la liberté perdue, Et ses cris montaient jusqu'aux cieux. Celui qu'honoraient Rome et toute l'Italie, Dont la cendre dormait dans l'urne ensevelie, C'était César Germanicus. Le soldat, que ce nom d'un noble amour enflamme, Mieux qu'au tombeau d'Auguste, élevait dans son âme Un temple à toutes les vertus. ”
L. Drapeyron, Les Origines et la Formation de l’empire byzantin à propos des récens travaux de M. Amédée Thierry
“ César est déjà un Romain méconnaissable qui, après avoir étonné l’Occident, s’oublie en Orient. De retour à Rome, il fait craindre un régime tout oriental, emprunté à la Bithynie ou à l’Égypte. Il est assassiné. Antoine ose bien davantage : il abjure tout sentiment romain, et prétend ressusciter à son profit l’empire d’Alexandre en y rattachant Rome et l’Occident. Auguste se constitue très habilement le défenseur du sénat, du peuple, des pénates et des grands dieux. ”
Antoine Guillois, Napoléon, l'homme, le politique… (1889)
“ C'est encore à César qu'il revenait, même quand il parlait de ceux qui lui avaient succédé au pouvoir. Sous l'Empire, on avait proposé pour l'arc de triomphe des Tuileries d'accoler au nom de Napoléon les épithètes d'Auguste et de Germanicus : « Pourquoi cela ?, dit-il au Conseil d'Etat. Auguste n'a eu que la bataille d'Actium : Germanicus n'a pu intéresser les Romains que par ses malheurs. Le seul homme, et il n'était pas Empereur, qui se soit illustré par son caractère et par ses belles actions, c'est César (1) . » ”
Alfred de Musset,
Œuvres posthumes
“ César veut-il permettre un langage sincère ? Auguste. Oui. Mécène. Oui.Je crains d’employer des termes un peu bas. Auguste. Ce sont les beaux discours que l’on n’écoute pas. César, prenez la bêche, ou poussez la charrue... Ce n’est pas un ennui, c’est l’ennui qui vous tue. Si, comme moi, seigneur, au lever du soleil, Vous veniez voir aux champs la terre à son réveil, Si vous alliez cueillir, marchant dans la rosée, Une fleur qu’avant vous les dieux ont arrosée, Si vous la rapportiez vous-même à la maison, Vous n’auriez pas d’ennuis. ”
Le Littérateur des collèges, ou morceaux choisis de littérature contemporaine par M. O.… (1870)
“ Le temps a brisé les autels de César, et confondu la divinité d'Auguste, que la basse adulation avait osé placer dans les cieux ; quand la terre l'accusait des meurtres, des assassinats, des proscriptions et des crimes dont il ne cessa de se souiller que lorsqu'il n'eut plus d'ennemis à immoler à sa vengeance. (Description, voyage en Grèce.) ”
“ Si donc vous me reprochiez d’avoir peur du tonnerre, comme je ne puis le nier (et l’une des causes principales qui me font aimer le laurier, c’est que cet arbre, dit-on, est respecté de la foudre) , je vous répondrais que César Auguste était atteint de cette faiblesse. Si vous disiez que je suis aveugle (et vous auriez raison) , je vous citerais Appius Cæcus et Homère, le prince des poètes ; que je suis borgne, je me servirais du bouclier d’Annibal, général des Carthaginois, ou de Philippe, roi des Macédoniens ; que je suis dur d’oreille, je me retrancherais derrière Marcus Crassus ”
La poésie à Napoléon III : votes des poètes français (1853)
“ Tu seras, conseillé toujours par la prudence, Pour qui souffre ou travaille une autre Providence. Honorant le marchand comme l'agriculteur, Tu ne laisseras pas les arts sans protecteur. Il est beau d'être grand, mais plus beau d'être juste ; Nous admirons César, on adorait Auguste! Comme un homme allégé d'un immense fardeau, - , La France, que tu prends sur le bord du tombeau, Respire, et quand tu cours au cri de sa détresse, Héroïque soutien, t'accueille avec ivresse, Lasse, aux jours du péril, de demander en vain L'appui de ces roseaux qui lui manquent soudain. ”
Gaston Boissier,
Études de mœurs romaines sous l’empire…
“ Le bon Virgile avait annoncé déjà que l’apothéose de César allait amener le règne de la paix. Les dix ans de troubles et de massacres qui la suivirent n’avaient pu tout à fait le détromper. La soif de repos dont il était dévoré lui faisait oublier facilement son mécompte, et il attendait avec confiance de la divinité d’Auguste ce qu’il avait espéré en vain de celle de César. Alors, disait-il, les guerres cesseront, et l’humeur farouche des hommes s’adoucira. ”
Sénèque le Jeune,
Tragédies de L. A. Sénèque
“ Brutus arma ses mains coupables contre le vainqueur à qui il devait la vie : le grand César, ce guerrier invincible, ce conquérant que la gloire égalait à Jupiter lui-même, a péri sous le glaive impie des Romains. Quels flots de sang coulèrent alors dans Rome si souvent déchirée ! Que de citoyens nobles, jeunes et vieux, dispersés par le monde, et que la terreur chassait de leurs maisons pour éviter le fer des triumvirs et leurs tables funestes, périrent par les ordres du divin Auguste, qui a pourtant mérité le ciel par ses douces vertus ! que d’exécutions terribles ! ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe
“ XXV. Jamais Furnius ne gagna mieux la faveur d’Auguste et ne le rendit plus facile à lui accorder de nouvelles grâces que le jour où obtenant le pardon de son père qui avait suivi le parti d’Antoine, il s’écria : « César, vous n’avez qu’un tort envers moi ; vous m’avez condamné à vivre et à mourir ingrat. » Quelle plus belle marque d’une âme reconnaissante que ce mécontentement d’elle-même, quoi qu’elle fasse, que ce désespoir de jamais s’élever à la hauteur du bienfait ! ”
“ En outre, les soldats recommandent aux officiers du palais de ne pas souffrir qu’il continue plus longtemps son genre de vie, de faire garder à vue Alexandre, pour qu’aucune violence ne lui soit faite, de ne permettre aucun rapprochement entre le jeune César et les amis de l’empereur, afin d’éviter qu’il ne devienne l’imitateur de ses turpitudes. ”
J.-J. Ampère,
L’histoire romaine à Rome (RDDM)…
“ Toujours dans l’intention de rendre sa famille populaire en attachant les noms des siens à des monumens d’agrément ou d’utilité, Auguste donna celui de Livie à un portique et à un marché. Le portique qu’il dédia à Livie peu de jours avant de mourir, peut-être empoisonné par elle, il l’avait érigé en l’honneur de ses petits-fils Caïus et Lucius César, dont il inscrivit aussi les noms sur la basilique commencée par César, et qu’il appela Julia. Il voulait ainsi rattacher sa race à César. ”
“ Agripine Ah ! Seigneur, qu'un héros est facile à trahir ! Et que lorsqu'on possède une vertu sublime, On se livre aisément aux embûches du crime ! En faveur de César soyez moins prévenu, Seigneur ; depuis qu'il règne il vous est inconnu. Je vous l'ai déjà dit, Rome changea de face, Aussitôt que d'Auguste il occupa la place, Et que son artifice, après de vains refus, Hérita de son rang, et non de ses vertus. Ne vous proposez point l'exemple de mon père ; Auguste était son maître, et le vôtre est Tibère : L'un, malgré les périls dont il fut menacé, N'a jamais fait de crime où l'on ne l'ait forcé ”
