Tigrane II

Définition et enjeux

Maurice Barrrès,  Revue des Deux Mondes

“ Tigrane aimait, je crois, ce brutal héros parce qu’il lui voyait des vertus batailleuses qui manquent trop aux doux Arméniens de Galata.
Toutes les nations vaincues et foulées, l’Irlande comme la Pologne, l’Arménie comme la Roumanie, ont des poètes qui lamentent les destinées de leur patrie ; ils enchaînent dans leurs récits les héros fabuleux aux soldats les plus récens de la liberté. Aucun de ces élémens d’émotion ne manquait à Tigrane ; ils faisaient au fond de son âme une chaleur concentrée, mais sa poésie propre était une sorte de philosophie de l’histoire.
”
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Maurice Barrrès,  Revue des Deux Mondes

“ L’Orient, c’est l’acceptation. Tigrane s’attachait avec frénésie à l’Occident courageux. On eût dit l’élan d’un malade vers la guérison. Je n’abordais pas à fond le problème du fatalisme, mais j’indiquais que l’Asie, en voulant croire que l’avenir est réglé d’avance et qu’un grand cœur n’y peut rien changer, atteint à une résignation qui n’est pas sans une sombre grandeur. C’est ce que déniait Tigrane. Il n’avait de sympathie que pour la patience, les ressources et l’élasticité grecque. On trouve le même enthousiasme exclusif chez tous les raïas qui tendent à se libérer du Turc. ”
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Maurice Barrrès,  Revue des Deux Mondes

“ Les premières circonstances où j’ai connu Tigrane me disposaient à sentir vivement son charme. En effet, des soins matériels et des occupations basses laissent s’amasser en nous une sorte de nostalgie ou de mal du pays ; les êtres qui nous entourent deviennent des espèces de fantômes, et nous nous retirons, comme dans un réduit sacré, tout au fond de notre conscience où fermente un vague enthousiasme. ”
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