“ La maladie de l’agent de change avait ces bizarres symptômes des affections nerveuses qui laissent au patient, par intervalles, toutes les apparences de la santé, et qui le jettent, anéanti brusquement, sur le lit d’agonie. Comme le mal n’affecte ici aucune portion visible du corps, on n’a même pas le triste bénéfice de la souffrance ; les indifférents doutent, les ignorants se moquent, et chacun prononce tout bas le mot de malade imaginaire. ”
Malade imaginaire
Définition et enjeux
Citations sur “malade imaginaire”
“ Le Malade Imaginaire se découvre toujours quelque petit mal, qu’il augmente par l’attention. Mais nous avons des Malheureux Imaginaires, qui réussissent encore bien mieux à tomber dans la mélancolie. Pourquoi ? ”
Alphonse Esquiros,
Revue des Deux Mondes
“ Le seul ordre que nous ayons pu observer dans un tel désordre, c’est que chez certains malades les images se renouvellent dans le délire d’une manière décousue et agitée, tandis que chez d’autres elles s’arrêtent devant le cerveau fixes, immobiles, inexorables. Le plus souvent les hallucinations et les illusions se transforment perpétuellement les unes dans les autres. Le malade crée tout autour de ses fausses sensations un monde imaginaire ; les hommes deviennent des animaux, les animaux des hommes ”
Jean Salvy Morand, Le magnétisme animal (hypnotisme et suggestion… (1889)
“ « ce n'est rien ; c'est l'imagination qui est malade chez vous, ne vous inquiétez pas», le malade croit qu'on n'a pas reconnu sa maladie, — la maladie qu'il s'est suggérée, — et qu'on ne peut rien pour lui. ”
Traité de pathologie mentale, publié sous la direction de M. Gilbert Ballet… (1903)
“ En partie avec les éléments réels du monde extérieur, en partie avec les éléments subjectifs de son imagination, le malade, crée ainsi autour de lui tout un monde bizarre, où s'agitent dans un milieu de rêve des personnages de roman. ”
Emmanuel Chauvet, Les médecins-philosophes contemporains… (1870)
“ Ce phénomène a lieu particulièrement dans les maladies cérébrales et la folie. Alors le malade en proie à l'illusion applique d'une manière continue, inébranlable, aux choses dont il est entouré, les images qu'enfante son délire. Notez que tous les sens ont leurs illusions. ”
Romain Rolland,
Les Précurseurs
“ Malades, ce sont les autres. Malades sont ceux qui rayonnent en lisant les nouvelles de victoires et de kilomètres conquis sur des montagnes de cadavres, — ceux qui entre eux et l’humanité ont tendu un paravent de drapeaux bariolés... Malade est celui qui peut encore penser, parler, discuter, dormir, sachant que d’autres, avec leurs entrailles dans les mains, rampent sur les mottes de terre, comme des vers coupés en tronçons, pour crever à mi-chemin de l’ambulance, tandis que là-bas au loin, une femme au corps brûlant rêve auprès d’un lit vide. ”
Jules Falret, Études cliniques sur les maladies mentales et nerveuses
“ Le malade se trouve alors plongé, plus ou moins rapidement, par l’effet de sa maladie, dans un état vague d’anxiété, de dépression, de tristesse, de prostration physique et morale, de confusion, ou bien, au contraire, d’exaltation, de suractivité physique et intellectuelle, qui domine toute sa sensibilité et tout son être. Dans cet état, qui signale la période vraiment aiguë de la folie, des idées singulières et erronées, appelées et fomentées par l’état général maladif de l’intelligence et de la sensibilité, circulent dans son esprit, paraissent et disparaissent. ”
J Gardey, Essai médical sur les eaux minérales de Hombourg-ès-Monts… (1847)
“ Ou il parvient, après une recherche attentive, à découvrir l'origine des accidents qui l'inquiétaient, à leur assigner un lieu, un organe, et son esprit en repos sait du moins où doivent porter les efforts, ou, au contraire, les troubles sont si variés, si mobiles que leur raison échappe à son investigation persévérante; alors le malade se préoccupe, son imagination mise en éveil assombrit le tableau, l'indécision devient son tourment le plus pénible, il prend peu à peu son rang parmi ceux que le monde appelle des malades imaginaires. ”
Jules Falret, Études cliniques sur les maladies mentales et nerveuses
“ En un mot, son délire, quelque incohérent qu’il soit, s’alimente autant, et même plus, par les sensations extérieures actuelles que par la spontanéité des souvenirs, des idées ou des sentiments. Le malade, au lieu de délirer intérieurement et d’avoir rompu tout rapport avec le monde extérieur, comme dans le sommeil ou dans les délires aigus, est dans un état analogue à l’état de veille. ”
Emmanuel Labat, Revue des Deux Mondes
“ Il nous faut la maladie, telle que le malade la détermine. La maladie est un acte, le plus personnel et le plus intime qui soit. Dans un certain sens, le malade crée sa maladie comme l’artiste son œuvre. Il nous faut le malade. ”
Gérard Piogey,
Du charlatanisme médical et des moyens de le réprimer
(1853)
“ Il admet les causes occultes, l'influence des astres, de la lune ; fait circuler le lait avec le sang, les humeurs avec l'urine, traduit les mille sensations par les expressions les plus bizarres ; et le malade, dans sa confiance , exécute aveuglément les traitements les plus absurdes et les plus dégoûtants. ”
Marcel Proust,
Albertine disparue
(1925)
“ Comme ces malaises dont le médecin écoute son malade lui raconter l’histoire et à l’aide desquels il remonte à une cause plus profonde, ignorée du patient, de même nos impressions, nos idées, n’ont qu’une valeur de symptômes. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Est-il si étonnant que le malade crie quand on le panse ? Nous sommes cruellement malades ; d’étranges aberrations égarent bien des esprits dans cette foule, aujourd’hui maîtresse de notre avenir qu’elle gaspille. ”
Armand Laurent, Étude médico-légale sur la simulation de la folie… (1866)
“ Ainsi, d'abord la folie est une maladie, et une maladie, non pas de l'intelligence ou de l'âme, mais une maladie qui procède de l'association de l'âme et du corps et qui se manifeste et par des lésions des facultés mentales ou symptomes psychiques et par des lésions des fonctions corporelles ou symptômes physiques. ”
Jules Christian, Des troubles de la sensibilité générale chez les mélancoliques… (1876)
“ De là un enchevêtrement d'influences, dans lesquelles il est presque impossible de démêler ce qui appartient à la périphérie et ce qui revient à l'organe central. Seulement, comme, en définitive, les idées dominantes restent les idées tristes produites par les troubles sensoriels, on comprend que ce soient ces idées qui alimentent le délire, qui lui donnent sa physionomie. Le malade, sous l'influence de ses souffrances, est devenu triste, taciturne; il néglige ses affaires, abandonne sa famille, ses amis; il recherche la solitude; il se sent inquiet, tourmenté; un rien l'effraye. ”
Alfred Auvard, Santé : comment se bien porter… (1920)
“ La maladie n'existe que dans son mental, dans son imagination, mais elle s'accompagne d'un ensemble de symptômes auxquels certains médecins eux-mêmes peuvent se tromper, croyant à la réalité d'un mal qui n'est qu'apparent ou imaginaire. ”
Léon Michaud, Contribution à l'étude des délires transitoires séniles (1900)
“ Ce sont encore, les troubles de la digestion, la constipation opiniâtre, l’insomnie. Ce sont enfin, au point de vue psychique, la disposition à pleurer facilement, une grande irritabilité, une émotion anormale, des absences de mémoire. La maladie arrive rapidement à la phase aiguë avec explosion de tous les symptômes ; confusion des idées, désorientation complète des facultés intellectuelles, hallucinations, illusions. L’agitation devient violente, les mouvements désordonnés, inconscients; le malade quitte son lit, cherche à fuir par la fenêtre ou la porte ”
Philippe Pinel,
La médecine clinique rendue plus précise et plus exacte par l'application de l'analyse…
(1802)
“ J'avoue que rien n'est plus propre à inspirer un re- tour humiliant sur soi-même et des sentimens d'une profonde mélancolie, que le spectacle d'une sorte de maladie qui mène lentement, mais infailliblement le malade au tombeau, et à laquelle on ne peut opposer que les secours les plus incertains et les plus précaires. ”
Alfred Péon, De la mélancolie avec délire (1874)
“ Ce délire est partiel, et roule sur des idées et des impressions de nature triste, en nombre variable, et qui composent les diverses formes de la mélancolie. Les idées et les impressions délirantes concernent, comme nous l'avons vu dans les prodromes, ou le malade ou d'autres personnes. Elles ont pour objet l'honneur, que l'imagination représente comme compromis, la santé, la vie menacée, la perte des richesses volées ou anéanties dans un sinistre, etc. Certains malades se croient persécutés, ou victimes d'une erreur commise sur leur compte ”
Coup d'oeil sur la situation, 1858 (1858)
“ Avant de dépraver les consciences, il inaugura chez lui, par ses propres écrits, la dépravation du bon goût et de la littérature. Les rêves d'un malade ont quelquefois de l'attrait pour les esprits maladifs. ”
André Léo,
Musée littéraire, choix de littérature
“ Cette femme est en danger de mort, la douleur l’a terrassé la fièvre s’empare de son cerveau, et vous venez juger son délire ! Mais vous qui vous posez en juges, vous ignorez donc l’humanité ? Ne savez-vous point ce que font de nous la douleur et la maladie ? ”
Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie (5e édition… (1914)
“ Enfin, l'existence d'hallucinations persistantes, surtout de l'ouïe, la création de mots nouveaux, l'adoption, par le malade, d'un langage pathologique, d'un costume, d'attitudes spéciales, en un mot de stéréotypies, sa tendance à ramasser des objets, à en remplir ses poches, à s'en parer, sont autant d'indices d'incurabilité prochaine. Nous n'avons pas besoin de signaler les troubles de la menstruation, la ménopause, et l'existence des maladies incidentes dont l'action, variable d'ailleurs, peut, dans certains cas, influer sur la marche du délire. ”
Augustin Cabanès, Les Fonctions de la vie (1926)
“ Il faut distinguer , croyons -nous , entre la peur d' une maladie réelle et la peur d' un mal imaginaire , encore que ces deux catégories de phénomènes relèvent d' un état mental particulier , assurément morbide . ”
Charles Anglada, Étude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles (1869)
“ L'intelligence reste intacte; le malade assiste à son agonie.Les traits décomposés, la face livide, l'oeil terne et flétri, la peau glacée et ridée comme-celle des batraciens, la voix rauque, d'un timbre, fêlé caractéristique, l'anxiété inexprimable manifestée par l'attitude générale du patient : telle est l'image monstrueuse d'un cholérique pendant la période algide. Cet aspect annonce une maladie extraordinaire, et Magendie a parfaitement rendu l'impression générale des témoins de cet émouvant tableau, en disant qu'il présente quelque chose de diabolique. ”
Willibald Gebhardt,
Comment devenir énergique ? Psychogymnastique générale et boulogymnastique spéciale…
(1912)
“ Surtout le malade devra se convaincre intimement, du plus profond de son âme, que toutes les représentations et tous les sentiments obsédants ne sont pas les signes d'une folie ou d'une mort imminentes, mais de purs troubles psycho-intellectuels, des sentiments maladifs. En tout cas le malade doit appeler à son secours des images opposées, des autosuggestions contraires. ”
Charles Dickens,
Conte de Noël
(1879)
“ La maladie engendre des chagrins et des ennuis , n'est-il pas vrai ? dit-il en riant. — Oui, répondit l'étudiant stupéfait. — Avec la maladie , vient tout un cortège de misères physiques et morales : l'insomnie, l'anxiété, la douleur ! reprit le chimiste avec une exaltation surhumaine. ”
Simon Baruch, La Pratique de l'hydrothérapie… (1910)
“ A son entrée, la malade est très troublée et très agitée ; elle essaie constamment de s'arracher les cheveux et de se frapper contre le lit ; elle gémit et crie de la façon la plus pitoyable ; elle a des hallucinations très actives et pénibles de la vue et de l'ouïe, et des illusions terrifiantes. ”
Armand Laurent, Étude médico-légale sur la simulation de la folie… (1866)
“ Les états si violents où l'on observe des rapprochements incroyables de certains mots dont on ne ne peut saisir ni le sens ni la portée sont très-rares, et les réponses que l'on peut obtenir ne sont pas le contrepied ou une absurdité incompatible avec la question qu'on fait au malade. ”
“ La maladie l’avait transformé en voyant ; toutes ses visions étaient heureuses autant qu’éblouissantes, et il trouvait pour les décrire des accents d’une telle éloquence, que ses amis troublés se demandaient, en l’écoutant dérouler ses merveilleuses apocalypses, s’ils devaient le plaindre ou l’envier, et si l’état que les hommes appellent folie ne serait point, peut-être, « un état où l’âme, plus exaltée et plus subtile, perçoit des rapports invisibles, des coïncidences non remarquées, et jouit de spectacles échappant aux yeux matériels [42] ». ”
Louis Cyprien Descieux, Manuel d'hygiène : à l'usage des élèves des écoles normales primaires… (1867)
“ A une époque comme la nôtre, où les imaginations sont plus exaltées à faux qu'elles ne l'ont jamais été, combien ne voit-on pas de malades imaginaires, et d'autres qui s'exagèrent la gravité de leur mal? ”
Romain Rolland,
Les Précurseurs
“ Malades sont tous ceux qui peuvent ne pas entendre gémir, grincer, hurler, craquer, crever, se lamenter, maudire, agoniser, parce qu’autour d’eux bruit la vie quotidienne... Malades sont les sourds et aveugles, non moi. Malades sont les muets, dont l’âme ne chante pas la pitié, ne crie pas la colère... ”
Traité de pathologie mentale, publié sous la direction de M. Gilbert Ballet… (1903)
“ Ces troubles se marquent, dès le début, .par l'attitude générale du corps, l'expression du visage et du regard, les modifications du langage, les réactions mimiques. Le malade, le plus souvent immobile et somnolent, taciturne, indifférent au monde extérieur, semble poursuivre un rêve pénible ou une méditation profonde ”
Alexander Bain, L'Esprit et le corps : considérés au point de vue de leurs relations… (1880)
“ Nous citerons comme exemple les symptômes que présente l'esprit dans la fièvre typhoïde, symptômes que résume l'expression « d'accablement fébrile. » " La faculté de penser et celle de se mouvoir ne s'exercent qu'avec peine. Le visage offre l'expression de l'hébêtement ; le malade est lourd, distrait, embarrassé ; il ressemble à un homme abruti par la boisson, etc. ”
Eugène Faure, Du sérum artificiel en aliénation mentale (1900)
“ Il est probable qu’elle a eu de la fièvre. C’est ce qu’a dit la malade plus tard. Elle ne connait plus son entourage, parle seule et prononce des discours sans suite, crie, gesticule, chante, frappe ceux qui la soignent et brise tout ce qui lui tombe sous la main. — Insomnie complète, mange mal, très constipée. Examen à l'entrée. — La malade parait être en état de confusion mentale hallucinatoire, avec phases d’excitation et de dépression. Incohérence marquée des idées et des actes, idées délirantes multiples à substratum psycho-sensoriel. ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Toutes ces inspirations de la fièvre, toutes ces métaphores délirantes constituent un état de maladie purement physique durant lequel le cerveau de l’homme ne peut produire rien de vrai, rien d’utile, par conséquent rien de beau. Je comprends et je respecte la poésie, mais je ne l’admets que comme une forme claire et brillante, destinée à vulgariser les austères vérités de la science, de la morale, de la foi, de la philosophie en un mot. ”
Henri Delaage,
Le monde occulte, ou Mystères du magnétisme dévoilés par le somnambulisme
(1851)
“ Cauchemar de sang, hallucination obscène, rêve incendiaire, voilà les principaux symptômes qui caractérisent la folie de ces maniaques dangereux, qui, sans avoir la moindre notion des grandes lois du monde des causes, prétendent rebâtir l'édifice social et religieux sur des plans conçus dans leur cerveau troublé. ”
Léon Michaud, Contribution à l'étude des délires transitoires séniles (1900)
“ Aspect vieillot de la malade. Peau icthyosique. Etal mental. — Etat d’anxiété très nettement accusé; sous l’influence d’hallucinations de l’ouïe et de la vue, la malade à l’esprit troublé par des conceptions délirantes multiples. Elle voit la voiture qui emmène son frère ”
Léon Taste, Inversion utérine (1897)
“ Cette dépression mentale peut être l’avant-coureur de la folie. Les malades se plaignent d’nue pesanteur de tête continuelle, d’insornnie, de névralgies faciales rebelles, d’asthénie neuro-musculaire, de troubles de la mémoire. ”
Auguste-Félix Voisin, Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses (1883)
“ Parmi les questions que, j'ai abordées ici, je signalerai à la bienveillante attention de mes confrères : les caractères des prédispositions à la folie, l'influence de la mauvaise éducation, la folie par anémie et par sthénie; les rapports entre les altérations du sang, les diathèses et l'aliénation mentale; la syphilis cérébrale, la folie secondaire consécutive à la fièvre typhoïde, à la diphthérie, etc., la folie hystérique, la folie sensorielle, c'est-à-dire celle qui est causée par des lésions ou des troubles fonctionnels des organes des sens ”
Alfred Maury,
Revue des Deux Mondes
“ Ne faisons-nous pas journellement l’expérience que certains spasmes nerveux, le rire, le bâillement, se gagnent par imitation ? Si l’imagination peut faire contracter une maladie par l’ébranlement puissant qu’elle imprime à l’organisme, elle peut aussi, en vertu d’une action inverse, suspendre l’effet d’un mal dont nous étions attaqués. Elle change jusqu’à un certain point les conditions biologiques et opère une révolution analogue à celle que l’art médical cherche à obtenir dans les momens de crise. ”
