“ Une soirée à l’Opéra change la destinée d’un musicien ; c’en est fait de lui, et pour toujours, s’il ne sort pas vainqueur de l’arène. C’est là qu’un homme commence ou qu’il finit. L’Opéra est comme un sommet où viennent échouer et mourir les talens médiocres et débiles qui vivotaient dans des régions plus basses, et d’où les autres, plus forts et plus hardis, prennent leur essor vers le ciel. On vous donne un orchestre magnifique, des chœurs nombreux, des chanteurs plus ou moins habiles, plus ou moins inspirés, mais, après tout, les meilleurs qui soient en France ”
L'Opéra
Définition et enjeux
Citations sur “L'Opéra”
A. Descubes, L'art et les artistes : causeries familières du père Rustique (188?)
“ L'Opéra. Le soir, les entants étaient émus déjà quand ils pénétrèrent dans la splendide salle du grand Opéra, décorée de dorures, de sculptures et de tableaux, remplie d'une foule polie et attentive. Mais ils se sentirent remués jusqu'au fond de l'âme quand le rideau se leva et que la pièce eut commencé. Ah ! c'était bien autre chose que les duos de Clédesol et de Rustique. Cette musique grandiose, que jouaient tant d'instruments si parfaits, que chantaient des voix si pures et si sonores, leur causait un ravissement inexprimable. ”
Albert Du Casse, Histoire Anecdotique de l'Ancien Théâtre en France…
“ Le sujet de l'opéra se prête quelquefois par lui-même à l'introduction du ballet ou divertissement, pour parler le langage de la fin du dix-septième siècle, plus souvent il est amené sans que l'on sache pourquoi; mais qu'importe une invraisemblance de plus ou de moins, tout n'est-il pas invraisemblance dans un opéra, dans un opéra-comique ou dans un vaudeville? Le théâtre, si l'on excepte la tragédie et la comédie, représente, comme la peinture, une nature de convention. ”
Charles Magnin, Revue des Deux Mondes
“ L’Opéra, c’est-à-dire le génie dramatique dans toute sa plénitude et sa puissance, soutenu de toute la pompe du spectacle, de tous les arts accessoires, de tout ce qui peut agir sur l’imagination, l’Opéra qui ne vit que de merveilleux, de fictions, de féeries, de traditions mythologiques, fabuleuses, miraculeuses, l’Opéra qui ne marche qu’accompagné de l’enivrement de la musique et de la danse, a succédé, dans les pays où il est indigène, c’est-à-dire, en Italie, aux représentations les plus pieuses. ”
Léon Duchemin, Nouveaux mémoires d'un décavé (1876)
“ Surtout pas de bal de l'Opéra, et c'est là le grand vide ! Ah ! les joyeuses nuits de mi-carême de jadis, les folles chansons, les tablées étourdissantes de verve, d'esprit, de gaieté, de jeunesse. Les odeurs des violettes, des roses et du lilas blanc parfumant l'atmosphère échauffée. Les pianos tapés à tour de bras, hurlant l'Evohé d'Orphée ou la valse de la Vie parisienne, jusqu'à ce que leurs pauvres claviers, tachés de sauce tomate et brûlés par les cigares, demandent grâce, et que les cordes éclatent avec un petit bruit sec. ”
P. Scudo, Revue musicale - 1er avril 1858
“ On sort d’une représentation de l’Opéra, qui vous a tenu pendant cinq heures cloué sur une stalle étroite, où l’on ne peut livrer passage à son voisin sans se laisser écorcher les genoux, hébété de fatigue, de bruit et de lumière. Tout le monde est d’accord sur l’ennui mortel qu’on emporte d’une représentation de l’Opéra, où tout est factice, depuis ces monstres qui pirouettent et grimacent sur la scène jusqu’à ces êtres sans nom qui remplissent le parterre, et qui vous assourdissent de leurs froides et injurieuses acclamations. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Et le drame littéraire s’achevait sur cette perspective. Je regrette que l’Opéra nous ait montré, ne fût-ce qu’un instant, le cachot, l’évasion des amans réunis et, dans un trop voyant décor de féerie, leur banale apothéose. C’est assez la coutume, quand on juge un opéra, d’en condamner d’abord les paroles, afin d’en mieux excuser la musique. On s’en prend volontiers aux poèmes, de la chute même de partitions qui seraient bien tombées toutes seules. On a tort. ”
Hector Berlioz,
Les Soirées de l’orchestre
“ L’Opéra voudrait, comme le veulent tous les théâtres, de l’argent et des honneurs ; il voudrait gloire et fortune. Les grands succès donnent l’une et l’autre ; les beaux ouvrages obtiennent quelquefois les grands succès ; les grands compositeurs et les auteurs habiles font seuls de beaux ouvrages. Ces œuvres, où rayonnent l’intelligence et le génie, ne paraissent vivantes et belles qu’au moyen d’une exécution vivante et belle aussi, et chaleureuse, et délicate, et fidèle, et grandiose, et brillante, et animée. ”
Revue moderne. Année 1,Numéro 1… (1857-1858)
“ On chante à l'Opéra un Guillaume Tell sans retouches, comme le portrait de Rossini, par Nadar; et le public paraît s'en arranger assez bien. Mais que vous font à vous tous ces bavardages! Vous avez pour spectacle la splendide nature éclairée par le grand soleil, et pour musique la voix de mille chanteurs ailés, brodant sur le fond grave du vent dans les peupliers. ”
Adolphe Adam,
Derniers souvenirs d'un musicien
“ «Vous vous trompez, mon ami; votre place n'est pas ici, c'est à l'Opéra que conviennent la pompe, la grandeur, la puissance, l'énergie, toutes ces qualités que vous possédez au suprême degré; ce qu'il faut à l'Opéra-Comique, c'est la grâce, l'enjouement, la coquetterie, la légèreté, la mélodie coulante et facile, et tout cela vous manque.» ”
Albéric Second,
Les petits mystères de l'Opéra
(1844)
“ Le théâtre était livré aux plus obscurs comparses et aux triplures les plus ignorées. Des roulades horriblement équivoques montaient en spirales vers les frises; des points d'orgue dont on ne saurait se faire aucune idée se croisaient dans l'air, où ils voltigeaient lourdement, pareils à une troupe de canards civilisés. Quand vint le tour du ballet, ce fut cent fois pis : tous les gros pieds, toutes les grosses mains et toutes les grosses jambes de l'Opéra s'en donnèrent à cœur joie. Les danseuses les plus outrageusement maigres affrontèrent sans pudeur le grand jour de la rampe. ”
J. Jamin, Revue des Deux Mondes
“ A l’Opéra, il faut verser cette lumière obliquement, du haut en bas, sur les colonnes, sur l’or des balcons, la faire entrer dans chaque loge, où elle s’éteint dans les tentures foncées qui sont les fonds du tableau, mais où elle s’arrête tout d’abord sur les élégances mondaines qu’elle est chargée de faire valoir et qui apportent à l’Opéra autant d’attraits que les séductions du spectacle. ”
Paul Lacroix,
Quand j'étais jeune, souvenirs d'un vieux…
(1833)
“ Je me suis vanté souvent d' aimer l' Opéra , non-seulement pour la jouissance des yeux et des oreilles , mais pour le mol égarement d' imagination qui suit un pas de danse ou bien une roulade de chant ; les décors , les costumes , la musique et les balets ont une influence enivrante sur la pensée que bercent des rêves d' inconstante volupté , qu' échauffent des images lascives et qu' endorment d' ineffables délices venues du paradis ou de l' enfer : l' Opéra est le triomphe de la civilisation sensuelle . ”
Hector Berlioz,
Les Soirées de l’orchestre
“ Eh bien, l’Opéra, ce grand théâtre avec son grand orchestre, ses grands chœurs, la grande subvention que lui paye le gouvernement, son nombreux personnel, ses immenses décors, imite en plus d’un point le piteux oiseau de la fable. Tantôt on le voit immobile, dormant sur une patte ; tantôt il chemine d’un air agité et va on ne sait où, cherchant pâture dans les plus minces ruisseaux, ne faisant point fi du goujon qu’il dédaigne d’ordinaire et dont le nom seul irrite sa gastronomique fierté. ”
Adolphe Jullien,
La ville et la cour au XVIIIe siècle…
(1881)
“ L'opéra est un spectacle aussi bizarre que magnifique, où les yeux et les oreilles sont plus satisfaits que l'esprit, où l'asservissement à la musique rend nécessaires les fautes les plus ridicules, où il faut chanter des ariettes dans la destruction d'une ville et danser autour d'un tombeau ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Tant de chanteurs ont déserté notre scène lyrique, tant de nobles voix se sont éteintes, tant de belles danseuses se sont envolées, qu’il y aurait de notre part de l’ingratitude à négliger ces grands artistes qui nous restent fidèles. Une chose vraiment triste et qu’on ne saurait contester, c’est l’état de décadence où se trouve l’Opéra. Qui parle aujourd’hui de cette noble scène, où jadis la musique et la danse déployaient chaque soir leurs merveilles devant un public immense, plein d’enthousiasme et d’amour ? ”
Edmond About,
Peintures décoratives exécutées pour le foyer public de l'Opéra par Paul Baudry…
(1874)
“ Un théâtre d'opéra, pour les gens de plaisir qui le fréquentent, et pour les fanatiques qui l'exorcisent de loin, n'est guère autre chose qu'un lieu de digestion sensuelle. Pour l'artiste nourri des traditions antiques, c'est un temple consacré à toute la famille des arts. Un peintre d'histoire, appelé au périlleux honneur de décorer le foyer du nouvel Opéra, ne pouvait oublier que les Grecs, nos maîtres en tout, ont divinisé la Poésie, la Musique et la Beauté. Apollon et Vénus, les Muses et les Grâces vivront éternellement pour ennoblir et charmer notre courte existence ”
Guy Charnacé,
Musique et Musiciens
“ Il faut assurément, que la direction de notre Opéra, la première scène lyrique du monde, entoure son répertoire d’un certain luxe, mais ce serait le faire dévier de sa mission, de son but comme de son origine, que d’exiger que l’Opéra luttât avec les théâtres de féeries où le spectacle ne donnant rien à l’esprit et à l’âme est tout entier fait pour les yeux. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ L’Opéra seul, le gigantesque, le magique Opéra, est plein de vie ; il ébranle encore sa vaste salle du galop de Gustave ; il éblouit les spectateurs de ses milliers de bougies étincelantes. L’Opéra vivra : son Atlas lui est resté. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ L’Opéra devient tous les jours plus bruyant et plus tumultueux dans son parterre. On siffle maintenant à l’Opéra, on y trépigne ni plus ni moins que si c’était le théâtre des Folies-Dramatiques ou des Funambules ”
Pierre Véron, Paris s'amuse (1861)
“ L'Opéra, le grand Opéra, comme l'indique orgueilleusement la pompeuse épithète accolée à son nom par les provinciaux, est un théâtre de qualité, une altesse musicale qui, comme tout gentilhomme qui se respecte, vit de ses revenus et possède de belles et bonnes rentes. Bien lui en a pris, car sans cela Sa Grandeur aurait, par ma foi, été exposée plus d'une fois à mourir de faim. ”
“ REVUE MUSICALE. L’épreuve de l’Opéra est décisive, on ne la tente guère deux fois. S’il y a dans la vie d’un musicien une heure grave et solennelle, c’est bien celle où son œuvre se produit dans cette vaste enceinte. ”
Émile Zola,
Le Naturalisme au théâtre
“ Au contraire, à l’Opéra, il n’a qu’à se laisser bercer, aucune instruction n’est nécessaire ; l’épicier du coin jouira autant que le mélomane le plus raffiné. Et il y a, en outre, la féerie dans l’opéra, les ballets avec le nu des danseuses, les décors avec l’éblouissement de l’éclairage. ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
“ Le corps de ballet est à l’Opéra la grande puissance, aussi est-il de bien meilleur ton dans les hautes sphères du dandysme et de la politique d’avoir des relations avec la Danse qu’avec le Chant. À l’orchestre, où se tiennent les habitués de l’Opéra, ces mots : « Monsieur est pour le chant, » sont une espèce de raillerie. Un petit homme à figure commune, vêtu simplement, vint à passer. — Enfin, voilà l’autre moitié de la recette de l’Opéra qui passe, c’est le ténor. Il n’y a plus de poème, ni de musique, ni de représentation sans un ténor célèbre dont la voix atteigne à une certaine note. ”
Jeanne Louise Henriette Campan,
Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette
(1822)
“ La reine a désiré plusieurs fois l’entendre, et M. le comte d’Artois vient de le nommer secrétaire de son cabinet. Nous l’avons entendu exécuter plusieurs fois tout l’opéra d’Orphée, depuis l’ouverture jusqu’aux derniers airs de danse du ballet qui le termine. Un opéra est, dans le gosier de cet être étonnant, un seul morceau de musique qu’il exécutera avec la même facilité qu’un autre chanterait une ariette. Quel dommage que l’état dans lequel il est né l’empêche d’employer un talent aussi rare à sa fortune et aux plaisirs du public ! ”
Léo Larguier,
L'amateur de femmes
(1937)
“ Vous savez probablement qu'au-dessous de l'Opéra, plus bas que les caves où de noires machines monstrueuses fabriquent, les soirs de représentations, les bleus électriques, immatériels et vaporisés, les roses d'aurore et les rayons de lune qui argentent et féerisent sur la scène un perron d'hortensias, un balcon chargé de glycines, la clairière où rêve un héros, le bras de Rosine, la gorge de la Walkyrie ”
Jules Verne,
Le testament d'un excentrique
“ C’est à l’Opéra enfin que les amateurs des grandes œuvres lyriques les virent se prélasser dans la loge mise à leur disposition, et tendre désespérément, aux accords de l’orchestre, leurs oreilles fermées à toute compréhension musicale. ”
P. Scudo, Revue musicale - 1er avril 1858
“ Un répertoire usé, des chanteurs mal dirigés, des ensembles défectueux, des ouvrages d’une longueur accablante, une poétique qu’il serait temps de renouveler, une succession de tableaux fastidieux qui ne disent rien à l’esprit et au cœur une fantasmagorie continuelle qui vous hébête et vous renvoie abasourdi, tel est le triste plaisir qu’on va chercher à l’Opéra depuis plusieurs années. Ce n’est pas à l’homme d’esprit qui dirige aujourd’hui ce grand établissement qu’il faut attribuer la décadence que nous venons de signaler. ”
Edmond Vander Straeten,
Lohengrin : instrumentation et philosophie
“ Incapables de vous soutenir jusqu’au bout, même dans les banalités creuses et ridicules où l’Opéra actuel se traîne si péniblement, que ferez-vous, privés que vous êtes du grand souffle épique, de l’inspiration dramatique sublime, lorsque la transformation de votre principale scène lyrique sera devenue, comme elle l’est déjà — nécessaire, imminente, inévitable ? ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ XIV LES BALLETS DU ROI de lambrequins, et, sous un costume qui n'est d'aucun pays ni d'aucune époque, conduire ces étranges personnages au milieu de décors de l'invention la plus splendide, paraissant et disparaissant au sifflet du machiniste, n'est-ce pas accumuler comme à plaisir toutes les invraisemblances, mais aussi toutes les difficultés? C'est ce qu'on a appelé l'oeuvre par excellence : l'Opéra! ”
Pierre Véron, Paris s'amuse (1861)
“ Je sais, parbleu! que l'on va beaucoup, que l'on va surtout à l'Opéra par genre ; pour dire : « J'ai ma loge, » pour exhiber des épaules fraîchement peintes ou une coiffure nouvelle, pour montrer des diamants achetés avant-hier ou une décoration reçue la veille. Je sais que la 200e de la Favorite est tout simplement pour madame la première d'un collier de chez Janisset ou le début d'un râtelier osanore. Je sais que l'Opéra est le caravansérail de cette population flottante qui prend Paris pour une auberge. Je sais que le désir d'être vu fait plus que le plaisir d'entendre. ”
Sophie Arnould,
Arnoldiana, ou Sophie Arnould et ses contemporaines…
“ NOTICE SUR L'OPÉRA. L'Opéra passe généralement pour le plus étonnant et le plus fastueux des spectacles de l'Europe: c'est dans ce temple, théâtre des brillantes illusions et des illustres galanteries, que le génie, les talens et les grâces se réunissent pour produire le plus magnifique et le plus enchanteur de tous les jeux publics: là de jeunes prêtresses sont formées aux arts aimables qui peuvent émouvoir les sens et les 12 séduire; les unes charment l'oreille en célébrant les louanges des dieux et des déesses ”
Charles Nuitter,
Les Origines de l'opéra français…
(1886)
“ Le public, en effet, par son empressement à se rendre à l'Opéra, donnait raison aux novateurs en remplissant leur salle, et qu'y avait-il d'étonnant à cela, lorsqu'on lui offrait tant de séductions nouvelles : la musique mêlée à l'action du drame, la danse et les figurations amenant des tableaux gracieux et agréables, la richesse des costumes, l'ingéniosité des machines et la splendeur des décorations? ”
Philibert Audebrand,
César Berthelin : manieur d'argent
(1879)
“ Une cavatine de la belle chanteuse refoulera son dépit et le consolera pour cent mille francs. Au blasé, au malade, au sceptique, à celui qui s'est vu arracher la tendresse d'une femme aimée ou qu'il a perdue pour la voir aller à un rival, à tous les cœurs meurtris, en un mot, l'Opéra, céleste et déraisonnable, tout plein de créations surhumaines et de décors de pays imaginaires, l'Opéra où l'on ne parle pas la langue ordinaire, mais ou l'on chante; l'Opéra où l'on ne marche pas d'un pas régulier, mais oh l'on danse ”
