“ Tant qu’on s’était battu dans les rues, le duc de Choiseul n’avait point osé sortir ; il avait bien peur d’être compromis, mais il avait encore plus peur d’être tué. La fusillade éteinte, M. de Choiseul avait entr’ouvert ses contrevents, il avait vu tout le monde dans les rues, la ville en joie : il avait descendu marche à marche ses escaliers couverts de tapis, il avait hasardé un pied hors de son hôtel ; puis, enfin, il s’était risqué à pousser jusque chez M. Laffitte. ”
M. de Choiseul
Définition et enjeux
Citations sur “M. de Choiseul”
comtesse de Stéphanie Félicité Genlis, Mémoires de Mme la Comtesse de Genlis (1925)
“ Ce dernier avait constamment donné à la famille royale les preuves de l’attachement le plus noble, le plus vrai et le plus désintéressé. Tout le monde connaît le mérite rare de M. de Choiseul comme savant et comme écrivain, son goût pour les arts, et ses talents charmants dans ce genre. Personne n’a jamais été plus aimable que lui dans la société : il était le modèle des anciennes grâces françaises, et celui de la politesse et du bon ton de l’ancienne cour ”
Alexis de Saint-Priest,
Revue des Deux Mondes
“ On oublia les fautes de M. de Choiseul, qui d’ailleurs étaient alors peu connues ; on ne lui tint compte que de ses vertus patriotiques. Ce fut justice, car ce ministre aimait vraiment la France ; il savait ce que pèse son nom ; il sentait vivement le bonheur, le plaisir, l’honneur insigne de la servir et de lui plaire. Ce qui honorera toujours le duc de Choiseul, c’est qu’au XVIIIe siècle il fut du petit nombre de ceux qui n’avaient pas encore perdu le sentiment et l’intelligence de ce mot divin : patrie ! V Ainsi tout était convenu entre les cours de Vienne et de Berlin. ”
Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort,
Œuvres complètes de Chamfort
“ M. de Choiseul gagne trois mille louis.—Ah! j'en suis bien aise, dit le roi; mandez-le lui bien vîte.»—«L'amour, disait M....., devrait n'être le plaisir que des âmes délicates. Quand je vois des hommes grossiers se mêler d'amour, je suis tenté de dire: «De quoi vous mêlez-vous?» Du jeu, de la table, de l'ambition à cette canaille!»—Ne me vantez point le caractère de N....: c'est un homme dur, inébranlable, appuyé sur une philosophie froide, comme une statue de bronze sur du marbre. ”
Alexandre Dumas,
La comtesse de Charny. Tome 7
(1858)
“ Les deux gardes nationaux auxquels monsieur de Choiseul croyait de mauvaises intentions, étaient deux braves citoyens qui revenaient de la Ferté et qui rentraient chez eux. Tranquille sur ce point, M. de Choiseul continua sa route. A dix heures, il traverse Châlons; à onze, il arrive à Pont-de-Sommevelle. Il s'informe; les hussards ne sont pas encore arrivés. Il s'arrête à la maison de poste, descend, demande une chambre, et revêt son uniforme. Léonard regardait tous ces apprêts avec une vive inquiétude, et il les accompagnait de soupirs qui touchaient monsieur de Choiseul. ”
Alexandre Dumas,
Joseph Balsamo
“ La déviation de ce sentiment fut du regret et une quasi-popularité acquise au nom de M. de Choiseul. Tout Paris, le mot peut ici se justifier par une preuve, accompagna jusqu’aux portes l’exilé partant pour Chanteloup. Le peuple faisait la haie sur le passage des carrosses ; les parlementaires et les gens de cour, qui n’avaient pu être reçus par le duc, embossèrent leurs équipages devant la haie du peuple pour le saluer au passage et recueillir son adieu. Le plus épais de la bagarre fut à la barrière d’Enfer, qui est la route de Touraine. ”
Alexandre Dumas,
Joseph Balsamo
“ Une chaise de poste arrivait au galop sur la route encombrée, et, sans un violent effort du postillon, les chevaux, blancs de poussière et d’écume, allaient se précipiter dans l’attelage de M. de Choiseul. Une tête se pencha hors de cette chaise, comme aussi M. de Choiseul se pencha hors de son carrosse. M. d’Aiguillon salua profondément le ministre déchu, dont il venait briguer l’héritage. ”
Jules de Goncourt,
La Du Barry (Nouvelle édition, revue et augmentée de lettres et documents inédits…
(1880)
“ Le Roi d'ailleurs tenait à son ministre. Il vivait dans la foi que M. de Choiseul était le seul homme capable de faire marcher les affaires, le seul possédant l'art de tenir les ennemis de la France divisés et hors d'état de l'inquiéter. Il le croyait l'homme nécessaire, indispensable, la clef de voûte de la paix européenne. ”
Charles de Mazade,
La Duchesse de Choiseul et la Correspondance inédite de Mme Du Deffand
“ Esprit vif et plein de ressources, causeur brillant, nature déliée et résolue, fastueux dans sa vie, sachant très bien mêler la hauteur et la grâce dans ses rapports, il maniait les affaires avec cette aisance de l’homme qui sait plus par l’expérience du monde que par l’étude de la politique, et qui ne craint pas les difficultés, parce qu’il croit que l’habileté vient à bout de tout. Si d’ailleurs M. de Choiseul tenait par un certain air au XVIIe siècle, il était de son temps par les mœurs. ”
Alexandre Dumas,
Joseph Balsamo
“ Il était évident que la dauphine suivait les instructions de la cour d’Autriche, et répétait probablement les paroles dictées par Marie-Thérèse. Aussi M. de Choiseul crut-il que sa présence était nécessaire. Il s’avança pour être présenté à son tour ; mais le roi fit un signe de tête, les tambours battirent, les trompettes sonnèrent, le canon tonna. Le roi prit la main de la jeune princesse pour la conduire à son carrosse. Elle passa, conduite ainsi, devant M. de Choiseul. Le vit-elle ou ne le vit-elle point, c’est ce qu’il est impossible de dire ”
Gaston Maugras, Le duc et la duchesse de Choiseul… (1902)
“ Mais celui que l'on apprécie le mieux dans l'intimité de la marquise, c'est le duc de Gontaut, le beau-frère de M. de Choiseul; il est l'ami préféré de la favorite, son compagnon le plus cher et le plus fidèle. Dès que Choiseul fut établi à la cour, il devint naturellement un des plus assidus dans le petit cercle de Mme de Pompadour, il fut bien vite un des plus aimés. Du reste, la marquise n'avait pas servi un ingrat. Choiseul lui fut tout dévoué et sa reconnaissance ne se démentit jamais. A aucun moment elle n'eut autant de pouvoir que lorsqu'il fut entré au ministère ”
Alexandre Dumas,
Joseph Balsamo
“ M. de Choiseul ne me pardonnera jamais. — Êtes-vous donc déjà si bien avec M. de Choiseul ? — Comtesse, comtesse, je me brouillerai avec madame la dauphine. — Aimez-vous mieux que nous fassions chacun la guerre de notre côté, mais sans partage du résultat ? Il en est encore temps. Vous n’êtes pas compromis, et vous pouvez vous retirer encore de l’association. — Vous me méconnaissez, comtesse, dit le duc en lui baisant la main. M’avez-vous vu hésiter, le jour de votre présentation, quand il s’est agi de vous trouver une robe, un coiffeur, une voiture ? Eh bien ! ”
Alexis de Saint-Priest,
Revue des Deux Mondes
“ On pourrait croire que M. de Choiseul s’était fait illusion sur la faiblesse de la confédération de Bar. Bien loin de là, il l’avait connue et signalée lui-même [18] ; mais il avait conçu un plan, il l’avait établi sur des données fausses, il s’était trompé, cruellement, trompé sur les forces respectives des Ottomans et des Russes. ; son imagination s’était trop échauffée sur la ligue du Nord ; il n’avait pas vu qu’il était inutile de soulever l’Europe contre cette ligue, parce que l’Angleterre et la Prusse n’y accéderaient jamais, ce qui suffisait pour la frapper d’impuissance ”
Paul Féval, Le dernier chevalier
“ Et au fait, M. de Choiseul avait des qualités: il sut garder, étant au pouvoir, la pension que lui payait l'Autriche; il sut épouser une femme dix fois millionnaire, qui se trouva être une sainte femme par-dessus le marché; il sut flatter Mme de Pompadour, qui pouvait le servir, et persécuter les jésuites, qui devaient la combattre, caresser les philosophes qui montaient, tourner le dos au clergé qui baissait ”
Alphonse de Lamartine,
Histoire des Girondins
“ M. de Choiseul reçut de la main de M. de Bouillé des ordres signés du roi lui-même, qui lui prescrivaient, ainsi qu’aux autres commandants des détachements, d’employer la force, au besoin, pour la sûreté et la conservation de Sa Majesté et de la famille royale, et pour l’arracher des mains du peuple, si le peuple venait à s’emparer du roi. Dans le cas où la voiture aurait été arrêtée à Châlons, M. de Choiseul avertirait le général, rassemblerait tous les détachements et marcherait pour délivrer le roi ”
Charles de Mazade,
La Duchesse de Choiseul et la Correspondance inédite de Mme Du Deffand
“ Cette Correspondance inédite de Mme Du Deffand reflète justement les impressions laissées par la chute du duc dans ce monde du XVIIIe siècle où s’essayaient bien des idées et des sentimens qui ne demandaient qu’à se faire jour, et elle raconte d’une façon merveilleuse en même temps ce qu’on fait, ce qu’on dit, ce qu’on pense à Chanteloup. L’asile splendide où se trouvait relégué M. de Choiseul ne fut pas naturellement, dans un temps comme le XVIIIe siècle, un centre d’action politique ; ce fut le lieu de retraite triomphal d’un homme accoutumé à captiver l’opinion. ”
Charles de Mazade,
La Duchesse de Choiseul et la Correspondance inédite de Mme Du Deffand
“ Ceux qui dans leur jeunesse ont pu voir M. de Choiseul avant sa mort, ceux qui datent de la lutte des parlemens et du chancelier Maupeou, ou qui ont pu entendre parler de Voltaire et de Mme Du Deffand comme de personnages qui vivaient encore la veille, ceux-là se compteraient aujourd’hui assurément. Hélas ! tout se renouvelle, tout change dans les habitudes, dans les préoccupations et les usages. L’esprit de sociabilité s’est métamorphosé tellement qu’il faut un effort d’intelligence, presque un don d’intuition, pour recomposer ce passé d’hier qui s’appelle désormais l’ancien régime. ”
François-René de Chateaubriand,
Itinéraire de Paris à Jérusalem
(1871)
“ Je pris, en descendant de la citadelle, un morceau de marbre du Parthénon ; j'avais aussi recueilli un fragment de la pierre du tombeau d'Agamemnon; et depuis j'ai toujours. dérobé quelque chose aux monuments sur lesquels j'ai passé. Ce ne sont pas d'aussi bons souvenirs de mes voyages que ceux qu'ont emportés M. de Choiseul et lord Elgin ; mais ils me suffisent. Je conserve aussi soigneusement de petites marques d'amitié que j'ai reçues de mes hôtes, entre autres un étui d'os que me donna le père Munoz à Jaffa. ”
Charles Collé,
Mémoires du baron de Besenval. Collé…
(1846)
“ M. de Choiseul en reparla de nouveau à madame de Pompadour ; et ayant remarqué de l'embarras dans ses réponses, il la poussa au point qu'elle lui avoua que M. le Dauphin avait remis au roi un mémoire fait par M. le Fèvre d'Amécour, conseiller au parlement, dans lequel on dévoilait une intrigue de lui (M. de Choiseul) avec le parlement, pour la destruction des jésuites en France. Ce mémoire entrait dans le plus grand détail sur les menées de M. de Choiseul, citant M. l'abbé Chauvelin comme son agent dans le parlement. On y trouvait tout le plan- qu'on se proposait pour le renvoi de la société ”
Gaston Maugras, La Fin d'une société. Le duc de Lauzun et la cour de Marie-Antoinette… (1909)
“ Du reste, personne n'est plus dévoué que moi à M. de Choiseul, et je croirais lui rendre le plus mauvais service en favorisant son retour aux affaires. Personne en Europe n'a joui d'autant de réputation et de considération; il est 'e seul ministre qui ait vu le prince qui l'avait exilé, abandonné pour lui de ses courtisans. Il ne pourrait que perdre à revenir au pouvoir. ”
François Castanié, Royales amours d'une petite modiste… (1914)
“ De la nature, M. de Choiseul tient une laideur sin- gulière : il est roux, une application soutenue à sa toilette l'a rendu blond. Les traits de son visage manquent totalement de noblesse, de distinction même ; l esprit pétille dans ses yeux; il a la taille presque bien prise; le visage rond et le front découvert ; l'orgueil qu 'il tire de la beauté de ses mains est ridicule, quoiqu'il ait les doigts effilés, petits, blancs, et décorés de beaux ongles. ”
Gaston Maugras, Le duc et la duchesse de Choiseul… (1902)
“ Il y avait un homme dont l'attachement pour les Choiseul était profond et qui plus que tout autre avait droit à leurs bienfaits; c'était l'abbé Barthélemy. La première fois que l'abbé revit Choiseul après son élévation au ministère, ce dernier le prit à part en présence de Mme de Choiseul et lui tint ce langage : « Maintenant que j'ai le pouvoir, j'en veux profiter pour m'occuper de votre fortune ; mais c'est à vous de m'instruire de vos vues. Parlez, que désirez-vous? » Comme l'abbé se défendait de rien vouloir, la duchesse insista de telle façon qu'il fut obligé d'accepter. ”
Charles Avezac Lavigne, Diderot et la Société du baron d’Holbach
“ « Je vous conjure, écrivait-il à d’Argental, de me mander s’il est vrai que M. le duc de Choiseul ait été accusé de s’entendre avec le Parlement de Paris, et de fomenter sa très-condamnable désobéissance [8] . » C’était un protecteur que perdait le Patriarche, et sur lequel il croyait pouvoir compter en un besoin. Heureusement que la chute de Choiseul devait avoir pour résultat d’augmenter le crédit du duc de Richelieu [9] , et de son neveu, le duc d’Aiguillon ; en sorte que le prudent vieillard ne pouvait pas manquer d’appui, le cas échéant. ”
Charles Collé,
Mémoires du baron de Besenval. Collé…
(1846)
“ Une telle conduite ne devait pas plaire à l'abbé de la Ville, pour lequel même (je ne sais par quelle raison) M. de Choiseul montrait de l'éloignement, le traitant assez mal, et lui donnant des mortifications. Ce ministre eut souvent le tort d'indisposer ainsi ses subordonnés et de les garder; dangereuse inconséquence qui tenait entièrement à la légèreté de son caractère. La pente naturelle de son esprit le portait à blesser, à humilier même ceux qui dépendaient de lui ; mais la bonté de son cœur se refusait à perdre qui que ce fût. ”
Claude Saint-André, La vie de Mme Du Barry (1930)
“ Le soir même , la bonne nouvelle arrivait à Provins ; ce fut parmi les chevau-légers un juvénile enthousiasme pour la belle maîtresse . A ces marques de popularité , M. de Choiseul était plus inquiet qu' il ne le laissait voir ; mais il donnait si bien le change que M me Du Deffand pouvait écrire à Walpole , en lui apprenant la nomination du nouveau contrôleur des Finances , l' abbé Terray : « Je soupai mardi chez le grand-papa [ Choiseul ] ; il est toujours de la plus grande gaieté ; il sera comme Charles VII à qui l' on disait : « On ne peut perdre un royaume plus gaiement . » ”
Robert Du Casse, L'amiral Du Casse, chevalier de la Toison d'or… (1876)
“ M. de Choiseul y fut blessé par un coup de mousquet tiré de la hune d'un des ennemis ; la balle entra par l'omoplate et sortit au sternum, dont il mourut treize jours après à la Havane, où tous les officiers et l'équipage de la Thétis furent mis trois jours après le combat. Il y a eu des officiers blessés et un tué aussi bien que le sieur la Bussierre, qui était passager. On a trouvé cent mille livres en or dans le coffre de M. de Choiseul, outre son argent et quarante mille livres qu'il avait données, aussi en or, à Mlle Lefaucheux, en garde, avant le combat, qu'elle a sauvées. ”
Gaston Maugras, Le duc et la duchesse de Choiseul… (1902)
“ En juillet 1753, Choiseul fut désigné pour être employé comme maréchal de camp en Flandre, sous les ordres de M. de Soubise. Il resta trois mois absent. A son retour il reçut une lettre du maréchal de Noailles, qui lui mandait que M. de Nivernais quittait l'ambassade de Rome, et que s'il avait envie d'être ambassadeur il lui fallait venir sans tarder à Fontainebleau. « En temps de paix, lui disait-il, il n'y a pas d'occupation plus noble que celle de la politique. Vous êtes en âge d'acquérir de la considération, et vous perdrez tout avenir si vous restez oisif. » ”
Jean-Jacques Rousseau,
Les Confessions
(1862)
“ L'ambition n'eut jamais chez moi que les courts intervalles où toute autre passion me laissait libre; mais un de ces intervalles eût suffi pour me rengager. Cette bonne intention de M. de Choiseul, m'affectonnant à lui, accrut l'estimé que, sur quelques opérations de son ministère, j'avais conçue pour ses talents ”
Évariste Colombel, Du Principe électif et de ses applications… (1852)
“ M. de Choiseul tenait à la Noblesse; il y avait un grand nom ; il était député du bailliage de Chaumont. Ce ne sont pas des idées individuelles, isolées, qu'il met au jour. Il est l'écho de toutes les plaintes et de toutes les résistances de son parti. On le cite comme un spécimen des écrivains réactionnaires de ce temps-là. M. de Choiseul est d'autant moins suspect, qu'il reconnaît les abus de l'ancien régime, et qu'il en gémit. Qui donc les niait, ces abus ? Là-dessus, Maury marchait d'accord avec ”
Auguste Vitu,
La maison mortuaire de Molière d'après des documents inédits…
(1882)
“ Déjà Choiseul par sa mère, elle épousa le 22 décembre 1750 haut et puissant seigneur Étienne-François duc de Choiseul 1. M. Lefeuve s'est imaginé de placer cette orangerie, non pas de l'autre côté du boulevard, mais de l'autre coté de la rue Richelieu, sur l'emplacement du no 112 actuel, sans apercevoir que le n° 112 est situé non pas en face de l'ancien hôtel Choiseul, mais à une centaine de mètres plus haut. Voici du reste de quoi lever toute incertitude. ”
