“ De putréfactions rances, dont tu t’égaies. Car ton âme de monstre est folle des gaîtés Cocasses de la couche où le mourant se cabre Dans les convulsions de la danse macabre, Et la Mort a pour toi d’hilarantes beautés. ”
Macabre
Définition et enjeux
Citations sur “Macabre”
Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Revue des Romans
“ La foule s’y presse ; bourgeois et soudards, moines et filles de joie, truands et damoiselles, des milliers de spectateurs encombrent les étroites limites du cimetière des Innocents, se pressent aux gothiques fenêtres des bâtiments qui l’environnent ; quelques planches forment auprès de la tour des Bois, demeure de Macabre, un ignoble tréteau. Macabre, long, maigre, décharné, dont la cadavéreuse nudité est à peine en quelques parties recouverte d’un linceul, apparaît au public assemblé ; c’est la mort. ”
Alfred de Chaumont, Les Rayons d'or de la vie des enfants… (1860)
“ Le nom de Danse Macabre est donné à une ronde que préside la Mort, et à laquelle prennent part des créatures de tous les pays, de toutes les époques, de toutes les conditions, de tous les âges et dans tous les costumes. C'est la comparaison de la vie des hommes à un bal ou à une procession, dans lesquels la mort donne le branle et imprime la marche. Qui mène notre vie, sinon la mort ? ”
Jules Michelet,
Histoire de France 1415-1440 (Volume 6…
“ D'autres le tirent des mots anglais Make, Break (faire, briser) , unis ensemble pour imiter le bruit du froissement et du craquement des os. On croyait, dès la fin du XVe siècle, que Macabre était un nom d'homme; c'est l'opinion la moins probable de toutes. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Le moyen âge, au contraire, nous a effrayés par la peur de l’enfer, par une lugubre fantasmagorie de diables happant au passage l’âme du pécheur, par les simulacres funèbres des sépulcres, par les images des squelettes et des vers du cercueil rongeant la chair corrompue, enfin par les danses macabres. ”
William Shakespeare,
La vie et la mort du roi Richard III
“ ANNE.--Quoi! vous tremblez? vous avez peur?--Hélas! je ne vous blâme point. Vous êtes des mortels, et les yeux des mortels ne peuvent soutenir la vue du démon... Eloigne-toi, effroyable ministre des enfers!--Tu n'avais de pouvoir que sur son corps mortel: tu ne peux en avoir sur son âme; ainsi, va-t'en.GLOCESTER.--Douce sainte, au nom de la charité, point tant d'imprécations.ANNE.--Horrible démon, au nom de Dieu, loin d'ici, et laisse-nous en paix. Tu as établi ton enfer sur cette heureuse terre que tu as remplie de cris de malédiction, et de profondes exclamations de douleur. ”
Octave Mirbeau,
Le Jardin des supplices
(1902)
“ Là où vous allez, il y a encore plus de douleurs, plus de supplices, plus de sang qui coule et s'égoutte à travers le sol... plus de corps tordus, déchirés, râlant sur les tables de fer... plus de chairs hachées qui se balancent à la corde des gibets... plus d'épouvante et plus d'enfer... Allez, mes amours, allez, lèvres contre lèvres et la main dans la main. Et regardez entre les feuillages et les treillages, regardez se développer l'infernal diorama et la diabolique fête de la mort. ”
Joseph Maggini, Au souffle du rêve (1905)
“ Tu poussais dans le charme et l'innocente extase, Lorsqu'un monstre, enfanté dans une noire vase, T'entraîna dans un gouffre où régnait la terreur Et perpétra le crime ignoble... de l'horreur ! Sois en deuil, ô nature, et pleure ton amie Que pousse vers la mort l'effrayante agonie. Pleurez fleurs des beaux jours, innocence des coeurs, Pleurez fils de la terre, honnêtes travailleurs; Incapable Thémis voile ta face austère Et gémis dans la honte et la douleur amère. Et toi poëte, aussi pleure, et que ton soupir, Berce l'ange qui dort, c'est l'enfant du martyr. ”
Henri-Raymond Casgrain,
Légendes canadiennes
“ C’est l’enfer ! Autour de moi, un roseau de sang ; — l’abîme sous mes pieds ; — sur ma tête les rugissements de la tempête ; — le deuil et les funérailles dans mon âme ; — partout, au dedans comme au dehors, le vertige, les ténèbres, le désespoir, la mort... ! Seule !... seule !... une lueur, un rayon !... la douce voix de ma mère ; les soupirs de son cœur à travers lequel j’entrevois encore le ciel... Quoi ! le ciel !... si près de l’enfer ! L’ange à côté des démons ! ⁂ D’une voix vibrante et calme... ”
Krystyn Ostrowski, Théâtre complet de Christien Ostrowski… (1862)
“ Que l'horreur du carnage excite votre joie! N'épargnez ni l'enfant, ni le prêtre à l'autel, Ni le front couronné qui se croît immortel, Ni l'époux qui sommeille aux bras de son épouse; L'univers apprendra que la Mort est jalouse! Cette terre est à vous ; j'abandonne à vos mains, Sur son dernier débris, le dernier des humains: Qu'un soleil sans clarté se lève sur le monde, Et qu'avec le Néant Dieu même se confonde ! ”
Sully Prudhomme,
Œuvres de Sully Prudhomme/Poésies 1866-1872
“ Et dois-je dans l’horreur me balancer sans fin ?TOMBEAU L’homme qu’on a cru mort, de son sommeil profond S’éveille. Un frisson court dans sa chair engourdie ; Il appelle. Personne ! Et sa plainte assourdie Lui semble retomber d’un étrange plafond. Seul dans le vide épais que les ténèbres font, Il écoute, et, roulant pleine de léthargie Sa prunelle par l’ombre et la peur élargie, Il sonde éperdument l’obscurité sans fond. Personne ! À se dresser faible et lent il s’apprête, Et voilà que des pieds, des reins et de la tête, Horreur ! il a heurté six planches à la fois. ”
Victor Hugo,
Les Contemplations
“ Dans l’horreur étouffés, scellés dans les abîmes, Enviant l’ossement, Sans air, sans mouvement, sans jour, sans yeux, sans bouche, Entre l’herbe sinistre et le cercueil farouche, Vivraient affreusement ? Est-ce que ce seraient des âmes condamnées, Des maudits qui, pendant des millions d’années, Seuls avec le remords, Au lieu de voir, des yeux de l’astre solitaire, Sortir les rayons d’or, verraient les vers de terre Sortir des yeux des morts ? Homme et roche, exister, noir dans l’ombre vivante ! Songer, pétrifié dans sa propre épouvante ! Rêver l’éternité ! ”
Oscar Wilde,
Théâtre à lire
(1925)
“ Quel fût-il ? Il y a des moments que ce semble un rêve, Un mauvais rêve envoyé par un mauvais dieu, Et alors je vois le visage mort dans le cercueil, Et je sais que ce n'est point un rêve, mais que ma main Est rouge de sang, et que mon âme désespérée S'efforçant de trouver quelque abri pour son amour Contre la tempête sauvage de ce monde courroucé, A fait échouer sa barque sur les rochers du péché. Quel fut-il, dites-vous ? — Le crime simplement, Rien Que le crime, l'horrible crime. ”
Casimir Delavigne,
Oeuvres
(1833-1835)
“ Cadavres animés, poussant des cris confus Vers ce divin soleil qu'ils ne reverront plus , S'agitant, se heurtant dans ces vapeurs impures, Pour fuir par le travail le fouet qui les poursuit, Et qu'une longue mort traîne dans les tortures De cette nuit d'horreur à l'éternelle nuit. ”
Oscar Wilde,
Théâtre à lire
(1925)
“ Non, non, Nous sommes chacun notre propre démon, et nous faisons De ce monde notre enfer. GUIDO Alors que le haut Paradis Tombe dans le Tartare ! car je vais faire De ce monde mon ciel pendant un court moment. Le péché fut mien, s'il y eût un péché. C'est moi qui ai nourri le crime en mon coeur, En ai assaisonné mes repas, en ai adouci mon vin, Et qui dans ma pensée tuai le Duc maudit Cent fois par jour. Eh quoi ! si cet homme Fût mort seulement la moitié des fois que je le désirai, La Mort aurait rôdé à jamais dans la maison, Et le crime n'aurait point dormi. ”
Hilaire-Bernard de Longepierre,
Médée tragédie en cinq actes et en vers
“ Nuit, Discorde, Fureur, Parques, Monstres, Cerbère ; Reconnaissez ma voix et servez mon courroux ! Dieux cruels ! Dieux vengeurs ! Je vous évoque tous. Venez semer ici l’horreur et les alarmes. Venez remplir ces lieux et de sang et de larmes. 910 Rassemblez, déchaînez tous vos tourments divers ; Et, s’il se peut, ici transportez les Enfers... On m’exauce. Le Ciel se couvre de ténèbres. L’air au loin retentit de hurlements funèbres. Tout redouble en ces lieux le silence et l’horreur. 915 Tout répand dans mon âme une affreuse terreur. ”
Charles Baudelaire,
Les Fleurs du mal
“ Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts. Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées, Exalte le vertige, et les danseurs prudents Ne contempleront pas sans d'amères nausées Le sourire éternel de tes trente-deux dents. Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette, Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau? Qu'importé le parfum, l'habit ou la toilette? Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau. ”
Alphonse de Lamartine,
La chute d'un ange : épisode
(1838)
“ A cet excès d'horreur dans son sein condensée, La foudre de son âme avait été lancée ; De l'orteil aux cheveux l'horreur avait jailli ; La racine du coeur en avait tressailli. Tout ce qui sent dans l'homme, aime, frémit, abhorre, En avait concentré le contre-coup sonore ; Rage, colère, amour, mort, indignation, S'était multiplié dans sa vibration ! La voix de tout ce peuple à sa voix confondue, Comme un mur qui s'écroule était d'en haut fondue. L'enfer n'aurait pas mis les tyrans à l'abri, La vengeance du monde était dans ce seul cri !... ”
Michel-Auguste-Martin-Agénor Azéma de Montgravier, Les deux Paris, ou 1848 et 1858… (1858)
“ De l'hécatombe sanglante Qui me remplit d'épouvante Je m'éloigne malgré moi; L'œil y sonde des blessures, L'oreille entend des murmures Qui glacent l'âme d'effroi. Non, rien ne peut les décrire Ces longues scènes d'horreurs, Où la révolte en délire - S'enivre de ses fureurs. ”
Ferdinand Achet, Le Premier Âge, poésies par Ferdinand Achet (1856)
“ Le jour comme la nuit, votre ciel m'est voilé... Je ne puis vous prier sans que l'effroi me glace , Car près de votre image un fantôme se place : Et l'horreur du supplice en mon coeur stupéfait L'emporte à tout moment sur l'horreur du forfait l Ah ! c'est que je sens là que l'affreuse torture A mon corps destinée, outrage la nature ; Qu'assez tôt me tueront le remords et l'ennui, Et qu'on doit laisser Dieu nous rappeler à lui !... ”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ Glocester. ― La malédiction qu’appela sur toi mon noble père, lorsque tu ceignis son front belliqueux d’une couronne de papier, et que par tes outrages tu fis couler de ses yeux des torrents de larmes, et qu’ensuite, pour les essuyer, tu lui présentas un mouchoir trempé dans le sang innocent du charmant Rutland ; ces malédictions que, dans l’amertume de son cœur, il invoqua contre toi, sont tombées sur sa tête : c’est Dieu, et non pas nous, qui a puni ton action sanguinaire. ”
Jules Perrin, Le reposoir : poèmes (1937)
“ Il est des soirs profonds comme des tombeaux vides, Dont l'horreur nous obsède et nous prend tout entiers; Nos faces et nos corps semblent couverts de rides Où marchent nos douleurs, comme dans des sentiers. Un froid ennui se glisse alors dans nos poitrines Ainsi qu'un air malsain perce des murs épais, Et toutes les circés, toutes les mélusines Useraient plus d'un filtre à nous rendre la paix. Le découragement et la désespérance S'installent dans nos cœurs qu'elles avaient perdus; Leur monotone chant s'accorde et recommence, Concert de sons sans charme et toujours entendus. ”
Émile Moselly,
Terres lorraines
“ Comme si le charme profond et consolateur de la mort s’était insinué en elle, à la longue, rassérénant ses traits et effaçant de sa physionomie l’expression d’horreur dernière, comme si elle s’était apaisée dans l’au-delà, une vague quiétude planait sur son visage, où la lueur de la bougie mettait une vie mystérieuse. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Théâtre de Goethe
“ Rends-lui sa forme favorite, afin que, devant mes yeux, il rampe sur le ventre dans la poussière, et que je le foule aux pieds, le maudit !... Elle n’est pas la première !... Horreur, horreur incompréhensible à toute âme humaine, que plus d’une créature soit tombée dans cet abîme de misère ; que, dans les convulsions de son agonie, la première n’ait pas expié la faute de toutes les autres, aux yeux de l’éternelle miséricorde ! Le malheur d’une seule me dévore et me tue, et tu ricanes froidement sur le sort de mille et mille victimes ! ”
“ Si elle est bonne, pourquoi est-ce que je cède à cette suggestion, dont l'horrible image agite mes cheveux et fait que mon coeur, retenu à sa place, va frapper mes côtes par un mouvement contraire aux lois de la nature? Les craintes présentes sont moins terribles que d'horribles pensées. Mon esprit, où le meurtre n'est encore qu'un fantôme, ébranle tellement mon individu que toutes les fonctions en sont absorbées par les conjectures; et rien n'y existe que ce qui n'est pas.BANQUO.—Voyez dans quelles réflexions est plongé notre compagnon.MACBETH.—Si le hasard veut me faire roi, eh bien! ”
Claude Vignon, Œuvres de Claude Vignon — Nouvelles
“ Tu cherches et ne trouves qu’un irréparable malheur. Tu t’interroges, et, loin de souhaiter d’autres victimes expiatoires, je te vois en face de mon cadavre reculer épouvanté. C’est qu’au-devant de la mort et de l’éternité, — ou du néant, — les plus terribles passions s’évanouissent... ”
Michel Vasson, Le Cri du néant (1908)
“ LE CRI DU NEANT Enfer, tu peux fermer sur moi ta gueule d'ombre! L'enfer est moins tragique et la nuit est moins sombre Que mon coeur qu'une angoisse invincible remplit. Que le vide se fasse en ma tête puissante; Que la terre mange mes os, et que je sente S'accumuler sur moi des montagnes d'oubli! ”
Théodore Lorin, Fables (1850)
“ Si tu chantes parfois les exploits éclatants Qu'un jour célébrera l'histoire , Nous te voyons aussi, dans une foire, Mettre tes sons assourdissants Au service des charlatans. Tu donnes le signal des combats, du carnage : Ah ! ne nous vante pas le sinistre avantage De porter le deuil dans les cœurs Des mères, des enfants, des épouses, des sœurs. Lorsque de toutes parts ta voix retentissante Répand l'horreur et l'épouvante, J'appelle autour de moi le plaisir, la gaîté. ”
Victor Hugo,
L’Art d’être grand-père
“ Où, dans l’éden qu’on voit, c’est l’enfer qu’on devine, Où s’éclipse, ô terreur, espoirs évanouis, L’infini des soleils sous l’infini des nuits, Où, dans la brute, Dieu disparaît et s’efface ? Quand ils ont devant eux le monstre face à face, Les mages, les songeurs vertigineux des bois, Les prophètes blêmis à qui parlent des voix, Sentent on ne sait quoi d’énorme dans la bête ”
Arthur Conan Doyle,
Le Monde perdu
“ Toutes les sortes de malédictions d’une âme à la torture, toutes les accusations dont elle peut charger le ciel, semblaient réunies, condensées, dans ce cri atroce, auquel s’en mêlait un autre plus intermittent, un cri bas, sonore, une sorte de grondement, de gargouillement, de ricanement guttural, qui lui faisait un accompagnement grotesque. ”
“ Quelques semaines plus tard, comme si l’horrible tragédie n’avait été qu’un mauvais rêve déjà oublié, des mutilés échappés par miracle à la plus horrible des morts, auront retrouvé toute leur force d’âme, et, dans la joie de se sentir encore vivants, se souviendront presque en riant de la terrible aventure. ”
Edgar Allan Poe,
Les Cloches, 1876, trad. Blémont
“ Quel drame de terreur hurle dans leurs vacarmes, Dans leurs grands bonds épouvantés ! En sursaut, à leur voix, la nuit noire s’éveille, Et tâtonne, et dresse l’oreille, Horreur ! ce ne sont plus des voix, ce sont des cris, Des cris, d’horribles cris ! ”
Leconte de Lisle,
Poèmes barbares
(1862)
“ Par qui l’âme, d’un bond, brise le noir tombeau ! À de lointains soleils allons montrer nos chaînes, Allons combattre encor, penser, aimer, souffrir ; Et, savourant l’horreur des tortures humaines, Vivons, puisqu’on ne peut oublier ni mourir ! ”
“ Les vices, meute infâme, autour de l’âme aboient. Toute l’humanité tinte comme un beffroi. Partout l’horreur, le râle et le rire, et l’effroi. Toute bouche est ulcère et tout faîte est cratère. Un bruit si monstrueux sort de toute la terre Que la nuit, veuve en deuil, dit au jour qui rougit : C’est le tigre qui parle ou l’homme qui rugit ! Satan à l’entour vole et plane, oiseau de proie Des âmes. La douleur formidable est sa joie. ”
“ Entre deux murs sans forme où rampe une fumée ; Deuil, brume ; obscurité sans fond et sans contour. La vierge Liberté, blanche et faite de jour, Sentit le froid du lieu funeste où rien n’existe. La désolation de ce gouffre était triste Et profonde ; et c’était l’infini de la nuit. Elle ouvrit sa grande aile où l’azur des cieux luit, Et, calme, descendit dans cette ombre terrible. II Or, en ce même instant, l’horreur indivisible, Sans palpitation, sans souffle et sans échos, La lugubre unité de tombe et de chaos Qu’on nomme Enfer, voyait une chose inouïe. ”
