Résumé

Lyautey Revue des Deux Mondes

Dans la dernière heure pourtant, de Braïla à Galatz, j’ai pu me laisser absorber, tant le Danube était saisissant par cette triste soirée de Mer-Noire, sous une lune qui ne parvenait pas à percer la brume opaque, et si immense ce fleuve qu’il y a dix jours j’avais vu à Ulm presque naissant, il y a trois jours, entre Mœlk et Vienne, large comme la Loire à Tours, puis à Orsova, perçant, irrésistible, la barrière des Carpathes, et, ici, sans limites précises, battant les roues du train, épandu par la plaine basse jusqu’à la noire et mince bande de la rive opposée, au loin, là-bas.
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C’est une de ces impressions qui restent à jamais sur la rétine ce débouché de Broulia, deux heures avant l’arrivée, au dernier tournant de la route. A ses pieds un val alpin du revers italien, un thalweg vert et fleuri semé de jardins et de maisons, c’est Sparte : un ruban d’argent sinueux, c’est l’Eurotas ; au pied d’une grande muraille à pic, déchirée, noire, dentelée, aux cimes de neige, c’est le Taygète ; et, au seuil de la plaine, détaché de la grande masse noire, un mamelon couronné de créneaux clairs, c’est Mistra, la ville franque et féodale.
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Avant dîner, j’avais escaladé le Mont Palamède : 1 200 marches dans le roc ; mais on est payé de la fatigue : la vieille forteresse vénitienne, encore enturbannée de ses créneaux et de ses mâchicoulis, est en nid d’aigle sur le roc, Nauplie, à vos pieds, sur un promontoire à pic, à demi détaché, rappelle Monaco. Le soleil se couche derrière les sommets neigeux de l’Achaïe, et au fond du golfe s’épanouit dans un hémicycle rose la riche plaine d’Argos. Ce serait en tout lieu un admirable paysage : il s’y ajoute ici, comme partout en ce pays, la magie des grands souvenirs.
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