“ « Il y a, dit Joubert, dans le fond de ce cœur, une sorte de bonté et de pureté qui ne permettra jamais à ce pauvre garçon, j’en ai bien peur, de connaître et de condamner les sottises qu’il aura faites, parce qu’à la conscience de sa conduite, qui exigerait des réflexions, il opposera toujours le sentiment de son essence, qui est fort bonne. » Que cela est admirablement dit ! et que cela explique de choses, non seulement chez Jean-Jacques ou René, mais chez la plupart des hommes ! ”
Claude-Jacques Joubert
Définition et enjeux
Citations sur “Claude-Jacques Joubert”
Paul Charpentier, Une Maladie Morale: Le mal du siècle
“ Il savait parfois descendre de sa hauteur solitaire; il savait rire et plaisanter, non sans grâce. M. Joubert dit de lui, avant le temps des grandeurs, il est vrai, que c'était «un aimable enfant.» Jean-Jacques Ampère assure que sa mélancolie «qui demeurait reléguée dans les hautes régions de son imagination, ou peut-être se cachait dans les secrètes profondeurs de son âme, ne troubla jamais l'agrément de son commerce.» Croyons donc qu'il y avait deux faces dans Chateaubriand: l'une volontiers amère et désespérée, l'autre plus sereine et enjouée à son heure. ”
Charles Daniel, Alexis Clerc, marin, jésuite et otage de la Commune… (1895)
“ « Je dois t'avoir parlé d'un ami à moi, ancien élève de l'Ecole, ancien élève de marine avec moi sur la Charte, qui a déposé la cuirasse et pris la haire. Ce digne garçon est à Saint-Sulpice, et je n'en savais rien. Je regrette fort de ne l'avoir pas vu et je t'engage à faire sa connaissance; je crois que tu y pourras profiter. Il se nomme Claude Joubert. Il se trouvera à Issy, au séminaire, jusqu'au 10 octobre, et à partir du 10 octobre au séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Tu me feras plaisir de remettre toi-même la lettre à Joubert. » ”
Jules Lemaître,
Les Contemporains, 3ème Série
“ Joubert fut grand frôleur d'âmes féminines. Il lia, avec Mmes de Beaumont, de Guitaut, de Lévis, de Duras, de Vintimille, de ces commerces tendres et purs, plus caressants que l'amitié, plus calmes que l'amour. Il fut le Doudan alangui de deux ou trois petits salons aristocratiques qui se formèrent à Paris au commencement de l'Empire et où régnèrent, avec l'ancienne politesse, la religiosité la plus élégante. On y aimait, avec mille grâces, Dieu et Chateaubriand.Souvent malade, Joubert aimait presque à l'être: il sentait que la maladie lui faisait l'âme plus subtile. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome II
“ Mais, pour ne pas trop prêter notre idée générale, et, comme on dit aujourd’hui, notre formule, à celui qui a été surtout plein de liberté et de vie, prenons l’homme d’un peu plus près et suivons-le dans ses caprices mêmes ; car nul ne fut moins régulier, plus hardi d’élan et plus excentrique de rayons, que cet excellent homme de goût. La vie de M. Joubert compte moins par les faits que par les idées. Joseph Joubert était né le 6 mai 1754, à Montignac en Périgord. ”
E. Caro, Joseph Joubert et ses pensées
“ Au premier rang de ce groupe, d’élite se placerait Joseph Joubert, ce doux rêveur qui fit si peu de bruit dans le monde pendant qu’il vécut, inconnu, ou à peu près, en dehors du cercle intime où s’écoulait son âme avec sa vie en longs entretiens qui n’étaient guère que des méditations parlées. ”
Joseph-Marc-Octave-Antoine Lebel,
La métisse
“ Un petit homme, tout joufflu, tout rose, cheveux très blonds éparpillés au vent en boucles d’or, darde sous le feuillage sombre, parmi les arbres, au travers des herbes, des yeux clairs, scrutateurs, dont les naissants sourcils essayent un premier froncement, pour découvrir la cachette d’où part la voix qui appelle : Joubert !. ”
Charles Du Bos,
Extraits d'un journal, 1908-1928
(1928)
“ Oui, là est chez Joubert la charnière : jamais, à son avis, l'on n'est trop sévère, trop dédaigneux, trop dégoûté même vis-à-vis de ses propres pensées solitaires : personne n'en a plus laissé tomber que Joubert, décidé à ne jamais retenir que l'exquis ; — mais en revanche, hors de ce tête-à-tête là, on n'aura jamais trop de bonhomie, d'accueil, de plain-pied. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Cette hauteur intellectuelle et ce dédain d’artiste ne sont pas de Joubert. Il est méticuleux et attentif ; il accorde à la plus petite affaire un soin délicat. Et sa bonhomie fait merveille ; la finesse de son esprit le dispense d’être dupe. Il sait, quand il le faut, conclure et nettement. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 2
“ Joubert a dit de cette Relation, dont il avait eu en mains une copie: «Rien au monde n'est plus propre à faire couler les larmes que ce récit. Cependant il est consolant. On adore ce bon garçon en le lisant. Et quant à elle, on sent pour peu qu'on l'ait connue, qu'elle eût donné dix ans de vie, pour mourir si paisiblement et pour être ainsi regrettée.»—La lettre de Chateaubriand à M. de la Luzerne a été publiée par M. Paul de Raynal dans son très intéressant volume sur les Correspondants de Joubert. ”
E. Caro, Joseph Joubert et ses pensées
“ Le triomphe de Joubert est là, c’est par là qu’il est vraiment écrivain original et créateur dans notre langue ; il parvient à exprimer ce qui semble déjouer l’effort de la parole, à renfermer l’immatériel dans des sons, dans ce qu’il appelait de l’air sonore, de l’air lancé, vibré, configuré, articulé. Composer son style d’idée pure, le vider de matière, faire ressembler autant que possible les mots aux idées et les idées aux choses, c’était l’effort, c’était le rêve de Joubert. Il y réussit parfois d’une façon qui tient du miracle. ”
Jean-Paul Clarens, Joubert... (Nouvelle édition) (1893)
“ « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », l'auteur des Pensées a écrit avec une concision non moins frappante cette phrase dont le sens devrait être continuellement médité : « Je ne veux ni d'un esprit sans lumière, ni d'un esprit sans bandeau. Il faut savoir bravement s'aveugler pour le bonheur de la vie. » Il s'est rencontré pourtant des critiques superficiels qui ont cru devoir reprocher à Joubert de n'avoir rien inventé en morale, en esthétique ou en philosophie, et de n'ètre qu'un traducteur ingénieux de la sagesse banale, celle qui court les rues. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Joubert est dans l’admiration et dans l’attendrissement des lettres que vous lui écrivez, d’où je conclus que ce ne sont pas vos chefs-d’œuvre. Il est retombé dans sa manie universitaire ; il n’a pas de plus grand bonheur que de pouvoir s’enfermer avec quelques inspecteurs, recteurs ou proviseurs, et de les pérorer tant et si longtemps qu’il est ensuite obligé de se coucher pendant huit jours et qu’il a le plaisir de se plaindre éternellement. ”
Charles Morice, La Littérature de tout à l’heure
“ Joubert est né au milieu du XVIIIe siècle, il n’en a pas été touché. Si, comme il le déclare, la Révolution a chassé son esprit du monde réel en le lui rendant trop horrible, le désastre de l’Art chrétien et classique ne l’a désespéré ni de Dieu ni de l’Art. Un peu pressé dans les bornes évangéliques, il est aussi métaphysicien qu’un esprit français peut l’être par lui-même ; il a des mots comme celui-ci : « L’espace est la stature de Dieu. » Bien loin de laisser son style s’abandonner aux lâchetés de l’époque, il le serre et le concentre. ”
Charles Du Bos,
Extraits d'un journal, 1908-1928
(1928)
“ Joubert n'est jamais ni trop long, ni trop court : le raccourci n'est pas concevable quand on pense à lui, mais pas davantage l'amplification : s'il peut parfois paraître un peu lent à ces gens pressés que sont presque tous aujourd'hui, cela tient à ce qu'il passe soigneusement par tous les points du trajet, mais regardez-y de près : il n'y en a aucun qui n'apporte quelque chose : pas un membre de phrase qui ne dessine ce que volontiers j'appellerais les belles joues de la pensée joubertienne. ”
Jean-Paul Clarens, Joubert... (Nouvelle édition) (1893)
“ Enfin pour caractériser d'une manière exacte la personnalité de Joubert, il faut dire qu'il doit être placé au premier rang de « ces philosophes dont la science n'est ni ardue, ni exigeante, ni compliquée, bienfaisants et doux moralistes qui s'adressent à la fois à la raison et au sentiment, qui émeuvent et troublent pour le bien, philosophes enfin qui, en enseignant la vertu et l'amour de Dieu, deviennent à leur insu les plus aimés parmi les initiateurs du genre humain* ». ”
Alfred Assollant,
Claude et Juliette
(1862)
“ Cela nous mit du coeur au ventre. C'était un joli garçon, frais comme une rose, — comme nous étions tous d'ailleurs, en ce temps-là, soldats et généraux, étant à peu près du même âge, et ayant rasé nos premiers poils de barbe en 1792; — du reste, ambitieux jusqu'à vouloir décrocher la lune. Du premier coup d'oeil Joubert vit bien où le bât nous blessait. « Allons, mes enfants, dit-il, c'est assez reculé. En avant, et vive la République! » Dans le même temps, il part le premier pour attaquer les Russes. Nous le suivons au pas de charge et en chantant la Marseillaise. ”
Bathild Bouniol, Les rues de Paris
“ Plein de manies et d’originalité, M. Joubert manquera éternellement à ceux qui l’ont connu. Il avait une prise extraordinaire sur l’esprit et sur le cœur, et quand une fois il s’était emparé de vous, son image était là comme un fait, comme une pensée fixe, comme une obsession qu’on ne pouvait plus chasser. Sa grande prétention était au calme, et personne n’était plus troublé que lui ”
Bibliothèque nationale, Joseph Joubert : 1754-1824 : exposition organisée pour le 200e anniversaire de sa naissance… (1954)
“ Entre Diderot et Chateaubriand il n'y a qu'une génération, mais la distance est immense : Joubert sut la franchir aisément. L'ami de Sébastien Mercier, l'amant d'Agnès Restif de la Bretonne, le journaliste besogneux, le polygraphe curieux, l'essayiste adroit, le Joubert d'avant 89 deviendra en 1808, inspecteur général de l'Université par la grâce du tout-puissant Fontanes, et s'intéressera aux problèmes pédagogiques. ”
“ Quand tout s’épaissit autour de nous et va grossissant le bruit et le tumulte, il semble que cet ingénieux atticisme, cette grace souriante et attristée, cette pénétrante analyse des détours et des délicatesses de l’ame, ce sentiment exquis de tout ce qui se dit à demi-mot et s’éclaire à demi-teinte, ce style baigné dans les belles eaux virgiliennes, tout ce trésor de qualités aimables qui compose la physionomie littéraire de M. Joubert, ne puisse plus nous apparaître qu’à travers des ombres, en des perspectives fuyantes et voilées. ”
André Beaunier,
Joseph Joubert et Tahiti
“ Et il est enchanté, comme le jour d’autrefois où il quitta Montignac-sur-Vézère pour la ville rose de Toulouse : — car il devine l’étendue de la terre, vaste au gré de son imagination ; — et comme au temps où, frais débarqué à Paris, il entendait M. Diderot lui raconter mille prodigieuses fantaisies ; — car son esprit découvre des perspectives nouvelles. En 1785, son cher ami Fontanes est parti pour Londres. Et Joubert l’a prié d’attraper là-bas, touchant Cook et ses compagnons, des informations que l’on n’avait point à Paris. La correspondance des deux amis témoigne du souci de Joubert. ”
Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes
“ L’esprit n’a point de part à la véritable poésie ; elle est un don du ciel qui l’a mise en nous ; elle sort de l’âme seule ; elle vient dans la rêverie ; mais, quoi qu’on fasse, la réflexion ne la trouve jamais. L’esprit, cependant, la prépare, en offrant à l’âme les objets que la réflexion déterre, en quelque sorte. L’émotion et le savoir, voilà sa cause, et voilà sa matière. La matière sans cause ne sert à rien ; la cause sans matière vaudrait mieux : une belle disposition qui demeure oisive, se fait au moins sentir à celui qui l’a, et le rend heureux. ”
Edmond Chevrier, Le Général Joubert, étude sur sa vie… (1884)
“ Joubert est une des plus grandes figures de notre drame politique. C'était un vrai républicain, mais sans la plus légère teinte de jacobinisme (1) , et ne nourrissant, au milieu des plus nobles pensées, aucune idée que le républicanisme le plus pur aurait désavouée. Il n'était pas comme Bernadotte.... On a accusé Joubert d'avoir eu l'intention de se faire chef de l'Etat. Beaucoup de biographes attestent cette absurdité; quand je dis absurdité, ce n'est pas que je pense que la chose elle-même n'eût pu être convenable, si Bonaparte eût été roi en Egypte et si Joubert eût été vainqueur à Novi. ”
Charles Du Bos,
Extraits d'un journal, 1908-1928
(1928)
“ Il aide à pouvoir mais non pas à être plus. » De même, il faut souligner la pensée suivante « Ce n'est pas ma phrase que je polis, mais mon idée. Je m'arrête jusqu'à ce que la goutte de lumière dont j'ai besoin soit formée et tombe de ma plume ». Ceci nous emmène très loin d'une perfection qui ne serait que d'ordre technique. J'aurai — et ce ne sera certes pas facile — à définir la perfection de la phrase de Joubert ”
Jean-Paul Clarens, Joubert... (Nouvelle édition) (1893)
“ Joubert s'est nourri de cette féconde doctrine. Suivons-le rapidement dans l'expression de ses idées : « L'homme n'habite, à proprement parler, que sa tête et son cœur. Tous les lieux qui ne sont pas là ont beau être devant ses yeux, à ses côtés ou sous ses pieds, il n'y est point... » et il ajoute : « L'âme est une vapeur allumée qui brûle sans se consumer; notre corps en est le falot. Sa flamme n'est pas seulement lumière, mais sentiment. Les idées... ! elles sont avant tout et précèdent tout dans notre esprit. » ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Sauf quelque hésitation de la forme, voilà déjà le tour des véritables pensées de Joubert, leur subtilité ravissante. L’idée a des facettes qui, l’une après l’autre, brillent différemment. Ces facettes : les mots d’innocence, d’ignorance et de vertu. Elles passent vite ; leur jeu est joli. Mais ce n’est pas du tout la pensée d’un innocent, cette pensée qui distingue si bien l’ignorance et la vertu, cette pensée vertueuse et qui goûte, comme de loin, l’amabilité naïve de l’ignorance : on n’est plus naïf, quand on ressent les délices de la naïveté. ”
Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes (1842)
“ Il n'y a que de l'esprit dans nos pensées ; il n'y a pas d'âge, d'expérience, et de cette gravité qui s'y joint, quand elles ont passé par les affaires humaines. Une pensée est tantôt un simple mouvement, et tantôt une action de l'âme. Ce que nous appelons âme dans les hommes est invariable ; mais ce que nous appelons esprit n'est le même ni à tous les âges, ni dans toutes les situations, ni tous les jours. L'esprit est quelque chose de mobile, dont la direction change par tous les vents qui soufflent constamment. ”
Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes (1850)
“ Là ne se bornaient pas les amitiés illustres que M. Joubert comptait dans la vie. Autour de lui se pressaient une foule d'écrivains ou d'hommes de goût qui venaient puiser dans sa parole féconde des inspirations ou des conseils. Les femmes les plus distinguées de son temps entretenaient avec lui un commerce que n'interrompaient ni ses longs séjours en province, ni les langueurs d'une santé défaillante. On né rencontre pas un esprit de cette portée sans lui supposer la force de produire un beau livre, ce témoignage suprême de l'humaine puissance. ”
E. Caro, Joseph Joubert et ses pensées
“ « Platon a les évolutions du vol des oiseaux ; il fait de longs circuits, il embrasse beaucoup d’espace, il tourne longtemps autour du point où il veut se poser et qu’il a toujours en perspective, puis enfin il s’y abat... En imaginant le sillage que trace en l’air le vol des oiseaux, qui s’amusent à monter et à descendre, à planer et à tournoyer, on aurait une idée des évolutions de son esprit et de son style. » De Joubert, comme de Platon, on pourrait dire que parfois, à force de monter haut, il se perd dans le vide ”
E. Caro, Joseph Joubert et ses pensées
“ C’était précisément là le rôle accepté par Joubert, si je ne craignais d’appliquer ce terme, à un homme si naturellement ennemi de ce qu’un pareil mot comporte. « Paisible société, dit-il lui-même, où n’avait accès aucune des prétentions qui peuvent désunir les hommes où la bonhomie s’unissait à la célébrité, où, sans y penser, on se faisait une occupation assidue de louer tout ce qui est louable où l’on ne songeait qu’à ce qui est beau. » C’est au sortir de ces réunions que Joubert résumait sa pensée sur la conversation. ”
Bibliothèque nationale, Joseph Joubert : 1754-1824 : exposition organisée pour le 200e anniversaire de sa naissance… (1954)
“ Après Rimbaud, en même temps que Lamennais et George Sand, un peu avant Sainte-Beuve et Gérard de Nerval, c'est Joseph Joubert qui est commémoré. Au milieu de ces renommées diversement illustres, la sienne a toujours paru discrète. Elle n'en est pas moins durable. Une Société des Amis de Joubert, animée par de hautes personnalités comme M. Yvon Delbos et M. André Maurois, la maintient ; ses concitoyens du Périgord ont élevé à Joubert un monument sur une place de Montignac et par de nombreux articles, par un choix nouveau de ses Pensées, il est redevenu présent pour le public d'aujourd'hui. ”
