“ C’est par une sorte d’intuition anticipée que l’imagination en a deviné l’intérêt. À l’heure qu’il est, il n’existe pas encore une véritable histoire de l’Espagne musulmane, j’entends une histoire sérieuse, faite avec critique et d’après les sources authentiques. L’Espagne musulmane est cependant le pays d’Europe où l’on a le plus écrit durant le moyen âge, et où le sentiment historique était à cette époque le plus exact et le plus développé. ”
Espagne musulmane
Définition et enjeux
Citations sur “Espagne musulmane”
Armand Lacour, Monographie de la marine française en Algérie (1877)
“ L'Espagne était le principal point de mire de leur cupidité et l'objet des plus frénétiques emportements de l'Islamisme depuis surtout qu'elle avait expulsé les Maures de Grenade vers la fin du XVe siècle — La chute de ce dernier rempart de la puissance musulmane sur le sol de la Péninsule avait jeté, en effet, sur l'autre rive de la Méditerranée, tout un peuple altéré de vengeance. ”
Émile de Laveleye,
Revue des Deux Mondes
“ L’épouse musulmane, même quand elle est unique, est toujours un être subalterne, une sorte d’esclave privée de toute culture intellectuelle, et comme c’est elle qui forme les enfans, filles et garçons, on en voit les funestes conséquences. Aux désastreux effets de l’islam il y a une exception, et elle est éclatante. Dans le midi de l’Espagne, les Arabes ont produit une civilisation merveilleuse : agriculture, industrie, sciences, lettres, arts ; mais tout cela venait directement de la Perse, de Zoroastre, non de l’Arabie de Mahomet. ”
Xavier Durrieu, Revue des Deux Mondes
“ Pour ce qui est de l’architecture, de la sculpture, de la peinture, de tous les arts enfin qui, en Espagne également, ont donné tant d’éclat à la civilisation musulmane, il est inutile que l’on aille au Maroc en chercher les vestiges ; les obscures mosquées, leurs tours massives, les trois immenses palais de l’empereur, les maisons des pachas et des grands, celles de quelques Juifs opulens, ne se recommandent que par la solidité de la construction. ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ Toute l’Espagne musulmane était donc réunie sous le sceptre du roi de Maroc; ce que le peuple et les faquis avaient désiré s’était accompli, et les faquis du moins n’eurent pas à se repentir d’avoir coopéré de la manière la plus active au succès de la révolution. Il faudrait remonter jusqu’au temps des Visigoths pour trouver un second exemple d’un clergé aussi puissant que le clergé musulman l’était sous le règne des Almoravides. Les trois princes de cette maison qui régnèrent successivement sur l’Andalousie, Yousof, Alî (1106-1143) et Téchoufîn (1143-1145) , étaient tous extrêmement dévots ”
Louis Viardot,
Études sur l'histoire des institutions…
(1835)
“ Quand ils avaient la langue la plus formée et la plus riche littérature de la jeune Europe, les Espagnols jouissaient aussi, plus que tout autre peuple , de la paix domestique et de la gloire extérieure. Depuis la chute de l'empire arabe proprement dit , c'est-à-dire depuis que les Almorâvides d'Afrique avaient enlevé les provinces de l'Espagne musulmane aux petits rois sortis des débris du khalyfat de Cordoue, la puissance chrétienne s'était immensément, accrue. ”
Xavier Durrieu, Revue des Deux Mondes
“ On savait déjà à quel degré de splendeur est parvenue en Espagne la société musulmane par le commerce, l’industrie et l’agriculture ; on ne savait point, on ne sait pas encore suffisamment qu’en littérature les Arabes n’en étaient point réduits à ces chroniques rimées, à ces poèmes bizarres, les Prairies dorées, la Douceur de la rose, les Rayons de la pleine lune, long-temps représentés comme le dernier effort de leur imagination et de leur intelligence ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ L’enthousiasme de la capitale s’était communiqué aux provinces, de sorte qu’en peu de temps Mahdî se vit à la tête d’une armée fort nombreuse; mais comme c’était le peuple qui avait fait la révolution et qu’il ne voulait pas se laisser commander par les anciens généraux qui avaient appartenu tous au parti de la cour, cette armée eut pour officiers supérieurs des hommes du peuple ou de la classe moyenne, des médecins, des tisserands, des bouchers, des selliers. Pour la première fois l’Espagne musulmane était démocratisée ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ Depuis plusieurs années, les provinces de l’Espagne musulmane se trouvaient abandonnées à elles-mêmes sans qu’elles l’eussent voulu. Le peuple en général s’en affligeait; il ne songeait qu’avec effroi à l’avenir et regrettait le passé. Les capitaines étrangers furent les seuls qui profitèrent de la décomposition totale de la Péninsule. Les généraux berbers se partagèrent le Midi; les Slaves régnèrent dans l’Est ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Il est vraiment difficile de s’expliquer autrement que par la volonté de la Providence la fatalité qui jette l’Europe chrétienne sur l’Afrique musulmane, contrairement aux projets les mieux arrêtés de ses hommes d’état. Au milieu de ses embarras et de toutes les incertitudes de son avenir, l’Espagne se trouve menacée d’une lutte avec l’empereur Muley-Abderraman, et la France en a à peine fini d’Abd-el-Kader dans ses propres possessions, qu’elle le retrouve sur ses frontières à la tête d’une armée marocaine, et se voit contrainte d’entrer dans une nouvelle carrière de périls et de hasards. ”
Charles Romey, Histoire générale d'Espagne (1838)
“ Nous continuerons à marquer la succession des khalifes, jusqu'à ce que l'Espagne musulmane se soit soustraite à leur autorité. 2 C'est ainsi qu'on nomme les partisans d'Ali, par opposition aux autres Musulmans appelés sonnites, ou de la tradition. Les deux grands schismes des Musulmans se sont partagés leur empire : aujourd'hui la Perse, et en général l'Asie, est aux schiites; la Turquie, l'Asie Mineure, la Syrie, l'Égypte, et toute l'Afrique jusqu'au détroit , aux sonnites. ”
Étienne Hurault, Au pays des rois catholiques : impressions d'Espagne (1908)
“ Ce ne sont pas les Arabes qui ont construit l'Alcazar, c'est le roi de Castille Pierre le Cruel. On accuse les monarques chrétiens d'avoir réagi à l'excès contre la civilisation arabe. Eh bien ! les mœurs et les goûts de celui-ci montrent, au contraire, comment la tradition musulmane risqua de compromettre irrémédiablement la civilisation chrétienne en Espagne. ”
Reinhold Baumstark, Philippe II, roi d'Espagne (1877)
“ Tout en reconnaissant la nécessité évidente de détruire la fausse civilisation musulmane en Espagne, tout en se rendant compte de l'influence bienfaisante qu'exerça cette mesure, on ne peut s'empêcher d'avoir la plus profonde compassion pour les Maures, quand on se rappelle les dispositions de la loi qui fut édictée contre eux. ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ On sait qu'en vertu des dispositions de la loi, les chrétiens et les juifs qui vivent sous la domination musulmane, sont dispensés, aussitôt qu'ils ont embrassé l'islamisme, de payer au trésor la capitation imposée à ceux qui persévèrent dans la foi de leurs ancêtres. Grâce à cette amorce offerte à l'avarice, l'Eglise musulmane recevait chaque jour dans son giron une foule de convertis qui, sans être complétement convaincus de la vérité de ses doctrines, se préoccupaient avant tout d'argent et d'intérêts mondains. ”
Florencio Janer,
Condition sociale des Morisques d'Espagne…
(1859)
“ Que les temps s'avancent, et nous trouverons sans aucun doute des époques encore plus heureuses pour la population musulmane, qui entrait peu à peu sous l'empire de la conquête espagnole. Maîtres de territoires déjà assez vastes , les rois d'Asturie et de Léon, comme ceux d'Aragon et de Navarre, avaient moins besoin de les étendre que de les conserver. Dès lors, la guerre cesse d'être une nécessité sociale aussi impérieuse qu'au moment où les chrétiens se trouvaient pauvres et sans ressources au sommet des montagnes ”
Leconte de Lisle,
Histoire du Moyen-Âge
“ Cette réunion devait déterminer en peu de temps la chute de la domination musulmane en Espagne. La guerre entre les Espagnols et les Maures se ralluma violemment vers 1482, sous le règne d’Aboul-Hacem qui avait succédé en 1466 à A-ben-Ismayl. Les succès des rois catholiques furent encore favorisés par les discordes civiles qui portèrent au pouvoir deux princes rivaux, Al-Zagal, maître de l’Alhamrâ, et Al-Zaquir (A-bou Abd-Allah) que les chroniques chrétiennes appellent Boabdil, maître de l’Albaycin. ”
Théodore Bachelet, Histoire du Moyen âge (classe de 3e… (1870)
“ Les Arabes établis en Espagne ne furent pas divisés, comme ceux de l'Orient. en sectes politiques ou religieuses; ils traité- rent les vaincus avec douceur, et l'on appela Mozarabes" c'est-à-dire Arabes mélangés ou étrangers, les nombreux chrétiens qui, tout en conservant leur religion et leurs mœurs, reconnurent la domination musulmane. Tous les arts de la paix fleurirent en Espagne, et, à aucune époque, la population de ce pays ne fut aussi considérable. ”
Amand Biéchy, Histoire de la domination des Maures en Espagne d'après Conde… (1846)
“ Ce n'étaient pas là, d'ailleurs, les seules causes de discordes qui existassent entre les Arabes : il y en avait dautres, plus pernicieuses peut-être, parce qu'ellesétaient plus prochaines et plus journaliéres. Les Arabes, quo le zèle pour l'islamisme avait poussés hors de leur pays, en étaient sortis par tribus, qui tontes se fixèrent sur la terre conquise avec tous les souvenirs d'amitié et de haine qu'elles avaient apportf5 de leur patrie. La tribu fut partout en Espagne l'élément de la soefété musulmane, la base de son organisation civile et militaire. ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ Cette fois il s’agissait de punir, non-seulement des mécréants, mais des conspirateurs fort dangereux. A l’époque où les musulmans conquirent le nord-ouest de l’Afrique, les juifs d’Espagne gémissaient donc sous un joug intolérable; ils appelaient de tous leurs vœux le moment de leur délivrance, et des conquérants qui, moyennant un léger tribut, leur rendraient la liberté et leur permettraient le libre exercice de leur culte, devaient leur apparaître comme des sauveurs envoyés par le ciel. ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ D’autres, les ci-devant serfs ou les descendants des serfs, voulaient empêcher à tout prix que le christianisme ne devînt de nouveau la religion dominante, car s’il le devenait, on ne manquerait pas de ressusciter de vieilles prétentions dont ils seraient les victimes. La religion était donc devenue un tison de discorde. Partout les Espagnols musulmans et les Espagnols chrétiens s’observaient d’un œil jaloux et méfiant; dans quelques districts ils se faisaient même une guerre meurtrière. ”
Xavier Durrieu, Revue des Deux Mondes
“ Cet amas singulier de problèmes qui se nomme la civilisation arabe, c’est l’Espagne, la seule Espagne qui nous en peut donner la solution péremptoire ; c’est elle qui, dans ses bibliothèques, en possède tous les élémens. Et cependant, depuis l’expulsion des Maures, l’Espagne n’a pas même daigné y prendre garde ; il a fallu que des étrangers se soient donné la peine d’exploiter les premières couches de cette mine, qui renferme les plus précieuses richesses de l’Orient, nous voulons dire les véritables dogmes de l’islam, les maximes véritables de sa philosophie. ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ En d’autres mots, il arriva en Espagne ce qui arriva dans tous les pays que les Arabes avaient conquis: leur domination, de douce et d’humaine qu’elle avait été au commencement, dégénéra en un despotisme intolérable. Dès le IXe siècle, les conquérants de la Péninsule suivaient à la lettre le conseil du calife Omar, qui avait dit assez crûment: «Nous devons manger les chrétiens et nos descendants doivent manger les leurs tant que durera l’islamisme [73] ». ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ Rarement la morgue aristocratique s’est montrée plus naïvement odieuse chez des hommes qui d’ailleurs, dans les relations qu’ils avaient entre eux, se distinguaient par une courtoisie parfaite. Pour eux les Espagnols, qu’ils fussent chrétiens ou musulmans, étaient la vile canaille; c’était leur terme consacré. Ils avaient donc créé contre eux des griefs inexpiables; aussi les collisions entre les deux races étaient fréquentes. Une trentaine d’années avant l’époque dont nous allons parler, les Espagnols avaient déjà assiégé les Arabes dans l’Alhambra, où ils avaient cherché un refuge [279] . ”
Valérie de Gasparin,
Andalousie et Portugal
(1886)
“ La puissance de l'Islam déclinait. Chaque année, et pour ainsi dire chaque mois voyait Aragon et Castille gagner du terrain. Tolède venait de se rendre aux Espagnols. Les Almohades épouvantés faisaient signe aux tribus du désert. Le cri d'Allah, qui avait franchi le détroit, allait réveiller la panthère africaine. Il s'agissait de l'Espagne, des villes aux merveilleux alcazars, des mosquées aux mille colonnes, des fontaines, des bois d'orangers, du bien-vivre, du bien-dire, de la chevalerie et du savoir. Une heure pouvait tout perdre. Un succès peut tout gagner. ”
Jules Trousset,
Histoire illustrée des pirates…
(1881)
“ Pendant près de huit siècles l'islamisme régna sur l'Espagne. Tolérant , civilisé , amolli par une longue paix, il laissa vivre et se développer à ses côtés la religien chrétienne qui grandit, se fortifia et devint bientôt assez puissante pour lutter contre lui. ”
Alfred Comyn Lyall,
Études sur les moeurs religieuses et sociales de l'Extrême-Orient…
(1885-1908)
“ Partout où ils fondaient un empire, les vainqueurs propageaient assidûment leur religion. Les Musulmans imprimèrent si vigoureusement le sceau de l'Islam sur les peuples soumis que, sauf en Espagne, leur religion n'a jamais plus perdu de terrain. Les Espagnols, qui venaient au XVe siècle d'exterminer chez eux l'Islamisme, entreprirent résolument de détruire en Amérique les croyances indigènes, et ils obtinrent un succès complet. Sous les Espagnols et les Portugais, le Mexique et le Sud-Amérique tout entiers furent obligés d'embrasser le catholicisme ”
Sociétés françaises de géographie. Congrès, Congrès national des Sociétés françaises de géographie… (1904)
“ Enfin, voici une preuve vivante : dix millions de chrétiens vivent depuis cinq siècles sous la domination des sultans et deux millions d'Israélites sont disséminés dans les diverses contrées musulmanes. Par contre, l'Islam domina huit siècles en Espagne et trois siècles en Sicile. Eh bien ! trouverait-on aujourd'hui un seul musulman dans l'un de ces deux pays redevenus chrétiens? Non, Mesdames et Messieurs, l'islamisme s'imposa uniquement par sa simplicité et parce qu'il s'adaptait admirablement au tempérament et aux mœurs des peuples qui l'ont adopté. ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ «Il n’y a qu’un seul Dieu et Mahomet est l’envoyé de Dieu.» Dès lors ils étaient musulmans et «affranchis d’Allah,» comme disait Mahomet. Nombre de serfs devinrent libres de cette manière, et il ne faut pas s’étonner de la facilité avec laquelle ils abandonnèrent le christianisme. Malgré le pouvoir illimité dont le clergé avait joui du temps des Visigoths, cette religion n’avait pas poussé en Espagne des racines bien profondes. ”
Joseph Toussaint Reinaud,
Invasions des Sarrazins en France
“ Nous n’avons pas une seule fois rencontré dans les chroniques arabes le terme mosarabe appliqué aux chrétiens d’Espagne qui vivaient sous la domination maure, bien que quelques auteurs chrétiens aient cherché l’origine de cette dénomination dans la langue arabe. A l’égard du mot par lequel les Espagnols désignaient les musulmans qui, à mesure que la cause de l’Évangile fit des progrès, consentirent à vivre sous la domination chrétienne, mot qui s’écrit mudejare, on trouve dans les écrivains ottomans un terme qui en paraît être l’équivalent; c’est celui de مدجّن. ”
Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne…
“ Dans la patrie de cet homme, l’islamisme avait fait à peu près les mêmes progrès qu’en Espagne. Il avait reçu dans son giron un nombre assez considérable de prosélytes, mais il n’avait pas étouffé les autres religions, et l’ancien culte, le magisme, florissait à côté de lui. Si les musulmans eussent rigoureusement exécuté la loi de Mahomet, ils n’auraient laissé aux Guèbres que le choix entre la conversion à l’islamisme et le glaive. ”
Charles de Mazade,
Les révolutions de l'Espagne contemporaine…
(1869)
“ Des insultes incessantes poussées jusque sous les murs de Ceuta, le pavillon espagnol abattu par les Maures de r Anghera, c'était là le prétexte, la cause ostensible et accidentelle du conflit; la vraie et profonde raison, c'est que là où chrétiens et musulmans sont en contact, malgré tous les efforts de la politique, il n'y a point de paix, il n'y a que des trêves, car aux yeux du fils de l'islam le chrétien est toujours l'ennemi. ”
