“ La religion naturaliste ou érotique de l’Inde a commencé par l’adoration de Siva, confondu d’abord avec le fétiche du membre viril, le linga. Le linga, qu’on rencontre partout dans l’Inde, sur les routes, aux carrefours et places publiques, dans les champs n’est point ce qu’était dans l’antiquité payenne le phallus, une image obscène et quelquefois un objet d’art. ”
Linga
Définition et enjeux
Citations sur “linga”
Paul Oltramare, L'histoire des idées théosophiques dans l'Inde (1906-1923)
“ Ce n'est pas que sous cette forme ancienne, le Sânkhya n'ait déjà sa triade :« Sache, dit Arâda, que l'ignorance, le karman (le fruit des actes) et le désir sont les causes du samsâra. Quiconque est engagé dans cette triade ne saurait arriver à la vérité (sattva!) » (Buddhacar. XII, 23) . 2. Aniruddha (p. 299) et Vijnânabhiksu (p. 57) interprètent le mot linga par laya-gamana et lui donnent par conséquent le sens de « ce qui se résout, se réabsorbe » dans sa cause. Le sens vulgaire de linga est « signe distinctif ». On dit indifféremment linga-sarira ou linga-deha. ”
Paul Regnaud,
Revue philosophique de la France et de l’étranger
“ C'est là que s'emmagasinent, pour ainsi dire, toutes les impressions recueillies par les sens dans les conditions diverses de la transmigration. Le linga, qui est le siège de ces impressions, est transparent comme le cristal, en raison de sa subtilité, et subit des modifications diverses provoquées et développées par le bien et le mal (accompli antérieurement) sous l'effet des relations delà buddhi avec les sucs qui se trouvent dans les veines susdites. ”
“ Siva est le dieu de l’Inde qui a le plus de sanctuaires et le linga est le symbole le plus répandu. On le trouve à profusion au Cambodge où, tous les ans, à la fête du renouveau, on promène dans les rues en procession un immense linga creux dans lequel se tient un jeune garçon qui en forme la tête épanouie. ”
Vatsyayana, Théologie hindoue. Le Kama soutra
“ On voit par cette dédicace que le voeu ou la consécration d'un linga était un acte d'austérité et que le linga, comme Siva, avait un culte plutôt sévère qu'aimable.Le culte de Priape, en Grèce, paraît avoir eu à peu près le même caractère. C'était une divinité rurale dont le délicieux roman de Daphnis et Chloé nous donne une idée respectable et sympathique, nullement licencieuse. Ce caractère paraît avoir changé à Rome par l'effet du progrès de l'érotisme dans toutes les religions de l'Inde. ”
“ La haute antiquité du culte du linga dans l’Inde et la certitude aujourd’hui acquise d’une expansion ou éruption de l’hindouisme vers l’Occident, antérieur aux sept sages de la Grèce, rendent très probable l’opinion que c’est de l’Inde qu’est venu le culte phallique ; d’abord associé sans doute à celui des divinités assyriennes et phéniciennes dont l’une a pu représenter Siva, il s’établit ensuite avec éclat dans l’île de Chypre qui lui fut consacrée tout entière. ”
Henry Morau, Des mutilations génitales au point de vue anthropologique et psychologique (1896)
“ Or, en remontant un peu plus haut dans l'histoire de l'humanité, il faut forcément lire les livres Indiens, les Vedas. Dans l'un des livres de cet admirable ensemble qui forme les Vedas, le Linga-Pourana, nous trouvons très explicitement exposée la création même du culte phallique ou mieux, pour parler le langage indien, du lingam-yoni dans une légende se rapportant à Siva. ”
Vatsyayana, Théologie hindoue. Le Kama soutra
“ Comme il ne s'est trouvé aucune trace de fétichisme chez les Ariahs de l'époque védique, ni aucun autre fétiche dans le culte brahmanique postérieur, il faut penser que le linga est le fétiche probablement très ancien d'une race assujettie, peut-être les Daysous noirs, et que les Brahmes, pour s'attacher cette race, adoptèrent Siva et le linga, en confondant à dessein Siva avec Roudra, le dieu védique qui s'en rapprochait le plus par ses attributs: Siva était sans doute le dieu national d'une partie notable de l'Inde avant la conquête Aryenne ”
Auguste Barth,
Les religions de l'Inde
(1879)
“ Outre les images, il y a des symboles ; en première ligne celui de Çiva, le phallus. Ce dieu est en effet figuré de bien des façons ; mais ses véritables idoles sont les lingas. Les commencements du culte du linga sont obscurs. Creuzer en faisait, après celui de la triade, la forme religieuse la plus ancienne de l'Inde 2, et il se peut en effet que, comme pratique de fétichisme populaire, il remonte aux temps les plus reculés. Mais il n'a certainement pas pénétré dans les grandes religions du Vêda, où il y a bien des idées et des rites phalliques 3, mais point de culte du phallus. ”
Paul Oltramare, L'histoire des idées théosophiques dans l'Inde (1906-1923)
“ A la différence du corps issu de père et mère, corps grossier qui est dissous par la mort, le linga-sarlra passe de naissance en naissance, et constitue ainsi l'identité de l'individu dans toute la série de ses existences. ”
Louis Langlès, Monuments anciens et modernes de l'Hindoustan… (1821)
“ M. Blackader, qui paroît avoir consulté les Annales de la Pagode, désigne (p. 451) la même idole sous la dénomination de Tchoka-lingam, et cette variante vient à l'appui de mon opinion, puisque le linga (que les Malabars prononcent lingam) est un des emblêmes de Siva, la troisième personne de la trinité indienne. Comment les organes réunis de la génération sont-ils devenus l'emblême du pouvoir changeur de formes ? c'est ce que nous essayons d'expliquer dans le Discours préliminaire de cet ouvrage. TCHOULTRY ou Hospice de TREMAL-NAÏK à MADHOURÈH. singulière, de bijoux et d'étoffes de soie. ”
Antoine de La Mazelière, Essai sur l'évolution de la civilisation indienne… (1903)
“ Pour les çivaïtes, Çiva est la matière infinie, éternelle, dont les éléments, les minéraux, les plantes, les animaux, les hommes et les dieux sont les vêtements, un moment portés, puis jetés comme une défroque impure. Le Grand Tout a pour symbole le Linga, le membre viril, de tout temps adoré par les dravidiens. Les autres idoles veulent être nourries sous peine de perdre leur vigueur; mais sur le phallus on pose des feuilles de bilva trempées dans l'eau du Gange : qu'elle s'apaise enfin cette hideuse énergie qui peuple sans cesse les mondes de créatures prédestinées au crime et au malheur ! ”
Chefs-d'oeuvre du théâtre indien… (1828)
“ Il est couvert de cendres, nu, les yeux rouges d'ivresse L dans une main il tient une conque et dans l'autre un tambour. Le linga est une image symbolique de ce dieu : c'est une pierre noire qui a la forme d'un pain de sucre. Quand on donne à Siva la forme de Mahâ Câla, son teint est alors couleur de fumée ; ses vétemens sont rouges ; il a trois yeux, des c h eveux re levés en nœu d , et surmontés du croissant de la lune, un large ventre, de longues dents, un collier de crânes humains, un bâton dans une main et dans l'autre un pied de lit. ”
Eugène Burnouf,
Introduction à l’histoire du bouddhisme indien
“ Dans un chapitre spécialement consacré aux Mantras, le culte des Divinités çivaïtes est positivement recommandé, et le premier Mantra est ainsi conçu : « Ôm ! Adoration au serviteur de Mahâkâla qui habite dans les cimetières. » Le Linga figure parmi les objets de cette adoration superstitieuse. On y donne le moyen de se débarrasser d’un ennemi en traçant son image d’une certaine manière et avec des formules déterminées. ”
François Laouënan, Du brahmanisme et de ses rapports avec le judaïsme et le christianisme… (1884)
“ Le Linga est représenté par une pierre verticale ou une colonne taillée ou brute. Dans les plaines cultivées, aux abords des pagodes, il est généralement poli ; dans l'intérieur des pagodes, il s'élève vis--àvis de l'idole sous la forme d'une colonne monolithe surmontée d'un chapiteau. Dans les campagnes incultes et les lieux déserts, on le rencontre ordinairement à l'état brut ; c'est la première pierre venue qu'un passant a placée debout sur le bord d'un étang ou du chemin, qu'on oint d'huile et de safran, et qui est ainsi devenue une divinité. ”
Prince de Valori, Don Carlos dans les Indes (1886)
“ D'ailleurs, beaucoup des choses les plus intéressantes ont été transportées au Jardin zoologique de Londres, entre autres un éléphant taillé dans le roc, de treize pieds de longueur et le tout à l'avenant. La longueur du temple est de 130 pieds 1/2 anglais de longueur sur 130 pieds de largeur. Les bas-reliefs sont grotesques, mais imposants par leur grandeur. Il y a là la fameuse chapelle de la Linga. La Linga est la divinité infâme et principale de ce temple : Brahma, Vichnou et Siva eux- mêmes ne sont là que des divinités secondaires. ”
“ Réfugié auprès de tous ceux qui ont pour occupation la science du maître des maîtres du monde (Siva) , il l’a donné (le linga) à tous pour protéger le sattra (le soma offert en sacrifice comme symbole de la semence divine de Siva) de ces ascètes aux mérites excellents, l’ayant tiré des entrailles de son corps. 6°. C’est le Seigneur en personne (le linga est Siva lui-même) , se disaient tous ceux qui ont des mérites excellents (les ascètes) . Aussi vouèrent-ils une affection éternelle à ce yoghi aspirant à la délivrance (celui qui avait donné le linga) . ”
Louis Langlès, Monuments anciens et modernes de l'Hindoustan… (1821)
“ Tout le reste de cette surface est égal et uni ; mais on n'a rien de certain touchant la destination primitive de cette masse qui, suivant toute apparence, est entièrement solide. Le lord Valentia croit reconnoître ici un Linga, mais il n'en a pas sans doute bien examiné la forme, et il ne se rappeloit pas qu'il étoit dans un temple bouddhique, monument où l'on n'admet pas cette indécente idole. Nous remarquerons en outre, d'après le savant et judicieux M. Salt, que les dhagopes sont un ornement très commun dans les temples bouddhiques de l'île de Ceylan. ”
Auguste Barth,
Les religions de l'Inde
(1879)
“ Dans ceux qui sont consacrés au linga, par exemple, le culte est relativement simple, parfois môme austère, tandis qu'il atteint au maximum de la complication et du dévergondage dans ceux de Vishnu et de Durgâ A ce culte les fidèles, hommes et femmes, s'associent, soit individuellement, soit collectivement, par des prières, par des actes d'hommage et d'adoration, par dos ablutions dans l'étang sacré qui se trouve à côté de la plupart des temples, enfin par des dons et des offrandes. ”
Charles-François Dupuis,
L'origine de tous les cultes (Ed…
(18..)
“ Telle est aussi, chez les Indiens, l'origine du culte de Lingam, qui n'est autre chose que l'assemblage des organes de la génération des deux sexes, que ces peuples ont exposés dans les temples de la Nature pour être un emblême toujours subsistant de la fécondité universelle. Les Indiens ont la plus grande vénération pour ce symbole, et ce culte remonte chez eux à la plus haute antiquité. C'est sous cette forme qu'its adorent leur grand dieu lsuron, le même que le Bacchus grec, en l'honneur duquel on élevait le Phallus. ”
Louis Langlès, Monuments anciens et modernes de l'Hindoustan… (1821)
“ Tout à l'entour de cette pagode, dans la partie inférieure du monument, sur un fond uni, large de 6 pouces, règnent des inscriptions en caractères absolument semblables à ceux qu'on voit aux sept pagodes. L'intérieur est distribué en deux salles obscures : la première renferme les statues dorées de Râma et de Sîta, son épouse 1, tous deux habillés et drapés de manière qu'on ne leur voit que la tête ; un Linga est le seul ornement de la seconde salle. ”
Voltaire,
Fragments historiques sur l’Inde et sur le général de Lally
“ On nous a envoyé des Indes un petit Lingam d’une espèce de pierre de touche. Il est exposé à la vue de tout le monde, et n’a jamais effarouché les yeux de personne, soit que sa petitesse ne puisse faire une impression dangereuse, soit qu’on le regarde comme un simple objet de curiosité. ”
François Laouënan, Du brahmanisme et de ses rapports avec le judaïsme et le christianisme… (1884)
“ En quelques régions, et particulièrement dans la contrée montagneuse qui s'étend des environs de Gingi à Bangalore, en passant, par Vêlûr et Tripatûr, on observe un assez grand nombre de montagnes dont le sommet a été dénudé de manière que le rocher qui en forme le noyau, représente un gigantesque Linga, qu'on Peut apercevoir de loin. ”
Louis Langlès, Monuments anciens et modernes de l'Hindoustan… (1821)
“ Dans l'intérieur a 18 pieds de l'entrée, vingt piliers du même ordre que ceux d'Eléphanta forment une enceinte dans laquelle se trouve une chambre (H) d'environ 24 pieds en carré, dont les quatre portes répondent aux quatre côtés de la grotte. C'est évidemment un temple dédié à Mahâ-déva, puisqu'un piédestal (I) placé dans le milieu porte un Linga peint en rouge et surmonté d'une petite cloche pendue à une potence de bois couverte de fleurs ; les Hindous viennent encore rendre leurs hommages à cette idole. Des figures sculptées ornoient les murailles de ce temple. ”
Christoph Gottlieb von Murr,
Notice sur les estampes gravées par Marc-Antoine Raimondi d'après les dessins de Jules Romain et accompagnées de sonnets de l'Arétin…
(1865)
“ Dans tout le Bengale, les temples sont généralement consacrés à Shiva, représenté par un phallus, uni au pudendum muttebre. (Guerin, Astronomie indienne, 1847 , p. 216.) On trouve dans les souterrains d'Allahabad une quantité de lingams en pierre et des statues moitié hommes, moitié éléphants. Ces lingams sont régulièrement huilés, beurrés, parfumés de fleurs et saupoudrés de farine et de grains. ”
André Chevrillon,
Revue des Deux Mondes
“ Et les squelettes, qui signifient la mort, alternent avec les taureaux, qui signifient la vie. Tout au fond du sanctuaire, une pierre nue figure l’éternel Lingam. Devant cette transparence du symbole, devant cette révélation du dieu, on demeure saisi. L’idée rayonne de ces images et les transfigure. Ce Siva n’est plus une divinité étrangère, particulière à une certaine race, à une certaine époque et que l’on vient regarder en curieux et en voyageur. Nous la connaissons, cette puissance! c’est la nature elle-même qu’expriment ces formes ondoyantes ébauchées dans cette solitude souterraine. ”
Albert Montémont,
Les filles publiques de Paris et la police qui les régit…
(1839)
“ Les Hindoùx ont de plus le culte de Siva, c'est-à-dire du LinGam ou Phallus. Le lingam, que les dévots et les dévotent attachent, soit à leurs cheveux , soit à leurs bras , ou suspendent à leur cou, est une petite relique représentant Verenda ulriusque sexûs in aclu copulationis ”
Albert de Pouvourville, L'Art indo-chinois, par Albert de Pouvourville… (1894)
“ « Ce sont le « lingam », figuration cylindrique du mystère de Siva, soit le quadruple personnage de Brahma ; ils ont reproduit au dehors, en de gigantesques proportions, les quatre faces de la même divinité. ”
Johan Splinter Stavorinus, Voyage par le Cap de Bonne-Espérance à Batavia…
“ Le bord extérieur de la niche étoit divisé en petits compartimens carrés, sur lesquels on avoit représenté les actions de ces divinités ; mais toutes les figures en étoient horriblement mal exécutées. Ça et là on trouvoit aussi la représentation d’une divinité qu’ils adorent sous le nom de Lingam. Le culte qu’ils lui rendent est, sans contredit, le plus abominable qu’on puisse trouver parmi aucune secte d’idolâtres. Tout ce qui entourroit cette niche étoit orné d’or et d’argent de manière à éblouir la vue. ”
Louis Rousselet,
L'Inde des rajahs : voyage dans l'Inde centrale et dans les présidences de Bombay et de Bengale
(1875)
“ Emblème mystique de Siva. Le lingam est une borne cylindrique arrondie au sommet, placée au centre d'une pierre, entourée d'une rigole ovale. Cette pierre est le yoni, emblème des pouvoirs générateurs, comme le lingam est celui des pouvoirs fécondateurs. Les fidèles n'y voient que la représentation de Siva et de son épouse Parvati. Ces idoles remues constituent aujourd'hui la base du culte brahmanique moderne. On les trouve dans tous les temples, dans toutes les maisons. Les hommes couronnent l'idole de fleurs; les femmes l'arrosent d'huile ou simplement d'eau. ”
Pierre-Eugène Lamairesse,
L'Inde après le Bouddha
(1892)
“ Actuellement Siva est probablement le dieu qui compte le plus de sanctuaires. D'un bout à l'autre de l'Inde on rencontre à chaque pas ses temples, ses chapelles, parfois de simples niches ou des tertres où on l'adore sous le forme du lingam. On trouve le lingam à tous les carrefours, sur toutes les places publiques. ”
Pierre-Louis-Honoré Chauvet, L’Inde française
“ Les musées secrets qui ont révélé à notre siècle les tristes manifestations de la vie grecque et romaine pâlissent devant la vieille corruption du génie indien, qui a fait de l’obscène Lingam l’une des incarnations de leurs dieux. ”
Olivier, Voyage autour du monde : contenant la description géographique et pittoresque des divers pays… (1858)
“ Les plus laids sont ceux de Lingan, les plus beaux ceux de Mindanao, les plus braves ceux de Palembang. Lés femmes sont jolies, propres, souples et très-lascives ; les plus belles sont celles de Nias, de Formose, de Zamboanga, de Gilo, de Holo, de Java, d'Amboine, de Manila et de Boulacan : n'oublions pas que les femmes des deux derniers pays sont presque blanches. La grosseur de la tête des Malais est moindre que le septième de la hauteur ; leur nez est court, gros et quelquefois épaté ; leur bouche et leurs narines sont très-larges, même chez les femmes. ”
