“ Dioné a été longtemps la divinité principale d’une grande partie de la Grèce, particulièrement de l’Épire. Si nous examinons philologiquement son nom, il nous est aisé d’y reconnaître une forme féminine de Bios ou Zeus, le Dieu suprême, identique au Deits des Latins. Dioné était adorée à Dodone conjointement avec Zeus son époux, formant avec lui le couple sacré qu’on trouve dans toutes les religions primitives. Il est permis de l’identifier avec la Junon latine ; c’est la même fonction mythique et le même nom, qui veut dire simplement « la déesse. » ”
Dioné
Définition et enjeux
Citations sur “Dioné”
Florent Carton dit Dancourt,
Céphale et Procris
“ Procris, Dione Procris.Quelle peine, Dione, à la mienne est égale ?C'est pour amuser ma douleurQue l'amour a flatté mon coeurDe l'espoir qu'en ces lieux je reverrais Céphale.Dione.À se laisser amuser par l'amour [1530] On ne perd rien, je vous assure,Il arrête nos pas ici dans un séjourLe plus charmant qui soit dans la nature :Voyez de ce Palais la noble architecture,De ces jardins admirez la beauté. [1535] Ah ! C'est ici, sans doute un pays enchanté :Et pour moi de cette aventureJe conçois un heureux augure,L'amour a pour vous des desseinsQui s'éclairciront dans la suite. ”
Florent Carton dit Dancourt,
Céphale et Procris
“ Dione.Avec des débauchés on dit qu'il brille à table,Pour se faire valoir c'est là son seul moyen, [1895] C'est un fort bon ivrogne.Philacte.Hé bien,Un bon ivrogne n'est-ce rien ?C'est le talent le plus aimable?Dione.Fi donc.Philacte.Il a du coeur.Dione.Pour cet article, non :Du coeur ? C'est le plus grand poltron? [1900] Quand il suit Céphale à la chasseTout lui fait peur, tout l'embarrasse ;Une feuille, une mouche, un faon de biche, un daim,Le plus faible animal qui passeL'oblige à rebrousser chemin, [1905] Tout lui paraît une bête effroyable,Quelque sanglier redoutable. ”
Florent Carton dit Dancourt,
Céphale et Procris
“ N'est pas le plus heureux d'Athènes.Dione.C'est un des bons, le croiriez-vous ?Cela choque la vraisemblance :Mais vous comprenez bien que jusqu'aujourd'hui,Je n'ai point à Philacte encire fait confidence [1940] Des sentiments que j'ai pour lui.Philacte.C'est se conduire avec prudence.Dione.Si par hasard il les savait, je penseQu'il ne m'en saurait pas bon gré.Philacte.Pour cela non, j'en suis très assuré, [1945] Mais votre coeur paraît n'être ouvert qu'à la haine,Et les femmes pourtant sont faites pour aimer :Quelque autre que Philacte aura su vous charmer.Dione. ”
Jules Girard, Dodone et ses ruines
“ Bientôt auprès du dieu unique paraît son épouse Dioné, née d’un dédoublement de lui-même, et ainsi se fortifie le principe personnel et bienfaisant qui s’apercevait à peine dans les ombres de la foi primitive. L’apparition distincte de ce principe, c’est la naissance même de la Grèce, qui, seule dans tout l’Orient, confiante et libre, vivifie la foi par le mouvement de l’esprit et l’élan de l’imagination. Le sanctuaire de Dodone vient d’être retrouvé par M. Carapanos. On le cherchait généralement plus près du lac de Janina ; la plupart le plaçaient à Castritza. ”
Alfred Maury,
Histoire des religions de la Grèce antique…
(1857-1859)
“ Héra est sœur et épouse de Zeus. Cette divinité des Pélasges, dans laquelle viennent se confondre les traits de la Dioné pélasgique et de la déesse d'Argos, a pris dans Homère un caractère encore plus anthropomorphique que son époux. Presque toute trace de la personnification de l'air s'est perdue en elle ; c'est simplement une femme difficile et hautaine, jalouse et maussade, incommode compagne de la couche du roi des dieux. ”
Florent Carton dit Dancourt,
Céphale et Procris
“ C'est le seul bien qu'aux Dieux ma piété demande.Philacte.Son absence aurait beau durer, [1870] Votre douleur, je crois, n'en serait pas plus grande ?Dione.Pour cela non, je puis vous en jurer ;C'est son retour que j'appréhende.Philacte.Le bon esprit, l'heureux tempérament,L'aimable petit coeur de femme ! [1875] Quoi, si comme Céphale, il ressentait dans l'âmePour quelque autre que vous un tendre mouvement ?Dione.Pour le coup j'en rirais de tout mon coeur.Philacte.Comment ?Dione.Il peut en faire la folie ;Tous les coeurs sont soumis au pouvoir de l'Amour ”
“ On peut en induire que nous voyons dans Homère le vrai mythe grec, le mythe indigène, et dans Hésiode nue importation étrangère dont il n’est pas difficile de démêler la source. Etudions d’abord l’Aphrodite grecque, la fille de Dioné. Cette Dioné, comme divinité distincte d’Aphrodite, a été plus tard mise eu oubli, par suite de la prédominance qu’avait prise le mythe hésiodique. La déesse née de l’écume des rints ne pouvait plus avoir de mère. Dès lors le nom de la mère devint un des surnoms de la fille. Aphrodite est déjà nommée Dioné chez les Alexandrins, chez Théocrite notamment. ”
Dante Alighieri,
La divine comédie (Nouvelle édition…
(1879)
“ CHANT HUITIÈME 1. Vénus, élevée dans l'ile de Chypre. 2. Dioné, nymphe, fille de l'Océan et de Thétis. Elle fut aimée de Jupiter, et il eut d'elle Venus, surnommée Dionée, du nom de Dioné, sa mère. 3. On lit dans le premier livre de Y Enéide que l'Amour s'offrit à Didon sous les traits d'Ascagne, et inspira à cette princesse une passion pour Enée (vers 178) . 4. Dante veut dire que le soleil, tantôt précède et tantôt suit l'étoile de Vénus. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Études sur les religions sémitiques…
(1905)
“ Sur cela Kronos donne la ville de Byblos à la déesse Baaltis, qui est Dioné, et Béryte à Poseidon et aux Cabires, soit chasseurs, soit pécheurs (1) , qui divinisèrent à Béryte les restes de Pontos. Auparavant le dieu Taaut, ayant imité la forme extérieure des dieux réunis, Kronos, Dagon et les autres, dessina les caractères sacrés de l'écriture. ”
Dante Alighieri,
La Divine Comédie
“ Le monde, en son péril [1] , croyait que la belle Cypris, tournant dans le troisième épicycle [2] , inspirait le fol amour : ce pourquoi, non-seulement lui offraient des sacrifices et des hymnes votifs les peuples antiques dans leur antique erreur, mais ils honoraient aussi Dioné [3] et Cupidon, celle-là comme sa mère, celui-ci comme son fils, et ils disaient qu’il s’assit dans le giron de Didon [4] ; et de celle par qui je commence [5] ils tiraient le nom de l’étoile que, tantôt devant, tantôt derrière, avec amour regarde le Soleil. ”
James George Frazer,
Les origines magiques de la royauté
(1920)
“ Tout cela est vrai, mais on peut parer à l'objection en faisant observer que les deux couples divins — Jupiter et Junon, d'un côté, Dianus et Diane, ou Janus et Jana de l'autre — ne sont que de purs doublets les uns des autres, leurs noms et leurs fonctions étant identiques de substance et d'origine. Leur quatre noms, en effet, dérivent de la même racine aryenne DI, qui signifie resplendissant de lumière et d'éclat, racine qui apparaît dans les noms des déités grecques correspondantes, Zeus et son ancienne épouse Dione (1) . ”
Jules Girard, Dodone et ses ruines
“ Le Jupiter de Lucien se plaint à Ménippe que son foyer de Dodone soit plus froid que les Lois de Platon ou que les syllogismes de Chrysippe. Cependant ce ne fut pas une désertion complète, et l’oracle fut consulté jusqu’à la fin du paganisme. Des monnaies trouvées près du temple paraissent à l’auteur des fouilles attester cette persistance du culte de Zeus Naïos et de Dioné, et il croit pouvoir appuyer, en outre, cette conclusion sur des consultations dont il a fait aussi la découverte au milieu d’autres inscriptions et de débris d’ex-voto. ”
Dante Alighieri,
La divine comédie (Nouvelle édition…
(1879)
“ J'approuve celui qui méprise ce globe ; et l'homme qui pense à d'autres biens est, selon moi, doué d'une vraie prudence. Je vis la fille de Latone 10 : elle n'offrait pas ces ombres qui m'avaient ait croire qu'elle était traversée par des corps clairs et obscurs. Je supportai la vue de ton fils, ô Hypérion ! j'observai comment se mouvaient autour de lui, et dans son voisinage, Maïa et Dioné : ensuite je considérai Jupiter, qui tempère la froidure de son père et la chaleur de son fils, et je m'expliquai facilement les variations qu'ils éprouvent. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1850)
“ La reine ayant achevé le récit de sa nouvelle, tous bénirent le ciel d'avoir récompensé la constante générosité de Fédéric. Dionéo, qui n'attendait jamais qu'on lui commandât de parler, prit la parole en ces termes : Je ne sais si c'est un vice d'éducation parmi les hommes, ou si c'est un travers qu'ils tiennent de la nature, d'être frappés plus vivement et d'une manière plus agréable des actions déshonnêtes et criminelles que de celles qui sont décentes et louables. ”
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ La nouvelle contée par Dioneo amena tout d’abord quelque vergogne au cœur des dames qui l’écoutaient, vergogne qui se manifesta par une honnête rougeur sur leur visage. Puis, se regardant les unes les autres, et pouvant à peine tenir leur sérieux, elles écoutèrent en riant sous cape. Mais quand la nouvelle fut finie, la reine, après avoir gourmandé Dioneo, et lui avoir fait comprendre que de semblables récits ne devaient pas être faits devant des dames, se retourna vers la Fiametta qui était assise sur l’herbe auprès de lui, et lui ordonna de suivre l’ordre adopté. ”
Alfred Driou, Les peuples illustres : descriptions topographiques… (1881)
“ De chaque côté de cette porte s'élèvent deux autels, consacrés le premier à Neptune et à Erechthée, les deux autres au héros Butés, fils de Pandion, mari de Cithonia, fille d'Erechthée, prêtre de Minerve et de Neptune, et à Vulcain, et le dernier à Dioné, fille de l'Océan. La muraille est décorée de peintures relatives aux faits et gestes de Butès. La porte franchie, on pénètre dans le sanctuaire de MinervePoliade, c'est-à-dire protectrice de la ville. Ce naos ne compte pas plus de sept mètres sur quatre : il ne reçoit de jour que par la porte. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1846)
“ Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vous exhorter d'avoir soin, autant que vous le pourrez, de joindre l'utile à l'agréable : c'est un devoir'dont chacun de vous s'acquittera parfaitement. Au reste, je conserve à Dionéo le privilège qui lui a été accordé par la reine à qui j'ai l'honneur de succéder. ”
Pierre Louis Ginguené, Histoire littéraire d'Italie (3…
“ Celui de Fiammette reparaît encore ici parmi ceux des sept jeunes femmes. Dionée et Fiammette, sont amants; et, à la fin de la septième Journée, il est dit que Fiammette et Dionée chantent long-temps ensemble les aventures d'Arcite et de Palémon. Or ces aventures sont le sujet de la Théséide, poëme que Boccace avait fait autrefois pour Fiammette elle-même; la conclusion est évidente, et il y a de la modération à ne donner que comme conjecture l'opinion que Dionée et Boccace ne font qu'un. ”
Victor Bérard, De l'origine des cultes arcadiens… (1894)
“ Cette triplicité du dieu et de la déesse est conforme à tout ce que nous savons des théogonies sémitiques. Les Chaldéens ont le triple Anu-Belu-Ea, époux de la triple Anatu-Beltu-Davkina (1) . Dans Sanchoniathon, Ouranos envoie à Kronos ses trois filles, Astarté la Vierge, Rhéa et Dioné (2) ; le même Ouranos a trois fils, "IXov TOV xal Kpovov [xal BÉTUXOV] (3) -, xal Aayàv ôç ÈO-TI SÎTCOV, xal "ATXavTa : le dieu suprême se manifeste dans le triple El-DagonAtlas, uni à la triple Astarté-Rhéa-Dioné. ”
Dante Alighieri,
Divine Comédie, traduction par M. Henri Dauphin…
(1886)
“ Dans le monde païen, les hommes croyaient, au péril de leurs âmes, que la belle Vénus, du haut de la troisième sphère, dont elle dirigeait la marche, dardait sur la terre les feux de l'amour profaneI. Aussi ne voit-on dans l'antiquité qu'hommages rendus, que sacrifices offerts, que vœux adressés, non seulement à cette fausse divinité, mais encore à Dioné2, à Cupidon, que les mortels adoraient comme sa mère et son fils, disant de ce dernier qu'il avait reposé sur le sein de Didon 3 ”
Cornélius Népos,
Vies des grands capitaines
“ Il maria la première à Denys, son fils, auquel il laissa son trône, et la seconde, Arété, à Dion. Indépendamment de cette illustre alliance et de l’excellente réputation de ses ancêtres, Dion tenait encore de la nature beaucoup d’autres avantages : un esprit docile, honnête, propre aux meilleures études, cette dignité d’extérieur qui impose aux hommes, et en outre, de grandes richesses que son père lui avait laissées, et qu’il avait lui-même augmentées des présents du tyran. ”
Edmond Saglio,
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines
“ « La part de Dionysos, dit Plutarque, égale à Delphes celle d’Apollon [1] . » Les Delphiens croyaient posséder dans l’endroit le plus saint du temple pythique la tombe de Dionysos [2] ; mais ce dieu, qui était mort et enterré, ressuscitait périodiquement : « quand commence l’hiver, continue Plutarque [3] , ils cessent de chanter le péan, pour réveiller le dithyrambe, car c’est alors à Dionysos que s’adresse le culte ». Ils « réveillent le dithyrambe [4] », c’est-à-dire qu’ils rappellent à la vie, par la vertu magique des rites, Dionysos Dithyrambe endormi du sommeil des morts. ”
“ Car Dion, très ouvert à toutes choses et spécialement aux discours que je lui tenais, me comprenait admirablement, mieux que tous les jeunes gens que b j’ai jamais fréquentés. Il décida de mener désormais une vie différente de celle de la plupart des Italiens ou Siciliens en faisant beaucoup plus de cas de la vertu que d’une existence de plaisir et de sensualité. Dès lors, son attitude devint de plus en plus odieuse aux partisans du régime tyrannique, et cela jusqu’à la mort de Denys [11] . ”
Th. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Sur le terrain même de la philosophie et de l’histoire, c’est lui qui, avec ses habitudes d’observation positive et d’imagination vivante, lui a fait entrevoir, le premier, la profonde importance du mythe de Dionysos dans l’ancienne civilisation hellénique. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1850)
“ En achevant ce conte vertueux, la reine céda la parole au joyeux Dionéo, qui ne fit pas languir son auditoire. NOUVELLE X.-— Le calendrier des vieillards. J'ai l'idée, dit ce cavalier, de vous entretenir de la bêtise de certains maris qui, moins heureux que Bernard, soutiennent obstinément que leurs femmes sont incapables défaire brèche à la foi conjugale. Il en est qui, tandis qu'ils vont s'amuser de côté et d'autre et voltiger de belle en belle comme des papillons, ne laissent pas de s'imaginer que. ”
Edouard Schuré,
Revue des Deux Mondes
“ Zeus le reçut dans son sein, pour générer un nouveau fils, et foudroya les Titans. De leurs corps brûlans, mêlés aux vapeurs sorties du corps lacéré de Dionysos, est née l’humanité. Mais de la partie la plus pure de Dionysos, de son cœur, replongé et refondu dans le sein éthéré de Jupiter, naissent les génies et les héros. De lui naîtra aussi le nouveau Dionysos, dans lequel les âmes éparses dans l’univers reconnaîtront leur divin modèle. Ainsi le Dieu, morcelé dans l’humanité souffrante, retrouvera son unité radieuse en Dionysos ressuscité. ”
Edouard Schuré,
Revue des Deux Mondes
“ Mais il y manquait encore l’essentiel : le principe organique, l’esprit créateur, qui joint les parties en un tout homogène, qui les pénètre de son souffle et y fait circuler la vie. — Il y manquait la conscience, le Moi. Or, pour les Grecs, le moi cosmique d’où sort le moi humain, le Dieu en action dans l’univers, — c’était Dionysos. Selon la tradition des sanctuaires, ce fut Orphée, un Dorien de Thrace, initié en Egypte, mais inspiré par le génie de son peuple et par son Daïmôn, qui fonda les Mystères de Dionysos et répandit son culte en Grèce. ”
“ Que si maintenant il inspirait ce même désir à Denys, comme il le tentait, il avait le plus grand espoir d’établir dans tout le pays, sans massacres, sans meurtres, sans tous ces maux qui se sont produits actuellement, une vie heureuse et vraie. Plein de ces justes pensées, Dion persuada à Denys de m’appeler, et lui-même me fit prier de venir au plus vite, n’importe comment, avant que d’autres influences [12] ne s’exerçassent sur Denys pour e l’engager dans une existence qui serait autre que la vie parfaite. ”
Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque (1850)
“ Dion jouit d’une grande faveur sous Nerva et sous Trajan, et mourut dans un grand âge, avec le renom du premier des orateurs et des écrivains du temps. C’était un homme, en effet, d’un talent très-distingué, sinon un homme de génie. Parmi les quatre-vingts discours ou dissertations qui nous restent de lui, il y en a qui sont des morceaux remarquables : ainsi le Discours olympique, où Dion fait paraître Phidias expliquant devant les Grecs assemblés la composition de son Jupiter Olympien ; ainsi le discours intitulé Diogène, où il s’agit du gouvernement des États, et plusieurs autres encore. ”
