“ M. le général Mathieu Dumas, l’un des plus anciens officiers de l’armée française, est assis au côté gauche, près de MM. les généraux Clausel et Lamarque. Tout le monde connaît son Histoire des campagnes de la révolution et le talent avec lequel il sut organiser, en moins de six semaines, pendant les Cent-jours, cette armée héroïque qui alla mourir à Waterloo. M. le général Mathieu Dumas a fait en personne la plupart des guerres dont il a écrit l’histoire, et il possède une foule de connaissances positives qui rendent sa présence à la Chambre infiniment utile. ”
Citations sur “Mathieu Dumas”
Gustave Gautherot, La démocratie révolutionnaire… (1912)
“ On décrète pourtant l'envoi d'une députation de vingt-quatre membres aux Tuileries. Dumas en arrive à son tour et annonce l'imminence du péril : « Le roi, affirme Charlier — ami de Marat qui finira par le suicide, — le roi ne court aucun danger ; il est au milieu du peuple. » Et l'ex-capucin Chabot : « A l'ordre, le député qui a calomnié le peuple ! » La gauche et les tribunes invectivent à l'envi Mathieu Dumas qui ose représenter le roi « assailli, menacé, avili par le signe d'une faction. — Avili ! réplique-t-on, le bonnet de la liberté n'est pas avilissant ! » ”
Alexandre Dumas,
La San-Felice, Tome 03
“ Mais le général Maurice Mathieu donna un tel élan à ses troupes, que, quoique fatiguées par une marche forcée qu'elles avaient faite la veille, il commença par repousser l'ennemi, puis le chargea si vigoureusement à son tour, qu'il fut obligé de se réfugier dans Vignanello, et cela avec tant de rapidité et de confusion, que les canonniers n'eurent pas le temps de réatteler leurs pièces, qui ne tirèrent qu'une volée, et les laissèrent avec leurs fourgons entre les mains d'une cinquantaine de dragons qui formaient toute la cavalerie du général Maurice Mathieu ”
Alexandre Dumas,
La San-Felice, Tome 03
“ Championnet cependant se demandait s'il ne devait pas lui envoyer un officier d'ordonnance pour l'inviter à battre en retraite, ramener sur les flancs des Napolitains, Lahure d'un côté et Maurice Mathieu de l'autre, lorsqu'il vit que Macdonald commençait de lui-même à opérer cette retraite; en même temps, pour la faciliter, Duhesme se reformait en colonne et poussait une pointe vigoureuse au centre de cette masse, la heurtant d'un choc si vigoureux, qu'il la forçait à reculer. ”
Alexandre Dumas,
Les Mille et Un Fantômes
“ Je courus vers l'angle de la place où j'avais entendu le cri, et je vis, à la lueur de la lune sortant d'un nuage, une femme qui se débattait au milieu d'une patrouille de sans-culottes.Cette femme, de son côté, m'aperçut, et, remarquant à mon costume que je n'étais pas tout à fait un homme du peuple, elle s'élança vers moi en s'écriant:—Eh! tenez, justement voici M. Albert que je connais; il vous dira que je suis bien la fille de la mère Ledieu, la blanchisseuse. ”
Alexandre Dumas,
Les Quarante-Cinq
“ Elle se courba sur le banc, l’enveloppa de ses deux bras, y colla les lèvres, et aussitôt je vis ses épaules onduler sous l’effort de ses soupirs et de ses sanglots ; jamais vous n’avez ouï de pareils accents, mon frère ; jamais fer acéré n’a déchiré si douloureusement un cœur ! Tout en pleurant, elle baisait la pierre avec une ivresse qui m’a perdu ; ses larmes m’ont attendri, ses baisers m’ont rendu fou. — Mais c’est elle, par le pape ! qui était folle, dit Joyeuse ; est-ce que l’on baise une pierre ainsi, est-ce que l’on sanglote ainsi pour rien ? ”
Alexandre Dumas,
Vingt ans après
(1846)
“ D'aillpurs, si malheur arrive à deux de nous, ne vaut-il pas mieux que les deux autres soient en liberté pour tirer ceux-là d'affaire, pour ramper, miner, saper, les délivrer enfin? Et puis, qui sait si nous n'obtiendrons pas, séparément, vous de la reine, nous de Mazarin, un pardon qu'on nous refuserait réunis. Allons, Athos et Aramis, tirez à droite; vous, Porthos, venez à gauche, avec moi; laissez ces messieurs filer sur la Normandie, et nous, par la route la plus courte , gagnons Paris. — Mais si l'on nous enlève en route, comment nous prévenir mutuellement de cette catastrophe? ”
“ Tais-toi, Nazim.—Détachez Cambeba, reprit le jeune nègre d'un ton de suprême dignité qui eût fait honneur à un roi.Toukal, qui tenait la corde, se retourna vers Antonio, incertain s'il devait obéir. Mais, sans répondre à sa muette interrogation:—Je t'ai dit: «Tais-toi, Nazim», et tu ne t'es pas tu, répéta le Malais.—Quand un chien jappe après moi, je ne lui réponds pas et je continue mon chemin. Tu es un chien, Antonio.—Prends garde à toi, Nazim, dit Antonio en secouant la tête; quand ton frère Laïza n'est point là, tu n'es pas capable de grand-chose. ”
Alexandre Dumas,
Black
(1859)
“ La physionomie de Black enleva la situation. Le chevalier se leva de son siege, alla droit au chien, se jeta à genoux devant lui, et, le saisissant dans ses bras et le baisant à plusieurs reprises : — Je te pardonne* ami ! lui dit-il comme s'il eût eu réellement le pauvre Dumesnil sous les yeux ; je te pardonne ! j'oublie tout, excepté les sept années de bonheur et d'amitié que je dois à ton dévouement, les soins dont tu m'as comblé, l'appui que lu m'as prêté dans de bien tristes épreuves. Voyons, ne courbe pas ainsi la tête, frère; que diable! nous sommes tous des créatures ”
Hippolyte Parigot, Alexandre Dumas père
“ Ils brûlent les étapes, ils franchissent les obstacles avec cette belle humeur qui relève chez nous le courage. Le voyage à Calais, indiqué seulement dans les Mémoires, est digne des campagnes d’Italie pour la rapidité d’exécution. Et lorsqu’Athos s’érige en juge de son abominable épouse, n’oublions ni les cours martiales ni les tribunaux révolutionnaires. Si Danton et Napoléon furent les professeurs de l’énergie française, Dumas en est le romancier national dans les Trois Mousquetaires. Son roman est aussi dramatique que le leur — mais plus souriant et d’un agrément plus continu. ”
Hippolyte Parigot, Alexandre Dumas père
“ Hier encore, le roman de l’histoire nationale, suivant de près la publication des Mémoires du premier Empire, pensa retrouver son atmosphère de légende et reprendre son essor d’épopée. De jeunes romanciers se sont révélés, MM. Georges d’Esparbès, Paul Adam, Paul et Victor Margueritte à qui ni le talent ni l’énergie passionnés ne font défaut. Mais le père Dumas plane au-dessus d’eux, avec son bon sourire. Toujours en faveur dans les bibliothèques populaires, il continue à exercer sa séduction sur des intelligences plus cultivées. ”
Alexandre Dumas,
Vingt ans après
“ En ce moment on arrivait en vue de la petite auberge, et l’on apercevait de l’autre côté le cortége du blessé qui s’avançait guidé par M. d’Arminges. Deux hommes portaient le moribond, le troisième tenait les chevaux en main. Les jeunes gens donnèrent de l’éperon. — Voici le blessé, dit de Guiche en passant près du frère augustin ; ayez la bonté de vous presser un peu, sire moine. Quant à Raoul, il s’éloigna du frère de toute la largeur de la route, et passa en détournant la tête avec dégoût. ”
Alexandre Dumas,
Georges
(1860)
“ Tous les nègres qui étaient entre Nazim et Antonio s'écartèrent, de sorte que le beau nègre d'Anjouan et le hideux Malais se trouvèrent en face l'un de l'autre, mais à dix pas de distance. — Tu dis cela de bien loin, Nazim, reprit Antonio les dents serrées par la colère. — Et je le répète de près, s'écria Nazim. Et, d'un seul bond, il se trouva à deux pas d'Antonio; puis, la voix méprisante, le regard hautain, les narines gonflées : — Tu es un chien ! dit-il pour la troisième fois. Un blanc se fût jeté sur son ennemi et l'eût étouffé si la chose eût été en son pouvoir. ”
Ferdinand Bac,
La princesse Mathilde : sa vie et ses amis
(1929)
“ Il faut du changement à ces messieurs. Ils piétinent les cœurs comme les vignerons le raisin, avec leurs pieds ! » Bien des orages étaient tombés, à Saint-Gratien comme à Paris, sur les amitiés éprouvées. Sainte-Beuve, Taine, Edmond About et Sardou furent les principaux sacrifiés dans les brouilles retentissantes, auxquelles Dumas échappa souvent par miracle, par la finesse de son esprit et une certaine prudence qui lui était venue devant des sujets auxquels il était téméraire de toucher. Le drame About à part, tous les autres furent exécutés pour des « crimes politiques. » ”
Alexandre Dumas,
Vingt ans après
“ Aramis s’approcha de Châtillon presque à le toucher. — Monsieur, lui dit-il les lèvres pincées et le regard étincelant, vous n’avez pas, je le suppose, la prétention d’apprendre à M. le comte de la Fère et à moi ce que nous avons à dire ici. Pendant cette courte altercation, Athos, toujours la main sur son cœur et la tête inclinée, s’était approché de la reine, et d’une voix émue : — Madame, lui dit-il, les princes, qui, par leur nature, sont au-dessus des autres hommes, ont reçu du ciel un cœur fait pour supporter de plus grandes infortunes que celles du vulgaire ”
Alexandre Dumas,
Vingt ans après
“ Le garçon, l’hôtesse et toute la maison eurent pour d’Artagnan les égards qu’on aurait pour Hercule s’il revenait sur la terre pour y recommencer ses douze travaux. Mais lorsqu’il fut seul avec l’hôtesse : — Maintenant, belle Madeleine, dit-il, vous savez la distance qu’il y a d’un Suisse à un gentilhomme ; quant à vous, vous vous êtes conduite comme une cabaretière. Tant pis pour vous, car à cette conduite vous perdez mon estime et ma pratique. J’ai chassé le Suisse pour vous humilier, mais je ne logerai plus ici ; je ne prends pas gîte là où je méprise. Holà ! ”
Jean Giraudoux,
Siegfried et le Limousin
“ Il était le Français le plus connu en Russie, le seul connu en Afghanistan. Dans le monde entier, on appelait un Dumas le bouton pour pression qu’il inventa à vingt-deux ans, pendant son agrégations des lettres, et un Dumas aussi le câble transafricain qu’il découvrit comme agrégé de droit, et un Dumas le modèle de maison ouvrière qu’il exposa comme diplômé des langues orientales, et acier Dumas l’acier du procédé qu’il conçut au cours de sa Présidence de la Conférence Molé. Après le mot Pasteur, le mot Dumas devenait l’épithète purifiante et consolante de l’univers. ”
Trame-À-Sec, Deuxième réponse de Trame-à-sec à la dernière pochade de Jaquinet… (1859)
“ Eh ben, mon vieux cousin, ta critique est pareille, Quand te tappes si dru sur le Fils à Dumas, Toi qui es si malin, je te reconnais pas. Des auteurs de nos jours Dumas est le modèle ; Dumas le fils, s'entend, comme chacun l'appelle. C'est un jeune homme plein d'avenir, de talent. ”
Jean-Jacques Weiss,
Trois années de théâtre. 1883-1885
“ De tels épisodes sans doute sont de ceux dont doit tenir compte le psychologue qui trace la signalétique de Dumas. Le vrai du vrai est que le second Dumas (l’auteur de la Dame aux camélias ne devrait s’appeler que Dumas III) a fait voir surtout à ses contemporains un colosse en invention romanesque. ”
Alexandre Dumas,
Les Quarante-Cinq
“ Pendant ce temps, Joyeuse s'était penché à l'oreille de son frère et lui avait dit:— Alerte, alerte, du Bouchage! tandis que ces conseillers vont entrer, glisse-toi derrière leurs grandes robes, et esquivons-nous; le roi dit oui maintenant, dans cinq minutes il dira non.— Merci, merci, mon frère, répondit le jeune homme; j'étais comme vous, j'avais hâte de partir.— Allons, allons, voici les corbeaux qui paraissent, disparais, tendre rossignol.En effet, derrière MM. les conseillers, on vit fuir, comme deux ombres rapides, les deux jeunes gens.Sur eux retomba la tapisserie aux pans lourds. ”
Ernest Legouvé,
Dernier travail, derniers souvenirs
“ Le Demi-Monde ne porte pas seulement la marque d’un talent dramatique de premier ordre ; c’est l’œuvre d’un observateur original. Dumas a découvert dans Paris un coin de société inconnu : il le peint, il le juge, il le nomme. Le temps marche, les œuvres se succèdent, la pensée de l’auteur s’accentue. Il prend en main la cause de la fille-mère dans le Fils naturel, dans les Idées de Mme Aubray, dans Monsieur Alphonse, dans Denise ; il peint spirituellement, dans le Père prodigue, la courtisane homme d’affaires ; dans l’Ami des femmes, il réconcilie le mari avec la femme ”
Alexandre Dumas,
Les compagnons de Jéhu
(1858)
“ Tous les regards se dirigèrent vers Roland, toutes les têtes répondirent par un signe affirmatif, toutes les bouches murmurèrent le mot : Oui. — Eh bien! il nous est recommandé par nos frères du Midi; que sa vie vous soit sacrée; on peut le prendre, mais vivant et sans qu'il tombe un cheveu de sa tête. — C'est bien, général, répondirent les chouans. — Et maintenant, mes amis, souvenez-vous que vous êtes les fils de ces trente Bretons qui combattirent trente Anglais entre Ploërmel et Josselin à dix lieues d'ici, et qui furent vainqueurs. ”
René Doumic,
Revue dramatique - Alexandre Dumas fils et la guerre de 1870
“ Mais un tel personnage, de proportions si démesurées et de contours si incertains, fait pour une moralité ou pour un drame philosophique, n’a guère sa place dans une comédie de mœurs moderne, entre un M. Mauriceau, proche parent de M. Poirier, et un duc de Septmonts, ce marquis de Presles poussé au noir. Il déséquilibre l’œuvre, il en fait craquer le cadre. Dumas était trop intelligent, il avait trop le sens de son art, il exerçait sur son œuvre une critique trop avisée pour ne pas s’en rendre compte. ”
Alphonse Parran, Romantiques, Pétrus Borel, Alexandre Dumas
“ Dumas a eu, tout le monde le sait, de nombreux collaborateurs qui, presque tous, d’ailleurs, se sont fait un nom dans les lettres. Mais avec son ardeur et sa nature absorbante il prenait, dans le plan et surtout dans l’exécution de l’œuvre commune, la plus large part du travail. Aussi les ouvrages faits en collaboration, par Dumas, sont-ils empreints avant tout de sa personnalité puissante, tandis que ceux de ses collaborateurs, une fois séparés de lui, perdent, pour la plupart, cette vivacité d’allures, et cette force dramatique, que Dumas seul avait le don de leur imprimer. ”
Alexandre Dumas,
Vingt ans après
“ Paris tout entier sembla pousser une grande clameur de joie ; puis les cris : Vive Broussel ! Vive le coadjuteur ! retentirent. — Vive la reine ! dit le coadjuteur. Quelques cris répondirent au sien, mais pauvres et rares. Peut-être le coadjuteur n’avait-il poussé ce cri que pour faire sentir à Anne d’Autriche sa faiblesse. — Et maintenant que vous avez ce que vous avez voulu, dit-elle, allez, monsieur de Gondy. — Quand la reine aura besoin de moi, dit le coadjuteur en s’inclinant, Sa Majesté sait que je suis à ses ordres. ”
René Doumic,
Revue dramatique - Alexandre Dumas fils et la guerre de 1870
“ Il n’est écrivain si fameux qu’il ne faille de temps en temps le découvrir. Critiques et auteurs dramatiques, depuis trente ans, ont été à l’égard de Dumas fils fort injustes et même assez dédaigneux. La vérité est qu’aucun autre, dans tout le XIXe siècle, n’a été plus vraiment doué pour le théâtre, ni Dumas père, quoi que son fils en ait dit, ni même, quoi qu’en dise tout le monde, Scribe et Sardou. ”
Charles Glinel, Alexandre Dumas et son oeuvre. Notes biographiques et bibliographiques… (1884)
“ Tout en flânant pour passer son dimanche, Dumas arriva au café de la Porte-Saint-Honoré, tenu par le fils du brave père Hiraux qui avait vainement essayé de faire de lui un musicien. On le retint à dîner. Le soir il alla au théâtre de la Porte-Saint-Martin où Philippe et Mme Dorval jouaient le Vampire. Là, la longueur de sa redingote et de ses cheveux crépus fit rire les plaisants du parterre et faillit lui susciter un duel. ”
Ferdinand Bac,
Intimités du second Empire : poëtes et artistes…
(1932)
“ Ses yeux sortant de l'orbite et la crinière en tempête, il lui jeta : « Madame, c'est comme si vous disiez à Jésus-Christ chassant les marchands du Temple : jeune homme taisez-vous, vous n'êtes pas chez vous ! » Sur cette boutade, tout le monde tomba dans un fou rire et la princesse, toujours indulgente lorsqu'on n'attaquait pas son oncle, mit tout le monde d'accord en disant : « Si vous ne les laissez pas crier de temps en temps, ils deviendront comme tout le monde, embêtants et comme il faut (1) . » Dumas n'avait pas l'habitude de prendre ses exemples dans les Saintes Ecritures. ”
Alexandre Dumas,
La Reine Margot
“ À son grand étonnement, Actéon ne vint pas au-devant de lui. L'avait-on enfermé? En ce cas, il sentirait que son maître est revenu de la chasse, et hurlerait.Charles appela, siffla; rien ne parut.Il fit quatre pas en avant; et, comme la lumière de la bougie parvenait jusqu'à l'angle du cabinet, il aperçut dans cet angle une masse inerte étendue sur le carreau.— Holà! Actéon; holà! dit Charles. Et il siffla de nouveau. Le chien ne bougea point. Charles courut à lui et le toucha; le pauvre animal était raide et froid. ”
