“ Son cœur se dilatait, et il répétait souvent d'un petit air sérieux: « Nous nous aimons bien nous trois! » La première fois que Mme Gilbert vit sur le visage de Lucien l'expression de la jalousie, ce fut à propos de Pataud. Il faut convenir aussi que Pataud était bien indiscret et qu'il eût pu témoigner son affection d'une manière moins bruyante et moins théâtrale. Tant que Mme Gilbert était dans son boudoir, Pataud savait que la consigne était de rester à la niche. ”
Pataud
Définition et enjeux
Citations sur “Pataud”
Édouard Auger, Récits d'outre-mer. A bord du Tennessee… (1873)
“ Aussi, lorsqu'aux approches de midi le digne capitaine apparaissait sur le pont, armé de son sextant, pour observer la hauteur du soleil, Pataud ne manquait jamais de l'assister de sa présence, et poussait un grognement des plus énergiques lorsqu'un fâcheux venait le déranger dans cette importante occupation. ”
Collectif, Les Annales politiques et littéraires
“ Voyons, Garric, il ne faut pas nier ce que quelqu’un a vu, qui a de bons yeux, puisqu’on dit de lui : « C’est celui des Terral qui y voit la nuit. » Plus de doute, hélas ! Pataud était bien à l’affût à l’heure où la Mion était venue à la rencontre du farinel. Pataud avait tout vu !... Mais pourquoi ce damné tueur de loups mêlait-il la Pierrille à tout cela ?... Une lueur traversa le cerveau du pauvre amoureux : la mante et la capuche, parbleu ! La fille prise pour la mère. – Eh bien ! Jeantou insistait l’oncle Joseph, persistes-tu à nier encore ? ”
Ernest d' Hervilly, Héros légendaires : leur véritable histoire (1889)
“ Ce roi Pataud aurait été quelque chose comme ce personnage que les paysans des vaudevilles d'autrefois traitent pompeusement de « Monsieur le Mare ! » Le texte de ce poème, après avoir joui d'une certaine vogue, se serait perdu. Son titre et son souvenir auraient seuls survécu proverbialement. De façon que, par comparaison, de tout endroit troublé par des criailleries incessantes et par des compétitions absurdes, on aurait désormais dit : — C'est comme à la cour du roi Pataud — (ou Pétaud, par corruption, à la longue) . ”
Collectif, Les Annales politiques et littéraires
“ Jean respira. S’il ne s’agissait que de la version de Pataud ! – Ainsi, maître, dit-il, vous ajoutez foi aux contes de cet extravagant de Pataud, qui a dormi à l’affût, et a rêvé, en attendant le loup... – Pataud ne dort pas à l’affût, et il a de bons yeux. – Soit... Alors, votre femme vous a dit que l’histoire était vraie. – Ma femme, ma femme !... Il s’agit bien de ma femme !... C’est une honnête femme, entends-tu ? – Eh bien ! alors ? Pierril s’arrêta, se croisa les bras et se campa devant Garric ; la colère, chez lui, prenait peu à peu le pas sur l’ivresse. ”
“ Allongeant alors la main droite, il la passa sur la tête de Pataud. Le gros chien, qui n'était ni rancunier ni jaloux, posa sa tête sur les genoux de Lucien. « J'aime Pataud! » dit l'enfant, et il ajouta: « Mais, n'est-ce pas, maman, que vous n'aimerez jamais personne plus que « nous trois? » — Je vous le promets, » répondit gravement Mme Gilbert. ”
Éloi Lussan, Souvenirs du Mexique : cosas de Méjico (1908)
“ Pataud était l'humble et dévoué serviteur de Chulita, et il avait pour elle toute sorte d'attentions. La nuit, celle-ci, très frileuse, dormait dans son giron. Le jour, le gros animal s'étendait tout de son long et, la gueule haletante, les yeux luisants de plaisir, laissait sa compagne lilliputienne explorer à sa fantaisie son corps immense et y faire, au travers des fourrés giboyeux de sa noire toison, une chasse en forêt des plus productives. ”
Collectif, Les Annales politiques et littéraires
“ Tu la juges mal, ma petite filleule : elle est bonne et aimante. Et l’on pardonne toujours quand on aime... Seulement, il va falloir que j’arrange les choses ; que j’explique que Pataud a parfois la berlue à force de regarder le chemin de « l’espère » et le guidon de sa carabine... Va, va, ou je ne suis plus l’oncle Joseph, à qui l’on accorde quelque esprit, ou je te ramènerai Linou. – Impossible ! impossible ! continuait Garric... Je n’ai plus qu’à m’en aller loin, bien loin, de façon que jamais plus cette pure et vaillante fille ne revoie ma figure de débauché. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ La surprise n’en a été que plus grande lorsqu’on a entendu M. Guérard, dans une réunion très émouvante, donner l’assurance aux grévistes qu’ils pouvaient compter sur le concours des ouvriers et des employés des chemins de fer. M. Guérard n’est pas un fantoche suffisant, gouailleur et narquois comme M. Pataud ; c’est un homme intelligent, à la parole duquel on attachait jusqu’ici quelque poids ”
Jean Drault,
Les petits drames du poste
(1904)
“ LARAMET. — Tout de même!... PATAUD. — Avec un peu d'intelligence, ça pouvait même servir à votre avancement, andouille!... Au lieu de ça, vous la menacez du Dépôt, du panier à salade. Vous risquez de me brouiller avec le commissaire; car enfin cet homme entre, et il me voit interrogeant sa femme comme une criminelle... Ça ne doit pas lui avoir fait plaisir. LARAMET. — Je ne vous dis pas, brigadier... PATAUD, brutalement. — Suffit!... Assez causé, andouille que vous êtes, à la fin!... ”
Louis Du Bois,
Glossaire du patois normand
“ PATARD: sou. Grospatard: deux sous. Ancienne monnaie.PATARER: marcher; courir dans l'eau, dans la boue.PATARET (s. m.) : espèce de soupe faite avec des pommes. Dans la Manche, c'est une soupe de pain et de lait caillé, bouillis ensemble.PATAST: pataud, lourdaud.PATATRAS! PATACLAN! Cette interjection est une onomatopée pour exprimer le bruit d'une chute avec fracas. On dit, dans le Midi, pataflasc! et, dans le patois des Vosges, patafrô et patatra! Regnard, dans ses Folies amoureuses, fait dire par Lisette à Albert ”
Jules Girardin, Petits contes alsaciens (15e éd… (1912)
“ « Oh ! le paresseux ! » cria Frédéric en lui effleurant le bout du nez avec son gilet, qu'il tenait à la main. Pataud entr'ouvrit les yeux avec un regard de reproche ; ce regard disait éloquemment : « Si tu étais obligé de tirer le traîneau comme moi, tu ne serais pas si allègre ! » Enfin, enfin ! après plusieurs siècles d'attente, le déjeuner est expédié; Otto en a fini de tourner autour de son traîneau et de harnacher Pataud. Gredel est prête; allons, bon ! la voilà qui s'attarde encore pour embrasser la petite sœur et pour mettre dans sa poche une bouteille plate en osier. ”
Gustave Fauvel-Gallais, Soirs d'étapes : nouvelles militaires (1952)
“ La femme s'approcha aussitôt et me fit un accueil empressé : — Entrez donc, monsieur, me dit-elle. Mon mari va vous montrer notre demeure. A ce moment, un énorme Saint-Bernard se présenta lui aussi, s'enquérant de ce qui se passait. — Voilà Pataud ! dit le monsieur. Allons, donne ta patte poliment ! Pataud prit une figure grave, s'assit sur son épaisse toison et offrit de bonne volonté une énorme patte que je saisis avec plaisir. De suite, nous fûmes bons amis. — Dis donc, maman, montre donc sa chambre à monsieur. Après ça, nous prendrons un verre dans la véranda. ”
“ « C’est Pataud, le chien de l’hôtel, dit le jeune garçon boiteux ; il nous aura suivis pour se promener ; n’ayez pas peur, il n’est pas méchant. » Louise et Georges s’approchèrent de la porte, et le gros chien se mit à ramper d’un air suppliant, en agitant sa queue. Au coup de sonnette, Marie ouvrit la porte ; le chien se précipita dans la maison, enfila le corridor et parcourut tout le jardin, le nez en terre comme s’il cherchait une piste. Tout à coup il poussa un cri de joie et se précipita vers Mme Gilbert qui souhaitait la bienvenue au capitaine Maulevrier, et se coucha à ses pieds. ”
Gustave Fauvel-Gallais, Soirs d'étapes : nouvelles militaires (1952)
“ De sorte qu'en ce moment papa et moi nous sommes seuls. Nous revînmes dans la véranda où « papa » avait déjà disposé un apéritif engageant. — Comme je vous dérange ! dis-je à mes braves hôtes. J'en suis confus ! — Mais pas du tout ! dit maman, qui semblait avoir la langue alerte. Ce n'est pas souvent que nous avons d'aussi belles visites. On s'installa autour d'une table et, sans être invité, Pataud vint se mettre entre papa et moi. Grâce à sa haute taille, sa tête dépassait largement la table et ses yeux caressaient déjà le paquet de biscuits qui occupait le centre de la table. ”
Édouard Auger, Récits d'outre-mer. A bord du Tennessee… (1873)
“ Il était généralement délesté des hommes qu'il avait sous ses ordres, parce qu'il les maltraitait sous le moindre prétexte, mais aucun d'eux n'eût osé lui tenir tête tant il était redouté. Mme Bernadoux ne partageait pas, il faut le croire, les préjugés de Pataud contre le beau maître d'équipage, car depuis l'admonestation qu'elle s'était attirée de la part de son débonnaire époux, elle semblait accueillir avec une certaine satisfaction les prévenances du vice-roi de l'entrepont. ”
Alexandre Dumas,
Les Louves de Machecoul, par Alexandre Dumas…
(1860)
“ Par ici ! camarades, par ici, cria le sergent aux soldats qui exploraient les bords de la rivière, en, étendant le bras dans la direction qu'avait prise le chien ; nous allons trouver le chien en arrêt. Tout beau, Pataud, tout beau ! Jean Oullier, du moment, où il avait reconnu le cri de Pataud, avait, au risque de ce qui pouvait lui arriver, sorti la tête de l'eau. ll vit le chien qui coupait diagonalement la rivière, nageant droit de son côté. Il comprit qu'il était perdu s'il ne prenait point un parti suprême; or, 'sacrifier son chien, était pour Jean Oullier un parti suprême. ”
Jules Corblet, Glossaire étymologique et comparatif du patois picard… (1851)
“ PATATRO et PATATRA (foère) . Faire une chute.-Onomat. PATELETTE. Plateau à quêter. PATERNER. Faire des petits. — Du Latin pater, père. PATI (Boulonais) . Pâturage. — Du Romanpasti. PATINER. Manier. — Manier lascivement. PATOUL. Gros lourdaud, pataud. - De même en Normand et Rouchi. — Synonymes : PAOUR, PACANT. PATOUILLER et PATROUILLER. Agiter l'eau, marcher dans la boue, dans les mares. On dit également patouiller dans la Meuse et dans l'Orne. Vient du Vieux-Français patoueil, bourbier, plutôt que du Grec nuruv , fouler. — Ce mot signifie aussi manier salement. ”
Édouard Auger, Récits d'outre-mer. A bord du Tennessee… (1873)
“ Saluez donc, vous autres, ajouta-t-il en se tournant vers ses acolytes : Celle-ci est ma femme, première écuyère du cirque Bernadoux, car je m'appelle Anténor Bernadoux, pour vous servir; celui-là est mon frère Etienne, qui fait la voltige sur trois chevaux et exécute au galop le saut périlleux avec un A BORD DU TENNESSEE poids de cinquante livres à chaque main. Quant à l'illustre Pataud, qui s'est déjà présenté lui-même, c'est notre chien savant qui écrit le français comme un académicien, calcule aussi bien qu'un arpenteur, et joue le domino comme personne. ”
Paul Féval, La Vampire (Les Drames de la mort)
“ « J’étais là, sur cette borne qui est en face de la croisée, de l’autre côté de la rue. Regarde-la. Je croyais que tu me voyais. Quelles idées on a dans ces instants où l’âme chancelle ! Mon Dieu ! si tu m’avais vue, nous aurions peut-être été tous sauvés ! « J’ai eu tort de ne pas t’appeler, de ne pas m’agenouiller les mains jointes, au milieu de la rue. Tu es bon, tu aurais eu pitié. « J’étais là, moi, je te voyais. J’ai tout vu, je t’aime comme auparavant, mon René. De toi à moi il y a notre petite Angèle. Je t’aime... » Germain Patou cessa de lire, et le papier s’échappa de ses doigts. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Les fossés, les murailles basses, les jardins, tout est poudré à blanc par l’été. La poussière lève sous le pied, à chaque pas. L’air a son odeur de sécheresse et de paille. On voit venir Padoue, comme une ville d’il y a deux cents ans, au temps de Louis XIV et de Villars. Je m’attends à la rencontre de médecins en robe et d’apothicaires à rabat. Une troupe de paysans, chargés de sacs et de besaces vides, forme un gros bataillon de pèlerins : quelque part, derrière ces murs rousseaux, le tombeau de Saint Antoine fait la gloire d’une église. ”
Petite Vie de S. Antoine de Padoue… (1894)
“ Un jeune homme se présente à lui avec une telle douleur et une si grande contrition, qu'il n'a pas la force d'énumérer les grands crimes qu'il a commis : « Ecrivez-les sur cette page, » lui dit le Saint ; le jeune homme obéit. Antoine prend la page, la met sous les yeux du jeune homme pendant qu'il lui donne l'absplution, et la page devient plus blanche que la neige. Après Pâques, le Saint se mit à écrire ses sermons. Tandis qu'il était absorbé par ce travail, de bien tristes nouvelles parvinrent aux oreilles des habitants de Padoue et plongèrent la cité dans une profonde stupeur. ”
Paul Féval, La Vampire (Les Drames de la mort)
“ Il s’interrompit pour ajouter en montrant la porte : — C’est par là que M. René est sorti, et après lui Mlle Angèle. Le gardien était pensif. Tu as peut-être raison de tout étudier, Patou, mon ami, dit-il avec une sorte de fatigue, moi je n’ai rien étudié, sinon la musique, l’escrime et les hommes... — Excusez du peu ! fit l’apprenti médecin. — Il est trop tard pour étudier le reste, acheva le gardien. Je suis du passé, tu es de l’avenir ; le passé croyait à ce qu’il ignorait ; vous croirez sans doute à ce que vous aurez appris ; je le souhaite, car il est bon de croire. ”
“ Moi, je crois en Dieu qui m'a créé; je crois en la république que j'aime et en ma conscience qui ne m'a jamais trompé.Patou sauta sur le pavé de la rue Poultier, et fit un entrechat à quatre temps qu'on n'eût point espéré de ses courtes jambes.—Vous, patron, dit-il en éclatant de rire, vous êtes naïf comme un enfant, solide comme un athlète et absurde comme une jolie femme. Vous confondez toutes les notions. J'ai un petit-neveu qui me disait l'autre jour: J'aime maman et les pommes d'api. ”
Jean-Augustin Guyard, Histoire de saint Antoine de Padoue… (1860)
“ Aussi notre travail ne consistera-t-il qu'à exposer et à développer les faits merveilleux qu'elles énoncent, faits qui composent la vie si belle et si remplie que nous allons offrir à l'édification des fidèles.. Au premier rang de cette glorieuse phalange de saints fournis à l'Église par l'ordre Franciscain, brille avec éclat l'immortel Antoine de Padoue. Son culte est des plus répandus et des plus populaires : il existe dans tous les lieux et dans toutes les familles. On le rencontre dans les villes et dans les hameaux, dans la demeure splendide du riche et dans la chétive cabane du pauvre. ”
Jean-Augustin Guyard, Histoire de saint Antoine de Padoue… (1860)
“ On lit dans la Biographie universelle de Mictaaud, à l'article Saint Antoine de Padoue: « Parmi les nombreux miracles qu'on lui a attribués, il en est un plus fameux que les autres, en Italie : c'est la prédication que, dans la ferveur de son zèle, il adressa un jojir aux poissons qui, disent les légendaires, l'écoutèrent avec attention. » On le voit, nos écrivains modernes, même ceux qui se piquent de modération et de respect pour la religion, ont passablement peur de paraître trop crédules, quand il s'agit de faits miraculeux. ”
“ Patou étaient penchés sur le sommeil de Kervoz.—Comme il est changé! murmura Jean-Pierre, et comme il a dû souffrir!—Ces quarante-huit heures, répondit l'étudiant en médecine, ont été pour lui un long rêve, ou plutôt une sorte d'ivresse. Il n a pas souffert comme vous l'entendez, patron.—La sueur inonde son front et coule sur sa joue hâve.—Il a la fièvre d'opium.—Et ne peut-on l'éveiller?Germain Patou hésita.—C'est si drôle les évangiles de ce Samuel Hahnemann! murmura-t-il enfin. On n'ose pas trop en parler aux personnes raisonnables. C'est bon pour les cerveaux brûlés comme moi... ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Doctorale et monastique, Padoue est un cloître à professeurs et à chanoines, ordres bourgeois qui étudient et qui mangent : en robe ou non, ils ne marchent point ; ils sortent peu ; ils ne vont jamais à pied, tant le pavé aigu montre les dents : la chaussée hargneuse est garnie de cailloux pointus, insidieux et bossus comme des arguments. ”
Marie Lenéru,
Journal de Marie Lenéru
“ « ... J’ai retrouvé mon livre ; j’en suis bien contente, c’est aussi que j’ai prié St-Antoine de Padoue, je me demande ce que je pourrait faire pour le remercier il m’a déjà fait retrouver : une image à évangile, un cahier sur le quel j’avais copié des vers, un cahier improvisé avec des vers aussi, la bague que Gabrielle B... m’a donnée, ce livre, enfin je ne sais combien d’autres choses ; c’est très triste à dire, mais j’ai tellement de désordre, qu’il ne se passe pas un jour sans que je perde quelque chose, je me demande comment je ferais si St-Antoine de Padoue n’existait pas. » ”
